LE TEMPS QU’IL FAIT LE 18 FÉVRIER 2016 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 18 février 2016. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le jeudi 18 février 2016. D’habitude, je fais la vidéo un vendredi, demain, je serai en route, parce que je devrai parler, samedi matin tôt, à 9h30, à Bruxelles. Je participe à un double débat, avec Bruno Colmant et ensuite avec Etienne de Callataÿ, sur le thème défini par le Parti Socialiste de Bruxelles (section bruxelloise) : Colloque Emploi – « Multiplier les emplois de qualité au 21ème siècle, c’est possible ! »

Alors, est-ce vraiment possible ? Heureusement, c’est un parti socialiste qui organise l’événement, et par conséquent, eh bien, on ne sera pas trop surpris, quand même, si je dis que dans le cadre capitaliste, ça me paraît bien bien compliqué ! Enfin voilà, je me prépare, je lis les rapports les plus récents. Je prépare également un billet sur le même sujet pour la revue Trends-Tendances. Je suis allé voir un petit peu tout ce qu’on dit sur la robotisation : ce qu’on dit, je dirais, de manière informelle, et des supputations également, et voilà. Si vous êtes à Bruxelles samedi matin, n’hésitez pas (j’espère qu’il y aura un enregistrement aussi) !

Et puis, j’en profite, dans la soirée, comme on fait souvent le samedi, à Bruxelles, on se réunira, les Amis du blog de Paul Jorion se réuniront au café « Le Vicomte », à partir de 17h30, 18h. Spaghetti à [19h30], bolognaise ou avec sauce aux légumes pour ceux qui préfèrent autre chose. Voilà.

De quoi est-ce qu’on va parler au Vicomte ? Eh bien, je vais en dire un mot avant de passer à ce que je voulais dire ensuite. On va parler de DiEM25. Voilà. Je lisais tout à l’heure, c’est un papier [écrit] par Frédéric Lordon, qui est violemment contre cette tentative, faite à l’initiative de Varoufakis et un certain nombre d’autres personnalités, d’aller à Bruxelles et d’essayer de changer l’Europe telle qu’elle est. Les arguments de Lordon, ce sont des arguments qu’il a souvent émis. Il se défend contre l’idée qu’il aurait une position souverainiste, mais il est partisan d’un retrait, d’abandonner la zone euro telle qu’elle est. Alors, qu’est-ce que fait monsieur Varoufakis ? Lui, il propose d’aller mener le combat là où il a lieu. Il propose qu’on aille se battre là où les choses se passent en réalité. Moi, j’ai le sentiment qu’il a raison, que c’est ça qu’il faut faire. Les transnationales décident de ce que nous allons faire. Nos gouvernements ont des calendriers ou des agendas qui sont définis au niveau européen, de manière générale maintenant. Pourquoi ? Parce qu’au moins, au niveau européen, on peut parler à égalité avec les transnationales qui ont décidé de ce que nous allons faire. C’est là que ça se passe. C’est là, je crois, effectivement, qu’il faut aller, et c’est sur ce terrain-là qu’il faut aller se battre.

Evidemment, il faut qu’on coordonne nos efforts ! Je vois qu’il y a eu une initiative, c’était hier : Quantitative Easing for People. Malheureusement, je vois qu’il n’y a que des Anglais qui se sont invités entre eux. Ce n’est pas comme ça qu’il faudrait faire ! Si on veut vraiment faire l’Europe au niveau européen, eh bien, il faut qu’on commence à parler entre nous. Ce n’est pas évident ! Ce n’est pas évident, parce qu’il y a l’obstacle des langues, mais je crois effectivement que c’est là qu’il faut aller se battre.

Donc, eh bien, on discutera de ça, voilà, au Vicomte. Il y a quelqu’un qui m’a proposé : rallier le Vicomte au DiEM25 de Varoufakis. Alors peut-être que tout le Vicomte, le café avec ses meubles, avec les bouteilles, tout ça, va se rallier à la cause de ce DiEM25. Je crois que c’est un bon projet. Je ne sais pas si je vais répondre point par point à Lordon. Il faut peut-être le faire, mais il faut s’occuper de ce qui est en train de se passer.

Parce que les choses ne vont pas bien ! Même l’Europe, même cette Europe (j’allais dire : « troïkesque », mais dans la troïka, il y a aussi le Fonds Monétaire International), Commission Européenne, Parlement Européen qui n’a pas beaucoup de pouvoirs, Banque Centrale Européenne, tout ça aussi, il faut bien le dire, est en ordre de bataille, et tout ça, l’Union Européenne, est en retraite.

Est-ce que [l’espace] Schengen va encore subsister ? C’était il y a pas mal de mois, c’était à l’automne dernier, j’étais dans un train, c’était un Thalys, entre la Belgique et la France ou entre la France et la Belgique, je ne sais plus dans quelle direction, mais toujours est-il que passe un certain nombre de personnes véritablement surarmées, dans les wagons, qui nous demandent nos papiers. Et je demande en souriant à la dame qui me demande mes papiers : « Est-ce que Schengen, c’est terminé ? » Et elle me dit : « Non non, c’est des choses de routine, comme ça arrive toujours ! » Euh, honnêtement, je n’avais jamais vu une patrouille surarmée de ce type-là auparavant, alors que je prends quand même assez souvent ce train. Ça fait exactement 69 ans que je le prends – enfin, pas le Thalys exactement, mais enfin, le train entre Bruxelles et Paris – et je n’avais jamais vu ça. Schengen est en très mauvais état. Il y a un problème de réfugiés qui est un problème évidemment massif. Ça touche des millions de personnes (peut-être pas des millions, mais au moins un million), et on discute de tout ça dans les marges, en faisant des comptes d’apothicaire, en se demandant si on ne peut pas mettre un tréteau quelque part pour enregistrer les gens qui passent… Enfin bon (on met surtout des barbelés !), la réponse n’est pas à la hauteur du problème.

Pendant ce temps-là, la cause de cet exode massif, en particulier venant de la Syrie, tout ça est une plaie purulente qui est en train de… Voilà, je faisais la remarque l’autre jour : la Turquie est contre les Kurdes, les Kurdes, c’est nos alliés à nous, et quand je dis : « nous », je veux dire l’Europe plus les Etats-Unis, les Russes ne sont pas tout à fait contre non plus, mais pendant ce temps-là, eux bombardent des hôpitaux probablement (j’ajoute toujours « probablement », parce que tant que ce n’est pas certain…). Et tout ça sur un fond, parce que quand il y a des articles sur le sujet, on vous montre, on vous dit, bon, voilà : il y a un Sunnite qui dit : « On va avoir la peau des Chiites une fois pour toutes ! » Quand c’est un Chiite qui parle, il dit : « On va avoir la peau des Sunnites une fois pour toutes ! » Tout ça sur fond d’un truc qui date de plus de mille ans. Une vendetta, une vendetta. La particularité des vendettas, c’est que plus personne ne se souvient de quoi il s’agissait au départ. C’était parfois… Vous savez, il y a eu la Guerre de la vache. Je crois que c’était entre la France et la Belgique, ou un truc comme ça –[P.J. : entre Liège et Namur]. Il y avait une vache qui était passée d’un côté à l’autre d’un pré, enfin bon, et puis, voilà. Et puis on a des morts à cause de ça. Notre espèce est toujours prête à retrousser ses manches pour aller à la castagne. J’ai fait une remarque, l’autre jour, sur le fait que, eh bien, moi-même, en tant qu’individu, je suis susceptible aussi, voilà, de me mettre hors de mes gonds… Ah oui, et à ce point de vue-là, vous avez vu le pape, là ? Je crois que c’était hier ou avant-hier, il se met à engueuler un type, là, parce que le type l’avait fait tomber sur quelqu’un qui était sur une chaise roulante, et le pape lui-même, le souverain pontife, il n’hésite pas… On voit que c’est un gars, dans une bagarre de rue, eh bien, il ne serait pas entièrement à son désavantage ! Est-ce que ça fait plaisir ou non ? Oui, peut-être, vis-à-vis de l’individu, il a un aspect, comme ça, qu’il ne se laisserait pas faire, mais c’est quand même, voilà, c’est le trait de notre espèce. Et [c’est] ce qui me conduit à ce dont je voulais vous parler.

On m’a envoyé hier, c’est Gervaise Ropars. Elle est venue, une fois, je l’ai vue un jour au Vicomte. Et elle m’envoie un message, et ce message, c’est un message qui parle des droits : des droits de l’homme, des droits de la femme, des droits des enfants, et qui dit : « Est-ce que tout ça fera encore partie du ‘package effondrement’ ? » Et c’est de ça que je voulais vous parler. Il y a effondrement. Il y a effondrement, de tous les côtés. Il n’y a pas que l’Europe, il n’y a pas que le Moyen-Orient. On a des systèmes économique et financier et on ne sait pas comment les réparer. Enfin, moi, j’ai quelques idées, mais ce n’est pas des idées qu’on peut mettre en application comme ça : il faut encore du boulot pour convaincre les gens, et pour que le rapport de force s’inverse en faveur de ce genre de solutions. En attendant, on voit surtout les signes de l’effondrement. C’est en train de… Voilà, on avait atteint un certain niveau de complexité, on était très contents, et on s’est dit, purement et simplement : « On va rester sur des rails, on va se mettre à ce niveau-là, et puis on va continuer comme ça », en oubliant, en oubliant un certain nombre de choses. Que l’invasion de l’Irak, c’était parce qu’on voulait voler leur pétrole – ce n’est pas quelque chose qu’on a découvert après, regardez (enfin, ce n’est pas mes billets ici !) des choses que j’ai écrites avant, à l’époque. Pourquoi on le faisait ? C’est pour le pétrole, et ça ne date pas d’hier. La déstabilisation de l’Iran, de monsieur Mossadegh en Iran, pour faire venir le shah d’Iran – qui n’était pas une bonne idée – c’était aussi parce qu’il y avait du pétrole. Ça ne date pas d’hier, qu’on se bat pour des ressources en prétendant que c’est pour des grandes causes humanitaires. Ce n’est pas tout récent ! Les Trente Glorieuses se sont terminées sur une crise pétrolière.

Alors, les signes d’effondrement, bien sûr, ils ne sont pas récents, mais tout est en train de, voilà, on va avoir une « bonne guerre », probablement. On ne sait pas encore trop qui sera avec qui, mais on sait qu’on a une poudrière. Quand on voit des attentats comme hier à Ankara, quand on voit des choses qui se passent dans nos propres pays, parce qu’il y a des questions dont on savait qu’elles existaient, mais on ne voulait pas trop s’en préoccuper… Nous sommes arrivés à un niveau où nous sommes assis sur une poudrière. Ce n’est peut-être pas une mauvaise question de se demander qu’est-ce qui fera partie du « package effondrement ». Moi, je dis parfois, comme ça, voilà, je dirais, en prenant un peu de la hauteur : « On reparlera des choses importantes une fois que tout sera dégringolé et qu’il faudra reconstruire ». Mais ce n’est pas si simple, ce n’est pas si simple ! L’effondrement, c’est un processus, et il faudra qu’on survive ! Il faudra qu’on ne nous trucide pas trop si on veut encore parler après.

Donc, ce n’est pas une mauvaise idée. Ce n’est pas une mauvaise idée de soulever cette question : comment vivre pendant la période d’effondrement ? Parce que, comment les gens vont réagir, on le sait : on va acheter des armes, on va stocker ça à la maison, on tirera sur tout ce qui bouge, etc., à tout hasard, dans un contexte où il y aura des gens qui viendront d’ailleurs parce que ça deviendra le désert chez eux ou parce que l’eau monte trop vite, et ainsi de suite. Il faut y penser aussi. Il faut y être prêt, et donc, c’est pour ça qu’il faut… Lordon n’aime pas le mot « repli », voilà, parce que, voilà, les gens comme Varoufakis et comme moi (disons-le), on parle de « repli » au niveau national. Il n’aime pas cette idée-là, mais le repli, non, le repli ne va pas nous sauver.

Parce que le repli, ça va être comme dans ce film, « La Route ». On est dans un monde post-apocalyptique et il reste encore quelques personnes qui essayent de se nourrir, et elles se nourrissent en fait en assassinant les autres et en mangeant leurs corps, et on est, voilà, on est dans ce cadre-là. Ça finit quand même sur une note (vous l’avez vu ?), sur une note relativement optimiste, puisque le petit garçon, qui est seul à la fin, il y a une famille gentille qui va le prendre sous ses ailes protectrices. Voilà. Mais, c’est vraiment là qu’on en sera ? Ce n’est pas impossible, ce n’est pas impossible. Mais enfin il faut, voilà, il faut se préparer, et tout ce qu’on peut faire pour renverser la vapeur, eh bien, il faut le faire, maintenant.

J’ai parlé la semaine passée (j’en parlerai encore peut-être la semaine prochaine !) de mon bouquin qui va sortir. C’est un cri. C’est de dire : « C’est maintenant ou jamais ! » Parmi les amis du blog de Paul Jorion, il y a des gens qui poussent des cris encore plus inquiétants que le mien, parce que la calotte polaire arctique est en train de disparaître complètement. L’état de délabrement dans lequel nous avons mis notre planète est assez avancé. Nous réfléchissons, nous voulons changer les choses, nous voulons renverser la vapeur, nous voulons prendre le taureau par les cornes, mais l’horloge fait tic-tac, là, en arrière-plan. Il faut aller vraiment très très vite.

Alors, sur le blog de Paul Jorion, on va continuer ! On continue à dire : « La marée monte, l’eau monte, il faut faire attention, il faut être prêt », et aussi, peut-être, se préparer par des réseaux de solidarité, pour les moments où ça deviendra encore beaucoup plus compliqué, la vie, la vie quotidienne.

Voilà ! Allez, sur cette bonne note, si on peut dire, à la semaine prochaine ! Au revoir !

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