Oui, nous avons encore le droit de voter pour des candidats de gauche ! par Jacques Seignan

Billet invité.

Une cristallisation s’est opérée, encore une fois, soudaine et imprévisible : Benoît Hamon sera le candidat du Parti socialiste et sa victoire sur Manuel Valls est nette et sans appel. Sans aucunement faire un jugement de valeur sur eux, d’autres candidats que les sondages classent (ou classaient) en tête ont vu se cristalliser autour de leur personne un certain élan qui peut évidemment retomber tout aussi vite : MM Macron, Mélenchon ou Fillon. Nous vivons des temps difficiles et incertains. Tout le monde comprend leur gravité et, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2017, il est inévitable que la situation politique soit chaotique et provoque autant de turbulences, des successions de surprises et une grande imprévisibilité. Pensons à ceux qui étaient les favoris (selon les sondages) il y a quelques mois à peine.

Pour tous ceux qui pensent que la distinction Gauche et Droite a toujours un sens, il y eut donc eu cette petite opportunité de choisir un candidat venant de la gauche du Parti socialiste. Se déplacer pour aller voter à cette Primaire était, avouons-le, peu engageant. Les précédentes Primaires socialistes auraient dû être une leçon définitive et ce nom de « Belle Alliance populaire » qui combine un ridicule absolu avec une certaine inculture (1) ne pouvaient que décourager les électeurs de gauche, si méprisés par leur représentants « officiels ».

C’était donc sans illusion aucune, après une telle trahison du PS, perpétuée pendant cinq ans, sans répit et dans tous les domaines, mais qu’avions-nous à perdre ? Rien, et nous pouvons déjà observer ce que nous avons gagné.

En premier lieu, une chose certes un peu secondaire : ressentir une grande joie devant les réactions prévisibles et amplifiées des Chiens de garde (la bave au museau, le poil hérissé). Ces éditorialistes et autres experts politiques et économiques, unanimes pour dénoncer la Gauche « qui veut perdre », « suicidaire » – et qui va forcément perdre ! –, avec ces idées utopiques ou folles… Bref la désignation d’un candidat aux idées socialistes est analysée comme celle d’un candidat pratiquement d’extrême-gauche ou même, « radical ». Ne boudons pas notre plaisir ! Cela introduit le deuxième point – potentiellement – positif de la victoire de M. Hamon sur l’ancien Premier ministre.

Partout en Europe les partis socialistes ou socio-démocrates sont en faillite électorale car ils ont été mis en coupe réglée par des politiciens néolibéraux, de la « droite complexée », de Schroeder à Blair en passant par Zapatero, (et certains ont même préparé leurs « avenirs radieux »). En France, au début, ce fut plus feutré et M. Jospin, le grand privatisateur, n’avait pas osé aller trop loin ; ses successeurs, MM Hollande, Macron et Valls ont accompli les sales boulots que la droite n’avait pu faire – comme avec les lois dites Macron ou El-Khomri, la politique de l’offre etc. Alors il est bien possible que le message d’une partie du peuple de Gauche qui s’est déplacé hier ait été aussi pour imposer une refondation du PS, comme c’est en cours avec le Labour de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni. Il est évident que ce n’est pas gagné car les dits « Frondeurs » ont surtout montré frilosité et pusillanimité : il va falloir les secouer (2). Et si des notables cumulards, des petits ambitieux sans envergure mais voulant protéger leurs acquis, veulent rejoindre le mouvement de M. Macron, eh bien qu’ils y aillent ! Qu’ils sautent dans le train En Marche ! Qu’ils dégagent !

Enfin un dernier avantage de ce succès surprenant est plus important. Au cours de cette décennie catastrophique de MM Sarkozy et Hollande, assistés de MM Fillon, Macron et Valls (3), des politiques économiques féroces inspirées par la doxa néolibérale ont été mises en œuvre avec les résultats que l’on sait : pour le peuple français, une aggravation dans tous les domaines, des centaines de milliers de chômeurs et de personnes précaires en plus mais de grandes avancées pour les fortunes privées et les sociétés transnationales. Désormais, avec M. Hamon vont surgir dans le débat public des idées et des analyses que l’on n’avait guère eu l’occasion d’entendre. Par exemple sur la disparition du travail et la répartition des richesses (cf. la taxe sur les robots).

Sur ce blog une controverse a été engagée sur la proposition phare du Revenu universel : le pour et le contre. C’est une fenêtre ouverte dans le théâtre politique pour aérer l’air pollué par les sempiternelles imbécilités des économistes et éditorialistes des médias dominants : compétitivité, réformes structurelles, ruissellement de la richesse… Il est salutaire de discuter enfin de questions sérieuses pour notre avenir.

Un grave problème reste posé à la Gauche : il y a désormais deux candidats respectables, dévoués, responsables et de qualité, : Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon (en négligeant les plus « petits »). Mais ces deux candidats, au-delà des qualités évoquées, ne sont peut-être pas à la hauteur du défi. Pour s’y hisser, il devront sans délai discuter entre eux pour construire un nouveau Front populaire, vital dans les circonstances dramatiques que vivent la France, l’Europe et le Monde.

Un mot sur ces deux personnalités. Un article de l’Obs donne des éléments pour faire un parallèle entre les deux hommes. On a souvent souligné que M. Mélenchon avait une attitude clivante et, semble-t-il, la leçon de Hénin-Beaumont n’a pas été tirée. Il est humain d’être exaspéré mais sa réponse spontanée à un cheminot de Périgueux est pour le moins étonnante : « J’use ma vie à vous défendre !« . Personne n’en doute. Mais cette position, en surplomb, est inadéquate. L’abbé Pierre, pour prendre un bel exemple, a sacrifié sa vie pour les pauvres, parmi eux, et nous l’admirons pour cela. (Il a fait un peu de politique juste comme un moyen.) Mais nous n’attendons pas qu’un homme politique lutte POUR nous, nous voulons qu’il lutte AVEC nous, en avant, en leader courageux certainement, mais jamais en donneur de leçons, jamais pour vouloir notre bonheur. On a déjà donné.

Quand M. Hamon est surnommé par la fachosphère Bilal Hamon (après Ali Juppé), sa réponse  est parfaite : il dit apprécier ce prénom et en rajoute d’autres, (Elie, juif) ; tel un judoka il tire vers lui pour le déstabiliser celui qui le pousse. Sa réponse illustre la force d’un discours fédérateur.

L’élection du proto-fasciste, « un taré de chez taré », est une catastrophe étasunienne et mondiale mais ouvre peut-être la voie à de puissantes révoltes dans son pays. Les forces de changement, de progrès, de solidarité, de gauche en un mot, pourraient bien être effectivement majoritaires un jour proche aux États-Unis et vraisemblablement dans d’autres pays, y compris la France. Les Français sont déjà majoritairement à gauche mais ils ne le savent pas ou du moins tout est fait pour les empêcher de le réaliser (au sens plein du terme). Depuis des lustres on nous explique que la France a viré à droite et la perspective décourageante d’un second tour entre Fillon, Macron ou Le Pen en apporterait la preuve. Mais qui fin janvier 2017 peut oser faire des pronostics ?

Alors comment prouver une telle assertion ? Voici quelques éléments en vrac. La Gauche française est actuellement divisée, éparpillée, dispersée, tétanisée. Pire, une partie de ses électeurs est engluée dans le vote pour la SFIT : la Section Française de l’Internationale Trumpiste. D’autres sont hypnotisés par un homme qui se proclame comme étant ni de gauche, ni de droite (donc de droite) et dont toutes les actions ont été en faveur d’une politique fondamentalement de droite : M. Macron. Il faut de plus se souvenir qu’en 2012 fut élu largement l’Ennemi de la finance et la Gauche chassa le Président sortant ! Plus récemment on a pu constater le rétropédalage du mari de Penelope quand il a dû constater l’attachement de tous ses concitoyens à la Sécurité sociale. Encore un fois, tout va se jouer sur la capacité d’union des forces de gauche. On a le droit d’être pessimiste au vu de la situation présente mais pourquoi s’interdire le droit à l’action ?

De se mobiliser pour exiger une nouvelle Union de la Gauche !

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(1) – L’Alliance populaire est devenu le Parti populaire en Espagne, celui de la droite : M. Cambadélis aurait-il séché des cours lors de sa formation trotskiste ?

(2) – Réveillez-vous les zombies du PS, chassez les Envahisseurs !

(3) – Français, encore un effort, sur les cinq sortants, en restent deux à sortir…

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