Un régulateur, Une banque, Une VaR et une seule (III) L’optimisme est de mise, par Bruno Iksil

Billet invité. Bruno Iksil est l’auteur ici de « Bruno Iksil, surnommé « La baleine de Londres », nous dit ce qui s’est vraiment passé ». Il nous offre ici un nouveau feuilleton sur le contexte de ces événements.

L’optimisme est de mise… Se protéger de quoi d’ailleurs ? Qui aurait pu prédire les conséquences que nous connaissons aujourd’hui ? Les pays exportateurs de pétrole, coincés avec leurs « euro-dollars » attendent 2 ans en fait. Puis ils font bloc fin 1973, constatant avec retard la baisse régulière du dollar face à l’or. Il y aura un premier choc pétrolier. Puis il y aura un second choc pétrolier. Puis le terrorisme d’État fera ses premiers pas. Les Jeux Olympiques de Munich en 1972 sont endeuillés. La conférence de l’OPEP à Vienne tourne très mal en décembre 1975. L’opinion publique est saisie d’une nouvelle menace. La Chine accélère soudain son ouverture au monde. Bien vite la Russie baisse sa garde avant d’inaugurer la Glasnost avec Michael Gorbatchev quelques années plus tard.

Une spéculation aussi grossit à la fin des années 70, selon laquelle l’État américain pourrait faire faillite sur sa dette à cause de l’inflation endémique qui résulte des chocs pétroliers. Qui honorera les « euro-dollars » ? Paul Volcker alors président de la Réserve fédérale augmente violemment les taux dit « sans risque » à partir de 1979. En 5 années il ramène l’inflation de 10% à moins de 4%… Sans risque, les taux du Trésor américain… Oui mais les caisses d’épargne américaines sont maintenant engagées dans une décimation lente et certaine. Les taux ‘sans risque’ baissent à nouveau mais les petits épargnants américains n’en profitent pas vraiment, à commencer par les clients des caisses d’épargne américaines.

À quel saint se vouer au début des années 1980 alors qu’on parle de Guerre des étoiles et d’anéantissement par l’arme nucléaire pour le cas où les attentats terroristes se seraient arrêtés par miracle ? Les rayons ou les bombes… Paris, Bonn, Londres, Milan, Tokyo etc. Toutes les capitales des pays riches de la planète font leur « big bang » financier. Elles développent leurs activités de bourse, encouragent l’épargne, l’actionnariat populaire, privatisent les fleurons de l’économie. Et elles dotent leurs banques des moyens de traiter sur les produits dérivés. Tout le monde adopte le modèle dit de « Black & Scholes » car c’est ainsi que l’histoire retiendra désormais ce fameux modèle et son hypothèse. Ce qui était au départ un effort de mesurer au mieux un risque toujours incertain, un risque dit de ‘liquidité’ (c’est-à-dire un risque de crédit), devient au final une formule « fiable » pour évaluer l’incertitude sur les prix. Peut-on y croire ? On essaie en tout cas. Ce qui n’était au début qu’une tentative pour définir une plage d’incertitude devient une calculette bien pratique pour évaluer une option prise sur des risques au fond incontrôlables. Qui s’en soucie dans les années 1980 alors que le salut semble venir de la hausse des marchés boursiers ? On voit fleurir les récits de fortunes faites en un jour ou presque par ces « traders », ces « yuppies », ces « dealers », ces « brokers », ces banquiers en fait…

Puis vient l’incident d’octobre 1987. Une spéculation chasse l’autre…. Alan Greenspan vient de remplacer le désormais légendaire Paul Volcker sur décision de Ronald Reagan, croit-on savoir à l’époque. Les marchés comme s’il s’agissait d’un seul homme, sont « inquiets ». Ainsi court la rumeur. Volcker a sauvé les USA pense-t-on. Mais il était venu par le côté démocrate de la scène politique américaine. Reagan est républicain. Volcker partait donc pour être remplacé par un avocat des thèses les plus libérales qui soient mais qui n’avaient pour l’heure que peu de crédibilité. La politique vient perturber la mécanique économique craint-on….

Eh oui, en septembre 1987, Alan Greenspan suscite plus la défiance qu’autre chose. Résultat, la bourse de New York en une seule journée s’effondre de plus de 20% un jour d’octobre 1987. À quoi tient « l’efficience des marchés » avec le recul… Et là, en toute rationalité, le spectre de la crise de 1929 aidant, on se dit que la fin du monde peut-être approche… Mais pas pour longtemps… Le temps d’une journée seulement en fait… Qui aurait bien pu se protéger d’un tel phénomène dans un sens ou dans l’autre et selon quel critère rationnel ? Qui aurait seulement dû tenter de le faire ? Le modèle dit de « Black & Scholes » se fait littéralement tirer les oreilles : désormais la perception du risque dans le prix des options dépendra du chemin qu’auront suivi les marchés entre-temps, chemin qui évidemment reste inconnu jusqu’à la dernière minute. Le monde est perçu très différemment s’il est sous stress à partir de maintenant. Il est loin d’être déchiffrable dans ces cas là. Voilà le début du bon sens, mais l’hypothèse des « marchés efficient » bat de l’aile. Ce changement implique pour le moins que les marchés ne sont pas efficients à appréhender les lames de fonds. A quoi bon se protéger alors si ce n’est que pour des vétilles? Car quelle contrepartie sera assez solide pour honorer tous ses contrats dans LA débâcle ? Cette perspective glace le sang. L’optimisme reste de mise néanmoins.

(à suivre…)

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