De l’anthropologie à la guerre civile numérique (XIX), Notre comportement colonisateur, entretien réalisé le 21 mars 2016

Ouvert aux commentaires.

Franck CORMERAIS

Pour poursuivre la logique d’archéologie des sciences humaines développée par Foucault, le posthumanisme est considéré comme porteur d’une vision spécifique de l’anthropocène qui, de fait, sanctionne l’obsolescence des divisions disciplinaires traditionnelles. Comment envisagez-vous leur restructuration ? Vous proposez, dans l’un de vos ouvrages, de fonder une psychosociologie afin de dépasser l’anthropologie.

Paul JORION

Lévi-Strauss m’a incité à devenir un anthropologue de la finance, persuadé que cette posture aurait un jour une utilité. Ce jour fut celui où s’est dessinée l’imminence de la crise des subprimes.

Notre espèce, comprise en un sens biologique présente trois grands traits. Colonisatrice, elle envahit son environnement et le détruit par négligence. Opportuniste, elle change très rapidement de stratégies lorsqu’elle rencontre des difficultés. Cette résilience majeure est à l’origine de la multitude de technologies que nous avons inventées, y compris les plus meurtrières d’entre elles au premier rang desquelles la bombe atomique. Enfin, elle est une espèce sociale.

Le comportement colonisateur de l’être humain atteint ses limites : la capacité de charge de notre espèce par rapport à son environnement est presque épuisée et ce, d’autant plus que la population mondiale a été multipliée par quatre en un siècle.

Les hommes ont développé un nombre impressionnant de technologies – commettant au passage des erreurs absolument catastrophiques : selon la logique marchande, dès lors qu’une invention trouve acheteur, elle deviendra présente sur le marché. L’inventivité et la versatilité qui découlent de l’opportunisme manifesté par l’être humain lui ont certes permis d’allonger l’espérance de vie mais également de créer des armes de destruction massive. Cet opportunisme n’offrira-t-il pas, à terme, des outils efficaces pour enfin maîtriser son comportement colonisateur ?

Une telle perspective permet de renverser la problématique. Il ne s’agit plus de promouvoir une science purement désintéressée dont certaines découvertes font progresser, de manière accidentelle, les sciences appliquées. Notre défi serait au contraire de nous doter d’outils capables de juguler les problématiques que pose notre comportement colonisateur.

Notre essence d’espèce animale sociale compense, dans une certaine mesure, son comportement colonisateur et les débordements destructeurs de son inventivité et de sa versatilité. Toutefois, pour être parfaitement efficiente, cette capacité doit être canalisée vers un modèle équivalent à celui propre aux insectes sociaux. La question qu’impose à nous ce constat est la suivante : souhaitons-nous fonder une « société termite », même si celle-ci s’impose comme la seule voie de salut immédiate et au long terme ?

FIN

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56 réflexions sur « De l’anthropologie à la guerre civile numérique (XIX), Notre comportement colonisateur, entretien réalisé le 21 mars 2016 »

  1. Bonjour,

    Notre comportement colonisateur va bientôt se heuter au climat et à l’épuisement des ressources.
    Les mondes économique financier et transhumaniste n’ont toujours pas compris que leur monde et le notre repose sur le commerce et que le commerce va mourir faute d’acheteur.
    Illich : les sociétés basées sur la subsistance, continueront comme avant.
    Les sociétés basées sur la production, s’effondreront.

  2. Admettre que nous sommes une structure dissipative qui doit dissiper le maximum d’énergie le plus vite possible comme tous les éléments de l’univers nous fera comprendre notre comportement colonisateur.
    C’est à espérer que notre opportunisme nous fera comprendre le plus vite possible que notre structure dissipative ne peut continuellement dissiper une énergie qui est par essence en quantité finie.
    Il est temps de se mettre au travail pour envisager comment on ne dissipera plus que de l’énergie solaire.
    Hors de cela pas de salut.o

    1. A propos de « travail  » et « énergie »:

      http://www.ulb.ac.be/sciences/intra/inforsc_archives/nrj/art.htm

      Ce qui me remet aussi en tête une évocation de Jean CAZENEUVE  » l’ethnologie 1967) : » la distinction entre les deux types de vie matérielle , celui qui consiste à piller la nature et celui qui la transforme(…) correspond à quelque chose de très profond . »

      Ou Herbert MARCUSE ( l’homme unidimensionnel 1964) :  » L’a priori technologique est un a priori politique , dans la mesure où la transformation de la nature entraine celle de l’homme, et dans la mesure où les créations faites par l’homme proviennent d’un ensemble social et y retournent ».

      PS : je suis allé voir ce qui ce raconte sur la sociologie termitière , et ça donne pas franchement envie . Cette mise en avant est elle d’ailleurs totalement pertinente?

      1. Juan / Cazeneuve

        « Piller ou transformer », c’est encore très proche, à l’aune du spectacle actuel…non ?

        C’est plutôt les mots « compétition » ou « coopération » pour moi, qui nous définissent profondément et individuellement.

      2. Les termites ça se nourrit de bois, mais pas les rêves, alors……no way.

        Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne
        dévore pas votre rêve.
        Saint-Exupéry

      3. @Thomas :

        Cazeneuve ne parle pas de ce qui nous définit individuellement ou collectivement , mais de ce qui nous permet collectivement de casser la croûte et un peu plus , avec le moins de dégâts possible.

      4. Un tout grand merci pour votre commentaire et je vais lire le lien avec attention.
        C’est incroyable, mais vous apportez de l’eau à mon moulin lorsque vous citez ceci:
         » la distinction entre les deux types de vie matérielle , celui qui consiste à piller la nature et celui qui la transforme(…) correspond à quelque chose de très profond . »

        Le week end prochain nous organisons une porte ouverte au jardins familiaux et communautaires, j’ai la volonté de présenter 5 m2 de pelouse transformé en jardin que j’ai réalisé sans bêchage ni évacuation de cette dite pelouse.
        Par un certain itinéraire agricole loin d’être exhaustif, il est possible de TRANSFORMER UNE PELOUSE OU UNE PRAIRIE EN POTAGER EN PERTURBANT LE MOINS POSSIBLE LE SOL. Sans retournement ni évacuation des parties aériennes, j’ai juste passé une seule fois la grenilette pour donner plus d’oxygène aux micro-organismes (qui m’ont dit MERCI).

        J’entends souvent dire autour de moi qu’il faut éradiquer les adventices, extirper les racines, occire les limaces, détruire la prairie. Dans l’ordre de l’évolution elles étaient là avant nous et n’en n’ont rien à foutre de l’humanité, elles prennent la priorité.
        Nous ne pouvons pas détruire une pelouse, une prairie ou un fourré, nous pouvons juste les transformer.

        Pour quelqu’un formaté par le labour, je sais que c’est très difficile d’admettre ce que j’ai réalisé là, l’humanité laboure depuis 10 000 ans, mais depuis 10 000 ans elle produit des déserts et dévaste la planète.
        Sans prétention, ce que je propose est une évolution culturelle d’une très grande importance qui rejoint le lien que vous m’indiquez.
        Tout cela rejoint la thermodynamique de l’évolution, nous devons tous redevenir des paysans dans le sens noble du terme « celui qui façonne (transforme) le paysage ».
        Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. On ne peut obtenir de l’énergie utile qu’en dissipant de l’énergie d’une source chaude pour en renvoyer une partie par des cycles thermodynamiques vers une source froide.
        L’entropie ce sont les déchets, la négentropie est de recycler ces déchets et pour cela il faut beaucoup d’informations.

        Votre commentaire m’incite à présenter en vidéo ce que j’ai réalisé, cela prendra le temps nécessaire.

        Bien sûr que la termitière, la fourmilière ou l’essaim ne donne pas envie, ces individus ne font que d’obéir à leurs gènes.
        L’homme est un animal culturel, c’est à elle qu’il obéit.
        Le problème est que c’est lui-même qui l’a construit en fonction de son cerveau reptilien (je bouffe, je baise et je guerroie, et bien oui, la rente, l’intérêt et le dividende).
        Il va falloir un peu s’occuper du néo-cortex, celui qui sait relier les choses entre elles, nous avons tous intérêt à coopérer.

        Il y a plus d’idées dans deux têtes que dans une et leur somme abouti souvent à une troisième qui peut être déterminante, c’est cela aujourd’hui l’opportunisme.

      5. @Michel Lambotte :

        N’oubliez pas de rendre un peu d’eau au moulin de Cazeneuve …

        Est il plus sensé de transformer une pelouse en jardin , ou u jardin en pelouse ?

        C’est vrai qu’on peut changer beaucoup d echose en passant de 1 à 2 . Vieille blague aux « Ponts » : Une route , c’est féminin . Deux routes c’est masculin .
        A cause de la bi-route …

        A propos de routes , il ya effectivement deux façons de les créer et utiliser : Pour conquérir ( colonisation)
        ou pour servir ( civilisation) .

        C’est ainsi que la plupart des tracés autoroutiers correspondent à des supports de guerre , mais en même temps ils empruntent très souvent des itinéraires de déplacements des dinosaures , qui cherchaient tout bêtement de la bouffe ou de l’eau .

        Pour Thomas : à relire , votre formulation était effectivement une traduction dans le langage un peu convenu du moment , la dualité évoquée par Cazeneuve .

      6. « Est il plus sensé de transformer une pelouse en jardin , ou u jardin en pelouse ? »
        Tout ce que je peux vous dire est que le manque de pétrole va obliger nos petits enfants à transformer leur pelouse en potager.
        C’est ce que j’essaye de préparer et je peux vous dire que c’est passionnant.

      7. « A propos de routes , il ya effectivement deux façons de les créer et utiliser : Pour conquérir ( colonisation)
        ou pour servir ( civilisation) . »
        Tous les chemins mènent à Rome. Empire centralisé
        Les villages reliés par des chemins de la civilisation Celte. Organisation réticulée
        Mais bon, la première aura eu raison de la deuxième, elle savait mieux dissiper l’énergie par l’esclavagisme.
        N’oublions pas que la civilisation celte était avant tout matriarcale. Je pense qu’on a beaucoup à apprendre de cette civilisation.

      8. N’oublions pas que la civilisation celte était avant tout matriarcale.

        Non, apparemment, ceux qu’on s’est mis à nommer  » les Celtes  » vivaient bien dans des sociétés patriarcales ayant laissé subsister quelques traits de matriarcat qui préexistaient dans les sociétés néolithiques.

    2. « PS : je suis allé voir ce qui ce raconte sur la sociologie termitière , et ça donne pas franchement envie . Cette mise en avant est elle d’ailleurs totalement pertinente ? »

      Pire, c’est carrément sordide, un système de « castes » , où chaque termite est soit ouvrier, soldat ou….reproducteur.
      Peu enviable , comment diable peut-on « se projeter » dans un scénario pareil aussi glauque et aussi noir pour un être
      humain ?…. Alors que ceux qui vivent sur des montagnes de déchets et dans des bidonvilles pourris n’aspirent qu’à sortir de leur
      chienlit ?
      Poubelle direct : No thanks !

      http://www.insectes-net.fr/termites/ter2.htm
      http://www.termiprotect.fr/normes/les-termites-des-insectes-sociaux/

      1. « Pire, c’est carrément sordide, un système de « castes » , où chaque termite est soit ouvrier, soldat ou….reproducteur. »
        C’est ce qu’on appelle le Fordisme et le Taylorisme, sauront nous nous en sortir? Nous y sommes toujours qu’on le veuille ou non.

        « Alors que ceux qui vivent sur des montagnes de déchets et dans des bidonvilles pourris n’aspirent qu’à sortir de leur
        chienlit ? »
        Et bien oui, c’est en les aidant à recycler ces déchets qu’ils pourront sortir de leur chienlit, et bien entendu avec autre chose que le Fordisme et le Taylorisme.
        Vous avez dit révolution culturel?

        Ceci dit, les termites ont un rôle essentiel à jouer dans l’équilibre de la nature, elles étaient là avant nous et n’ont rien à foutre de nous. C’est en étudiant leur rôle dans ses plus petits détails que nous pourrons évoluer.

      2. « Pire, c’est carrément sordide, un système de « castes » , où chaque termite est soit ouvrier, soldat ou….reproducteur. »
        C’est ce qu’on appelle le Fordisme et le Taylorisme, sauront nous nous en sortir? Nous y sommes toujours qu’on le veuille ou non.

        Non Michel, vérifiez bien : http://www.termiprotect.fr/normes/les-termites-des-insectes-sociaux/
        Ouvrier, soldat ou reproducteur , l’un des trois mais pas ensemble !
        Pas de jardinier, ni de culture, ni de permaculture, ni de créativité chez les termites « sociales », ce qui équivaudrait à un « monde » « indigent » et très « médiocre » comparé aux possibilités et aux capacités humaines, donc une régression peu enviable. La comparaison avec le fordisme ou le taylorisme tourne vite court et est donc totalement inadaptée…

        Ce qui n’enlève rien à l’utilité certaine des zinsectes de tous poils et m^me sans, et qui n’absout pas les systèmes de production des ‘temps modernes »et encore moins leurs dérives…..

      3. @ Michel Lambotte dit : 19 août 2016 à 20 h 22 min

        « Et bien oui, c’est en les aidant à recycler ces déchets qu’ils pourront sortir de leur chienlit, et bien entendu avec autre chose que le Fordisme et le Taylorisme. Vous avez dit révolution culturelle? »

        Je vous trouve bien sévère Michel et bien ingrat aussi à l’égard de tout ce qui a été mis à notre disposition par ceux qui nous ont précédés. Cela nous a permis en quelques siècles d’effectuer des bons colossaux dans notre évolution humaine. Sans Ford sans Taylor et beaucoup d’autres, vous et moi et la très grande majorité de ceux qui nous entourent sur la planète serions restés sous évolués, même culturellement, et nos descendants itou.
        Ces méthodes industrielles et d’autres vous permettent d’avoir accès à faible coût, c’est-à-dire à faible dépense d’énergie et de matière, à ce dont on se sert quotidiennement pour vivre normalement de nos jours, où que l’on se trouve et dans quelle que condition qu’on soit. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas penser à recycler ses déchets.
        Jusqu’à l’âge de 15 ans j’ai vécu dans de très modestes conditions qui amenaient mes parents à recycler le plus possible, jusqu’à y compris nos excréments utilisés pour engraisser le sol du jardin familial. Il me semble difficile de faire de tels retours en arrière car, vu l’accroissement de notre population mondiale, nous avons été conduits à gagner de la surface en vivant en altitude bien plus qu’avant.
        Notre vie ne peut pas se soustraire aux dures lois de la physique (énergie captable, espace, temps, masse) qui conditionnent notre biophysique à l’intérieur de certaines limites.

      4. @Gudule
        Bonjour
        Ne pensez surtout pas que la créativité ouvrière était mise en avant dans le Taylorisme.
        Elle n’existait tout simplement pas, les ouvriers étaient tenu de respecter la procédure et la cadence qui parfois devenait infernale, on ne leur demandait surtout pas de penser car cela aurait pu nuire à la productivité.
        Je pense même que les termitières sont plus évoluées que le Taylorisme dans le fait que la communication est horizontale.
        Dans le Taylorisme, c’est à l’échelon supérieur que vous devez vous référer.
        http://teauma.perso.sfr.fr/taylorisme_fordisme_toyotisme.html
        Ceci dit, le Taylorisme a apporté des choses que nous n’aurions pas eues autrement, mais n’a été qu’une étape dans l’évolution.
        Je viens de lire ce livre qui date de 1994 http://www.manageris.com/fr-ouvrage-du-mecanique-au-vivant-2062.html
        Nous sommes depuis des années dans une remise en question de notre système de production, elle est loin d’être terminée.

      5. « ayant laissé subsister quelques traits de matriarcat qui préexistaient dans les sociétés néolithiques. »

        Bien vu, oui, c’est exact, matrilinéaire serait plus adapté. Il n’en reste pas moins que la femme celte jouissait de plus de droits, de prérogatives et de privilèges que la femme romaine. ….

        « Les femmes n’ont jamais été « des sujets à côté des hommes », mais des « objets d’échange comme la monnaie dont en beaucoup de sociétés elles portent le nom ». Cette réflexion de Claude Lévi-Strauss est la constatation d’un état de fait répandu dans le monde entier à toutes les époques de l’Histoire. Or toutes les sociétés humaines n’ont pas réagi de la même façon : il s’est souvent trouvé des hommes et des femmes pour penser que la Femme était un membre à part entière de la grande famille humaine. Cela a été le cas des peuples que l’on classe à présent comme étant des Celtes, et qui se sont répandus sur presque toute l’Europe à partir du VIème siècle avant notre ère.  »
        http://femmecelte.blogspot.fr
        http://www.cndp.fr/archive-musagora/gaulois/fichiers/femme_celte.htm

  3. Colonisatrice, opportuniste et sociale: seul le dernier trait semble inefficient. Si nous pouvons modifier notre comportement biologique, le transhumanisme serait un moyen d’améliorer cette lacune, il n’en n’est rien au contraire. PJ pense que l’avantage du transhumanisme serait de voir apparaître des individus disposant d’une longévité telle qu’ils prendraient conscience de leur environnement et serait responsabilisé pour en prendre soin, je ne vois là que de l’égoïsme, pas de la bienveillance.
    Le trait social est dur à définir. L’homme en état de nature est-il bon ou mauvais, la culture (civilisation) le rend t-il meilleur ou pire? Cela peut-il être généralisable à une espèce entière, le déterminisme ne tend t-il pas vers la conclusion inverse, c’est à dire à considérer l’homme comme une proie pour lui-même. Le suicide n’est-il pas la forme la plus aboutie de l’intelligence animale, en raison de la souffrance du vouloir-vivre (Schopenhauer) présent en chacun de nous, il faudrait en fait se débarrasser de ce vouloir-vivre pour ne pas se suicider, ne plus dissiper de l’énergie thermodynamique.
    « La divinité est en toi, pas dans les concepts et les livres. La vérité doit être vécue et non enseignée »; chacun est un serviteur, comme Joseph Valet le personnage du roman Le Jeu des perles de verre de Hermann Hesse. Croiser toutes les disciplines c’est se comprendre soi-même, c’est vivre. Et La mort nous permet de nous accomplir. « Social » est plus une croyance qu’une réalité.

      1. Social est à rayer d’un trait. Culture ou nature, je ne le saurai jamais, d’un point de vue général.

    1. Une espèce sociale n’est pas une espèce sociable obligatoirement. Ne confondez pas social et sociable. Nous sommes des êtres sociaux, ou des unités sociales si on veut aller sur un terrain plus individuel. On peut tout à fait accepter le fait d’être à la fois relié et d’être délié des autres : nous sommes des unités, des individus distincts mais le langage, le symbolique,… nous relient, et un être humain (surtout très jeune) ne survit pas sans les autres. Nous coopérons malgré les pinailleries et difficultés existentielles de la vie quotidienne 😉

      1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Social

        « Social » est une formule qui fait débat. Hayek : » l’adjectif social est devenu un mot qui ôte à toutes les expressions tout sens clair ». Social renvoie à société, mais si l’on revient aux fondamentaux de la gauche, à Mandeville (man devil) l’humain vit en société pour en tirer profit individuellement, j’aimerai dire que c’est faux sur le plan collectif, qu’en pensez-vous? Il faudrait utiliser le terme « social-libéral », sur un plan biologique cela a t-il un sens?
        Quelle espèce n’est pas sociale, la reproduction est le critère biologique principal pour cette qualification.
        La différence social et sociable je la perçoit bien. Par ailleurs le terme de Sécurité sociale prendra bientôt un sens nouveau, pour le comprendre il faut lire Globalia de J.C Rufin pour avoir un aperçu des limites du revenu universel et ses possibles dérives.

    2. « Le suicide n’est-il pas la forme la plus aboutie de l’intelligence animale, en raison de la souffrance du vouloir-vivre (Schopenhauer) présent en chacun de nous, il faudrait en fait se débarrasser de ce vouloir-vivre pour ne pas se suicider, ne plus dissiper de l’énergie thermodynamique. »

      Pourquoi se débarrasser du vouloir vivre? Ne faudrait-il pas au contraire simplement l’accepter?
      Pour la structure dissipative que nous sommes ne plus dissiper volontairement de l’énergie équivaut à la fin de la structure et donc au suicide. Ce que vous dites me semble contradictoire.
      La vie est un système qui commence avec la naissance et qui fini pour la structure (homme en l’occurrence) avec la fin de celle-ci.
      On oppose trop souvent vie et mort alors que c’est naissance et mort.

      1. Ce texte est une torture de l’esprit, en tous pour ce qui me concerne, mais c’est génial.

        « Il est certain que, si jamais un homme s’est abstenu du suicide par des raisons purement morales, quel que soit le prétexte que lui indiquât sa raison, le sens profond de cette victoire sur lui-même était celui-ci: « Je ne veux point me soustraire à la douleur; je veux que la douleur puisse supprimer le vouloir-vivre dont le phénomène est chose si déplorable, qu’elle fortifie en moi la connaissance, qui commence à poindre, de la nature vraie du monde, afin que cette connaissance devienne le calmant suprême de ma volonté, la source de mon éternelle délivrance. »

        Et bien oui, pourquoi vouloir vivre puise qu’on possède déjà la vie?
        La recherche de la connaissance de la nature vraie du monde est une souffrance que l’on s’inflige, mais il vient un moment où les choses apparaissent dans leur nudité et leur simplicité et là effectivement on se retrouve dans une éternelle délivrance.

    3. @M Lambotte
      « mais n’a été qu’une étape dans l’évolution »
      « Nous sommes depuis des années dans une remise en question de notre système de production, elle est loin d’être terminée. »

      Tout à fait Michel, on est bien d’accord, et c’est bien justement; entre autre , tout ce qui fait la différence, de condition, de capacités et d’esprit, entre un insecte même social et un être humain. …. 😉
      Ce ne sont pas les insectes ni les vers de terre qui changent, mais nous qui avons tout intérêt à continuer à faire évoluer notre vision, notre pensée, notre attention et nos actes pour être le plus en synergie avec notre environnement.
      cordialement.

  4. J’ai un peu tiqué sur  » fonder une psychosociologie » , car depuis plus d’un siècle, ce ne sont pas les « fondations « qui manquent .

    J’ignore d’ailleurs s’il y a déjà eu des ouvrages sur la  » psychosociologie de la colonisation « et des esclaves qui vont avec .

  5. L’espèce humaine est-elle ontologiquement un univers en expansion ?
    Dans l’affirmative, je crains qu’il faille désespérer.
    A moins que certaines philosophies chinoises…

  6. Merci pour cette série d’entretiens rappelant le cheminement de votre pensée et les ouvrages qui l’ont ponctuée.
    Je n’ai rien de pertinent à rajouter que, continuez.

  7. « …. souhaitons-nous fonder une « société termite », même si celle-ci s’impose comme la seule voie de salut immédiate et au long terme ? »

    Bon, j’ai du fouiner le web ma connaissance des termites. Car en dehors du petit jeu classique amusant de chatouiller une fourmilière avec une fleur pour constater son changement de couleur par dégagement d’acide défensif je n’y connais rien.
    Cette phrase laisse en suspens

    1. L’écologie; main invisible assez meurtrière dans l’ensemble qui vous assigne une date d’obsolescence génétiquement programmée au cas ou vous auriez eu l’outrecuidance d’échapper à la loi de la jungle.

  8. Saint Ex écrit juste avant son dernier vol

    «Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leurs vertus de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. »

    Mais pourquoi donc ceux qui ont envie d’être jardinier, font-ils tout autre chose de leur vie ? Quelle est cette lumière qui nous attire comme des papillons ?

    1. « Quelle est cette lumière qui nous attire comme des papillons ? »

      Le pétrole, il nous attire comme des papillons qui se brûlent sur les phares.
      Avec quoi il fonctionnait l’avion de Saint Exupéry?

      S’il n’y avait pas eu le pétrole à son époque peut-être serait-il devenu maraîcher comme ceux-ci (1840) qui n’ont jamais connu le pétrole, ni la voiture ni l’électricité, pourtant ils produisaient des légumes toute l’année avec….. du fumier de cheval (bien oui, la seule énergie disponible)
      https://books.google.fr/books?id=YclBAAAAIAAJ&pg=PA19&hl=fr&source=gbs_toc_r&cad=3#v=onepage&q&f=false
      Sans pétrole ne devrons nous pas produire nos légumes avec du bois raméal fragmentés?

      1. Continuez Michel, vous émettez des signaux qui inspirent confiance, même si on n’est pas expert en la matière ni autant passionné que vous, on sent qu’il se passe quelque chose avec les grelinettes et au-delà des grelinettes

      2. Ce qui nous attire, c’est plutôt « ce que le pétrole permet », que le pétrole lui même, c’est à dire une zone de confort pour l’homme qui est une anomalie dans l’histoire de la vie, et dont je vous mets au défi de sortir.
        PS Vous avez essayé de fragmenter du bois à la main ?? C’est une des façons de réaliser que nous ne laisserons pas une goutte de pétrole dans le puit……

      3. @ Thomas
        Quand il faudra une goutte de pétrole pour aller chercher une autre goutte on laissera la goutte dans son trou, sauf si on peut l’utiliser comme une indispensable (ce qui n’est pas encore dit définitivement) matière première.
        Bien sûr que j’ai fragmenté des rameaux à la main et je suis conscient qu’une recherche doit encore se faire quand à la possibilité de fragmenter avec de l’énergie solaire (ce qui est possible), mais ce n’est pas cela l’urgence pour le moment mais bien ce que j’ai raconté plus haut.
        Du temps des maraîchers de Paris l’énergie du fumier de cheval venait bien de quelque part, du travail des agriculteurs qui cultivaient les céréales pour les chevaux (de la cavalerie et des calèches) et de l’énergie solaire qui faisait pousser ces céréales.

        Je pense qu’il faut laisser un peu de côté cette impossible décroissance tant qu’il y aura la rente, l’intérêt et le dividende comme se plaît à le répéter notre hôte. Heureusement que c’est taux zéro (voir négatif) sur notre épargne, c’est peut-être cela qui fera changer la mentalité.

        Me mettre au défi de sortir de cette zone de confort due au pétrole!
        Je ne me fais aucunes illusions, à 67 ans je n’ai pas beaucoup de temps devant moi pour vivre la fin du pétrole (les choses sont ce qu’elles sont) mais j’ai conscience que mes petits enfants ne vivront plus qu’avec le tiers de ce que nous avons comme approvisionnement pétrolier. Permettez moi de mettre tout en oeuvre pour que chacun en prenne conscience et dégager humblement des solutions.
        Il faut savoir que l’Europe a déjà perdu 10% de son approvisionnement en pétrole depuis 2008, c’est inéluctable et cela ne fera que d’augmenter.
        Qui croyez qui paye cette inéluctable descende ? Les plus démunis, et c’est pour cela qu’on en s’aperçoit pas. Bande de feignard va.

      4. @ james
        Ce matin j’ai mis en culture 2 m2 de prairie, j’ai utilisé 1 demi verre de vin d’essence pour décaper le terrain avec la débroussailleuse à fil, c’est la seule énergie fossile que j’utiliserai pour mettre en culture.
        A partir du semis de couverture réalisé et un peu de compost, hormis un coup de grelinette dans un an, ce sont les racines et les vers de terre qui prennent le relais.
        Ils bossent gratuitement et sans jamais faire grève, il suffit de leur donner à manger.

    2. Michel, je ne mets pas en doute votre démarche, visiblement pas éloignée de la mienne, soit dit en passant.

      J’ai accueilli des écoles pendant dix ans pour leur parler d’énergie et de sol vivant bien avant que le BRF et la permaculture entrent dans le langage courant, entre autres.

      Je dis juste : Aussi conscient des enjeux que nous puissions être, et des périls devant nous, nous sommes embarqués dans cette « zone de confort » où nos têtes blondes mangent à satiété, où la santé est assurée, où il fait bon dans la maison, où pour finir, nous sommes vivants ! Parce que sans cette parenthèse de la vie sauvage, vous et moi ne serions pas nés, ou dans le meilleur des cas, nous serions déjà morts. (J’ai 49 ans)

      Une fois embarqués, un fois le naturel chassé, il ne revient pas au galop, il meure, tout simplement, et nous devenons autre chose.

      La vie va nous imposer des quotidiens différents, ce que nous sommes devenus s’y adaptera….ou pas.

      Mais je ne mise pas un penny sur la « prise de conscience » individuelle (que le marketting de la World Company pilote au mieux de ses intérêts)

  9. L’aspect colonisateur de notre espèce m’a rappelé un article paru récemment sur Le Monde, intitulé « L’homme qui cherchait le silence ». Gordon Hempton, bioacousticien américain, souligne qu’il existe de moins en moins de lieux (une cinquantaine) à l’ « abris » de l’activité sonore humaine sur la Terre.

    Il explique un peu plus bas que silence est de son point de vue essentiel pour penser, pour faire le point, pour écouter les sons de la vie (non-humaine) comme les insectes, les mammifères, les éléments naturels, etc. Nous perdons notre capacité à écouter, piégés dans nos grandes mégalopoles jouant de la cacophonie grand spectacle.

    Peut-être qu’une certaine surdité est-elle plus bénéfique à la création, à la concentration, à la recherche de soi-même et à la pensée ?

    Source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/08/18/l-homme-qui-cherchait-le-silence_4984570_3244.html

      1. Bien entendu, les extrêmes ici en l’occurrence rendent fou. Il faut une certaine bonne mesure. Je mettais juste en avant le fait que l’être humain ayant conquis maintenant la quasi totalité de la planète – on va même dans l’espace en employant le terme de »colonisation » sans tabou -, cela peut engendrer un monde « trop plein », bruyant et stressant.

        Mais, au passage, il existe du bruit non-humain. C’est ce que met l’article en avant également.

  10. Bonjour.
    Contenu très intéressant mais dans quelle revue papier ou numérique seront regroupés d’une traite tous ces textes et entretiens svp?

  11. http://www.pauljorion.com/blog/2016/08/19/si-ca-vous-demange-de-repousser-loncle-sam-allez-donc-en-syrie-par-m-k-bhadrakumar/
    Si ça vous démange de repousser l’Oncle Sam, allez donc en Syrie !, par M. K. Bhadrakumar.

    Traduction par Timiota.
    « (T. : « réconciliation » a sans doute un sens de coordination militaire ici) »

    Le mot est juste.

    Il s’agit d’un processus prévu à l’accord de cessez le feu de Genève.
    Il se tient à Hmeymim, base aérienne russe en Syrie.
    Un groupe armé anti-bachar est dit « réconcilié » s’il accepte de transporter son combat sur le plan politique: il abandonne ses armes, est admis aux négociations de paix et reçoit la certitude de ne pas être combattu par les Russes ou les Syriens de Bachar.
    Ce sont les Russes qui négocient en jouant les intermédiaires de bonne volonté et tiennent à jour la carte des réconciliés, communiquée aux militaires US.
    De mémoire, les Russes se vantaient d’avoir négocié plus de 100 réconciliation .
    On remarquera que le renseignement russe joue un grand rôle dans cette affaire. Les Jihadiste et islamiste extrémistes, soutenus et armés par les USA, et exclus de la réconciliation, n’ont pas de secret pour eux, ni d’ailleurs pour leurs victimes…
    Les USA sont marginalisés dans cette opération, c’est pourquoi la presse en parle si peu.

    1. Dans l’alliance de circonstances Erdogan, Putin, Netanyahu, Nasrallah, Assad, Khameney, y’a un paquet de cocus en devenir…
      Tiens, en parlant de Netanyahu, Eric Ben-Artzi, le whistleblower qui a refusé ses $ 3 millions de prime sur l’amende de la DeutscheBank, ben c’est un neveu par alliance de Benjamin, et son frère a passé 2 ans en prison en Israel pour objection de conscience.
      https://www.ft.com/content/4994d118-65ea-11e6-a08a-c7ac04ef00aa

    2. De mémoire, les Russes se vantaient d’avoir négocié plus de 100 réconciliation.

      En même temps, si tu provoques 200 conflits armés, c’est pas un exploit d’en résoudre 100.

  12. Attention chantier !

    Les sociétés humaines se distinguent fondamentalement du reste du règne animal par:
    – la transmission du savoir au-delà de notre existence individuelle. (retranscription – support – décodage – assimilation)
    – Les technologies qui nous libèrent des activités physiques au profit des activités qui enrichissent notre cerveau (pas toujours !)
    – Notre capacité à changer notre regard sur l’univers de manière globale.

    Nous enrichissons la société qui nous héberge individuellement en étant le médiateur entre notre perception de la totalité et nos semblables.
    Les sociétés humaines possèdent leurs temps propres et une existence hors de tous contrôles humains ou presque.

    Sous l’angle des « alphabets » et de leurs réalisations:

    tableau de Mendeleïev -> Matière – Univers matériel
    Molécule chimique -> Chimie moléculaire – Notre Terre
    ARN, ADN -> Vivant – Les océans et la croute des continents
    Culture/langage -> Sociétés – Esprit de l’Univers (je sais .. !!)

    Ne pas assimiler que nous sommes le corps physique (les cellules, organes etc.) de sociétés/civilisations, nous empêche de sortir des cycles de destructions (cancer, apoptose).

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