Michel Leis, 2017. Programme sans candidat, Préface par Paul Jorion (2ème partie)

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La 1ère partie de la préface se trouve ici.

Préface par Paul Jorion (2ème partie)

C’est à l’intention d’un candidat tel que Thomas Piketty que Michel Leis nous offre ici un programme de gouvernement clé en main. Programme qu’il caractérise comme étant social-démocrate mais dans une version radicale de cet ancien et honorable idéal de générosité et de souci du bien-être général.

L’engagement social-démocrate « extrémiste » de Michel Leis, pourrait être traduit de manière moins sibylline en tant qu’« engagement socialiste comme-à-l’époque-où-les-mots-avaient-encore-un-sens », l’érosion du sens des mots étant massivement passée par là.

Ce dont il est question dans les pages qui viennent, c’est de réforme et non de révolution. Michel Leis rappelle dans le livre que vous vous apprêtez à lire qu’« un programme porte […] le discours politique qui doit conduire au pouvoir. » Pas d’accès au pouvoir donc sans programme. Il écrit aussi qu’« un programme de rupture qui remettrait en cause l’ensemble des repères dans lesquels nous vivons n’a aucune chance de réunir une majorité des suffrages. » Le programme d’un candidat susceptible d’accéder au pouvoir ne peut donc être de rupture, et ceci, par définition.

Voici donc le cadre défini et les limites de l’exercice qui nous est proposé dans Programme sans candidat. 2017, clairement balisées, Du changement certes, mais pas pour autant, de la rupture. C’est qu’il est possible de voter pour du changement, alors que pour opérer une rupture, il convient de faire autre chose, dresser des barricades par exemple ; c’est du moins ce que l’on faisait il y a vingt ans, à l’époque qui précéda l’Internet.

Et ceci fait comprendre d’emblée qu’Il y a d’autres manières de voir et de faire les choses, mais qu’il n’en sera pas question ici. Il n’en reste pas moins vrai, précise Michel Leis, que : « dans le contexte actuel des rapports de forces, c’est pourtant une illusion d’imaginer que l’on peut se passer de choix radicaux. Les citoyens en ont parfaitement conscience. » Ces choix radicaux peuvent être faits ici dans le cadre formel d’une élection présidentielle, même si ce cadre est de plus en plus solidement cadenassé en faveur des gloires d’autrefois mais aujourd’hui éteintes, au nom, cela va de soi, de la « modernisation ». L’abrogation en 1885 en France [1] des lois qui interdisaient la spéculation, se firent elles aussi, on se le rappellera, au nom de la « modernisation » ; nous payons encore aujourd’hui le prix de la fascination qu’exerce sur certains l’utilisation imbécile de ce mot.

Des choix radicaux sont possibles, même dans le cadre d’une élection présidentielle, en route avec détermination vers de nouveaux horizons : « Ce contrat social n’est pas une fin en soi, juste une étape vers d’autres horizons qui restent impossibles à planifier ». Il est donc question implicitement d’une opération en deux temps, dont le premier est la présidentielle de 2017.

(à suivre…)

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[1] L’abrogation de l’interdiction de la spéculation était intervenue préalablement en 1860 en Suisse, et en 1867 en Belgique.

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