GRÈCE ET EUROPE, UN MÊME DESTIN, par François Leclerc

Billet invité.

Le second round de l’affrontement entre la Grèce et ses créanciers promet d’être aussi dense que le premier. Le FMI introduit une variante avec le précédent en refusant d’entrée de jeu tout report de la discussion sur la dette, ce qui a contribué à un cafouillage de départ ne devant pas qu’à des questions présentées comme « logistiques ». Les chefs de mission de la BCE, de la Commission, du FMI et du Mécanisme européen de stabilité (MES) ne rejoindront leurs équipes que dans un deuxième temps cette semaine. Une centaine d’experts en tous genres seront présents à Athènes pour à nouveau mettre le pays sous tutelle.

Dans ces conditions, les négociations vont-elles pouvoir aboutir, si la crise politique grecque est destinée à s’amplifier ? Après l’asphyxie financière, le tour est venu de l’asphyxie politique. Le gouvernement grec voudrait éviter que de nouvelles « actions prioritaires » conditionnent le premier versement du 3ème plan de sauvetage, mais cela n’en prend pas du tout le chemin. Comment pourra-t-il alors résister ? À l’appui d’une stratégie du chaos, les jusqu’au-boutistes sont déterminés à mener à nouveau la danse et n’ont pas modifié leur intention d’expulser la Grèce de la zone euro : il n’est plus seulement question de faire tomber Alexis Tsipras et son équipe, ni de seulement porter pour l’exemple un coup fatal aux trouble-fêtes grecs, mais d’en profiter pour accélérer un processus européen déjà largement engagé. Par la voie de son ministre des finances, le gouvernement allemand de coalition veut conclure ce qui a été entamé avec le Pacte de stabilité et de croissance de 2005, puis sa version renforcée de 2011.

Wolfgang Schäuble a accordé au Spiegel une interview dans laquelle il se déclare favorable à un ministre des finances et un budget de la zone euro. Mais des approches différentes sont masquées derrière des formulations qui se veulent proches, le ministre ne faisant pas mystère de son intention de renforcer la discipline budgétaire dans un cadre dépourvu de tout contrôle démocratique.

Le ministre italien des affaires étrangères, Pier Carlo Padoan, lui a donné la réplique dans le Financial Times : « la sortie [de l’euro] et la fin de l’irréversibilité est une option désormais sur la table. Ne nous y trompons pas…si nous voulons éloigner ce risque, nous devons avoir un autre euro – un euro plus fort… Afin d’avoir une union économique et monétaire à part entière, vous avez besoin d’une union budgétaire et d’une politique budgétaire… et cette politique fiscale doit répondre devant un parlement, et ce parlement doit être élu. »

Que peut-on attendre des divisions entre les créanciers ?

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