La Survie de l’Espèce Moins Un, par Grégory Maklès

Billet invité.

Il y a plusieurs personnages tirés du réel dans La Survie de l’Espèce. Il y a Paul, bien sûr, il y a Obama, François Ruffin, etc. Il y a moi-même, mon ex-femme, et ci-dessus mon chien Clint.

Dimanche soir mon ex-femme est revenue, à titre exceptionnel, dormir dans ma cambrousse. Elle a passé la nuit dans le salon, à côté du chien, tout prêt de lui malgré l’odeur d’urée. Le lendemain, vers 13h30, nous avons, elle et moi, porté Clint dans la voiture sous les yeux de notre fils de 8 ans. A 14h nous étions tous les quatre chez le vétérinaire. Clint ne bougeait plus depuis la veille, mais il nous regardait encore, péniblement, quand celui-ci lui a administré la piqûre.

Celles et ceux qui sont passés par là savent, les autres devinent. Nous avons des animaux parce que les rendre heureux nous rend heureux. Quand ils meurent…

Dans mon souvenir, Paul avait été bien étonné quand je lui avais proposé cette double page où Clint est interrogé sur l’avenir de notre Espèce. Je suppose que c’est le charme canaille de Clint qui lui avait finalement vendu le morceau. Paul a écrit plus tard en IVème de couverture : « Et en plus, c’est vrai ! ». Ça l’était. Quand Clint nous regardait, on avait la furieuse impression de l’entendre penser « on va tous mourir ».

Clint avait raison. Cette semaine vient juste de me le rappeler.
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Bon, comme on ne va pas se quitter sur une note aussi tragique, je vous propose pour finir une anecdote plus joyeuse : un jour pendant la création des pages de l’album, je reçois un mail d’Alain David, notre éditeur à Futuropolis, qui me transmet un échange qu’il a eu avec Geof Darrow. Geof Darrow, que j’aurais mis sans hésiter dans la liste des 5 meilleurs dessinateurs de BD, est un virtuose tant technique de créatif, un humain adorable et un amoureux notoire des bulldogs, dont il avait truffé la BD « Hard Boiled » (au grand désarroi de son scénariste Frank Miller, qui avait dû inventer une justification) et bien d’autres illustrations encore après. Alain David, connaissant sa marotte, avait eu l’idée de lui envoyer la planche ci-dessus. Et là le grand, l’immense Geof avait eu la bonté de dire qu’il « était jaloux ».

Comme dirait l’autre « j’ai vécu pire ».

Ah, merci à toi, Clint. Je sais bien que tu n’aurais pas échangé deux barils de Geof Darrow pour une bouchée de Sashimi, mais il faut être indulgent avec l’espèce humaine. On a des lubies.

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