Venezuela – Rectification concernant la rupture entre Douglas Bravo et Hugo Chávez, par Floréal Cuadrado

Pour commenter la situation au Venezuela, j’ai publié ici au mois d’août, la traduction française de deux interviews de Douglas Bravo intitulées respectivement, « Ici, on abandonne la souveraineté » (6 décembre 2015) et « Maduro détruit l’économie et la souveraineté » (31 mai 2016). J’ai reçu aujourd’hui un « rectificatif » sur le parcours de Douglas Bravo par Floréal Cuadrado, lequel n’est lui-même pas un inconnu. Le fait que je publie ici son commentaire n’exprime en aucune manière une opinion personnelle sur sa carrière, en tout ou en partie. Ouvert aux commentaires.

Monsieur Jorion,

Je viens de lire avec intérêt les deux interviews de Douglas Bravo, l’une dans La Razon du 6 décembre 2015 et une autre de mai 2016 que vous avez publiées sur votre blog.

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de donner la parole à Douglas Bravo car aujourd’hui on ne l’entend plus guère. Or il se trouve que je le connais bien depuis le milieu des années 1970. J’ai également vécu au Venezuela de 1986 à 1989 et c’est au cours de cette période que nos liens sont devenus plus étroits. Ils perdurent depuis et c’est une véritable amitié qui me lie à lui maintenant. J’ai raconté tout cela dans mon livre, Comme un chat, paru il y a quelque temps.

Ancien chef de guérilla (de 1960 à 1979), il est incontestablement un des hommes publics qui a marqué la vie politique du Venezuela depuis la fin de la dictature de Pérez Jiménez (1). Pendant dix-huit ans, il a été à la tête du Frente Leonardo Chirinos et après l’assassinat de Fabricio Ojeda (2) il est devenu le comandante des différents mouvements de guérilla. Ce parcours fait qu’il est devenu une voix qui compte, qu’on écoute en son pays, mais que les grands médias occidentaux semblent vouloir rendre inaudible. Il est étonnant que la situation complexe, déconcertante (pour la gauche hexagonale) et tragique de ce pays soit évoquée sans qu’ici on tienne compte de ses avis et analyses qui me paraissent toujours aussi pertinentes et qu’il peut être tout simplement profitable de critiquer.

Il est bien possible que le fait que Douglas, qui est passé d’un marxisme-léninisme pro-soviétique plutôt dogmatique à des idées proches de celles des libertaires, en élaborant une critique radicale de l’État et des modes de développement du capitalisme, tels qu’ils ont été développés notamment par Chávez dans son socialisme du XXIe siècle, ait joué un rôle. Analyser tout cela est une longue histoire bien compliquée, qui bouscule passablement les représentations caricaturales de nos esprits européens, et qui ne peut faire l’objet d’une courte réponse.

Je me permettrai de relever une inexactitude dans l’introduction par schizosophie. Il dit que : « Son point de vue, émanant d’un proche de Chávez avec lequel celui-ci rompit les relations en 2010 ou en 2011 “quand il choisit le chemin du modèle soviétique” (…). »

Non, la rupture est bien plus ancienne. Elle se situe précisément lorsque Chávez organisa son coup d’État du 4 février 1992. Dans ce qui n’a été qu’un Golpe de plus, comme le Venezuela en a connu de nombreux tout au long du XXe siècle, Chávez décida de se passer des services de Douglas Bravo. Un désaccord profond sur ce que peut et doit être une véritable émancipation collective qui prenne les voies de l’autonomie sociale au Venezuela les séparait déjà.

Le 27 novembre de la même année, nouveau coup d’État. C’est une alliance civico-militaire qui entra en scène. Cette fois les acteurs ne sont plus les mêmes. Nous y retrouvons des officiers de très haut rang et des civils représentés par Bandera Roja (2) et Tercer Camino de Douglas Bravo. Néanmoins, ce soulèvement, comme celui de Chávez, n’a pas l’appui de la population et échoue.

Certains des conjurés prennent le chemin de l’exil. Quant à Douglas Bravo, il est arrêté et emprisonné dans la même prison militaire que Chávez. Mais cette cohabitation forcée ne réconciliera guère les deux hommes, bien au contraire.

Une fois élu, Chávez cherche à renouer les liens avec son mentor. En vain. Certes Douglas Bravo a la rancune tenace, il s’est senti trahi et, pis encore, l’élève n’a rien retenu des leçons de son ancien mentor, leçons qui ne furent pour Chávez que banale stratégie pour la prise de pouvoir… mais ce sont des divergences de fond qui lui font refuser cette main tendue. Il l’accuse d’être un néo-libéral et d’avoir bradé l’indépendance nationale en créant des sociétés mixtes où les multinationales du pétrole détiennent des minorités de blocage. C’est donc plus tard, comme le dit schizosophie, qu’il lui reprochera d’avoir choisi le modèle soviétique.

Il est évident que la démarche de Chávez pour se rapprocher de Douglas n’était pas dénuée d’arrière-pensées… Douglas Bravo, depuis qu’il a abandonné la lutte armée, est devenu une sorte de conscience nationale. Et contrairement à d’autres guérilleros – comme par exemple Teodoro Petkoff (3) – lucide, il a toujours refusé de participer à quelque gouvernement que ce soit. Une attitude intransigeante qui, malgré le fait qu’il soit extrêmement critique à l’égard de Chávez, qui bénéficie grâce à sa faconde de bateleur d’estrade d’un déroutant soutien plébéien, lui permet d’être respecté tant dans les milieux politiques que dans les classes populaires.

Quant au pacte de Puntofijo, il est erroné de l’écrire en deux mots comme l’ont fait les traducteurs et comme on le voit trop souvent. Cela laisse entendre qu’il aurait été signé dans la ville de Punto Fijo qui se trouve dans l’État de Falcon (État où est né Douglas Bravo). Ce qui est inexact. En réalité, ce pacte a été signé à Caracas le 31 octobre 1958 dans la quinta (villa) dénommée Puntofijo, située dans le quartier de Sabana Grande, propriété de Rafael Caldera (4).

Ces deux précisions peuvent paraître sans importance dans le contexte de turbulences cardinales que vit le Venezuela aujourd’hui. C’est certain. Mais derrière le mot, il y a la réalité d’un pacte signé entre les partis des élites dominantes vénézuéliennes (social-chrétien et social-démocrate, donc sans le PCV) pour se répartir en alternance le gouvernement de l’État pour que surtout rien ne change ni les structures politiques ni les relations économiques. Ce pacte aura offert au Venezuela une trentaine d’années de relative stabilité et de démocratie formelle (stabilité qui aura permis aux États-Unis de compter sur un pétrole de qualité et bon marché). La rente financière du pétrole, dont la redistribution présente une haute teneur en populisme dévergondé et un clientéliste effréné vont permettre une hausse non négligeable du niveau de vie des Vénézuéliens déjà aisés des classes moyennes et supérieures. Puis vint le temps de la concussion généralisée et de la corruption.

Les discours annonçant une inéluctable amélioration idyllique de la situation des plus pauvres qui s’amoncellent alors dans les bidonvilles autour des grandes villes se fracassent sur le réel, dès que… le pétrole perd de sa valeur. « En fabriquant d’époustouflants projets de développement qu’engendrent des fantasmes collectifs de progrès, l’État captive aussi bien son public que ses acteurs. Tel un “sorcier magnanime”, l’État tient ses sujets en induisant en eux une condition ou un état de réceptivité à ses illusions – un État magique. », diagnostiqua l’anthropologue Fernando Coronil (5).

Alors le pays plonge dans une grave crise économique, sociale et politique, 80 % des habitants ayant été précipités dans la misère. Les émeutes populaires et les pillages du 27 février 1989, les plus importants qu’ait connus le Venezuela, que l’histoire retient sous le nom de caracazo, se soldèrent par la mort de près de 3.000 personnes et se terminèrent par la victoire électorale et la prise de pouvoir d’Hugo Chávez.

C’est donc bien une banalité de rappeler que les problèmes que rencontre le Venezuela sont liés à ses immenses richesses pétrolières. Et la politique comme les faits sociaux semblent plus varier au gré des péripéties pétrolières plus qu’à la volonté politique d’une prise de pouvoir par les armes ou les urnes. Rien ne semble changer sans le pétrole et la maîtrise de son cours.

Depuis 1958 jusqu’en 1999 le pays a toujours vécu de cette immense richesse potentielle. Lorsque Chávez arrive au pouvoir et donne naissance à la Ve République, il tient un discours différent, mais le pays continuE de vivre de la rente pétrolière. Et les discours infantilisants mégalomanes et narcissiques reprennent de plus belle. L’État magique et ses illusions aussi, invalidant par les faits encore une fois, s’il en était besoin, la théorie libérale du ruissellement des richesses.

La reconstruction de l’OPEP – sous l’influence du Vénézuélien Ali Rodriguez (6) – entraîne une hausse historique du baril de pétrole qui dépasse les 140 $ US (pour mémoire, à l’arrivée de Chávez au pouvoir, il était à moins de 10 $…). Au lieu de profiter de cette manne financière, pour construire par exemple, une agriculture qui rende le pays auto-suffisant d’un point de vue alimentaire (le Venezuela, sous Chávez, dépendait pour environ 60% des importations alimentaires), il préfère faire l’aumône aux pauvres. Cette politique a eu, entre autres résultats catastrophiques, l’apparition d’une nomenklatura chaviste prédatrice qui est devenue immensément riche en moins d’une décennie et qui extorque le consentement à la soumission des plus pauvres. Entièrement dépendants des aumônes de l’État « providence » et subjugués par les discours « nationalistes » de Chávez, ils votent, à chaque élection, massivement pour lui.

En fait, son objectif est de rester le plus longtemps possible au pouvoir. Pour cela, il modifie la Constitution. En 2004, il aura beaucoup de mal à accepter qu’un référendum révocatoire soit conduit à l’encontre de sa politique… Disposant de tous les leviers de contrôle de l’État, il surmonte ce qui est pour lui une épreuve. Il peut continuer à diriger indéfiniment le pays. Mais comme pour le tyran de Syracuse, c’est sa santé qui en décide autrement, et non une révolte populaire dans un sursaut démocratique.

Son successeur n’a pas son habileté politique ni son charisme. Maduro est un oligarque syndical sans envergure, qui semble sorti tout droit d’un système autocratique et pyramidal à la soviétique. Mais il a la « chance » d’avoir une opposition désunie où les rivalités sont nombreuses. Au lieu de répondre avec la diplomatie rouée de son prédécesseur, il choisit la répression. Politique qui conduit le pays au bord de la guerre civile.

Cette spirale dévastatrice permet à un Trump de montrer ses muscles. Ne pouvant, jusqu’à présent, appliquer la politique de la canonnière face à la Corée, il se rabat sur le Venezuela qui est un adversaire à sa portée… l’état actuel de l’armée vénézuélienne en témoigne.

Les tyrans se succèdent, mais le pétrole est toujours là. Et le pays ne semble pas, pour autant que les informations sur la question pétrolière soient fiables, immédiatement concerné par un quelconque pic pétrolier…la « faja de l’Orénoque », permettrait au Venezuela de disposer encore d’importantes réserves pétrolières pendant encore une quarantaine d’années….

Les Chinois que Maduro a mis en selle par un accord de 2004 permettant à la Chine en contrepartie d’investissements dans le secteur agricole vénézuélien (un comble !) et du développement de quinze champs pétroliers actuellement hors d’activité, sont partie prenante non négligeable dans cette situation. Accord dénoncé par Douglas Bravo. Les Russes aux aguets, surveillant avec une attention méphistophélique ce qui se passe au pays de Bolivar, vont-ils laisser aux mains des États-uniens ― toujours sourcilleux quant à ce qui se passe dans leur traditionnelle arrière-cour ― ces fabuleuses réserves stratégiques pétrolières et gazières ?

Le dernier coup médiatique de Maduro, annonçant début septembre 2017 qu’il souhaitait désormais vendre son pétrole en devises autres que le dollar, en « yuan chinois, yen japonais, rouble russe ou roupie indienne, entre autres » ne va sûrement pas calmer le jeu.

La partie est loin d’être terminée.

Floréal Cuadrado

 

Notes :

  1. Pérez Jiménez (1914-2001) a dirigé le Venezuela de 1952 à 1958 par une dictature militaire. La politique menée par le dictateur favorisa les intérêts des États-Unis. Lors de sa chute, il s’exila dans ce pays et y vécut jusqu’en 1963. À cette date la politique américaine vis-à-vis du Venezuela changea et permit son extradition sous le motif de détournement de fonds publics pendant son mandat présidentiel. Il passa cinq ans en prison. Libéré en 1968, il s’exila définitivement en Espagne où il mourut.
  2. Fabricio Ojeda (1929-1966), il a été membre du parti URD et chef de la junte patriotique, pendant la clandestinité, qui mit fin à la dictature de Pérez Jiménez en 1958. Après la chute du dictateur, il est élu député à l’Assemblée constituante. La dérive pro-américaine du Venezuela le conduira en 1962 à se démettre publiquement de son mandat et de rejoindre la lutte armée. Quelques mois plus tard, il est arrêté et condamné, pour rébellion militaire, à 18 ans de prison. Il s’évade dans les semaines qui suivent. Le 1er janvier 1963, en compagnie de Douglas Bravo et des autres chefs de guérilla, les différents fronts révolutionnaires sont unis et cela donne naissance aux FALN (Fuerzas Armadas de Liberación Nacional). Il en devient le comandante. Il est à nouveau arrêté en 1966 à Caracas et est assassiné dans les locaux de la police politique quatre jours après son arrestation. Douglas Bravo lui succède à la tête des FALN.
  3. Bandera Roja (BR) fut fondée en 1970 et participa à la guérilla. À ses origines c’était un parti marxiste-léniniste influencé par les thèses de l’Albanais Enver Hoxha. Au début des années 1990, il abandonne la lutte armée et dans un premier temps appuya le gouvernement de Chávez. En 1998, c’est la rupture avec les chavistes. BR rejoint l’opposition dans la Coordination démocratique. En 2010 ce parti participe aux élections au sein de la MUD, mouvement regroupant l’ensemble des partis d’opposition. Depuis la mort de Chávez, ce parti poursuit son combat contre le chavisme et le président Maduro.
  4. Teodoro Petkoff a suivi la voie classique de la plupart des guérilleros vénézuéliens. Il a d’abord milité au PCV et il rejoint la guérilla sous les ordres de Douglas Bravo. Plus tard, il fonde le Mouvement au socialisme (MAS). En 1993, lors de l’élection présidentielle, il appuie la candidature de Rafael Caldera qui est élu et il devient ministre de Cordiplan (Officine centrale de coordination et planification).
  5. Rafael Caldera (1916-2009) est un avocat et un homme politique. Il a été un des fondateurs du parti démocrate-chrétien COPEI. Il a été élu pour la première fois en 1969 à la présidence de la République. Pendant son mandat, avec une certaine habileté, il posa les bases qui permirent au pays de sortir de la guérilla sans bain de sang. Il fut réélu en 1994 et fut le dernier président de la IVe République. Après la chute de Pérez Jiménez, le système politique vénézuélien imposait aux présidents de la République une fois leur mandat terminé de laisser passer deux élections avant de pouvoir être à nouveau candidat. Cette disposition avait pour but d’éviter que les présidents s’incrustent au pouvoir. Seuls Rafael Caldera et Carlos Andrés Pérez (1922-2010) furent deux fois élus présidents.
  6. Fernando Coronil (1944-2011). Est un anthropologue vénézuélien, professeur à la City University of New York. Ses réflexions sur l’anthropologie et l’histoire le conduisirent à être un des créateurs du programme multidisciplinaire intitulé Anthro-History. Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages. Le plus important est sans nul doute El Estado magico, Naturaleza, dinero y modernidad en Venezuela publié par les éditions Nueva Sociedad de Caracas.
  7. Ali Rodriguez a été un guérillero très proche de Douglas Bravo. Au sein de la guérilla, il s’occupa des questions énergétiques. Ce qui fit lorsque Chávez fut élu président qu’il devint ministre de l’Energie et des mines. Il fut secrétaire général de l’OPEP pour la période 2001-2002. Sa politique à ce poste fut de réduire la production pétrolière des pays membres de l’OPEP par des quotas ce qu’il parvint à réaliser et mit fin au pétrole bon marché.
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24 réflexions sur « Venezuela – Rectification concernant la rupture entre Douglas Bravo et Hugo Chávez, par Floréal Cuadrado »

  1. Medellín, le 1 octobre 2017

    Deux points de vue des voisines et voisins en Colombie d´aujourd´hui, qui touchent directement à nous tous.

    – Comment prévenir la relance de la guerre, des guerres?
    – Comment consolider le chemin à la paix?

    a. par Hernando Gomez Buendia (https://es.wikipedia.org/wiki/Hernando_G%C3%B3mez_Buend%C3%ADa)

    Premier point de vue:
    https://www.elespectador.com/opinion/de-espaldas-al-incendio-columna-715671

    b. par Alberto Barrera Tyszka (https://es.wikipedia.org/wiki/Alberto_Barrera_Tyszka)

    Deuxième point de vue:
    https://www.nytimes.com/es/2017/10/01/por-que-hay-que-dialogar-con-los-militares-en-venezuela/?mcubz=0

  2. Merci à l’article, merci au premier commentaire, merci aux deux articles parus précédemment.
    Il me semble que la première leçon est de conclure que des belges ou des français sont très mal placés pour tirer des conclusions (et Paul Jorion a toujours été prudent sur ce plan). Dans le cadre de l’évolution de l’Amérique Latine (où les USA ont été en recul dès Bush et manifestement sous Obama), et de l’action de Chavez contre un régime qui bradait les richesses pétrolières, il est difficile de jeter la pierre au régime chaviste et à son héritier. Je me réfère toujours au régime lybien sous Khadafi, qui est apparu comme difficile à défendre, mais dont on oublie souvent qu’il fut un des plus MODERNISTES en Afrique, pour ce qui regarde la lutte contre l’analphabétisme, le % d’études universitaires, etc. Ce n’est pas rien ! Nous sommes en Europe dans une ambiance de manipulation hystérique de l’opinion. Il en va particulièrement de l’opinion sur Cuba (le pays dont les indicateurs de Dev. Durable sont les meilleurs, etc., etc.), totalement clivée.
    En fait, ces clivages en tous genres dont nous sommes de plus en plus les objets manipulés (le nucléaire ou non, Cuba ou non, la Chine ou non, etc) sont épuisants.
    Pour conclure, l’article donne des précisions nuancées sur des faits dont la compréhension nuancée ne nous est pas accessible. C’est utile, mais nous ne pouvons en tirer grand chose. Critiquer des dirigeants qui ont organisé avec succès une prise de pouvoir, mais qui déçoivent ensuite, est un grand classique. Qui a tort ? Qui a eu tort dans l’histoire douloureuse de l’Algérie indépendante ? L’intellectuel au balcon est celui qui prend le moins de risque ! Inventer une grille d’analyse partagée…

  3. « … En 2004, il aura beaucoup de mal à accepter qu’un référendum révocatoire soit conduit à l’encontre de sa politique… »

    j’avais cru comprendre que c’est une constituante réalisé sous Chávez qui à permis l’entré en vigueur de cet article qui permet la révocation d’un élu à partir d’une pétition d’une part significative des électeurs dument enregistrés.

    Les articles étaient écrit sur les paquets de nouilles pour que tout le monde en discute et ainsi, élevé la conscience politique de chacun.

    Est-ce correct ? des précisions sur l’article de la loi révocatoire ?

  4. Je lis :  » Au lieu de profiter de cette manne financière, pour construire par exemple, une agriculture qui rende le pays auto-suffisant d’un point de vue alimentaire (le Venezuela, sous Chávez, dépendait pour environ 60% des importations alimentaires), il préfère faire l’aumône aux pauvres.  »

    « Il préfére faire l’aumône aux pauvre » (!)

    Hallucinant comme propos. On sent bien derrière cette phrase tout le racisme de classe envers à la fois les dits « pauvres » et les dits « sang – mêlés « , les malheureux « bronzés » que l’Extrême-droite brulent vifs, lorsque ceux-ci ont le malheur de croiser quelques émeutiers fanatiques dans les trois états du nord qui ont défrayé la chronique, le mois dernier. A bien entendre la personne qui parle dans cet article digne de l’Obs ou de Libération, les dits  » pauvres  » et autres « sang-mêlés » ne méritent pas d’apprendre à lire, à écrire,à compter, etc…ni ne méritent de se faire soigner décemment. Leurs destins seraient de rester éternellement collés à la glèbe ou de vivre parqués comme des esclaves dans quelques latifundios, militairement bien gardés, comme en Colombie, au Honduras, au Mexique et dans bien d’autres pays d’Amérique Latine. Personne ne niera les problèmes actuels au Venezuela mais on sent bien à la lecture de cet article publié sur le blog de Paul Jorion ( qui n’en crédite pas pour autant le propos ) que « les pauvres » seraient mieux avisés s’ils ne prétendaient pas de pouvoir accéder à une éducation gratuite et à des niveaux de vie différents, considérés par l’auteur de ces tristes lignes comme largement indécents pour eux et réservés à d’autres catégories sociales supérieures.

    Pour contrebalancer certains propos douteux, lisons d’autres canaux médiatiques et faisons-nous une idée plus contrastée, il me semble que ce sera préférable :

    « Éducation bolivarienne au Venezuela, par Ken Jones  » :
    https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/30/education-bolivarienne-au-venezuela-par-ken-jones/

      1. Monsieur Vigneron, toujours aussi caricatural et plombé. Le manichéisme est de toute époque, un mauvais vin. Il s’avère que certaines personnes aiment encore le tirer et le boire. A chacun ses goûts.

      2. C’est pour cela qu’on s’en remettra, si vous permettez au jugement de l’Histoire et pas à celui de vigneron.

      3. Il s’agit pas de manichéisme, il s’agit de savoir s’il faut soutenir ou pas ce régime vérolé.
        Il se trouve que je me fierais plutôt au diagnostic d’un Cuadrado ou d’un Bravo qu’à celui d’un Jeannot-Lumière de la Mélenchie ou d’un Hervé.

    1. J’aime bien les articles publiés par Thierry Deronne, (venezuelainfos) qu’ils soient de lui ou qu’ils soient invités. Il est acteur sur le terrain depuis un paquet d’années.

    2. Monsieur, vous me faites un procès d’intention. C’est la chose plus facile à faire et surtout qui a pour objectif de couper court à toute réflexion, à tout débat. Cette pratique est courante chez les staliniens de toute obédience. Normalement, j’évite d’y répondre. Pour une fois, je vais faire une exception.
      Dans vos propos vous dites : « On sent bien derrière cette phrase tout le racisme de classe envers à la fois les dits “pauvres” et les dits “sang-mêlé”, les malheureux “bronzés” que l’extrême-droite brûlent vifs. » Vous auriez dû aller jusqu’au bout de cette « intéressante » phrase en me traitant de fasciste, puisque c’est cela que vous pensez.
      Vous dites que mon article est digne de l’Obs ou de Libération. Vous devez mal lire ces médias…
      Vos propos démontrent que vous ne connaissez pas grand-chose à l’histoire contemporaine du Venezuela. La pratique politique de l’aumône est chose courante dans ce pays et ce depuis la chute de la dictature de Pérez Jiménez. C’est-à-dire depuis 1958. Comme vous êtes arrogant et prétentieux, je ne vais pas vous mâcher la tâche. Cherchez et peut-être que vous trouverez un certain nombre de faits qui corroborent mon propos.
      L’aumône est une pratique courante au sein des églises monothéistes. Elle permet aux « généreux » donateurs de se faire une bonne conscience sans changer l’ordre des choses. Les politiciens ont eux aussi compris que c’était une arme redoutable qui évitait de mettre à mal les systèmes de domination. Au contraire, elle permet de les perpétuer.
      L’État « providence » montre rapidement ses limites lorsque les rentes diminuent et les pauvres redeviennent plus pauvres qu’ils ne l’étaient auparavant. Ce qui n’est pas le cas des nomenklaturas qui courtisent, pour leur plus grand intérêt, le pouvoir en place. C’est ce qui se passe au Venezuela.
      Pour conclure, je ne peux que vous conseiller – comme je le faisais dans mon billet – la lecture de El Estado Magico. Naturaleza, dinero y modernidad en Venezuela de Fernando Coronil et peut-être que cela vous aidera à vous dessiller…

      1. Vous êtes trop bon avec ce Monsieur, bon Floréal. Lui faire l’aumône d’une réponse ? Trop d’honneur, gaspillage et, surtout, la bonne aumône va au méritant, qui sait « remercier », pas au voleur, au menteur, ni au feignant, n’est-ce pas ?

      2. « L’État « providence » montre rapidement ses limites lorsque les rentes diminuent et les pauvres redeviennent plus pauvres qu’ils ne l’étaient auparavant. » Nous dit Monsieur Cuadrado, nous expliquant à raison que Maduro est un mal. Peut-on en rester là quand on est ou qu’on a été un intellectuel combattant, libre de son jugement, pouvant noircir un peu de page HTML du haut de son expérience et qu’on s’adresse à des lecteurs avides de comprendre et de connaître ? Ben non, ça serait un peu trop facile.

        La question qui se posent quand même pour ces pauvres qui redeviennent encore plus pauvres, si on vous le dit c’est que c’est vrai, est de savoir si ça ne serait pas pire et encore plus fétide avec ceux d’en face. Avouez, sans contrainte, Floréal que c’est une interrogation légitime ? Et là on aimerait bien avoir un peu l’éclairage d’un connaisseur de l’Histoire contemporaine du Venezuela, parce que j’avoue n’avoir pas lu ou aperçu dans vos écrits la moindre avancée à ce sujet, sauf erreur de lecture de ma part. De deux maux, on m’a toujours appris à choisir le moindre.

  5. Depuis un peu plus de 200 ans, la gauche dite utopique se cherche, de Fourier à Bakounine, de Bakounine à Bookchin, l’émancipation n’a toujours pas trouvé sa voie. Il me semble que Jo Freeman, en 1970, pointe une des raisons pratiques récurrente de la marginalité de ce généreux mouvement, il s’agit selon elle de « la tyrannie de l’absence de structure ». Le mouvement émancipateur aurait rejeté toute forme hiérarchique, toute verticalité. C’est logique si hiérarchie= »domination animale », puisque l’objet de ce mouvement est justement l’émancipation de ces structures de domination animales. Jo Freeman montre que le rejet de toute structuration conduit à des dominations de fait, d’autant plus féroces et sournoises qu’elles sont niées. Alors, l’utopie libertaire sociale est-elle condamnée à demeurer marginale, en attente d’un homme nouveau ou différent de ce qu’il est? Ce n’est pas si certain, je crois que la domestication de l’intelligence collective, son acclimatation à des groupes humains, peut considérablement modifier cette situation, apporter des outils de structuration fonctionnelle, et fertiliser ce qui est parfois appelé, le désert idéologique, seulement occupé jusqu’ici par quelques « cactus ». Votre avis de vieux routier de la liberté solidariste et égalitaire m’intéresse beaucoup, Mr Floréal Cuadrado.

  6. Je me fondais sur cet extrait de l’article de « La Razón » de décembre 2015 [ http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.larazon.net%2F2015%2F12%2Fdouglas-bravo-tercera-via-aqui-se-entrega-la-soberania%2F ] :

    « ¿Siguió siendo amigo de Chávez hasta el final?

    Fuimos amigos. Me mandaba mensajes con gente. Eso se mantuvo hasta que la crisis ya se veía. Cuando tomó el camino de meterse en el modelo soviético, fue la última vez que me mandó un mensaje. Eso fue en el 2010 o el 11. »

    Trad. perso
    « – Es-tu resté ami avec Chávez jusqu’à la fin ?
    – Nous avions été amis. Il m’envoyait des messages par des intermédiaires jusqu’à ce que le crise devint visible. C’est lorsqu’il choisit le chemin de l’économie soviétique, en 2010 ou 2011, qu’il m’envoya un message pour la dernière fois. »

    Mais tu as raison, Floréal. Disons que Chávez a cessé de chercher à renouer en 2010 ou 2011. Tu connais ça bien mieux que moi. Et tu fais bien de restituer leur relation comme une « amitié » de disciple narcissique à mentor, Chávez étant à Bravo ce que Lénine est à Marx ou Dick Rivers à Elvis.

    1. Correction dans la trad. « le chemin du modèle soviétique », pas « de l’économie », puisque ce modèle est tout aussi politique.

      1. Plus je vous lis, plus je vous trouve consternant. Il n’y a qu’une chose qui n’a pas changé chez vous : votre grossièreté. Je préfère lire Paul et son ami Todd. Vous ne m’en voudrez pas j’espère, du haut de votre sommet, là où le soleil semble largement oublier votre vigne ?

  7. Ne connaissant la politique en Amérique latine de pres,j’ai toujours eu tendance a supporter ceux des dirigeants qui ont subi ou subissent les attaques de la droite française et nord américaine: Allende,Castro,Bravo,Chavez,Maduro,Correa,Morales,Kirchner,Lula…
    Je crois,comme le dit Mélenchon, que le problème de ces pays est de ne pas avoir suffisamment de gens éduqués pour participer au développement de leur pays et notamment en développant de nouvelles ressources a coté des ressources essentiellement minières et pétrolières.
    Le pétrole en dernière analyse est un désastre économique pour la population car il promote le « easy money » qui ne profite qu’a une minorité,souvent corrompue. Le 21 siècle qui verra la fin de cette énergie devrait changer beaucoup de choses en Amérique latine et bien sur dans le reste du monde.

    1. Et, oui encore fallait-il les former toutes ces personnes ! Encore fallait-il qu’ils puissent aller à l’Ecole, au Collège, au Lycée, à l’Université, gratuitement. On imagine bien que ce ne sont pas les anciens gouvernements financés par la C.I.A qui allaient auparavant y penser. Pour le reste, c’est aux peuples de trouver leurs voies politiques les meilleures pour elles. Il y aura un après-Maduro, bien heureusement ! Que je sache, pour répondre à M.Vigneron, ce n’est pas parce que je m’opposais au gouvernement Sarkozy et tous les suivants que je me suis mis à péter un plomb, à tirer au révolver sur des automobilistes qui oseraient passer ma pseudo-barricade ( un simple trait au sol ), à incendier des Écoles, des Universités et des Hôpitaux. Ce n’est pas parce que je me considérais comme un opposant politique que je me suis mis à suspecter mon voisin à la simple couleur de sa peau ou à ses manières et que j’ai eu le projet de le bruler vif ! Tout cela, c’est pourtant ce qu’on fait au Venezuela, les fils-à-papa ( adulés par Libération & l’Obs ) et les pauvres idiots utiles des Libertariens US. Ici, en France, il y a longtemps que les militaires les auraient buté lors de leurs rondes anti-terroristes, pendant leur veille et « l’opération sentinelle ». C’est d’ailleurs ce qui s’est encore passé ce week-end quand un taré djihadiste a assassiné deux femmes à coups de couteaux à Marseille… ( Je n’ai pas compris par contre pourquoi les militaires n’avaient pas tiré dans des zones corporelles non vitales, on aurait pu ainsi interroger le jeune « néo-chouan » du village global et « remonter sa filière terroriste…).

  8. Ali Rodriguez Araque avait fait du bon boulot à l’Opep, a fini Ministre des Affaires Extérieures (logique puisque le pétrole était à la fois unique arme politique intérieure ET de soft power extérieur) après passage à la tête de PDVSA. Qui l’a remplacé à la tête du ministère des Affaires Extérieures en 2006 ?
    Maduro.
    C’est dire si c’est pas d’hier que le ver est dans le fruit…
    Me demande ce que Araque pensait au fond de lui du fait, par exemple, d’avoir été contraint de virer 19 000 employés de PDVSA parmi les plus chevronnés après la grande grève de 2002/2003 pour les remplacer par des salariés certifiés rouges-Chavez de pied en cap…
    Peu importe.
    L’expérience chaviste de « socialisme du XXIe siècle » restera au bout du compte comme l’archétype de la maladie hollandaise du XXIe siècle…

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