ESPAGNE : L’ÉMERGENCE D’UNE ALTERNATIVE SE POURSUIT, par François Leclerc

Billet invité.

L’Espagne est à son tour embarquée dans un chamboulement politique au débouché incertain. Les deux partis de gouvernement qui pratiquaient l’alternance, le Partido Popular et le PSOE, ont été défaits par de nouvelles formations aspirant au changement, Podemos et Ciudadanos, qui se classent respectivement à gauche et à droite.

Aucune solution gouvernementale ne s’impose à la lecture des résultats, gouvernement minoritaire soutenu par des alliés au Parlement ou gouvernement de coalition. L’hypothèse d’une grande coalition du PP et du PSOE exclue, toutes les options butent en premier lieu sur la question nationale. Une issue à la Portugaise reposant sur un gouvernement socialiste soutenu par Podemos et les petites formations de gauche supposerait un accord sur la tenue d’un référendum en Catalogne, que Podemos accepte et le PSOE refuse. Bien que majoritaire, le camp de la droite comprenant le PP et Ciudadanos est miné par des contradictions de même nature, comprenant des partis séparatistes catalan, basque et des îles Canaries.

Ce n’est qu’une des facettes du problème. La crise politique se double d’une crise de la politique. Plus d’un tiers des électeurs se sont tournés vers Podemos et Ciudadanos qui ont en commun de faire campagne contre la corruption et pour un aggiornamento que chacun voit à sa façon. Podemos évoque l’entrée dans une nouvelle transition succédant à celle qui a permis la sortie du franquisme, qui est arrivée à son terme. L’Espagne est secouée par un profond besoin de renouveau, comme le séisme des dernières élections municipales l’a démontré en donnant parmi d’autres les mairies de Barcelone et Madrid aux héritiers des Indignés.

Mariano Rajoy a eu beau protéger le cœur de son électorat en préservant des mesures d’austérité les retraites et lâcher la bride les mois précédent l’élection, la société espagnole est profondément atteinte par les mesures d’austérité qu’il lui a imposées à la suite du PSOE, ainsi que par un chômage de masse. La crise sociale subsiste et le discours sur la sortie de la crise du pays ne peut convaincre les électeurs qui n’en voient pas les résultats. Ne se limitant pas au rejet de l’austérité, Podemos a fait campagne sur un programme prévoyant de profondes réformes fiscales et salariales, ainsi qu’une restructuration de la dette publique et de celle des familles, tandis que Ciudadanos en délivrait une version libérale.

Le gouvernement allemand a en tout état de cause déjà perdu avec Mariano Rajoy un allié de poids. Celui-ci va « tenter » de former un gouvernement, mais il annonce par avance que ce ne sera pas facile. L’Espagne va d’une manière ou d’une autre rejoindre le camp des pays à la recherche de marges de manœuvre au sein d’une Europe en crise.

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