IMAGINE, demain le monde : Gloire aux Générations futures !,
N° 110, juillet-août 2015

Ouvert aux commentaires.

IMAGINE, demain le monde, le numéro 111 est aujourd’hui en librairie. Ma chronique pour le N° 110.

Gloire aux Générations futures !

Quand j’étais petit, dans les années cinquante, les grands nous expliquaient qu’ils n’avaient qu’un seul souci : se sacrifier pour les générations futures.

C’était très beau et rien que d’y penser, les larmes me montent encore aux yeux !

J’ai cessé d’être petit il y a longtemps et les choses ont bien changé depuis : non seulement il n’est plus question de se sacrifier pour les générations futures mais il est demandé à celles-ci de se sacrifier pour nous, et quand je dis « demandé », c’est bien entendu une façon de parler : nous faisons en sorte qu’elles se sacrifient pour nous, de manière anticipée, sans leur demander leur avis.

En réalité, tout ceci ne date pas d’hier. Pensons au logement par exemple. Lord Adair Turner, patron jusqu’en 2013 de la Financial Services Authority, le régulateur des marchés financiers au Royaume-Uni, fit à l’époque la liste des fonctions inutiles, voire nocives, de la finance. Il prit tout le monde au dépourvu en mentionnant en bonne place le prêt au logement, lequel représente au Royaume-Uni 65% des crédits accordés. Il expliquait que depuis le XIXe siècle, chaque génération avait revendu le parc immobilier à la génération suivante à un prix outrageusement gonflé. La justification offerte à cela ? « C’est que le prix de la terre grimpe inexorablement, mon bon Monsieur ! Que peut-on y faire ? » Le résultat ? Les jeunes ménages empruntaient autrefois pour une période de cinq ans en vue de se loger, puis ce fut dix ans, puis quinze… Et maintenant, à combien sommes-nous ? Vous êtes sûr ? Ah zut ! Cela veut dire qu’on dépasse désormais la longueur d’une génération ! C’est très gênant tout ça : cela veut dire que non seulement ça coûte de plus en plus cher mais aussi qu’on repasse la patate chaude des dettes à la génération suivante !

Et les pensions ? À l’époque où le régime des pensions fut mis en place, les gens tombaient comme des mouches peu de temps après avoir pris leur retraite. Le système ne revenait pas très cher. Cela marchait bien. Ensuite, les progrès de la médecine firent merveille ; le baby-boom de l’après-guerre gonfla lui la taille de toute une génération. Du coup aujourd’hui les jeunes en nombre réduit (ceux qui occupent les emplois peu nombreux que les robots et les algorithmes leur ont laissé) bossent dur pour payer les pensions des retraités.

Mille sabords, personne n’avait donc pensé à cela ! Que peut-on faire ?

Mais si bien sûr, « on » y avait pensé : « on » n’était pas à ce point stupide ! Mais nous étions naïfs : nous pensions que les robots et les logiciels collaboreraient avec nous, augmentant notre productivité, de telle sorte que chaque travailleur soit la source d’une richesse toujours plus considérable. Nul n’avait envisagé que les robots et les algorithmes nous remplaceraient purement et simplement, réduisant la grand masse d’entre nous au chômage, en quête d’un boulot allant en se raréfiant, alors que la productivité des machines contribuerait simplement à faire grossir les dividendes que les entreprises distribuent à leurs actionnaires, ainsi que les bonus faramineux de leurs dirigeants.

Autrement dit, dans notre candeur typique des années cinquante, nous imaginions que la mécanisation, que l’informatisation, bénéficieraient à tout le monde. Nous avions négligé que notre système économique, c’est le capitalisme.

Et voilà pourquoi votre fille est muette : voilà pourquoi un nombre très réduit de travailleurs entretiendront des masses de pensionnés vivant à leurs dépens : parce que la machine a cessé de nous aider et se contente maintenant de nous remplacer, et qu’elle rapporte exclusivement à ceux qui la détiennent et la contrôlent.

Un dernier mot pour terminer, sur le nucléaire. Les générations futures seront, à l’image de nous-mêmes, super-intelligentes. Nous sommes même confiants qu’elles seront beaucoup plus intelligentes que nous puisqu’elles trouveront le moyen de traiter les déchets nucléaires que nous accumulons et dont la dégradation naturelle prend des centaines, voire des milliers d’années. Bonne chance à vous, les petits Einsteins du futur : nous savons que nous pouvons compter sur vous !

Ô vous, Générations futures ! Nous vivons à vos crochets aujourd’hui et nous vous léguons une poubelle explosive très chère à entretenir, tout en vous privant des moyens de vivre de votre travail. Non, ne nous remerciez pas : c’est avec un très grand plaisir !

Signé : Aprèsmoi Ledéluge

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44 réflexions sur « IMAGINE, demain le monde : Gloire aux Générations futures !,
N° 110, juillet-août 2015 »

  1. Une vidéo et un article de Christopher Lynn Hedges, journaliste récipiendaire du prix Pulitzer, correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans,  et qui a également enseigné aux universités Columbia et Princeton. Un parcours qui vous pose son homme, et qui mérite que l’on écoute attentivement ses analyses.
    Et que dit-il ? Ô surprise ! que notre espèce est en train de se suicider. Que si nous voulons laisser une chance à nos enfants, il nous faut mettre à bas maintenant la peste néolibérale.  

    1. Le constat de Hedges est juste mais lecture faite j’ai un peu le même sentiment que celui que j’ai eu après la lecture de « L’insurrection qui vient ». Un sentiment d’abattement qui s’avère finalement démobilisateur. La seule porte de sortie serait de nous attaquer au monstre, mais il n’est pas dit comment. On ne dépasse pas le stade de St Michel terrassant le démon. Oui, faut s’attaquer au léviathan capitaliste néo-libéral, mais encore ?

      Il est nécessaire de présenter les choses dans leur plus grande objectivité, comme le fait par exemple l’excellent billet de Philippe Soubeyrant, pas franchement gai, mais qui politise d’emblée le débat en s’inscrivant dans une actualité brûlante, en citant des noms, en mentionnant des situations réelles.

      Par contre,  si le constat  ne donne aucune prise, aucune piste à partir de laquelle le lecteur puisse envisager un début d’action, en vue d’une alternative, pas sûr que l’on mobilise les foules. Plutôt l’impression qu’on déréalise quelque chose qui nous touche au quotidien, où nous sommes nous-mêmes impliqués.

  2. Le Problème est bien amené, à peine provocateur pour secouer les esprits. Mais une fois le constat fait il serait bon d’envisager une suite.

    En l’occurrence que pensez vous du fait que le Pouvoir EST dans la Propriété des Ressources primaires ? Ne doit il pas être transféré à la collectivité ?… A défaut, peut on espérer changer quoi que ce soit, sinon à la marge ?

    1. D’un autre coté, Paul Jorion ne peut pas affirmer à Edwige Chevrillon que « le Pouvoir est dans la Propriété des Ressources primaires ». (bien que je pense qu’il le pense)

      Elle pourrait tomber de sa chaise en se demandant ce que ça veut dire, alors qu’on est là pour parler croissance et compétitivité.

      Pas facile de s’adresser à tout le monde…

      C’est un peu comme l’étude d’un produit, il y a ceux qui sont aux études avancées (dont personne ne comprend ce qu’ils font), et ceux qui le vendent au grand public…

    2. L’ambiguité de la taille de ce qu’il faut changer est cachée dans l’ordre de grandeur de l’intérêt, c’est au moins un des éléments de la leçon Pikettyenne.

      Oui, quelques pourcents, pas de quoi fouetter un chat… « ça ne peut pas être ce petit machin demandé sur  le capital qui biaise tout l’édifice, gardons la propriété que diable » entend-on dans une croyance naïve.

      Prenons alors dans cette croyance ce qu’il y a de juste : il suffit de distraire quelques pourcents dans la propriété d’un bien ou d’un capital pour rééquilibrer l’édifice. Si on trouve ce qu’il faut faire un peu plus précisément, pas besoin de transférer toute la propriété.

      Gesell avait inventé la monnaie fondante, il est temps d’inventer ou de réinventer la propriété fondante, …. et autrement que par l’impôt sur la fortune, car celui-là ne fera  qu’attiser un besoin d’intérêt supérieur à son taux !

      1. timiota, vous n’avez pas saisi la problématique.

        La propriété fondante ne ferait que sauvegarder l’édifice, et prolonger le système ravageur.

        Le problème n’est surtout pas là, il faut arrêter le massacre !

        Ce qui implique un renversement de la finalité du système qui doit passer de « maximiser les profits financiers en négligeant tout le reste », à « maximiser tout le reste, en négligeant les profits financiers »

        Et comme « tout le reste » ne peut être que géré par la collectivité, la propriété des Ressources primaires doit passer à la collectivité.

        Ou encore :

        Serait il acceptable que la collectivité entretienne les Ressources primaires, pour permettre à des intérêts privés de les détruire, et une une telle politique est elle viable sur le long terme ?

  3. Depuis que je m’intéresse à l’évolution du monde et à son fonctionnement, j’ai de plus en plus la conviction  que le sens de la présence de l’homme sur terre est de donner naissance à une nouvelle  entité intelligente non issu des processus naturel. Cette nouvelle forme de conscience, délivré de nos « tares animales », saura continuer l’aventure avec ou sans nous….. C’est pour cela que je m’inquiète pas outre mesure sur l’état du monde car au final on est peut être tout simplement pas l’étape ultime du dessein de la vie. On est peut être qu’une énième étape. Il est peut être temps pour l’homme de déconsidérer sa place dans l’univers. Quand on observe les images de l’univers, ses galaxies, ses nuages d’étoiles, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’homme n’est pas grand chose. Il est même fort probable que d’autres formes de vies soient apparus, là bas quelque part dans l’univers sur d’ autres planètes. Il y a  peut être même un « être » entrain de se poser les mêmes questions que moi en ce moment.

    Pas d’inquiétude Paul même si l’homme disparaît, l’aventure de la vie va continuer et nous aurons joué pleinement notre rôle.

     

    1. @ Pierre

      Depuis que je m’intéresse à l’évolution du monde et à son fonctionnement, j’ai de plus en plus la conviction  que le sens de la présence de l’homme sur terre est de donner naissance à une nouvelle  entité intelligente non issu des processus naturel.

      Ma conviction est un peu différente. Nous, humains, sommes partie intégrante de la Nature et, par suite, tous les processus d’évolution sont naturels. Plus précisément dit: (René Thom) « Les situations dynamiques régissant l’évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés. »

      Cette nouvelle forme de conscience, délivré de nos « tares animales », saura continuer l’aventure avec ou sans nous…..

      René Thom: « L’activité mathématique est le jeu signifiant par excellence, par lequel l’homme se délivre des servitudes biologiques qui pèsent sur son langage et sa pensée et s’assure les meilleures chances de survie pour l’humanité. »

      Pour moi il y a pour l’homme une possibilité de se libérer des servitudes biologiques (la liberté, comme la mathématique, est fille de l’imagination) mais il est impossible de sortir du cadre naturel: nous ne pouvons imaginer que ce qui est en nous, que ce qui est au coeur de notre propre nature.

      Notre premier cerveau (proie) était situé dans nos intestins* (près de l’anus!) dans la phase de notre évolution où nous n’étions que des tubes digestifs. Puis ensuite est apparu (ou, plus vraisemblablement, s’est actualisé) notre deuxième cerveau (prédateur) localisé près de la bouche dans la boîte crânienne avec l’apparition (l’actualisation) de nouveaux sens (vue…) et organes (jambes…).

      Je ne vois aucune objection à ce que cette évolution (pour moi lamarckienne) continue. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui se passe avec l’apparition (l’actualisation) d’outils (fonctionnels) tels ordinateurs et robots en lieu et place d’organes (la question que je me pose étant de savoir quelle est la stabilité structurelle de toute cette quincaillerie contemporaine)?

      * 1. cf.  Remarque, faite aussitôt mienne, d’un médecin (nantais?) interrogé dans « Le ventre, notre deuxième cerveau »: http://future.arte.tv/fr/le-ventre

      Dans le film un médecin chinois de médecine chinoise fait une remarque que j’ai trouvée très thomienne à propos de la zone ombilicale ainsi qu’une remarque que j’ai trouvée très pertinente sur les différences réductionniste/holiste entre les médecines occidentale et chinoise (remarque qui plaira à Marc Peltier s’il lit ces lignes!).

      2. Thom fait l’analogie, pour lui sémantiquement acceptable, Sujet/Verbe/Objet vs Endoderme/Mésoderme/Exoderme. Et la partie interne de la muqueuse intestinale fait partie de l’endoderme. Ce qui suggère l’idée que notre ventre est notre cerveau inconscient…

      « A quand un Freud des boyaux? » dit un intervenant du film!

      PJ?  🙂

      3. Pour le fun (mais peut-être pas que): http://www.imagesetmots.fr/pages/litterature/chef.htm

       

       

       

       

    2. Nul n’avait envisagé que les robots et les algorithmes nous remplaceraient purement et simplement, réduisant la grande masse d’entre nous au chômage, en quête d’un boulot allant en se raréfiant, alors que la productivité des machines contribuerait simplement à faire grossir les dividendes que les entreprises distribuent à leurs actionnaires, ainsi que les bonus faramineux de leurs dirigeants.

      Versus

      C’est pour cela que je m’inquiète pas outre mesure sur l’état du monde car au final on est peut être tout simplement pas l’étape ultime du dessein de la vie. On est peut être qu’une énième etape.

      C’est pas vraiment la même perspective: pour l’un c’est les riches qui n’ont plus besoin des pauvres (et pas mal d’autres pour lesquels les choses seraient beaucoup plus simples sans tous ces jeunes qui ne sont pas capables de se débrouiller par eux-mêmes. Pour l’autre c’est l’univers qui n’a plus besoin de nous (même pas la peine que dernier qui part se fatigue à éteindre la lumière!)

      C’est sur – ou presque – la lumière s’éteindra toute seule à la fin mais depuis que j’etais tout petit (ça manquait de chauffage, de lumière et pas grand chose à manger, à cause des soldats qui passaient dans la rue en chantant et en claquant leurs talons sur les pavés) j’ai vu tellement de choses tout à fait impossibles d’après ce qu’on savait à l’epoque se produire que j’ai surtout envie qu’on evite dans la mesure de nos possibilités de faire autant de grosses bêtises.

      Finalement, même si on admet que le second paragraphe a raison, le premier reste tout aussi valable.

    3. de Pierre à Pierre :

      Bonjour,

      Oui, la vision de l’homme dans le cosmos le montre, disons peu signifiant ; et inversement il est aussi à lui tout seul un univers, si l’on regarde vers l’indéfiniment petit… Ce qui permet de rééquilibrer le point de vue : les deux visions sont utiles. Je trouve l’homme entre ces deux infinis quant à moi tellement plus subtil et intelligent que la machine qui le caricature, encore faut-il qu’il aille au bout du développement de ses possibilités.

      En tous cas, ce billet choisit un angle de présentation trop peu souvent utilisé à mon goût, nous vivons aux dépens des générations à venir et même de celles qui sont sous nos yeux à l’état d’enfance, (finalement cette photo sur la plage turque, n’est-ce pas ce que nous promettons à une énorme quantité de petits enfants par notre comportement collectif ?) c’est un scandale qui délégitime complètement notre « civilisation ».

  4. Mieux que l’imagination…

    Il suffit d’interroger, d’écouter, ses enfants !

    A supposer que nous ayons été des parents-tuteurs et non des parents-manipulateurs…

  5. @ Aprèsmoi Ledéluge.
    Vous offrez une vision apocalyptique de l’avenir.
    Imaginez plutôt la dictature planétaire des 99% des plus pauvres sur les 1% des plus riches soit 70 millions de riches (dont sans doute une part des bloggeurs ici sont). Privatisez les pertes et socialisez les profits par le flicage de l’impôt et la transparence bancaire, proposez la démocratie directe via les téléphones portables, interdisez la propriété privée de plus de 2 logements, interdisez le prêt avec intérêt, réformez la charte de l’ONU de 1945 de façon contraignante, etc. j’en passe…bref  un monde à l’envers. Comment faire ? Écrivez à la Banque de la Lune, vous savez le président de L’ONU, que vous proposez une solution durable pour la Terre et êtes intéressé par un audit voire des contre-propositions. Haut les cœurs…

  6. Pierre, oui, mais ces nuages, ces galaxies, sont vus par des yeux humains, précisément. Si l’on suit votre raisonnement, à quoi bon avoir des parents, des amis, avec lesquels on puisse partager notre émerveillement, nos espoirs et nos désespérances, puisque la vie est ailleurs ou continuera sans nous.

    Vous semblez oublier  que ce qui fait de vous un être humain, et donc sentir et pensez comme un être humain, vous le devez à beaucoup d’autres êtres humains, qui vous ont transmis leur savoir et communiqué des sentiments, directement, à travers des proches, ou via une culture. Ne-sont-ce donc pas ces proches, tous les  humains qui habitent cette planète, qui partagent désormais une culture planétaire (au sens le plus large, y compris scientifique) qui devraient être la cause de notre plus grand souci ?

    Bref, avant d’énoncer des phrases définitives sur le dessein de la vie ou le sens de l’univers, essayons-de comprendre et d’expliquer un peu mieux qui nous sommes parmi les humains.

     

    1. « … essayons-de comprendre et d’expliquer un peu mieux qui nous sommes parmi les humains. »

      Oui !

      D’ailleurs, nous sommes dotés de curiosité, de la capacité à nous interroger et même de cheminer petit à petit vers plus de compréhension, dont celle de notre place dans l’Univers…

      Ne pas se servir de ces attributs, serait, dans une terminologie religieuse, qualifié de « péché »…

      C’est en tout cas, un manque certain de considération envers notre propre vie…

  7. Christopher Lynn Hedges nous dit ce que nous savons déjà et ben sûr, vu sa position, il doit le dire. Nous devons le lire comme piqure de rappel. Mais après ça, que faire? Ce qui est démoralisant, c’est ce sentiment d’impuissance. Impuissance parce que la moitié des gens qui nous entourent n’en ont rien à faire. parce que la plupart des gens qui nous entourent, se réveillent en voyant, quelle horreur, que des milliers de migrants arrivent dans nos villes.

    Mais Madame on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ! Qu’ils restent chez eux. Nous ne sommes pas responsables de ce qui se passent dans leur pays !

    Tout ça, parce qu’ils ne se sont jamais rendus comptes que leur indifférence à la douleur du monde, leur volonté de ne pas savoir comment est produit tout ce dont ils se servent pour pouvoir jouir sans entraves de leur confort matériel se faisait sur le dos d’êtres humains bafoués dans leur droits les plus élémentaires.

    Marine Le Pen, la fille de…, qui n’est pas foutue de créer son propre parti et a préféré phagocyter celui du père,  dit qu’il faut les renvoyer dans leur pays ! A la force de ses petits bras? Elle n’a toujours pas compris qu’elle ne pourra rien faire.

    Mais c’est vrai que je suis une gauchiste ! C’est du moins ce que je m’entends dire quand je soulève la question. En Europe on dit gauchiste, aux États Unis on dit communiste !

    C’est pathétique

  8. J’ai oublié de joindre Castoriadis :

     

    L’Europe occidentale contemporaine, comme tout l’Occident, est caractérisée par l’évanescence du conflit politique et social, la décomposition de la société politique morcelée entre lobbies et dominée par les partis bureaucratisés, la propagation de l’irresponsabilité, la destruction accélérée de la nature, des villes et de l’ethos humain, le conformisme généralisé, la disparition de l’imagination et de la créativité culturelle et politique, le règne dans tous les domaines des modes éphémères, des fast-foods intellectuels et du n’importe quoi universel. Derrière la façade d’institutions ‘démocratiques’ et qui ne le sont que de nom, les sociétés européennes sont des sociétés d’oligarchie libérale où les couches dominantes s’avèrent de plus en plus incapables de gérer leur propre système dans leur intérêt bien compris” (Cornelius Castoriádis, “Quelle démocratie?”, tome 2).

     

    Greek crisis du 4 septembre

  9. « Ne-sont-ce donc pas ces proches, tous les  humains qui habitent cette planète, qui partagent désormais une culture planétaire (au sens le plus large, y compris scientifique) qui devraient être la cause de notre plus grand souci ?

    Bref, avant d’énoncer des phrases définitives sur le dessein de la vie ou le sens de l’univers, essayons-de comprendre et d’expliquer un peu mieux qui nous sommes parmi les humains. »

    OUI, merci, je plussoie.

    et

    « 2. Thom fait l’analogie, pour lui sémantiquement acceptable, Sujet/Verbe/Objet vs Endoderme/Mésoderme/Exoderme. Et la partie interne de la muqueuse intestinale fait partie de l’endoderme. Ce qui suggère l’idée que notre ventre est notre cerveau inconscient… »

    oui c’est ça :

    Le ventre, notre deuxième cerveau

    Dernière mise à jour: 04 Septembre 2015

    « Que savons-nous de notre ventre, cet organe bourré de neurones que les chercheurs commencent à peine à explorer ? Il semblerait que notre cerveau ne soit pas le seul maître à bord. »

    http://future.arte.tv/fr/le-ventre

    « Au Japon le « HARA » désigne littéralement le ventre ou l’abdomen. Il est considéré comme le « deuxième cerveau ». C’est dans le Hara que réside l’esprit vital de l’être humain. Physiquement, le Hara est un point situé à cinq centimètres (ou trois doigts) au-dessous du nombril et qui porte le nom de Tan-Den. »

    http://www.neobienetre.fr/yoga-et-si-nous-aimions-notre-ventre/

    http://www.massadom30.fr/content/17-le-hara

      1. Non hara « qui rit » nous « sauvera », par ce qu’il se marre, c’est l’inverse , l’humour est subversif……   🙂

  10. Ouhlala ! faut pas trop nous prouver que nous sommes suicidaires, car après tout ne sommes-nous pas le seul animal raisonnable ? et quand « on » est raisonnable « on » ne se suicide pas quand même, non ?

    D’ailleurs, une fois suicidé c’est qui qui raisonne, hein ?

    Je pose la question.

    A moins que nous ne soyons qu’un animal raisonnant à posteriori… pour rationaliser j’veux dire…

    Là effectivement y’a p’tête à creuser.

    Et si les déchets nucléaires ça s’rait comme euh, comment j’veux dire, euh, une illustration, oui voilà, de euh, ben de notre euh, comment j’veux dire, euh… ludicité, ah nan, lucidité, oui voilà, c’est ‘xactement ça : « on » refoule car euh, bin « on » sait pas quoi n’en faire. C’est les autres, quoi.

    Voilà.

    Hein ?

    Non !

    Ah bon…

     

  11. On notera au passage que le recours éventuel aux trois religions monothéistes ne nous aide pas vraiment , car dieu n’avait rien trouvé de mieux que de demander à Abraham de sacrifier l’un de ses fils , pas forcément le même selon le coran , mais enfin il fallait bien de se faire le seul héritier de ce vieux barbu et de sa progéniture ., et de s’accaparer les lieux saints fondateurs !

    François , toi qui vénères la « filiation » ( clin d’œil à La Baleine ), viens un peu t’expliquer .

    Heureusement que le corps prime sur l’intention !

    1. juannessy, vous écrivez:

       » On notera au passage que le recours éventuel aux trois religions monothéistes ne nous aide pas vraiment ,… « 

      osons aller un petit peu plus loin, en oubliant le dévoiement qu’implique ce recours, et en disant qu’il n’est pas besoin de religion pour  » pécher « .

      Nous sommes bien, avec notre « Systéme » en train de « manquer le but »…

      1. @doque :

        C’est bien pour ça que j’avais conclu en laissant au corps le soin de déterminer le but à atteindre et la meilleure façon de ne pas le manquer .

        Mais j’ai déjà donné ma version de la manifestation du corps qui répond à ça .

  12. Une idée du film Johnny s’en va t-en guerre de Trumbo, me vint à l’esprit: une démocratie partie en guerre est un système qui permet aux plus vieux de survivre en faisant mourir les jeunes, qui ignorent les origines du conflit.

    A croire que nous sommes en train de faire la même chose, actuellement. Nous polluons l’air, l’eau, la nourriture qui nous affectent. Des sources de santé indiquent que les futures générations vivront moins bien que les précédentes. Le tout dans un contexte de crise identitaire où on laisse les inégalités persister au nom de la concentration du profit. Je parlais, il y a peu de temps, avec une pharmacienne en industrie qui m’indiquait que des médicaments existent pour soigner très efficacement des maladies, mais ces médicaments sont tellement efficaces que les lobbies pharmaceutiques les interdisent pour que les maladies continuent d' »être rentables économiquement ». Car le but d’un entreprise, c’est le profit. Et aujourd’hui, il suffit d’un chèque pour acheter l’éthique !

    Le problème n’est pas le « progrès technique » (robots, logiciels) ou même la Science, mais le rapport que la technocratie entretient avec. Il faut changer le contexte. Nous avons besoin d’un contexte vertueux, sans rentabilité économique et sans spéculation – l’humanité doit cesser de jouer au casino, c’est fini ça, surtout lorsque l’on joue avec la vie des gens.

    La question se pose: Que faut-il faire pour changer les choses ? Ne plus voter pour tout bloquer ? Faire de la désobéissance civile ? La révolution, au risque d’installer un régime de terreur ? Parler avec « Raison » face à des Don Quichottes ?

    Nous devons tous nous mobiliser et faire prendre conscience que nos politiciens vivent de la politique, et non pour la politique… Il faut changer le logiciel, il est périmé et nocif.

    1. Il ne suffit pas de vouloir changer les choses, mais de comprendre ce qu’il faut faire pour les changer (pour quoi faire est une autre question…)

      La première est de prendre le pouvoir économique, qui est aux mains des friqués depuis 1789.

      Car le pouvoir économique décide de tout. Absolument de tout, c’est lui qui contrôle les médias qui font l’opinion, c’est lui qui présélectionne les candidats finalistes des élections présidentielles, c’est évidement lui qui décide de ce qu’on va produire et détruire, bref le pouvoir économique décide de la survie de l’espèce, qu’il fait actuellement passer après les profits financiers !

      Or, le Pouvoir économique est dans la Propriété des Ressources primaires, actuellement privée! (nous ne sommes pas en démocratie, qui n’est qu’une façade, quoique si le peuple devenait lucide…)

      L’objectif premier est donc de transférer cette propriété à la collectivité.

      En fait, c’est très simple, et peut se faire sans spolier personne. Il suffit juste d’en convaincre l’opinion, et de le faire.

      Pour la suite, c’est du « Yaka », comme pour conquérir la Lune, et on a les moyens.

      1. Bien sûr, il faut un « idéal », une vision d’avenir avant de changer les choses, et cela sera sûrement lent – c’est déjà en route -, mais vers quel résultat ? Nul ne le sait. Changeons les choses pour les futures générations, quitte à accepter d’être moins matérialiste, moins consommateur et plus citoyen !

        En effet, la révolution de 1789, ce sont les bourgeois au pouvoir avec la culture de l’argent, d’un certain humanisme qui place l’Homme un peu (trop) haut face à la nature (sauf Rousseau peut-être). Et il faut expliquer cela au gens, contextualiser, pour montrer que nous pouvons nous diriger vers autre chose. Car l’aspect économique est devenu pervers dans la vie quotidienne de beaucoup de gens… La fameuse croissance ! Notre religion dont on prie pour qu’elle arrive un jour!

        Cependant, il est difficile de dire si nous sommes dans une démocratie ou une oligarchie financière totale. Des alternatives éclatent mais timidement.

        Et il faut poser la question de la propriété privée, vous avez raison. La dimension d’anarchie positive de Proudhon est intéressante: la propriété va à ceux qui se trouvent sur le lieu de travail, par exemple, et on ne supprime pas l’État ! On le garde afin d’harmoniser cette opération. Donc adieu le bling-bling, l’aspect people,… mais il faut changer le logiciel économique, et cela sera long dans les esprit des gens; il y aura de l’anomie comme Merton la définie: décalage entre les buts initialement fixés par la culture et la réalité sociale (pour faire vite).

        L’Occident doit faire le point sur sa situation et voir que l’homo œconomicus n’était qu’un mythe… qui devient dangereux pour la survie de l’espèce toute entière. Il faut un nouveau contexte vertueux, on ne peut pas attendre tout d’un individu, d’un héros, cela sera collectif !

      2. Non Cyril,   c’est une idée fausse que de croire que l’on puisse « accepter d’être moins matérialiste, moins consommateur et plus citoyen  »
        Ce n’est pas comme cela que ça marche, ou alors c’est très marginal.

        Notre comportement est, pour l’essentiel, imposé par le système dans lequel nous vivons.

        Ainsi des millions de personnes vaporisent du gas oil matin et soir pour aller « travailler » car, le système le veut.  Preuve en est que celui qui refuse, est exclu du système…

        De plus, le « travail » gaspille souvent de précieuses ressources, sans parfois rien produire d’utile,  sinon participer au système. (la Pub, la Finance, …)

        Les solutions ne sont donc pas à rechercher au niveau du comportement de l’individu, mais au niveau du principe même du système économique capitaliste dont la finalité  n’est pas de satisfaire les besoins réel, comme on pourrait le penser, mais  de maximiser les profits!

        Satisfaire les besoins réels n’est qu’une conséquence de moins en moins vraie d’ailleurs !

        Les conséquences sont de plus en plus négatives, a tel point que l’on détruit la planète!

        Et c’est donc CE système qu’il faut remettre en question. Le comportement de l’individu suivra en conséquence.

        Et n’oubliez pas que le Pouvoir est dans la Propriété des Ressources primaires!  Autrement dit ce sont les grands propriétaires qui décident de tout dans CE système. Et surement pas nous. Nous on fait comme on peut.

  13. Une question qui me turlupine : de la pensée nait l’action ou l’inaction ? Pendant que nous réfléchissons tous ensemble, le train avance. Il va dans le mur, j’en suis convaincu, si rien ne change.

    Mais diable, le système s’auto-corrige par petites touches imperceptibles. Le train déraillera quand même, c’est stupide mais c’est ainsi. Ceux qui voient l’accident n’ont aucun pouvoir (l’argent) pour appuyer sur les freins, c’en est ridicule, désarmant. Ceux qui essayent doivent composer avec ceux qui accélèrent, un comble. Pauvre Michel Barnier !

    Je terminerai par un point mineur qui m’interpelle. Face à la volatilité des marché dont ils sont responsables, les joueurs du casino refusent la seule mesure qui leur permettrait de ne pas stresser comme des malades (tout en gagnant de l’argent c’est vrai). La taxe Tobin à faible dose amortirait la volatilité du système. Ils le savent, ne savent pas comment présenter la mesure honnie qui leur permettrait de faire autant si ce n’est plus de bénéfice. Attendons la suite.

    Si la taxe Tobin est adoptée, on peut s’attendre à une augmentation des bénéfices des joueurs du casino. Elle sera donc adoptée car je ne vois pas un banque isolé acceptant de mettre un amortisseur de volatilité dans son propre modèle, car elle craindrait que les autres banques n’adoptent d’autres lois d’amortissement qui lui feraient perdre le bénéfice de sa propre loi.

    Je ne sais pas si je suis clair. C’est la première fois que mettre de l’huile dans les rouages va à l’encontre du but recherché !

  14. J’ai posté plus haut le lien du livre de Alexander S Neil.peut-être ne l’avez vous pas vu. Sa méthode consiste pour l’essentiel à laisser les gosses faire ce qu’ils ont à faire et à les éloigner le plus possible de leurs parents. Parents qui se trouvant du coup sans plus personne à embêter iront faire ce qu’ils savent le mieux faire dans des endroits prévus pour se faire on ne peut qu’en rêver

  15. « Ô vous, Générations futures ! Nous vivons à vos crochets aujourd’hui et nous vous léguons une poubelle explosive très chère à entretenir, tout en vous privant des moyens de vivre de votre travail. Non, ne nous remerciez pas : c’est avec un très grand plaisir ! »

    Signé : Aprèsmoi Ledéluge

    Et oui, the dark side of the moon, dérangeant et pas hypocrite, c’est l’heure du réveil, tant mieux, il était temps !

    Bon, on ne fera pas hara kiri pour autant..      😉

    La différence entre le «seppuku» et le «Hara-kiri» :

    « Quant à l’étymologie du mot, c’est bien dans le « hara-kiri » que l’on va trouver une signification . En japonais, « hara » signifie « ventre ». Mais il est souvent employé pour parler du centre de gravité, le point d‘équilibre du corps, où sont concentrées les forces vitales. Ce centre se trouve à l’intérieur de l’abdomen: entre, d’une part, quatre centimètres environ (2 ou 3 doigts) sous le nombril et, d’autre part, la cinquième vertèbre lombaire. Le «Hara» est le noyau de l’énergie vitale, de la force instinctive ou ki. Dynamiser l’instinct commande de vivre en harmonie, avec la nature, en chacun de nous comme à l’extérieur, car je suis dans la nature et la nature est en moi. »

    http://nipponaka.free.fr/dossier%20seppuku.htm

    Je me joins à juanessy : BIENVENU Vigneron. 🙂

    1. Hara : le ventre, Kiru (kiri) : couper.

      Seppuku : c’est la même chose mais en utilisant la prononciation chinoise.

      Je n’ai aucun mérite, j’ai vécu quelques années au Japon.

  16. Effectivement Pierre-Yves, c’est même là la signification du TINA. Et l’effondrement se poursuivant, nous venons de passer au TINA 2.0 avec le rajout de l’amendement « il n’y a pas de choix démocratiques contre les traités européens ».
    Lire en filigrane : « seule la violence armée d’une révolution -forcément sanglante- et aux résultats -forcément catastrophiques- peut maintenant changer le système ». Je suppose que dans la tête des pitoyables ‘maitres du Monde’, cela constitue le piège parfait : « Voulez-vous perdre le peu que vous avez, voulez-vous le couvre-feu, la loi martial et les lois d’exception contre les ennemis de l’intérieur ? »
    « Non bien sûr. Alors TINA ! »
    Sauf que bien entendu, à force de concentration de richesses et de régressions sociales, viendra forcément un moment où celles et ceux qui estimeront n’avoir plus rien à perdre, seront les plus nombreux.
    Bref, que nous le voulions ou non, nous glissons inexorablement vers la violence. Et comme je ne vois vraiment pas ce qui pourrait arrêter le processus, je me dis qu’en comprendre les causes et les expliquer sans cesse au ‘grand public’, permettra –éventuellement- de contenir la violence lorsqu’elle sera là.
    Tout cela relève sans doute du vœu pieux, mais au moins cela aide-t-il à lutter contre le sentiment d’impuissance que tu décris si justement.
    C’est déjà ça…

  17. En fait , dans les expressions courantes , on souhaite plutôt  » gloire à » aux puissants , ou aux « lumières » du présent . La gloire  » immortelle » est celle de nos aïeux .

    On ferait donc mieux de souhaiter « longue vie à » nos générations futures , mais , sans se forcer , on notera malgré tout , que cette gentillesse est le plus suvent réservée aux rois et aux vieillards en fin de vie .

    God save the kids !

  18. Peu en rapport avec ce billet:

    PJ cite souvent Alain Supiot et nous invite même à lire « La gouvernance par les nombres ». AS a fait une conférence d’une heure qui, j’imagine, donne l’essentiel de la teneur de son bouquin. C’est, par exemple, ici:

    http://www.iea-nantes.fr/cn/conferences/actualite_553

    Je trouve que AS a beaucoup plus de sympathie que PJ pour Platon et Pythagore!

    Point de basculement à 34′ (très belle citation, pour moi, de Simone Weil) entre les maths de l’intelligibilité, avant et celles de la maîtrise, après, pour moi en rapport direct avec la coupure galiléenne: de mathématiques à visée herméneutique, essayant de comprendre le monde, on passe à des mathématiques à visée démiurgique, dont le but affiché est de le maîtriser.

    Savoureuse égratignure par AS de Galton et, à travers lui Darwin!

    Peut-être PJ ouvrira-t-il les commentaires sur un billet qu’il consacrera à la pensée de Supiot?

    1. « Je trouve que AS a beaucoup plus de sympathie que PJ pour Platon et Pythagore! »

      Nom d’une pipe ! arrête un peu avec ce genre de gamineries lapinos.

      Va sur Pharmakon.fr : Stiegler, lui, il adore Platon et il te comblera – je pense – avec ses explications de textes fort passionnantes au demeurant.

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