À la recherche d’itinéraires bis, par Jean-Francois Le Bitoux

Billet invité. À propos de Nuit Debout – Nous sommes tous invités au festin de la Res Publica, par Marie Geffroy

« Ils ne possèdent pas les outils d’analyse de ce mouvement. » « Une brèche temporelle, comme une réalisation dans la matière que l’histoire n’est pas linéaire mais plutôt un écheveau de possibles entremêlés. Comme si depuis 14 jours un fil s’était dénudé, échappé, et offrait un itinéraire bis. »

Merci pour cette invitation au printemps 2016 ! Vous faites rêvez quelques poètes qui ont croisé l’enseignement de Prigogine mais prendre position dans un monde non linéaire fait a priori peur et demande préparation et entrainement pour s’y complaire. Pendant que quelques milliers de concitoyens discutent en place publique, ailleurs une douzaine de Zélus modifient les règles de jeu des élections présidentielles. Ce ne sont qu’une des mille têtes de l’hydre Léviathan qui structure et manipule la société dans son ensemble et tout un chacun au quotidien. Bientôt ils nous obligeront à choisir entre 3 candidats qui ne plaisent à personne un grand monarque impuissant, aux responsabilités très limitées et une cour empressée de Marie-Antoinette éparpillées dans les strates bureaucratiques tout aussi irresponsables mais asphyxiantes. On touche les limites de ce qu’ils appellent la Démocratie.

Vous vivez des débats ouverts ? Eux, ils verrouillent les débats entre happy few aux statuts reconnus et aux privilèges partagés ! C’est un air de musique connu de toutes les mafias qui aiment l’entre soi et l’obscurité. « You know it takes a strong man to survive. It ain’t no accident that you’re still alive »

Entretenir les Lumières suppose pédagogie, donc patience, information, formation, soit le contraire de la politicaillerie traditionnelle qui a déstructuré la société. Il faudra du temps et des efforts pour construire un « itinéraire bis » car tout apprentissage suppose un véritable investissement personnel de tous, surtout des politiques. En attendant, ces irresponsables déroulent le tapis rouge aux pensées brunes de manière quasi mécanique puisqu’elles se nourrissent de la même ignorance voulue et soigneusement entretenue !

La pensée Citoyenne est une pensée de la culture et de la connaissance. Ni les opinions des « nouveaux philosophes », ni les sentiments du Café du Commerce ne suffisent à construire une Démocratie : il faut passer aux travaux pratiques et comme dans toute démarche scientifique testée la solidité des hypothèses de travail ! Les statuts privilégiés détestent voir tester puis évaluer leurs performances : ils risquent d’y perdre leur superbe.

Certes avec Yves Citton, on peut apprécier ou craindre que les Lumières de pédagogie consensuelle virent à la pensée « corrosive » : le doute et la critique en sont à la fois les bases structurantes et dé-structurantes.

En attendant un printemps réactif, en reprenant une expression chère à Frédéric Lordon, faut-il lancer une communauté citoyenne « 2016 Génération Y-en-a-marre » ? Au-delà de la génération Chômage, ou de la Génération « Dégage », elle prendra en compte les abstentionnistes dépolitisés mais pas résignés, qui souhaitent reprendre la parole.

Mais le Léviathan est un animal conservateur multi-résistant – comme ces bactéries qui résistent à tous les antibiotiques – et qui ne se laissera pas faire : il y a trop de privilèges en jeu qui risquent forcément de se perdre sur un itinéraire bis, mal carrossable. Voilà pourquoi le Léviathan et Marie Antoinette n’écoutent pas et préfèrent faire taire philosophes, anthropologues et scientifiques.

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