Piqûre de rappel : De surprise, il n’y en eut point…, par Michel Leis, le 24 mars 2014

Billet invité. Originellement publié le 24 mars 2014.

On peut déplorer les résultats, se consoler de quelques batailles que l’on n’a pas perdues, se cacher derrière le taux d’abstention record, spéculer sur les possibles réserves de voix qui pourraient être mobilisées, en ignorant superbement le fait qu’une masse de personnes aussi significative sur le plan statistique présente peu de chance d’avoir un comportement radicalement différent du reste de la population, rien n’y fait. Le résultat d’hier est tout sauf une surprise.

Marine le Pen a gagné la première bataille. Si elle double la mise aux élections européennes (la mère des batailles) en mai prochain, la messe sera dite. Sauf accident de l’histoire, il faut se préparer à voir ce qui semblait inconcevable pour beaucoup, l’arrivée d’un président d’extrême droite en France en 2017. L’attitude des médias changera à son égard (on ne peut ignorer ce que dit une part croissante de nos concitoyens, n’est-ce pas ?), un certain nombre de jeunes Rastignac carriéristes qui hésitaient à se lancer dans l’arène politique au côté du FN vont finir par rejoindre cette machine à gagner et fournir cette ossature locale qui fait encore défaut au parti de MLP. Ils fourniront aussi un contingent d’expert à la manière Cahuzac (qui devait tenir des raisonnements similaires avec le PS il y a 25 ans…).

On peut chercher les responsabilités. Mais en fait on peut surtout résumer la situation actuelle en quelques questions très simples :

Pourquoi le peuple de gauche irait voter pour un Parti socialiste qui mène une politique de droite ?

Pourquoi le peuple de droite irait voter pour l’UMP alors que le discours n’est plus qu’une copie conforme du discours du FN (à part sur le plan économique, mais la gauche fait le travail très bien…) ?

Pourquoi laisse-t-on le FN occuper le terrain social alors qu’il n’a aucune légitimité historique ou programmatique pour tenir un tel discours ?

Pourquoi aucune formation n’est capable d’émerger à la gauche du PS en offrant enfin une vision nouvelle, sans s’enfermer dans des enjeux politiciens ?

Il règne une atmosphère malsaine en France : au mieux l’indifférence, le plus souvent la peur, l’aigreur et la rancœur. Ces sentiments sont devenus les éléments majeurs du choix des individus. Que de tels sentiments se développent conjointement avec les inégalités n’est pas surprenant. Mais il ne faut jamais oublier que cette inégalité croissante est cachée aux yeux du plus grand nombre sauf à travers le prisme déformant de la télévision. La rancœur se canalise donc vers le voisin, aussi misérable que soi, mais dont la différence (il  a un travail, des allocations, obtenu un crédit à la banque) réelle ou non, est perçue comme une injustice profonde. Le vrai fonds de commerce de MLP, c’est le spectacle du détricotage collectif qu’offre notre société tous les jours au coin de la rue.

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