Ma famille demande le retrait d’Arlington du monument Confédéré de notre cousin, par Judith Ezekiel

Billet invité. Judith Ezekiel est une amie de François Leclerc. Ouvert aux commentaires.

La décision d’une ville de Virginie, Charlottesville, d’enlever une statue de Robert E. Lee, général Sudiste de la Guerre de Sécession, a déclenché une tempête. À la mi-août, un rassemblement à Charlottesville pour « unir la droite » a attiré des blancs, quasi exclusivement des hommes, membres du Ku Klux Klan, de partis nazis et de divers autres groupes militants suprémacistes blancs et de l’extrême-droite, baptisée, pour faire moins peur, « l’alt-right ». Les cris nazis de « sang et sol », « les juifs ne nous remplaceront pas », voir même « Sieg heil », se mêlent aux slogans comme « la vie des blancs compte » (« White Lives matter », pour contrer le mouvement « Black Lives Matter »), le tout sous les drapeaux confédérés, américains et nazis dont les porteurs étaient munis de badges et de casquettes pro-Trump. L’un de militants du « pouvoir blanc », a foncé dans une foule et tué une militante antiraciste, Heather Heyer, et blessé de nombreux autres. L’existence de ces groupes n’est pas une découverte, mais leur manifestation explicite, confiante et sans complexes bénéficie du soutien de Donald Trump. Suite aux évènements, Trump a dénoncé la violence de « tous les bords », soulignant le tort des antifascistes, et a proclamé qu’il y avait des « gens très bien » des deux côtés.

Cette statue a une importance symbolique. La Southern Poverty Law Center a dénombré 1.500 monuments confédérés dans tout le pays. Ils n’ont pas été érigés à la fin de la Guerre de Sécession, mais des décennies plus tard en réaction à la Reconstruction (lorsque l’on tenta de redresser les torts faits aux anciens esclaves). Comme l’a été la représentation du Sud en victime noble dans Autant en emporte le vent, afin de justifier les lois de ségrégation rigide, dites « Jim Crow ».

L’une des plus importantes de ces statues a été créée par mon cousin au quatrième degré, Moses Jacob Ezekiel (1844 – 1917), qui fut un des plus importants sculpteurs de son époque. Dans la famille, on était très fier de Moses ; malgré l’antisémitisme qui l’entourait, il a été le premier juif à accéder au prestigieux Virginia Military Institute, et l’un des rares juifs américains de son époque à avoir réussi en tant qu’artiste. L’une de ses sculptures est dédiée à la liberté religieuse et il a réalisé des bustes de Michel-Ange, Da Vinci, Edgar Allan Poe et de son ami Frans Liszt. Après la guerre, il a vécu la plupart du temps en Italie où il fréquentait les grands de son époque. Mais Moses, qui s’est battu du côté du Sud, a également réalisé en 1914 un immense Monument Confédéré de près de 100 mètres de haut pour le cimetière national d’Arlington en Virginie, un éloge des forces Sudistes esclavagistes intitulé « Le Nouveau Sud ». Parmi les trente trois personnages représentés figurent deux noirs qui symbolisent – comme l’écrit la brochure officielle de l’époque – « les rapports bienveillants entre maître et esclave », voire même la collusion de ces derniers dans le maintien de l’esclavage. Cette œuvre se situe pleinement dans le cadre des efforts révisionnistes de l’histoire de l’époque.

Il n’était pas simple d’assumer ce passé familial sudiste et raciste. Car ma famille a vécu une longue série d’oppressions, de l’Inquisition à la Shoah, en passant par les pogroms, et a soutenu les luttes de libération : depuis mon arrière grande-mère suffragette, à mon grand-oncle économiste en faveur du New Deal, incluant également plusieurs syndicalistes, un volontaire dans la guerre d’Espagne, ainsi que mon oncle, signataire de la lettre ci-dessous, militant progressiste qui a longuement étudié les nazis américains et le Klan.

En voyant le défilé de nazis revendiqués et les violences exercées contre les militants antifascistes, j’ai lancé un débat avec mes cousins sur Facebook. C’est ainsi qu’y est née l’idée de demander l’enlèvement du monument de notre cousin. En douze heures, en ligne, nous avons écrit collectivement la lettre ci-dessous. Nous étions 22 à signer (seulement trois ont décliné) de trois générations, âgés de 20 à 90 ans.

Que faire de cette œuvre de Moses ? L’un voulait qu’elle soit détruite. L’intérêt artistique ne pesait pas lourd face au message d’oppression et d’esclavagisme, disait-il. Un autre suggérait de l’entourer de statues d’anciens esclaves, comme Harriet Tubman et Frederic Douglass. Plusieurs souhaitaient la création d’un musée spécifique et pédagogique, où les reliques de l’esclavage et du racisme seraient exposées dans leur contexte. Groupe à la composition assez cosmopolite et comprenant des historiens, nous avons évoqué le sort réservé aux monuments nazis en Allemagne et en Autriche, ainsi qu’à ceux des anciens pays communistes. En fin de compte, nous avons simplement demandé qu’il soit placé dans un musée, sans plus de précisions. Puis, nous avons envoyé notre lettre le mercredi 16 août au Washington Post.

Les temps nous furent favorables : pendant que les Ezekiel débattaient entre eux, des descendants d’importants personnages Sudistes comme Robert E. Lee et Stonewall Jackson déclaraient soutenir l’enlèvement des monuments confédérés. Le lendemain, autre coïncidence, paraissait un article sur le monument de Moses dans le Washington Post, qui a ensuite reproduit notre lettre dans un article paru dans son édition en ligne, puis dans le journal papier.[1] Puis une agence de presse en a fait état et l’article a été repris par les éditions en ligne d’une cinquantaine de journaux à travers le pays, et même à l’étranger.

Nous le savons, avec Trump président, il n’y a aucune chance d’être entendu et de voir déboulonné ce monument ; notre acte est de simplement favoriser une prise de conscience et d’exprimer notre solidarité. Nous essayons de faire face à notre héritage familial et d’utiliser notre nom pour contribuer à la lutte antiraciste et antifasciste en cours.

La lettre :

L’un des mémoriaux des plus importants consacrés à la Confédération est la statue au Cimetière National d’Arlington, présentée au public en 1914. Il a été réalisé par Moses Jacob Ezekiel, un ancien soldat confédéré et sculpteur renommé de son époque. Ezekiel fut membre de notre famille. Comme pour la plupart de ces monuments, celui-ci avait pour but de réécrire l’histoire pour justifier après coup la cause du Sud dans la Guerre de Sécession, ainsi que les lois racistes et segrégationistes mises en place ensuite, dites « Jim Crow ». Il glorifie la lutte en faveur du droit d’être propriétaire d’êtres humains, et, dans sa représentation des Africains-américains, implique leur collusion dans l’esclavage. Même si notre famille est fière de la prouesse artistique de Moses, nous, une vingtaine d’Ezekiels, disons : enlevez cette statue. Retirez-la de sa place d’honneur au Cimetière d’Arlington et mettez-la dans un musée en rendant claire son implication dans l’oppression.

Signé : Judith Ezekiel, Raphael S. Ezekiel, Lewis Ezekiel, Daniel Ezekiel, Joshua Ezekiel, Aaron Ezekiel, Eizo Lang-Ezekiel, Clara Lang-Ezekiel, Tamar Ezekiel Granor, Solomon Granor, Nathaniel Granor, Nathan D. Horowitz, Danah Ezekiel, Luna Ezekiel, Margalete Ezekiel, Rachel Ezekiel-Fishbein, David Ezekiel-Herrara, Joel Fishbein, Bernice Ezekiel Brant, Elaine Ezekiel, Nina Clark, Jasmin Zafra (et d’autres à venir)

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[1] Descendants of Rebel sculptor: Remove Confederate Memorial from Arlington National Cemetery

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36 réflexions sur « Ma famille demande le retrait d’Arlington du monument Confédéré de notre cousin, par Judith Ezekiel »

  1. On n’efface pas le passé.
    On n’efface pas les erreurs et fautes dont l’histoire est pleine en les condamnant a posteriori, des siècles plus tard.
    Staline effaçait des photos officielles la tête de ceux qu’il ne voulait plus y voir.
    Laissons-lui l’exclusivité du procédé.

    1. Oui.
      Le monument est un outil de transmission du passé, ancré dans le sol et visible de tous. Il y a une topologie de la commémoration. Ce n’est pas par hasard si les monuments aux morts de la Grande Guerre sont placés ou en face de la mairie, ou en face de l’église ou au cimetière.
      Effacer le monument peut-être compris comme une tentative d’effacer la mémoire. Mieux vaut discourir autour plutôt que détruire.

    2. Pas de confusion entre Staline et autres dictateurs qui veulent effacer l’histoire. Elle leur retombera toujours sur la gueule, tant que les êtres humains lutteront pour l’émancipation de toutes les dominations.
      C’est l’honneur de la famille Ezekiel d’affirmer que ce morceau d’histoire n’a pas sa place dans un cimetière, qui a vocation à célébrer les morts, pas les génocides.
      La statue a sa place dans un musée d’histoire de l’esclavage, comme il en existe d’histoire de la Shoah.
      Mais comme par hasard, ce musée n’existe pas encore, car le racisme est toujours vivant aux Etats-Unis. Pire, il est réactivé depuis la Maison Blanche.

  2. être artiste rend-il sourd et aveugle et la tête vide de raisonnement ? comment n’a-t-il pas vu qu’il était lui, en tant que Juif dans un milieu d’anti-sémites du même côté que les Noirs ?
    Vous me répondrez mais alors en Israël, c’est bien un des problèmes qui fait qu’il est impossible d’avoir des échanges calmes avec des Israéliens en voyage : ils sont total paranos et sont incapables de ne pas se sentir attaquer au bout de 3 phrases et se mettent à hurler.

    Ce doit être lourd à porter ce côté sombre d’un ancêtre, son côté lumière n’a pas l’air, pour le reste de la famille, d’éclairer l’ombre, et pas dans n’importe quelle sorte de famille mais une famille éclairée et active.

    Souhaitons leur de réussir, malgré tout, un jour… ce n’est pas une démarche que je dirais « courageuse » mais plutôt de bon sens et surtout d’honneur collectif.

    1. AnnieS : vous semblez ne pas connaitre de pans entiers de l’histoire de l’esclavage, cela est pourtant bien documenté depuis aussi longtemps que l’on a des documents historiques. Ensuite, évidemment, juger aujourd’hui pour des choses vieilles d’un siècle ou plus, il faut comprendre que nous serons nous aussi jugés par nos cousins du 4e degré dans cent ans. Et sûrement, à leurs yeux, nous passerons pour des bons à rien.

    2. N’avez-vous jamais commis d’erreur ? Ne vous êtes vous jamais trompé de camp ? Comment pouvez-vous savoir ce qu’il y avait dans la tête de ce sculpteur, comment comprendre le sens de cette question que vous posez ?  » Être artiste rend-il sourd et aveugle et la tête vide de raisonnement ?  » Doit-on y répondre par Oui ou par Non et ainsi statuer sur la capacité à entendre et à voir de tous les artistes qui peuple ce monde ?
      Comprendre, pardonnez et remettre le juste sens en toutes choses. Je salue l’initiative de cette famille soudée soucieuse de comprendre son histoire.

    3. « Même si notre famille est fière de la prouesse artistique de Moses, nous, une vingtaine d’Ezekiels, disons : enlevez cette statue. Retirez-la de sa place d’honneur au Cimetière d’Arlington et mettez-la dans un musée en rendant claire son implication dans l’oppression. »

      Cette démarche est, bien entendu une excellente décision. La meilleure qui puisse rendre hommage à cet artiste. Cette famille a le courage de ses opinions, les assume avec conscience, intelligence et élégance. Elle respecte l’oeuvre et son ascendant, tout en affirmant avec lucidité ne pas se reconnaître dans ses convictions racistes et dépassées; et encore moins la récupération malsaine du symbole.
      Le nouveau POTUS n’assumant lui m^me pas ses positions racistes ! Il ne peut plus y avoir de symboles debout qui représentent le racisme et l’oppression. Quand il y a oppression, rejet et déni des droits légitimes d’autrui : où est la victoire ?

  3. Pas banal et remarquable. Toute une famille, visiblement unie, donne une leçon à une nation entière !
    C’est comme cela que l’humanité sortira de sa préhistoire.
    Je suggère qu’un sculpteur contemporain soit chargé de réaliser une statue à cet emplacement, en hommage à la famille Ezekiel.
    Sauf qu’ils refuseront. Ils ont conquis mille fois mieux: la dignité que personne en pourra jamais leur enlever.

    Voir par ailleurs:
    Etats-Unis. L’extrême droite suprémaciste relève la tête.
    https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/230817/etats-unis-l-extreme-droite-supremaciste-releve-la-tete

  4. Voila un billet qui peut appeler nombre de commentaires.
    Au sujet du passé familial parfois difficile à assumer, cela me rappelle le roman graphique d’Art Spiegelman « Maus » où l’auteur découvre avec consternation que son père, rescapé des camps, est raciste envers les Noirs (en plus d’être acariâtre et avare).
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Maus
    La question du démontage des monuments commémoratifs est un enjeu important qui historiquement ne date pas d’hier. En ce qui concerne les guerres contemporaines en France, on peut citer :
    -La destruction par les Français des monuments dans les cimetières militaires allemands, dès 1917 pour les secteurs nouvellement libérés, et surtout à partir de 1919.
    -La destruction par les Français de monuments commémoratifs allemands de la guerre de 1870 dans les régions reconquises d’Alsace-Moselle en 1918.
    -La destruction par les nazis de certains monuments commémoratifs français de la guerre de 1870 et de celle de 14-18 lors de l’Occupation en 1940-45.
    -Je ne tiens pas compte de la destruction par les Allemands de nombreux monuments en bronze dans les zones qu’ils occupaient en 14-18, la quête de métal étant la motivation première.

    Le fait que le Monument Confédéré en question se situe dans le cimetière d’Arlington est loin d’être anodin. C’est quand même un cimetière National dédié aux victimes des guerres, dans un esprit d’apaisement (Im Leben Feind, im Todde Freund, pouvait-on lire en dédicace dans des cimetières militaires allemands de la Grande Guerre). S’attaquer à la mémoire des morts, n’est-ce pas prendre le risque de ranimer une guerre civile ?
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Cimeti%C3%A8re_national_d%27Arlington

    1. Les statues-monuments sont des objets que l’on commande, ou pas, que l’on fabrique, ou pas, que l’on installe en place publique, ou pas, que l’on déplace, ou pas, que l’on déboulonne, ou pas, que l’on fond pour en faire des canons, ou pas, que l’on vend à la casse, ou pas, que l’on voit, ou pas, que l’on oublie, ou pas, que l’on profane, ou pas, que l’on restaure, ou pas, qui finissent par déchaîner les passions, toujours, qui vieillissent, toujours. On devrait penser à prévoir une date de péremption dès la commande ou la fabrication ou la réception.

      1. Les statues-monuments relèvent des domaines esthétique, historique et symbolique. Dans le cas de la statue de Lee, il est clair que sa fonction symbolique est d’autant plus outrageante que cette statue se dresse à l’endroit d’ un cimetière national.
        Sa place est donc bien dans un musée où l’Histoire est contextualisée.

  5. Des métamorphoses sont toujours possibles avec des oeuvres fondues comme ça me parait être le cas ici. De nombreuses sculptures trônant sur des espaces publics furent fondues pour en faire des canons. Pour ce genre d’échanges on ne s’attardait, pas en discussions et commentaires, ça coulait dare-dare, mais c’était en temps de guerre, où comme chacun sait les lois communes n’existent plus.
    Déboulonner une époque à travers ses dirigeants ça se fait aussi (Staline, Lénine, Sadam Hussein) dans le frais, à chaud. Mais faut plus qu’une majorité pour que ça passe sans que ça casse.
    Pas le cas pour l’Amérique actuelle et ses représentants au Sénat et Congrès. Et ça risque fort de bouillonner bien au delà de ces instances.

  6. J’apprends que les US se sont dotés de cimetières nationaux destinés à « tous ceux qui ont servis la nation ». Bon évidemment il y a un truc bizarre mais visiblement il s’agissait par le regroupement de toutes ces tombes d’acter l’union.
    A la lecture du site du cimetière, on dirait qu’il s’agit déjà d’un musée.

    Première réaction : c’est l’histoire, pourquoi retirer cette statue ?

    Evidemment, en France, cela fait longtemps que Henri IV sur son pont neuf, Louis XVI place des Victoires ou encore Louis XIII place des Vosges ne poussent pas jusqu’au « fétichisme » le culte royaliste.

    Mais nous avons une famille, la famille Le Pen pour ne pas la nommer, qui s’est entichée d’un symbole en la statue équestre de Jeanne d’Arc place des Pyramides, excusez du peu, toute dorée et tout…

    Les statues n’ont rien d’anodin dans l’espace public. Et récemment le budget participatif 2017 de Paris n’a pas retenu un projet d’un buste de Robespierre dont voici la requête et la réponse en commentaire :
    https://budgetparticipatif.paris.fr/bp/jsp/site/Portal.jsp?page=idee&campagne=D&idee=1404

    Cependant je n’aimerais pas avoir sous le nez une statue de Pétain. Heureusement, la dernière rue existante du nom du Maréchal a été débaptisée en 2013.
    C’est peut-être l’histoire mais bon… je m’en passe fort bien…

    Donc, je pense que votre requête est une bonne initiative. C’est ainsi que votre décision familiale est sage et elle permet de ne pas effacer l’histoire pour autant.

    1. Oh ! Déboulonner Pétain, ce brave général de la Grande Guerre, le « vainqueur » de Verdun, ce bon petit père des poilus qui leur offert du rab de rata et de permissions. Heureusement qu’il y a eu Mitterrand pour penser à faire fleurir sa tombe.
      Dur-dur la concurrence des mémoires.
      Humour, je précise (au cas ou)

  7. On retiendra que Judith est bien la dame de cœur .

    Et que la mémoire mérite mieux que des monuments , des stèles , des statues pour que la réalité des faits « rapportés » , quels qu’ils soient , transmette un semblant de vérité pas trop déformée ou « privatisée » à des fins conservatrices ou intéressées .

    1. J’ai toujours eu l’intime sentiment de servir vraiment la mémoire de mes parents ( et m’en servir) en reconnaissant chaque jour ce qu’ils ont pu me transmettre de courage et de bienveillance , plutôt qu’en visitant la tombe familiale .

      Dont je reconnais pourtant que cette visite me donne chaque fois l’occasion de revisiter ce qu’ils m’ont laissé , pourvu que j’y sois seul et que rien ne bouge ou ne se manifeste .

  8. Moses Ezekiel n a fait qu executer une commande qui emanait d une instance publique. Les oeuvres de commande publique ont un statut particulier qui en font des co-creation unissant une volonte publique et un artiste. Sans la volonte et l argent publiques Moses Ezekiel n aurait certainement pas realise cette oeuvre. La requete de la famille Ezekiel est biaisee, en cela qu elle semble attribuer la seule paternite de l oeuvre a l executeur de la commande. Rien ne dit de plus que le fait qu elle soit dans un musee satisfasse ceux et celles qui ne supportent son  » existence ».

  9. Il y a des monuments qui sont à la mémoire de ceux qui sont morts trop tôt, chair à canon, victimes civiles, et c’est de la piété. Il y en a d’autres qui sont des trophées, des trucs du genre « … et ça prouvait que Dieu était de notre côté ! », et ça, c’est le genre humain dans un très mauvais jour.

    Wikipedia : « The inclusion of the « faithful black servants » was purposeful. Sculptor Moses Ezekiel included them because he wanted to undermine what he called the « lies » told about the South and slavery in Harriett Beecher Stowe’s 1852 novel Uncle Tom’s Cabin and wished to rewrite history « correctly » (his word) to depict black slaves’ support for the Confederate cause. »

    Autrement dit, la représentation des « relations bienveillantes » entre les esclaves et leurs maîtres est une initiative personnelle de Moïse Ezekiel, choqué par les suggestions dans La case de l’oncle Tom, que tout ne baignait pas dans l’esclavage. Ezekiel – fieffé gredin ! – « corrige » (ce sont ses mots) la perception erronée que les esclaves ne soutenaient pas la cause du Sud.

    La « mama » noire compatit (ses larmes ruissellent) à la tragédie du soldat confédéré se séparant de son bébé pour ne peut-être jamais le revoir. C’est tout à son honneur et cela ne m’étonne pas des femmes africaines (je pense souvent à votre mémoire, Brigitte, et mes enfants aussi), cela témoigne de la condition humaine, comprise par certains, mais cela ne vaut pas soutien à la cause esclavagiste.

    1. Monument aux morts de Péronne (Somme)
      Une femme agenouillée auprès d’un soldat mort brandit son poing vers l’horizon. Deux interprétations possibles :
      Elle maudit la guerre qui lui a pris son enfant (version pacifiste)
      Elle maudit « le Boche » qui lui a pris son enfant (version patriotique)
      La dédicace « A nos morts » ne permet pas de lever l’ambiguïté
      http://static.panoramio.com/photos/large/124863379.jpg

    2. Lors de sa dernière élection comme Gouverneur de l’Alabama, en 1983, l’ex dernier « grand » leader ségrégationniste dixiecrat Wallace (« segregation now, segregation tomorrow, segregation forever ») eut droit à 90% du vote noir contre le candidat du GOP…

  10. L’histoire du cimetière est plus compliquée que cela. C’était la plantation du général sudiste Robert E Lee, reprise par l’Union comme cimetière pour les soldats de l’Union. Les Sudistes qui y étaient enterrés n’avaient pas à l’origine droit à une pierre tombale. Par exemple, la campagne pour changer cela a argumenté que c’était honteux que ces blancs enterrés n’avaient pas mieux que les noirs qui étaient anonymes. Le monument a été le résultat d’une grande campagne des Sudistes pour, comme nous le disons, réécrire l’histoire de la Guerre 40 ans plus tard et pour justifier les lois racistes.

  11. Anatole, le projet du monument n’était pas, en effet, l’idée de Moses, mais il poursuit avec acharnement l’obtention de la commande. Ensuite, le projet artistique a été entièrement à lui.

  12. Tant qu’à faire, projetons-nous dans l’avenir.

    Très peu de personnes (et certainement pas celles qui aujourd’hui déboulonnent des statues aux USA ou, comme en Belgique, veulent déboulonner les statues de Léopold II ou, dans un passé récent, voulaient interdire « Tintin au Congo » de Hergé) s’opposeront, à l’érection future de statues aux « gloires » actuelles des GAFA & CO.

    Or, comme le disait le philosophe Jameson (je cite de mémoire) : « Si les fascistes devaient un jour nous revenir, ce ne serait pas en chemise brune mais en blouse blanche »

    En effet, ces types sont en train, dans leurs laboratoires, de nous concocter un totalitarisme inédit et inouï ; l’ultralibéralisme libertarien trans(post)humaniste. Leur « Monde » ressemblera, moins à celui de « 1984 » de George Orwell, mais plus à celui de « Le meilleur des mondes » de Aldous Huxley avec ces deux castes supérieures et inférieures.

    Mais, comme tout autre Monde dans le passé, leur « Monde » disparaîtra, bien plus tôt que l’on ne l’imagine (lors d’un Grand Effondrement, par exemple). Alors, les derniers et authentiques vieux Homo Sapiens Sapiens déboulonneront les vieilles statues des « gloires » des GAFA & CO, les fondront et jetteront les résidus de fonte dans la plus profonde des fosses marines.

    Ainsi va l’Histoire (dans tous les sens du terme) et la Comédie humaine.

  13. Denis Monod-Broca connaît bien sûr cet ancêtre illustre.
    J’ai été élève d’un lycée qui porte son nom, heureusement accolé à celui d’Élysée Reclus (bon ok, Broca c’est le lycée pro…). Pour sa statue dans sa cité de naissance… ce fut plus… chaotique.

    1880 : la Société d’anthropologie de Paris lance une souscription pour ériger une statue à son fondateur dans la capitale ; réalisée par Choppin, elle est inaugurée en 1887 près de l’école de médecine. 1881 : un comité d’érection est constitué à Sainte-Foy par le Dr Boymier, mais la municipalité refuse de donner une subvention. Le conseil municipal de Bordeaux, le conseil général de la Gironde, les facultés de médecine de Bordeaux et d’Alger participent à la souscription. 1882 : décret d’autorisation d’érection le 29 août. 1888 : la statue de Broca, second exemplaire de la statue élevée à Paris boulevard Saint-Germain, attend en caisse depuis huit ans, la municipalité refuse toujours qu’elle soit érigée sur la voirie municipale ; le préfet de Gironde, M. de Selves, trouve la solution en décidant d’installer la statue sur l’actuelle place Broca qui appartient au réseau routier départemental. 1942 : le 20 mars, la statue est enlevée ; fondue sous le régime de Vichy. 1972 : une buste de Broca est offert par ses descendants, et placé dans le hall de la mairie.

    https://e-monumen.net/patrimoine-monumental/monument-a-paul-broca-sainte-foy-la-grande/

      1. L’armée chinoise, considérablement impressionnée par le Génie Français, retire ses troupes de la province d’Onan.

      2. Mis en lien avec les nouveaux objectifs de l’armée chinoise révélés par vigneron sur une autre file, c’est juste magnifique !

        Les grands moments du BJ ne sont pas ceux qu’on croit… 🙂

  14. et sinon quelqu’un a prévu de démolir les metro Dugommier et Gallieni pendant qu’on y est ? Ou quelqu’un retrouve la raison à un moment ? C’est pas parce que Trump est completement à la masse qu’on est obligé de surencherir dans la connerie..

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