DÉTAILS, VOUS AVEZ DIT DÉTAILS ? par François Leclerc

Billet invité.

Une demi-heure de tête à tête a suffi hier soir à Tallinn pour qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron mettent en scène leur entente, ce qui les divise rabaissé par la chancelière au rang de détail dont on ne parle même pas, car « elle est convaincue que l’Europe ne peut pas rester immobile ». Tout est dit. Emmanuel Macron a depuis fait état d’un « consensus commun » sur la refondation de l’Europe, ajoutant prudent « je ne souhaite pas que nous nous enlisions dans des débats techniques, sur les instruments ou l’institutionnel ».

Nul besoin d’être le Sphinx pour prédire la suite des évènements. Le président français va obtenir la création d’un poste de ministre des finances européen aux prérogatives réduites et disposant d’un budget symbolique. Une première étape, pourra-t-il dire ! Pour le reste, il n’aura plus qu’à avancer dans les domaines sécuritaires les plus variés grâce à des coopérations renforcées. En Allemagne comme en France, c’est dans l’air du temps.

En contrepartie, il acceptera l’élargissement de la mission du Mécanisme européen de stabilité (MES), promis au rôle de gardien inflexible des traités. L’implication renforcée à venir du MES est en effet vitale. Lui seul, avec sa force de frappe financière, sera en mesure de soutenir l’Italie si d’aventure les taux obligataires augmentent en raison du désengagement que la BCE est pressée d’entamer, et qu’il faut anticiper. Moyennant bien entendu des restrictions budgétaires que le gouvernement italien a jusqu’à maintenant réussi à éluder. On entrera alors dans le vif du sujet.

Au sortir des élections, la marge de manœuvre d’Angela Merkel s’est réduite. Wolfgang Schäuble quitte son ministère pour la présidence du Bundestag, mais un FDP tout aussi crispé vis à vis de l’eurozone va accéder au gouvernement, une fois la nouvelle coalition sur ses rails. Quelle sera sa politique ? La position de la chancelière est affaiblie au sein de la CDU, où l’objectif partagé avec la CSU est de récupérer les voix perdues en donnant un coup de barre à droite.

Dans l’immédiat, si une chose s’annonce devoir être retenue du sommet informel de Tallinn d’aujourd’hui, car elle est lourde de conséquences, c’est le silence à propos des évènements en cours en Espagne, personne ne voulant s’en mêler. Il n’est pas aisé de soutenir le déploiement de dizaines de milliers de policiers afin d’empêcher les gens de voter, fussent-ils indépendantistes catalans. Une première conséquence est déjà intervenue dans le pays, une formation basque qui soutenait Mariano Rajoy ayant annoncé ne pas voter le budget 2018, faisant de ce fait obstacle à son adoption.

Se réfugiant derrière une constitution qui proclame l’indivisibilité de l’Espagne, le premier ministre a abandonné la souplesse du terrain politique au profit de la rigidité de l’affrontement. Ne voulant pas payer le prix de la proclamation de l’état d’urgence, ou de la prise du contrôle du gouvernement catalan régional, il prête ainsi le flanc à l’accusation de violer la constitution pour la protéger.

La dynamique de la crise européenne n’a pas été brisée à la Sorbonne.

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