Les Britanniques disent « Reste » ou « Pars » à l’Union européenne le 23 juin – pour autant qu’il reste une UE ce jour-là !

Dans dix jours, le 23 juin, les Britanniques se prononceront par referendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne : le « Brexit ». À part ce que cela dit précisément : rester (campagne « Remain ») ou partir (campagne « Leave »), personne ne sait exactement ce qu’un départ ou un maintien peut avoir comme conséquences ni pour le Royaume-Uni, ni pour ce qui resterait de l’Union européenne. C’est ce qui explique pourquoi les clivages politiques traditionnels ne rendent pas compte du « Reste » ou « Pars » : les Travaillistes ne savent pas trop quoi en penser, les Conservateurs se déchirent, seuls les nationalistes ont une position claire : les nationalistes anglais disent « Pars », et tous les autres nationalistes, écossais, gallois, etc. disent « Reste », essentiellement pour faire ch… les autres.

Le dernier sondage sorti ce matin accorde 55% au Leave et 45% au Remain, qui aura donc bien du mal à remonter un tel handicap. Ce que cela révèle en tout cas, c’est la méfiance envers ce que De Gaulle appelait les « machins » : les organisations internationales dont l’action la plus visible est qu’« elles nous forcent à faire le contraire de ce qu’on veut ! ». Le vote du 23 reflètera donc la réponse que choisiront les électeurs britanniques à la question « Si ça va aussi mal que ça va, c’est :

« Leave » – « plutôt la faute aux autres »
« Remain » – « plutôt not’faute à nous »

Ceci explique mal bien entendu, connaissant la nature humaine, toujours prête à dire : « C’est lui qu’a commencé ! », pourquoi il reste encore tant de monde (45%) à dire « Remain ». C’est que « Leave », c’est le changement, donc l’inconnu, et « Remain », c’est continuer de faire ce qu’on fait maintenant, et là on tombe sur un autre trait de la nature humaine : « Si c’est pas cassé, surtout toucher à rien ! ».

Deux traits bien ancrés de la nature humaine en conflit, c’est bien entendu explosif, et c’est ce que pensent en particulier (et j’en arrive maintenant à ce que je veux dire) « les marchés » qui sont, depuis la fin de la semaine dernière, et ce matin en particulier, au bord de la crise de nerfs.

Les traités de « science » économique vous expliqueront que « les marchés » sont omniscients, qu’ils savent tout, que jamais depuis l’homme de Cro-Magnon un prix n’a été spéculatif (d’ailleurs, c’est bien simple : un prix spéculatif, ça n’existe pas !) : un prix ou un taux va toujours se placer à son niveau « objectif » qui, par harmonie préétablie, est toujours optimal pour le bien de tous. Alors que dans la réalité, comme nous le savons vous et moi, les marchés n’ont jamais la moindre idée de ce qui est en train de se passer : ce sont soit des couards prêts à céder à la panique à la moindre alerte, soit des harceleurs ne reculant devant aucune intimidation quand ils ont le vent en poupe.

Le monde financier est en ce moment dans les derniers dessous : les taux sont négatifs, il y a des bulles financières partout et plus de pouvoir d’achat, les mesures qui visaient à empêcher le retour d’un effondrement de type septembre 2008 ont quasi toutes été bloquées par lui, et la dernière chose dont il a besoin en ce moment, c’est un truc comme le Brexit, dont on ne sait rien sinon qu’il est gros et qu’on ignore tout de ses conséquences. Les dix jours à venir constituent du coup un champ de mines : le 23 juin les Britanniques diront « Reste » ou « Pars » à l’Union européenne, pour autant qu’il reste une Union européenne ce jour-là !

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