Échecs, par Zébu

Billet invité.

Unidos Podemos échoue (de peu il est vrai) à prendre la seconde place en Espagne, ne progressant que d’un point par rapport à décembre dernier, malgré (ou à cause de ?) son union avec le parti néo-communiste espagnol. A l’inverse, le PP de Rajoy progresse, certes sans majorité et le PSOE se maintient : le système survit, Ciudadanos a bien servi.

Les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont aussi échoué à transférer leur opposition de terrain écologique sur le terrain politique. Il est vrai que la délimitation, départementale, et la question, référendaire, ne facilitaient pas la chose. Mais il apparaît néanmoins que la cause écologique n’a pas su trouver le vecteur politique suffisamment pertinent pour convaincre lors d’un vote.

Le résultat du référendum au Royaume-Uni a démontré l’échec de l’Europe à se dissocier des politiques néolibérales menées par les gouvernements successifs, que l’on pourrait qualifier de ‘guerre aux pauvres’. Et puisque l’on pose une question aux ‘gueux’, imprudemment exposée par un Premier Ministre sous pression face aux souverainistes de l’UKIP, ceux-ci y ont répondu comme l’on sait. C’est l’échec d’une Europe sanctionnée par là où elle a fauté, c’est-à-dire au Royaume-Uni, le royaume du néolibéralisme sans entraves dont on ne peut que constater les résultats, politiquement, économiquement et socialement.

Pour ce qui concerne l’autre échec de l’Europe, l’ordo-libéralisme, il est d’ores et déjà acté depuis 2015 avec la Grèce.

De fait, il n’existe pas de tripartisme en Europe après le Brexit. Il ne reste plus qu’un nouveau bipartisme, celui opposant le parti libéral-conservateur et le parti des souverainismes nationaux, partisan d’un rupture définitive d’avec une Europe qui a échoué à dissocier son projet d’une idéologie libérale économique mortifère, au Royaume-Uni ou ailleurs, selon des modalités diverses mais aux résultats identiques. Ces échecs en incombent bien évidemment aux gouvernements nationaux, au premier chef, des gouvernements qui font maintenant face à un parti souverainiste certes éclaté parce qu’opposé entre extrêmes (gauche et droite) mais qui rallie sous sa bannière une même vision : l’euro, l’Europe, tels qu’ils sont, sont les premières causes de nos malheurs actuels.

Au Royaume-Uni, le Brexit a fracturé les différents partis en interne, tories comme travaillistes. En France, le basculement, récent, d’un Jean-Luc Mélenchon vers des thèses souverainistes, contribue à former un conglomérat d’environ 45% des intentions de vote : contre le système, contre l’Europe, celle des marchands ou celle supranationale. Ce basculement avait été précédé il y a quelques mois d’un positionnement intellectuel porté par un Jacques Sapir, qui avait déroulé son raisonnement logique jusqu’à ses fins propres : puisque l’essentiel est d’abord le souverainisme, il faudra bien un jour envisager une alliance, y compris avec le FN.

Un intellectuel comme Lordon aura beau ensuite y mettre le hola, en expliquant bien ce qui différencie les thèses d’un FN de celles des partisans d’une récupération des parts de souveraineté à l’Europe, le mal avait été fait : dès lors que l’on place le souverainisme comme pierre angulaire, il faut alors s’attendre à ce qu’un jour on en vienne au débouché logique qui mène à la position idéologique de Sapir. Car s’il y a un autre échec, c’est bien celui aussi d’un ‘lexit’ (contraction de ‘left’ et de ‘exit’), version hautement improbable d’une ‘sortie de gauche’ de l’Europe et dont on peine à voir une trace politique en Europe, en dehors de Jean-Luc Mélenchon en France et de Die Linke en Allemagne, tournant tous les deux aux alentours de 10-12%. Le Syriza au pouvoir en Grèce a refusé d’endosser une telle option, rejetée massivement d’ailleurs par le peuple grec et Podemos ne l’a jamais posé non plus ainsi.

C’est donc à ce nouveau bipartisme que seront sacrifiées les thématiques écologiques et sociales, pour une ‘dispute’ dont l’Europe sait entretenir la violence depuis la ‘dispute’ religieuse sur le niveau opportun de gestion des affaires … par un même système de représentation des peuples européens, selon que l’on prenne la facette ‘nationale’ ou la facette ‘gouvernants/marchands’.

C’est, quelle que soit l’option, un échec pour les peuples européens, qu’un tel bipartisme, quelle que soit sa forme, ne s’instaure ainsi avec le Brexit en Europe. On comprend mieux dès lors l’abstention relative de la jeunesse anglaise au référendum, placée entre deux mauvais choix.

On comprend aussi, avec les résultats d’aujourd’hui, que le système politique européen a des ressources suffisantes, en Espagne comme en France, pour tenir quelque temps encore. Mais pour combien de temps, face à ces échecs ?

L’abstention, massive, mais cette fois revendiquée, face à ces deux faces d’une même (mauvaise) monnaie pour les peuples européens, pourrait-elle comme le dit le proverbe en économie être une solution : ‘la bonne monnaie chasse la mauvaise’ ?

PS : contrairement à ce que dit Jean-Luc Mélenchon, il n’existe pas de ‘Plan B’ pour l’Europe avec le Brexit, mais un ‘Plan A’, autre version d’un même effondrement.

Partager :