LES BANQUES AU ROYAUME DE LA BRICOLE, par François Leclerc

Billet invité.

Avec les banques, il vaut mieux ne pas avoir le dos tourné trop longtemps. Elles n’arrêtent pas de faire parler d’elles en Italie, et on assiste au retour discret dans l’actualité financière des établissements espagnols et allemands. Dans tous les cas, les sauvetages improvisés et négociés avec Bruxelles cherchent à protéger en priorité les investisseurs privés, faisant peu de cas des nouvelles règles de résolution des crises bancaires destinées à épargner les fonds publics dont il a été fait des gorges chaudes.

Un accord est finalement intervenu à Bruxelles à propos de Monte dei Paschi di Siena (MPS), en attendant la suite réservée aux autres banques au bord de la faillite. Celle-ci va être nationalisée de fait via l’injection de 6,6 milliards d’euros à son capital, et son stock de créances douteuses de 28 milliards d’euros va être cédé au fonds de soutien Atlante, dans des conditions qui font l’objet de négociations. Ce fonds est financé par des banques italiennes, dont Unicredit et Intesa Sao Paolo au privilège de leur taille, tout en bénéficiant d’une garantie de l’État dont on ne connait pas exactement l’étendue.

La recapitalisation de la banque est dite « de précaution », en application pour la première fois d’un article de la réglementation européenne qui avait fait lors de son élaboration l’objet de longues tractations. Et pour cause, car il s’agit d’une clause dérogatoire à son régime général. Elle stipule toutefois que pour être appliquée à une banque celle-ci doit être solvable. Dans le cas un peu tiré par les cheveux de MPS, il n’y a plus de préalable qui compte puisque tout est fait dans un même mouvement !

Ce même mécanisme va-t-il être également avantageusement sollicité pour le sauvetage de la banque espagnole Banco Popular, dont la valeur sur le marché vient de dégringoler, malgré que l’on considérait acquis un sauvetage du système bancaire présenté comme exemplaire ? Là, il n’est plus question de préserver des dizaines de milliers de petits épargnants abusés, comme en Italie, mais de protéger des investisseurs internationaux présumés avisés comme le sont le fonds d’investissement Pimco et des grands intérêts latino-américains, ainsi que l’Opus Dei sous le haut patronage duquel la banque se trouve.

Le gouvernement espagnol voudrait à la fois éviter d’injecter des fonds sur le mode italien et de procéder au premier bail in réglementaire. Pour l’éviter, un rachat de la banque par un tiers est nécessaire, mais les investisseurs – Santander est sur les rangs, ainsi que Bankia qui est nationalisée – attendent que son prix d’acquisition baisse encore et ne se précipitent pas, alors que des rumeurs toutefois démenties font état d’une date butoir fixée par la BCE pour réaliser la vente.

Une autre grande première pourrait malgré tout intervenir si les obligations convertibles émises par la banque, les fameux CoCos, étaient actionnées, ratiboisant les investisseurs avisés devenus actionnaires en vertu de leur mécanisme, donnant un très mauvais signal au marché des CoCos. Si les obligations subordonnées étaient également mises à profit pour boucher le trou afin de faciliter la vente de la banque, ce mauvais signal serait politique car elles ont été pour une large part vendues à des particuliers, et il faudrait sans doute compenser leurs pertes.

Les pays du sud de l’Europe n’ont pas le privilège d’abriter des banques en très mauvaise posture. En Allemagne, dont le système bancaire est très protégé des regards inquisiteurs, il n’est plus question de la Deutsche Bank, au chevet de laquelle tout le beau linge se presse vu son rang, mais de HSH Nordbank, une banque publique régionale spécialisée dans le financement du transport maritime, qui est au bord de la faillite. En raison des pertes considérables qu’elle a encouru, une recapitalisation par ses actionnaires, les Länder de Hambourg et du Schleswig-Holstein, est déjà intervenue. Mais la Commission a désapprouvé son renflouement sur fonds publics et a donné comme délai février 2018 afin d’en réaliser la vente, sous peine sinon de démantèlement. L’enjeu est de taille, car les caisses d’épargne sont contractuellement solidaires de la banque, qui a par ailleurs émis pour 7 milliards d’euros de titres de dette détenus par ses clients.

À quoi sert, dans tout cela, le mécanisme de résolution de l’Union bancaire ?

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