Les excès du capitalisme appartiennent aux poubelles de l’Histoire. La suite ne dépend que de nous, par Martin Kirk

Capitalism’s excesses belong in the dustbin of history. What’s next is up to us, un article de The Guardian, paru le mardi 1er août 2017. Merci à Ronald Grandpey. Ouvert aux commentaires.

En février dernier, un étudiant en deuxième année, Trevor Hill, s’est levé lors d’un débat avec la salle à New York, et a posé une simple question à Nancy Pelosi, chef de l’opposition à la Chambre des Représentants.

Citant une étude de l’université d’Harvard qui montre que 51% des Américains de 18 à 29 ans ne croient plus au capitalisme, Hill désirait savoir si le Parti démocrate pouvait envisager un positionnement plus clairement à gauche, lui permettant de se démarquer véritablement de la politique économique droitière en vogue ? Pelosi, visiblement prise à contre-pied, a répondu : « Je vous remercie d’avoir posé cette question, mais je suis au regret de vous rappeler que nous sommes capitalistes, et que c’est ainsi. »

La séquence a fait le tour des réseaux des deux côtés de l’Atlantique. Son efficacité tient au contraste frappant qu’elle met en évidence : Trevor Hill n’a rien d’un militant gauchiste. Il a tout simplement le profil type du jeune d’aujourd’hui — brillant, bien informé, curieux du monde et impatient d’en construire un meilleur. À l’opposé, Pelosi, figure marquante de l’élite politique, s’est montrée incapable ne serait-ce que d’envisager que le capitalisme lui-même puisse être la source du problème.

Les jeunes électeurs ne sont pas les seuls à partager ce sentiment. Un sondage YouGov de 2015 a mis en évidence que 64% des Britanniques considèrent le capitalisme comme injuste, et qu’il aggrave les inégalités. Cette même défiance représente 55% des avis exprimés aux États-Unis, et au bas mot 77% en Allemagne. Par ailleurs, les trois quarts de la population des principales économies capitalistes sont convaincus que les grandes compagnies sont foncièrement corrompues.

Pourquoi les gens ont-ils ce sentiment ? Sans doute pas parce qu’ils veulent revenir en arrière et vivre en URSS. Pour les jeunes en particulier, l’opposition binaire capitalisme contre socialisme, ou capitalisme contre communisme, est creuse et démodée. Il est bien plus probable que la population soit en train de réaliser – consciemment ou de façon instinctive – l’aberration profonde d’un système dont le seul but consiste à transformer les ressources humaines et naturelles en capital, chaque année davantage, et ce quel que soit le coût pour la qualité de vie et pour l’environnement.

Parce que c’est bien ce à quoi se résume le capitalisme ; c’est là sa seule finalité. Nous le constatons à travers les injonctions permanentes à augmenter le PIB, partout, à une cadence exponentielle, et ce bien que nous sachions parfaitement que le PIB en soi ne réduit pas la pauvreté, pas plus qu’il n’améliore le bien-être et la santé de la population. Le PIB mondial a augmenté de 630% depuis 1980, et les inégalités, la misère et la famine n’ont cessé d’augmenter depuis lors en parallèle.

L’obsession exclusive d’une croissance du chiffre des capitaux en circulation oblige ainsi les grandes firmes à faire grimper avant toute chose la cote de leurs actions, afin de conserver la confiance de leurs actionnaires. Même les cadres dirigeants de bonne volonté se voient donc interdits la moindre initiative sensée, telles que des augmentations de salaires ou la réduction de la pollution, au risque de compromettre les résultats financiers de leur entreprise — Doug Parker, le PDG d’American Airlines, en a fait l’amère expérience cette année, en tentant d’augmenter la rémunération de ses employés et en subissant aussitôt les représailles des marchés financiers. Même au sein d’industries très rentables comme les compagnies aériennes, et ce malgré de nombreuses mises en garde, la redistribution des richesses est vue d’un très mauvais œil. Les profits sont considérés comme la propriété naturelle des investisseurs. Raison pour laquelle JP Morgan, très critique, a assimilé les augmentations de salaires à « un transfert de richesse de près d’un milliard de dollars » aux travailleurs.

Tout cela n’a pourtant rien d’inéluctable, et il n’est pas nécessaire de chercher des solutions toutes faites dans le passé, qu’il s’agisse d’un retour au socialisme d’État ou à tout autre système révolu. Nous devons au contraire nous tourner vers l’avenir. La faculté de l’homme à innover et à produire de nouvelles idées est sans limite ; pourquoi minimiser ce potentiel, au nom du seul credo selon lequel le capitalisme serait l’ultime système à notre disposition ?

Martin Luther King évoquait l’idée d’une « synthèse supérieure », qui retienne le meilleur des systèmes à travers l’Histoire, en comptant précisément sur cette ressource intarissable et produise quelque chose de neuf. Les idées ne manquent pas. Nous pourrions commencer par la manière dont nous concevons et mesurons le progrès. Comme le disait Bobby Kennedy, le PIB « mesure tout, sauf ce qui rend la vie digne d’être vécue ». Nous pouvons changer cela. Nous pourrions mettre en œuvre des méthodes d’agriculture régénératrice pour tendre vers une vie plus en accord avec la nature dont dépend notre survie. Nous pourrions également adopter des initiatives potentiellement révolutionnaires, telles que le versement d’un revenu universel de base sous forme de crypto-monnaie, ce qui améliorerait grandement notre système monétaire.

De telles actions, et bien d’autres, pourraient bien détrôner la logique bornée du capitalisme, et la remplacer par des principes plus équitables. Appliquées avec suffisamment de méthode, elles pourraient même renvoyer le capitalisme aux poubelles de l’Histoire.

Nos leaders politiques et économiques doivent cesser de s’accrocher au mythe de la croissance comme solution à tous nos problèmes, et rejoindre les débats que les mouvements sociaux, les forces de progrès et les jeunes gens comme Trevor Hill organisent afin de jeter les bases d’un monde post-capitaliste plus agréable, plus sûr et plus équitable.

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46 réflexions sur « Les excès du capitalisme appartiennent aux poubelles de l’Histoire. La suite ne dépend que de nous, par Martin Kirk »

  1. Nous pourrions bien sûre !
    Mais lorsque des élections surviennent, qui est élu au poste permettant le changement ?
    Combien d’années encore avant la prise de conscience ?

      1. C’est inquiétant en effet.
        Du coup une minorité impose ses volontés à une majorité qui va payer son insouciance, pour ne pas dire plus…

    1. Mais quand réaliserons-nous que la voie électorale est sans issue? Même quand de vrais socialistes arrivent au gouvernement (et pas au pouvoir comme le dit très justement Eric Toussaint), ils sont rapidement éliminés (Allende) ou remis brutalement dans le « droit » chemin (Tsipras).
      L’insurrection étant nocive et impossible (vous avez vu leurs armes et technologies de répression), reste la voie, individuelle ou par petits groupes, de la sortie volontaire du capitalisme? Cela risque d’être très long et très minoritaire dans un premier temps mais, du moins, ceux qui choisissent ce chemin risqué sont en général plus heureux et pas complices de la ruée vers l’effondrement de nos civilisations. En 2005 déjà, Isabelle Stengers et Philippe Pignarre nous conseillaient les pratiques de désenvoûtement de « La sorcellerie capitaliste » (La Découverte). Prophétique quand on constate ce qui se met tout doucement en place au sein de la nébuleuse du mouvement de la transition.

      1. @ Alain Adriaens

        Effectivement, c’est un constat affligeant, même arrivés au gouvernement par la voie électorale ou par la voie révolutionnaire (abattant une dictature ‘capitaliste’), le résultat est la mise en place, au mieux, d’une coalition des médias appartenant ou financés par les milieux capitalistes, de coalitions de pays ‘démocratiques capitalistes’, le tout visant la mise au pas de ces pays qui ont osés offrir un meilleur espoir aux plus déshérités. Chili, Nicaragua, Honduras, le Venezuela actuellement dans la tourmente, Cuba toujours soumis à l’embargo, etc…
        Dans le pire des cas, c’est l’intervention militaire directe s’appuyant sur un prétexte fabriqué.
        « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie », écrit Paul Jorion, c’est un constat des plus lucide, mais par quel moyen se débarrasser de ce cancer insinuant ses métastases dans tous les compartiments de la société?

      2. @Alain Adriaens
        Quelques-uns l’ont fait au cours du temps, plus proche de nous : années 60-70. Peu ont réussi. Certains groupes se sont terminés en pugilats, en faillite, et haines, retour « au bercail » dans les voies « normales ». Peu ont tenu jusqu’au bout.

  2. « Mais lorsque des élections surviennent, qui est élu au poste permettant le changement ? »

    Bonne question, qui mérite deux réponses:

    1) les élections n’ont jamais, nulle part permis de mettre fin à la dictature du capital, ni même permis les principales conquêtes du camp du travail. Tout se joue dans le rapport de force, pas dans la palabre électorale ou la course aux mangeoires.

    2) ceux qui y croient sont loin de voir dans les programmes de « gauche » des années passées une alternative au capitalisme. Ce ne sont en général que des aménagements du capitalisme, comme « L’Avenir dans ma main » du nouveau César. Il existe pourtant des alternatives qui font leur chemin, passé le XXème siècle des illusions perdues sur les dictatures déguisées en « socialisme ». Notamment un vrai pouvoir des travailleurs ou planification autogestionnaire, alternative à l’étatisme et au marché, tel que défendu par exemple ici par C. Samary :
    https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/040617/octobre-1917-2017-le-communisme-en-mouvement-2e-partie-par-c-samary

  3. Je voudrais pas dire de connerie mais je crois que la Pelosi à elle seule a réussi à collecter kekchose comme 26 millions de dollars sur les 60 levés par le parti Démocrate depuis le début de l’année pour la prochaine campagne de la Chambre des Représentants.
    Donc, anticapitaliste ou pas, la Pelosi, dans le système US tel qu’il est today, ben tu la gardes si tu veux avoir une chance de choper quelques leviers du pouvoir…
    Bah oui, je sais, c’est cracra l’bazar…

  4. Le niveau d’anticapitalisme qui monte légèrement dans la tranche des 18/29, soit, c’est à noter.
    Mais qu’est-ce que ça représente à côté du fait majeur de l’opinion US depuis 20 ans, la polarisation massive en cours ?
    Pour se faire une idée, au-delà du vote Trump ou Bernie, jeter un œil sur les résultats 2016 du panel PEW…
    http://www.people-press.org/2016/04/26/a-wider-ideological-gap-between-more-and-less-educated-adults/

  5. « Dans le domaine de la politique proprement dit, une grande partie de la gauche succombe au chantage idéologique de la droite en acceptant ses prémisses fondamentales (« L’époque de l’Etat-providence, avec ses dépenses sans limites, est achevée », etc.) et, en fin de compte, c’est cela qui est en jeu avec la fameuse troisième voie de la social-démocratie d’aujourd’hui (1999). Dans de telles conditions, un acte authentique consisterait à riposter à l’agitation de la droite contre une mesure ‘radicale’ ( » Vous voulez l’impossible, cela va mener à la catastrophe, à plus d’intervention de l’État… ») — non pas en nous défendant et en disant que ce n’est pas ce que nous voulons dire, que nous ne sommes plus de vieux socialistes, que les mesures proposées ne vont pas augmenter les dépenses de l’État, etc — mais en répondant : « oui, c’est ‘précisément’ ce que nous voulons ! » Lorsque les cyniques, partisans du ‘statu quo’ accusent les prétendus révolutionnaires de croire que ‘tout est possible’, que n’importe qui peut tout changer, ce qu’ils veulent dire en réalité, c’est que ‘rien du tout n’est en réalité possible’ que nous ne pouvons ‘en réalité’ rien changer, puisque nous sommes fondamentalement condamnés au monde tel qu’il est. » Slavoj Zizek, in Butler/Laclau/Zizek, Après l’émancipation, Le Seuil 2017, page 164-165.

  6. Coucou,

    Cette question ouvre un abîme de reflexions…
    Est ce que cela oppose deux rationalités ?
    deux philosophies ?
    1 milliard de chinois, 1,5 millaird d’indiens, Bientôt ou deja 1 milliards d’africains. Que desirent ils , chacun d’entre eux ? d’entre nous ?

    et moi et moi et moi dans cet infini besogneux, reveurs, marcheurs, pecheurs, ingénieurs, cueilleurs, musiciens, acteurs…

    les temps modernes.

    La termitière ou le chaos ?

    « une geo graphie, dont nous avons oublié que nous somme les auteurs »

    Bon, oh joie, je vais tondre la pelouse !

    Bonne journée

    Stéphane

  7. Le propre des générations nouvelles c’est de penser et d’agir différemment des précédentes. Cette tendance peut aussi s’amenuiser avec le temps et faire de jeunes générations vieillissantes un remake des précédentes, ça c’est vu. Sauf que, sauf qu’aujourd’hui, nous sommes confrontés à plus fort que nous et que même les aveugles se rendent compte que la planète n’est pas un puit sans fin, que notre habitacle atteint pour la première fois un degré de fragilité fort préoccupant.
    Alors ?…
    Plusieurs solutions sont ouvertes pour sa résolution dont deux très tranchées :
    Soit on s’en prend directement à l’humanité en la décapitant de moitié ou de trois quart.
    Soit on change tout.

  8. le capitalisme est indépassable c’est un hydre à mille tête qui accompagne les hommes depuis que la propriété privée s’est instaurée, le communisme ne l’a pas abolit,l’islam en propose une version « coranique », il est l’instrument de la puissance

  9. Il y a dans le capitalisme une force vitale archaïque qui en fait le système le plus adapté à nos pulsions ou autrement dit à notre égocentrisme radical. Il est fondamentalement prédateur et addictif et le capitalisme actuel l’est avec plus de force que le capitalisme de naguère parce qu’il s’est en quelque sorte dématérialisé.
    Il ne peut s’achever que dans le mur. Il ne peut être dépassé qu’après une catastrophe. La question est de savoir de quelle dimension. Paul Jorion parle de l’extinction de l’espèce. Le pire n’étant pas sur, on peut espérer que le niveau de la catastrophe n’atteindra ce seuil fatidique.

  10. https://www.youtube.com/watch?v=MR65ZhO6LGA

    Y’a l’intervention complète de la nana.

    « Il est bien plus probable que la population soit en train de réaliser – consciemment ou de façon instinctive – l’aberration profonde d’un système dont le seul but consiste à transformer les ressources humaines et naturelles en capital, chaque année davantage, et ce quel que soit le coût pour la qualité de vie et pour l’environnement. »

    Donc elle débute en nous disant son attachement pour le capitalisme. Et après elle enchaine avec un petit topo sur le PDG idéal. Un PDG qui est mort y’a une grosse quarantaine d’années. Et donc pour elle le PDG idéal c’est le PDG qui se soucie de ses actionnaires et de son outil de travail, de ses salariés et de la communauté. Bref qui prend en compte l’environnement. Dans toute sa polysémie. Sauf que évidemment à l’époque, la problématique écologique est assez marginale. Là ou aujourd’hui c’est une problématique majeur vu que c’est carrément devenu un enjeu vital.

    « Parce que c’est bien ce à quoi se résume le capitalisme ; c’est là sa seule finalité. Nous le constatons à travers les injonctions permanentes à augmenter le PIB, partout, à une cadence exponentielle, et ce bien que nous sachions parfaitement que le PIB en soi ne réduit pas la pauvreté, pas plus qu’il n’améliore le bien-être et la santé de la population. Le PIB mondial a augmenté de 630% depuis 1980, et les inégalités, la misère et la famine n’ont cessé d’augmenter depuis lors en parallèle. »

    Vous verrez dans la vidéo elle signe le mouvement d’accroissement des inégalités. C’est quand elle explique qu’elle défend un capitalisme raisonnable, qu’elle a un problème avec ce capitalisme concentré sur l’intérêt de l’actionnaire et qui raisonne au trimestre fiscal.

    C’est marrant tout ça.

    Enfin marrant, faut le dire vite. C’est cette mauvaise foi qui se déguise en conscience éclairée qui nous conduit dans le mur quand même.

    1. Le PIB mondial a augmenté de 630% depuis 1980, et les inégalités, la misère et la famine n’ont cessé d’augmenter depuis lors en parallèle.

      Comment peut-on prêter l’oreille à une commentatrice qui accumulent autant de sottises en une seule phrase ?
      Tout, absolument tout est faux dans ces quatre affirmations.
      Le PIB en dollars constants a été multiplié par 2,75 entre 1980 et 2016 (de 28 000 à 77 000 Mds$), pas par 7,3 (+630%…).
      Et la misère, la famine ou les inégalités n’ont nullement « augmenté en parallèle » au niveau mondial.

      1. En ce moment je regarde la série documentaire « Capitalisme » pour m’endormir. C’est pas ce qu’il y’a de plus simple.

        5 h du matin, tu commences par être emporté par un début de rêve puis t’es ramené à la réalité par la voix d’une indienne. Puis le commentaire français débute et t’entends que son mari s’est foutu en l’air en ingérant des pesticides parce qu’il était sur le point de perdre ses terres.

        Tu vois j’ai beau être tout au bac de l’échelle de ce pays qu’on appelle France ça m’empêche quand même de dormir. Parce que faut être con pour penser un monde qui pousse le petit propriétaire terrien à se foutre en l’air après lui avoir extorqué ses terres. Parce que si on décortique le processus c’est exactement ce qu’il se passe. On lui arrache la possibilité d’exister au nom de règles absurdes rédigées par des grands cons qui ne savent rien, strictement rien des réalités économiques qu’ils prétendent arbitrer.

        Mais faut pas se voiler la face, ils sont pas là pour comprendre, pour savoir. Ils sont là pour aider l’occident à déployer sa conception délirante de l’Homme et l’aider à cultiver sa soif de toute puissance. Alors l’essentiel c’est pas tant d’ouvrir un marché à la liberté économique afin qu’un pays puisse nous rejoindre dans la marche du libre échange que d’ouvrir un marché à l’appétit financier d’une petite élite.

        Reste que de mon point de vue tu dis un peu du drame de notre époque. T’as manifestement besoin de garder les yeux rivés sur la feuille excel pour pas te laisser émouvoir par la misère qui se cache derrière les petites cases. C’est lâche.

      2. Faut-il se voiler la face pour bien dormir… Les règles économiques n’existent pas, ou si mais elles sont là devant nous et ce ne sont pas des lois naturelles, ou peut être que si car elles existent bien là sous nos yeux bien concrètes…La réalité économique qu’est-ce que c’est, au nom de quoi aurais-je tort ou raison: la loi du plus fort est souvent la meilleure chantait Alpha Blondy.

      3. « La série documentaire capitalisme »… passionnant…
        Parce-que tu crois que le piquebouzic indien il a attendu le capitalisme ou les pesticides pour se foutre en l’air ou se faire niquer par des usuriers, des esclavagistes ou des Landlords ?
        Tu veux pas me causer de la Vandana Shiva tant que t’y es ? Je te le déconseille, très charitablement.
        Je demande juste aux pleureuses et pleureurs dans ton genre de me dire si la phrase « Le PIB mondial a augmenté de 630% depuis 1980, et les inégalités, la misère et la famine n’ont cessé d’augmenter depuis lors en parallèle » est oui ou non un tissu d’âneries convenues, pas une digression sur leurs illuminations semi-comateuses devant un docu Arte manifestement aussi soporifique qu’anticapitaliste quoique relevé au glutamate michaelmoorien.

      4. Vigneron :
        http://donnees.banquemondiale.org/indicator/NY.GDP.MKTP.CD?end=2016&start=1978

        On passe de 10 à 75. J’ai pas le courage de faire le calcul du taux de variation là. Mais t’avoueras qu’on est plus proche du chiffres annoncée par la politique que de celui que tu avances.

        Donc 1 point pour Madame.

        Pour les inégalité vu l’effroyable concentration des richesses à laquelle on assiste je vois pas comment tu peux soutenir que c’est fumeux. Et pour la misère économique y’a pas de soucis, elle recule. Par contre la misère psychique, c’est dramatique, elle explose.

        Sinon je suis pas fan du nivellement par le bas. Soutenir que c’était pas mieux avant ça n’excuse rien. En plus ces paysans on leur a pas promis le suicide par pesticide mais la prospérité. Donc y’a un petit écart entre la prétention des actes et le résultat effectif qui mérite une critique sérieuse. Et justifier la situation en expliquant que c’était pire avant c’est un bon moyen de pas avoir à faire la critique.

        Après faut pas te méprendre hein, je chiale pas. Je veux dire que j’y suis pour rien. J’ai pas la possibilité d’agir. Donc ça m’empêche de dormir sur le moment puis après ça passe. Par contre je fuis pas cette réalité, je m’en détourne pas en déguisant ma lâcheté en courage, en m’abritant derrière un cynisme à deux balles. Parce que je me dis, très connement, que plus j’en sais plus je suis apte à faire des choix éclairés et donc à influer la marche du monde de façon positive à ma petite échelle.

        Toi par contre tu chiales. Tu chiales parce que je te fais remarquer que t’es un totalitaire du chiffre qui s’abrite derrière sa feuille excel pour pas voir la tristesse de la famille indienne qui vient de voir le père se foutre en l’air. Tu veux pas projeter cette détresse sur ta famille, te mettre dans la position de l’indien qui perd tout. T’as trop la trouille de ce que ça pourrait te faire comme effet, trop peu de ce que tu pourrais découvrir sur toi même. Alors tu me traites d’anticapitaliste pour défendre ton illusion d’intelligence. Le soucis c’est que moi j’interviens à la base pour prendre la défense du discours capitaliste de madame. Pas pour le dénoncer. Et là c’est précisément parce que je défend le discours capitaliste de madame que t’arrives à me traiter d’anticapitaliste. C’est fort.

        cornélius : Techniquement pour achever le projet libéral tu dois faire triompher Marx. Parce que le point de vue dominé il part de loin, à la base il est esclave. Mais au fil des luttes il a grapillé du terrain, et pas qu’un peu il est plus très loin de devenir l’égal du point de vue dominant. Et le jour ou le point de vue dominé devient l’égal du point de dominant, y’a plus de point de vue dominé/dominant, y’a plus de verticalité. C’est l’horizontalité. Puisque les deux points de vues se reconnaissent comme égaux.

        Après comment contraindre le point de vue dominant à se reconnaître l’égal du point de vue dominé? C’est pas compliqué, suffit de le castrer. Sur le plan symbolique. De convertir notre gauche antilibérale au libéralisme. Qu’elle se mette à défendre le point de vue du salarié sur le marché du travail au lieu de lutter contre celui du patron. Un détail au premier abord, sauf que derrière ce retournement on a l’émancipation.

        D’ailleurs techniquement cette affaire c’est une révolution symbolique. Zizek et Gori confirmeront tu verras. Et techniquement toujours c’est comme ça que t’ouvres la troisième voie sur laquelle Macron prétendait marcher. Et tu sais ou ça conduit sa troisième voie? Vers l’utopie. La vraie! Là ou Macron lui, avec sa contrefaçon, il nous emmène tout droit vers la dystopie. Enfin quand on est bien intégré on dit pas « dystopie » on dit « utopie néolibérale ».

      5. Désolé machin, mais un zig qui tombe direct et malgré les avertissements d’usage dans le piège des dollars courants pour estimer la progression de la création de valeur mondiale, ça me fait à peine marrer, tellement c’était prévu, et ça m’incite irrévocablement à stopper net le supplice irrémédiable d’avoir à le lire plus avant.

      6. JC

        Il y a un semblant de réel dans tout ce vous dites pourtant je n’y crois pas. Réel car c’est bien Marx que je retrouve dans votre analyse résumée, mais Marx pouvait-il prévoir que tous nous nous retrouverions unis à chasser des pokémon, puis que nous deviendrons pokemon? Marx n’avait pas prévu le pire, il s’est ainsi lourdement trompé sur le futur quand bien même il brille toujours par son analyse sociologique et économique de son temps.

  11. Sinon, on avait remarqué que Jorion n’avait rien à dire sur le Vénézuela.
    On a l’explication : il n’a pas envie de parler du Vénézuela.
    Pourquoi ?
    Pasque c’est des méchants des deux côtés.
    (Et pis surtout il a rien à dire d’autre sur le Vénézuela.)

    1. On est du côté de la rue ou on ne l’est pas, mais la rue n’est-elle pas manipulée dans le cas présent? RAS, frustré on le comprend.

      1. Montre moi une rue non manipulée, montre moi une rue pure, montre moi un homme pur, montre moi les saintes foules héroïques…

      1. Jusqu’où faut-il être neutre, c’est à dire en pratique du côté de la police, de l’armée, de la force, du pouvoir, de la clique régnante, bref de la répression, car, contrairement à l’antienne convenue, elle fonctionne à merveille, et longtemps, quand autour, loin ou moins loin, seuls des neutres s’emmêlent de ne pas s’en mêler.

      2. La pensée et la vision manichéennes sont la condition nécessaire à la guerre civile .

        Pas toujours suffisante , sinon la guerre civile serait permanente .

        Les bâtisseurs ont bien du courage et/ou de l’inconscience .

  12. Permettez que je revienne ici sur le billet de Cédric Chevalier, en particulier sur son commentaire:

    « Cédric Chevalier dit :
    4 août 2017 à 10 h 24 min
    http://www.pauljorion.com/blog/2017/08/03/avenir-du-blog-de-paul-jorion-avenir-des-intellectuels-avenir-de-la-democratie-par-cedric-chevalier/#comment-623276

    Très intuitivement, j’ai le sentiment d’une société plongée dans le fatalisme le plus complet. Une société qui a été bien informée des catastrophes qui s’annoncent, qui voit les premières gouttes et entend les premiers grondements de tonnerre, mais qui se résout à subir l’orage. Cette aptitude de l’être humain à s’adapter au pire est la pire des choses. La capacité d’adaptation au pire de l’Humanité est une tragédie. C’est ce qui a autorisé l’esclavagisme, la guerre, les camps de concentration, la dictature et ce qui autorise aujourd’hui la destruction de la Biosphère sans broncher. Si l’espèce était moins adaptative, en fait, si elle tenait plus à une existence authentiquement humaine, à vivre véritablement, jamais elle n’aurait accepté tout ce qu’elle accepté et ce qu’elle accepte encore aujourd’hui. Il y a quelque chose du zombie (vivant déjà mort) chez l’être humain, jeté dans l’existence sans avoir eu son mot à dire.
     »

    J’y reviens, car je trouve cette réflexion fondamentale.

    En l’occurrence, elle montre en peu de mots que l’humanité manque son but, ne participe pas au « plan » alors qu’elle en a les moyens et l’intelligence.

    C’est pourtant simple: il est inscrit dans le cœur de chaque humain, ce challenge: celui de dépasser la loi de la jungle, ce que Cédric Chevalier évoque en parlant d’adaptation, qui est la manière confortable, animale, alors que le challenge demande justement de créer quelque chose de nouveau: l’Humanité… ni plus ni moins.

    Globalement, nous manquons ce but… Que peut-il en être à l’échelle individuelle ?

    1. A l’échelle individuelle, hormis une petite minorité, je n’ai pas l’impression que le commun des mortels se soucie de sortir de la « minorité » de Kant…
      On peut donc tout doucement parler d’échec également… Kant avait dit que ca prendrai du temps mais l’idiocratie progresse plus vite que les lumières !

      1. Le soucis en fait c’est que le commun des mortels à un niveau de conscience de la réalité à peu près équivalent au tiens. Sauf que comme les autres tu l’ignores.

        Le résultat c’est que vous êtes tous dans vos coins à vous lamenter que si le voisin était aussi beau que vous le monde serait meilleur, alors que le monde est plongé dans le chaos précisément parce que vous refusez de comprendre que le voisin est aussi conscient du bordel que vous.

        L’impuissance collective elle se joue à se niveau. Dans le fait que chacun pris dans sa petite bulle individualiste se contemple le nombril en dénoncant celui du voisin.

        Non parce que sans rire, dans le pire des cas le voisin est vraiment con et au lieu de le toiser vous partagez. Dans son intérêt et le votre aussi.

        C’est le prix à payer en tous cas pour avoir une chance de corriger le tir.

    2. Tant qu’à faire, je développe sur la base de ce qu’écrit Cédric:

      «  Il y a quelque chose du zombie (vivant déjà mort) chez l’être humain, jeté dans l’existence sans avoir eu son mot à dire. »

      C’est bien ça: nous sommes « jetés » par notre naissance dans cette arène, zombies ayant le choix de vivre ou de mourir, ayant à prendre position de « l’utopie ou de la mort », celui de se considérer comme simple animal, avec un destin identique, ou celui de créer une mutation, celle dont parle JC, par la mise en pratique d’agapé, l’amour désintéressé.
      Si on n’a pas eu son mot à dire, on a, le temps de cette vie, le choix de ce qui guide, motive nos actes…

      A l’évidence, ce choix ne fait pas l’objet de la propagande majoritaire !

      1. Pour éviter tout malentendu, potentiel, dans mon post, JC c’est Jésus-Christ 🙂
        N’suis pas sûr qu’il soit déjà de retour…

  13. Pour s’en sortir, Madame Pelosi aurait pu répondre à la question de l’étudiant ce que Paul Jorion a répondu dernièrement à propos de JLM : « Soyez raisonnable, sortir du capitalisme est certes une question de survie mais ce n’est pas possible car les marchés ne l’accepteront pas. »

  14. En tout cas félicitations à M Jorion pour le placement de son bouquin chez Amazon , je serais à sa place je ferais la même chose , et la moindre contribution à la fin du capitalisme est bonne à prendre .
    Dernièrement je lisais un post d’une dame chez Béru qui m’a laissé perplexe , et m’a fait entrevoir que peut-être mon rejet du capitalisme depuis l’enfance , sans avoir ouvert le moindre bouquin du grand Karl , est de l’ordre du religieux . Pour cette dame , être socialiste/communiste c’est vouloir contrôler l’avenir , et « nier la grande capacité créatrice de l’être humain » …bon je vois à peu près ce qu’elle veut dire , mais je reste ferme sur mes positions , et ce ne sont certainement pas mes années d’expérience professionnelle au contact du « libéralisme » qui vont me faire changer d’avis .

    1. Hé hé !
      «  félicitations à M Jorion pour le placement de son bouquin chez Amazon  »

      ça ne leur fait ni chaud ni froid, ou font-ils semblant que…?

    2. Non, ça marche pas comme ça l’bazar, c’est quelques années de l’autre côté d’la clôture, là où l’herbe est plus verte pardine, quelques années d’expérience au contact du « socialisme inspirant » bolivarien par exemple qui te feraient changer d’avis.

      1. T’en fais pas , le socialisme bolivarien ça peut pas être pire que ce que j’ai vu en Afrique, Inde, ou au Moyen-orient , en Saoudie entre autres où des loqueteux pakistanais , les derniers dans la chaîne alimentaire locale, se louent à la journée et sont prêts à s’agenouiller et te baiser les mains parce que tu veux bien les prendre sur ton chantier

  15. Votre bouquin en tête de ventes ! que faut-il en penser ? que les gens en auraient vraiment marre du capitalisme ? ce qui suppose déjà qu’ils ont des ouvertures sur d’autres systèmes économiques. On critique le capitalisme avec raison, mais j’ai bien l’impression que rien n’est proposé pour le remplacement. P’t dans votre livre ?
    Le temps que nous élaborions un autre système fiable, la planète a le temps de devenir invivable.

    Mais j’ai surtout des questions :

    – votre proposition de redistribuer par la gratuité est une bonne idée, mais comment ? quels seront les élus ? par ex. Pour la nourriture si c’est chacun selon ses besoins certains ont plus de besoins parce qu’ils vont stocker ou se gaver jusqu’à la maladie. Sinon nous retombons dans un système communiste qui définie le besoin de chacun selon son travail, son grade, etc. Le besoin est subjectif, donc émotif, sans rationalité, pour le rationaliser il faut un état genre communiste, je ne vois pas d’autres moyens. C’est plus simple quand il s’agit de la santé, des lunettes, etc. Question logement ce n’est pas seulement la surface et le nbre de pièces, mais aussi l’ensoleillement, l’emplacement (surtout qu’on change de boulot tous les 4 matins, et si c’est des chômeurs ? on les met dans des banlieues éloignées , ou des communes dépeuplées ?)

    – autres questions sur les contradictions du capitalisme.
    Il est basé sur « consommer » mais pour consommer faut du boulot, et augmenter les salaires, mais vous dites (et je vous crois) que quand on augmente les salaires tout le reste augmente d’autant. Et si on consomme pas assez le capitalisme se sent mal, mais son rêve est que nos salaires et retraites soient les plus bas possibles.

    Comment on sort de « ces tournages en rond » ?

  16. (j’ai hésité mais finalement en exergue je vous informe que je viens de vivre l’imbécilité des spécialistes gastro-entero qui n’ont pas encore assimilé que l’intestin n’est pas qu’une mécanique mais vit grâce aux bactéries, alors qu’en plus il soit rempli de neurones alors là, les pauvres, ils doivent penser que ce sont des hallucinés qui ont « inventé » ça).

    1. Le même genre de gastro-entéro que ceux qui pendant des années ont traité Marshall et Warren de charlatans et subséquemment laissé souffrir ou crever d’ulcères et cancers leurs patients, parce-que Helicobacter pylori ne devait pas/ne pouvait pas être un cause principale des ulcères de l’estomac…

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