Pourquoi je ne voterai pas Hollande, par Zébu

Billet invité.

On pourrait parler des échecs économiques et sociaux de l’exécutif actuel, pourtant considérables, qu’on n’aurait toujours pas fait le tour de la question. Des échecs d’ailleurs dont on ne parle plus qu’une fois par mois, quand les statistiques du chômage sont livrées : comme quoi, l’état d’urgence et le projet de loi constitutionnelle ont quand même une utilité politique…

On ne pourra pas parler de reniements cependant car il n’y a pas eu vraiment de promesses qui aient pu laisser à penser que l’on pourrait parler de reniement en lieu et place des multiples renoncements, à commencer par l’Europe et ce, dès les premiers jours. François Hollande a fait ce qu’il avait annoncé, c’est-à-dire peu, sauf en pire.

On parle justement de cette fameuse « parole présidentielle » comme d’un Verbe élyséen qui tomberait des nues nimbée d’une aura que les gens de peu se doivent de recevoir comme d’accoutumée, humblement et dans l’espérance. Certes, briser ainsi cette parole signifierait rien moins que la fin de l’infaillibilité présidentielle, cette même parole qui pourtant proclamait urbi et orbi que le chômage allait courber enfin le dos, devant la puissance du Verbe, justement, mais sans que qui que ce soit n’ait demandé au Verbe de s’incarner si vertement, comme l’herbe repoussant après l’hiver.

Pas plus hier qu’aujourd’hui donc, nul n’a forcé la main à François Hollande, lorsque, devenu Président de la République Française, il s’en alla promettre une révision constitutionnelle pour laquelle personne n’était venu s’enquérir.

Pas plus aujourd’hui qu’hier, François Hollande, qui le fera bien un jour quand il lui faudra redescendre dans l’arène politique pour remettre son verbe au niveau du commun des mortels, n’a une parole cohérente, puisque 5 ans à peine auparavant il disait pis que pendre de la déchéance de la nationalité pour les binationaux nés français, mesure proposée alors par son adversaire de 2012, Nicolas Sarkozy.

On dira évidemment qu’entre-temps François Hollande est devenu Président de la République et que cela change tout, eu égard aux exigeances que la fonction impose, ce qui est tout de même assez pratique convenons en, surtout quand on promet, par exemple, dans son programme électoral d’avant d’être élu le vote aux élections locales pour les étrangers, mais que les conditions électorales ne l’ont jamais vraiment permis. La faute à pas de chance, sans doute : ce vote FN, vraiment, c’est insupportable …

On dira surtout, à meilleur escient, qu’entre-temps, il y a eu des attentats et qu’il y a désormais LA GUERRE. Pratique chose que voilà, la guerre, qui d’un coup, d’un seul fait d’un renoncement au verbe un Verbe élyséen dont on ne saurait se dédire (surtout quand on ne lui a rien demandé).

On aurait pu parler du Président de la République qui convoqua au 11 janvier de cette même année le ban et l’arrière ban de la planète pour encenser la défense de la liberté d’expression, une liberté qui peine à s’exprimer aujourd’hui, entre assignations à résidence, perquisitions à toutes heures du jour ou de la nuit et interdiction de manifestations diverses et variées d’un état d’urgence toujours présent.

On admettra que l’instauration de l’état d’urgence pendant les 12 jours était véritablement nécessaire, mais que son renouvellement ne l’était pas, de l’avis même de ceux qui pouvaient en avoir besoin (policiers, renseignements, …) et qui (encore une fois, décidément) n’avaient rien demandé, sauf sans doute pour le pouvoir exécutif qui instrumentalisa ainsi à plein la peur naturelle des citoyens qui s’en allèrent voter aux régionales, finalement pas si pire pour le dit pouvoir exécutif.

On dira surtout, par delà les analyses déjà réalisées, sur ce blog même, et partout ailleurs sur internet par de multiples juristes, une chose assez simple, finalement : , pendant l’état d’urgence (justement), pour réviser … l’état d’urgence ! La seule urgence qui apparut ainsi fut l’urgence manipulatrice et politicienne d’un pouvoir aux abois électoraux.

On peut, on doit même pouvoir réviser une Loi fondamentale, a fortiori sur une question difficile comme l’est l’état d’urgence, mais certainement pas par cette forme, et encore moins sur ce fond.

Quant à l’argument utilisé par ce pouvoir qui veut faire en sorte de rendre ainsi plus difficile l’utilisation de l’état d’urgence par des pouvoirs moins respectueux des droits et libertés fondamentales, il est spécieux et pervers. Spécieux, car rien n’interdira un tel pouvoir une fois advenu d’utiliser l’état de siège (article 36 de la Constitution), puisque … nous sommes en guerre. De deux choses l’une : ou nous sommes en guerre comme le clame à qui veut l’entendre l’exécutif et le dit pouvoir ‘malveillant’ utilisera cette rhétorique pour user de l’article 36, ou nous ne le sommes pas, et dans ce cas, il n’y a pas urgence à réviser … l’état d’urgence. Pervers, parce que cet argument laisserait accroire que le Front National (puisqu’il s’agit de lui) est aux portes du pouvoir d’ores et déjà et que le pouvoir en place a abdiqué toute volonté de lutter contre celui-ci, convoquant dans l’urgence le Parlement pour réviser à toute hâte l’état d’urgence, entretenant ainsi à la fois la psychose électorale quant au FN, qui lui servira in fine.

On pourrait parler enfin, si tant est qu’on ne nuise pas aux intérêts de la Nation, de la déchéance de la nationalité pour les binationaux reconnus coupables de crimes visant la vie de la Nation. Contrairement à ce qui proclamé partout à ce sujet il n’est pas question de remise en cause du droit du sol contre le droit du sang et Manuel Valls a bien raison d’affirmer que cela n’a rien à voir.

Ce qui a tout à voir par contre, et contrairement à ce que proclame, faussement, le Premier Ministre, c’est que la définition de la nationalité par l’extrême-droite n’est pas focalisée sur le droit du sang mais bien sur la fin du multiculturalisme, c’est-à-dire, notamment en ce qui concerne ce qui définit la communauté, la binationalité.

On devra ainsi dire que pour une fois, un gouvernement de gauche rétablit l’égalité entre le droit du sol et le droit du sang par cette extension de la déchéance aux Français nés Français, quand auparavant seuls ceux qui avaient acquis cette nationalité en étaient potentiellement concernés. Mais ce faisant, par cette nouvelle égalité, le pouvoir exécutif constitue une nouvelle et massive inégalité entre les Français ayant leur seule nationalité, qui ne seront pas concernés par cette extension (au risque d’apatridie) et les Français ayant plusieurs nationalités.

Or, selon Patrick Weil, la suppression de cette tolérance, réellement républicaine parce qu’intégrationniste, de la binationalité a depuis le début du 20ème siècle toujours été un des objectifs de l’extrême-droite, maurassienne d’abord, puis vichyste ensuite et enfin portée par Jean-Marie Le Pen et ce dès 1989, l’intégrant même dans son programme présidentiel de 2007.

Pour quelles raisons ? Simplement parce que la conception de l’extrême-droite, qui n’a pas toujours été fondée essentiellement sur le droit du sang, se fonde sur une définition restrictive, assimilationniste, culturaliste, ethniciste d’une communauté nationale définie par la nationalité, dont on trouve sans surprise les relents dans les politiques coloniales menées par cette même République, et son envers, l’inassimilable, avec le Code de l’Indigène.

Dès lors, c’est bien un des buts, culturel, de l’extrême-droite que l’exécutif actuel a fait intégrer comme potentialité dans son projet de Loi fondamentale. Que l’on se rassure et que les binationaux aussi, ces quelques 3,3 millions de Français possédant une autre nationalité selon l’INED : seuls les criminels reconnus du crime d’atteinte à la vie de la Nation seront concernés.

Mais c’est bien une victoire politique du Front National que d’avoir pu ouvrir une première porte, qui cache la véritable porte qui suit, à savoir la suppression de la binationalité. Qui pourra dire, si demain malheureusement de nouveaux attentats devaient être commis, quelles ‘exigences’ le Front National portera devant l’exécutif, si ce n’est la binationalité, puisque c’est bien sa suppression qui sera nécessaire et réellement efficace quand la charge symbolique seule aura ainsi prouvé toute son inefficacité ? Qui pourra alors dire qu’il sera surpris et dénier le précédent pris (sur lequel évidemment le FN s’appuiera en temps voulu), certes symbolique (mais en politique, tout est affaire de symboles), de la déchéance de la binationalité pour crimes ?

On nous parlera alors de ‘faire barrage’ au Front National, avec ceux-là même, cet exécutif autiste et manipulateur, quand objectivement il n’aura rien tant fait que construire une écluse, pour pomper les voies d’eau à droite et faire ainsi monter le Front National de son étiage déjà passablement élevé précédemment (du fait des échecs répétés du dit exécutif), en détruisant les fondations symboliques d’une des bases de la République actuelle, à savoir l’intégration et l’acceptation de la pluralité culturelle comme richesses et non comme risque …

On dira, enfin, que l’intégration de la déchéance de la nationalité pour les binationaux est une manœuvre politicienne pour masquer le véritable objet qu’est l’état d’urgence, cet état pervers de déclarer sans cesse l’urgence, ou que la mesure tombera d’elle-même quand l’exécutif mesurera réellement l’opposition à celle-ci, notamment dans ses rangs, ou que suite aux régionales l’exécutif ne veut rien tant que recomposer sa majorité derrière une union nationale, qu’il dirigera certes, mais pour le bien de tous.

On dira tout cela à raison sans doute, mais ces raisons sont peu importantes au regard de la résultante.

Si ce projet est voté, l’exécutif en portera la responsabilité.
Si ce projet est rejeté, même partiellement, il portera de toute façon la responsabilité de l’avoir proposé et d’avoir ainsi divisé la Nation, a contrario de ce que le Verbe élyséen énonce, ou souhaite. Il portera aussi la responsabilité de sa manipulation politicienne, de sa posture de pyromane-pompier que naguère il dénonçait tant et si bien chez Nicolas Sarkozy, ce machiavélisme à petit bras qui fonde aussi bien l’abstention que le vote Front National chez les citoyens écœurés par de telles pratiques.

Pour toutes ces raisons, je ne voterai donc pas pour Hollande, ni pour Valls, ni pour tous ceux qui composent ce Parti zombie qu’est devenu le PS, pas donc pour l’exécutif et son action en cours, que Thomas Piketty n’hésite pas à qualifier d’« infamie ».

Dès lors, il relève de la responsabilité des citoyens de faire barrage, pour le coup, à ce qu’une telle écluse à Front National ne soit construite avec cette révision constitutionnelle, qui ne résoudra évidemment rien au problème d’un terrorisme dont une minorité de terroristes seulement sont des binationaux et dont une majorité sont … des nationaux, une révision dans l’urgence de l’état d’urgence qui doit faire se faire frotter les mains Daech : combien de divisions ?

Mais dès lors aussi, il relève des politiques, actuels et à venir, à gauche ou simplement démocrates, de relever la proposition de Piketty d’une primaire de candidats pour les présidentielles de 2017, afin que l’on puisse sortir du piège mortifère dans lequel l’exécutif et le Front National tentent de nous restreindre à leur seul profit, afin que l’on puisse enfin débattre du véritable échec de l’exécutif (et de l’échec futur du Front National) et des solutions à y apporter, seule voie de sortie par ailleurs pour tous les Français du traumatisme subi cette année : qu’ils soient binationaux ou pas, qu’ils soient de gauche ou de droite, démocrates, du moment qu’ils n’appartiennent pas à l’exécutif et à son Parti zombie.

C’est tout le mal que je me souhaite et que je vous souhaite, pour cette année 2016 qui s’en vient !

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