Des dirigeants catalans condamnés devant les tribunaux à plus de 30 ans de prison pour crimes, par Duncan Sutherland

Billet invité. Traduction par DeepL de Catalan leaders in court facing crimes of more than 30 years in prison. Ouvert aux commentaires.

Déloyauté ou Dissidence?

La dissidence politique est encore clairement définie par la Constitution comme déloyauté dans certains cas en Espagne. S’agit-il d’une base solide pour l’État de droit dans une démocratie ? Débattre en référence à la constitution espagnole de 1978 et aux principes fondateurs de l’Union européenne ?

Dans ce scénario bizarre, le gouvernement espagnol donne l’impression qu’il pense avoir les choses en main, bien qu’il ait déclenché des élections législatives en Catalogne, que les partis pro-indépendance semblent pouvoir gagner selon le dernier sondage d’opinion catalan. S’ils remportent les élections du 21 décembre, ils ne manqueront pas de se heurter à nouveau à la loi espagnole, car leurs objectifs politiques sont en contradiction avec la Constitution actuelle. L’article 155 sera invoqué à nouveau, et l’instabilité se poursuivra. Le « jour de la marmotte », comme disent les Américains. Le roi va grincer des dents, et les journaux de Madrid vont grincer des dents, car ils se livrent à des exubérances extravagantes sur la déloyauté, la désobéissance, la sédition, l’insurrection… et, oh oui, la rébellion, tous ces termes, il convient de le noter, qui ne devraient jamais être utilisés à la légère et ne devraient pas normalement être appliqués aux initiatives politiques des dissidents dans une démocratie libérale au sein de l’Union européenne.

Quant à l’économie espagnole, les chefs d’entreprise devront faire face au fait que les dirigeants politiques de Madrid se trompent et ne servent pas les intérêts de l’Espagne. Il va falloir donner quelque chose. C’est là que l’UE pourrait apporter son aide, si l’Espagne acceptait la médiation, mais elle ne le ferait pas. Ou le fera-t-elle?

L’Espagne est-elle une démocratie immature en chute libre, avec des impacts néfastes tout autour, ou une démocratie en pleine maturation qui est sur le point d’évoluer?

Il y a sans doute ceux qui ne sont pas d’accord pour dire que la démocratie espagnole est immature, même si 40 ans seulement se sont écoulés depuis le début de la transition vers la démocratie. Ce qui est devenu évident, j’ose le suggérer, c’est que cette transition n’est pas encore terminée. Ce n’est pas seulement la rigidité de la Constitution, mais aussi la rigidité de la génération des politiciens conservateurs au pouvoir à Madrid qui en est la cause. Il y a un état d’esprit qui dérive non seulement de l’époque de la dictature fasciste franquiste, mais aussi d’un autoritarisme culturellement enraciné pour lequel l’Église catholique espagnole a une grande part de responsabilité.

L’autoritarisme politique et ecclésiastique entrelacé a une longue et particulièrement sanglante histoire en Espagne, avec une portée tentaculaire phénoménale à travers le temps et l’espace. Quand Philippe II envoya l’Invincible Armada pour conquérir l’Angleterre et punir sa reine protestante (prétendument hérétique) pour avoir exécuté la reine catholique d’Écosse, il marqua de son sang l’histoire, mais il contribua aussi de façon assez esthétique à la conception de l’insigne de mon uniforme d’écolier, car il portait une image idéalisée d’un galion espagnol du XVIe siècle, représentant erronément un navire qui, après la défaite de l’Armada en 1588, apparut dans le port de pêche où je suis allé à l’école non loin de St Andrews. L’équipage du navire était composé du capitaine, des officiers et de l’équipage survivant d’El Gran Grifón, qui était, dit-on, le principal navire ravitailleur de la flotte espagnole.

L’Écosse était alors un pays neutre et totalement indépendant et, bien qu’elle n’ait pas eu de contentieux avec l’Espagne, avait subi une Réforme religieuse qui s’était fermement ancrée. Non seulement la population du pays n’était pas intéressée par une quelconque forme d’alliance avec un pays qui s’opposait violemment à tout ce qui lui était cher aujourd’hui, mais elle n’appréciait guère l’ingérence dans ses affaires particulièrement compliquées. Néanmoins, le capitaine du navire, Juan Gómez de Medina, a été autorisé à débarquer avec ses officiers pour organiser l’achat de fournitures afin que l’équipage du navire puisse avoir une chance sportive de retourner en Espagne, l’Armada étant complètement en deuil, y compris El Gran Grifón, qui a dû être remplacé par un navire moins impressionnant acheté dans les îles du Nord.

Bien que l’intervention non sollicitée du royaume d’Espagne n’ait pas été plus appréciée dans le royaume d’Écosse qu’elle ne l’ a été dans le royaume d’Angleterre, l’équipage d’El Gran Grifón a reçu ce dont il avait besoin pour son voyage de retour et le ministre local du Kirk, James Melville, qui a profité de l’occasion pour mettre en garde les officiers du navire contre le fait qu’ils étaient des « papistes » et qu’ils s’immisçoive de toute ingérence. Jusqu’ à ce jour, vous pouvez voir ce qui reste de la caisse en bois d’El Gran Grifón, qui a été incorporé dans l’un des murs de la maison fortifiée construite pour James Melville peu de temps après. Cela lui rappelait toujours le jour où il renvoya un grand griffon avec une puce à l’oreille.

Cet épisode historiquement sans importance, dont le roi d’Espagne n’a sans doute pas beaucoup apprécié la lecture quand il a fini par recevoir son rapport du capitaine, explique peut-être en partie mon attitude presbytérienne écossaise vis-à-vis de l’autoritarisme. Après des années de sermons savants, sous forme de vents orageux sifflant sur les chevrons du kirk, je considère comme allant de soi qu’un leadership efficace et durablement tolérable est celui d’un leader considéré comme le premier parmi ses pairs (en termes ecclésiastiques, un ministre astucieux plutôt qu’un évêque stupide) et qui traite les autres leaders comme des égaux au sein de n’importe quel ordre constitutionnel établi, peu importe ce que l’ordre peut préciser

Pour que la primauté du droit soit respectée, elle doit être établie par des dirigeants qui ne sont ni plus ni moins que les premiers parmi leurs pairs et doit être fondée sur des principes sains, reconnus et acceptés comme tels. Il devrait être possible de le réformer si nécessaire, non seulement en principe mais aussi dans la pratique, car il est susceptible d’être rebellé tôt ou tard s’il ne peut être réformé. Les adversaires doivent toujours être respectés et traités en conséquence. On ne les jette pas en prison. Vous les emmenez à terre et les nourrissez en venant dans un logement avec eux. C’est ainsi que l’on parvient à une coexistence harmonieuse. C’est sur cette base qu’il est possible d’établir en Espagne une relation durable convivencia. Pas par l’intolérance et la rigidité constitutionnelles, ni par l’incarcération de politiciens pendant trente ans.

Je devrais peut-être vous annoncer la triste nouvelle que, malgré les bonnes intentions, l’aide pratique et les conseils bien intentionnés de la communauté écossaise, à la merci de laquelle la compagnie du navire El Gran Grifón a eu la chance de se jeter, peu d’entre eux sont rentrés sains et saufs en Espagne, car leur navire, qui avait été promis par l’Angleterre, a été attaqué dans la Manche et s’est échoué par les Hollandais, que les Anglais avaient alertés. Nous en tirons la leçon inestimable qu’il ne faut jamais faire confiance aux Anglais, mais que les Écossais vous aideront toujours, à condition qu’il reste quelque chose dans votre masse salariale.

Sérieusement, la leçon est qu’il y a certainement une bonne volonté qui peut être exploitée, même pour aider l’Espagne à résoudre ses problèmes, mais il est d’abord nécessaire que ses dirigeants descendent de cheval et reconnaissent qu’une aide est nécessaire et qu’ils ont la sagesse d’accepter une médiation appropriée, j’ose le suggérer.

La conduite de procès qui peuvent trop facilement être présentés comme politiques et le fait de mettre en prison des politiciens démocratiquement élus ne résoudra rien et ne fera qu’empirer les choses.

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17 réflexions sur « Des dirigeants catalans condamnés devant les tribunaux à plus de 30 ans de prison pour crimes, par Duncan Sutherland »

  1. C’est la culture du garrot qui refait surface. La Turquie fait des émules. La mode est à la case prison. Ce jeu de l’oie devient un jeu à la con.
    Le cinquantenaire approche, la fête aussi.

  2. « Autoritarisme…… »
    Ce qui caractérise l’Espagne encore aujourd’hui. L’église catholique y joue, depuis toujours, un rôle néfaste.
    Je pense la décision du gouv. espagnol d’inculper les dissidents est une mauvaise tactique, elle provoquera une résistance farouche de la part des partisans de l’indépendance. Sur le plan juridique, tout est conforme à la constitution espagnole, mais il y a le peuple – comme en France en 1789.
    Mon opinon personnelle: que l’on concède à la Catalogne l’indépendance, la liberté. L’Europe devrait faire preuve de largesses et de compréhension. On verra bien ce que cela donnera à terme.

  3. Désolé, mais le titre est une connerie. D’abord ils ne sont pas encore condamnés et ensuite 30 ans est le maximum pour rébellion, demandé par le procureur qui comme tous les procureurs est là pour charger les accusés. Mais on ne sait pas quelle sera la qualification que lui donnera la justice, mais plus que probablement pas rébellion. Ceci dit, ils ont violé des lois, mêmes les catalanes. Essayez un peu en Belgique de violer une loi quelconque pour voir si la justice vous laisse tranquille. En ce qui concerne le personnel politique, en Espagne il y a une telle quantité de protégés jouissant de l’immunité parlementaire que ça en devient ridicule. Si tout ça était pour le bien des catalans ça irait, mais presque 2000 ( deux mille) entreprises ont déplacé leurs siège social hors Catalogne, qui pèsent environ 25% du PIB de la région, le chômage suivra. Si Puigdemont peut prouver que dans une Catalogne indépendante il n’y aura plus de pauvres je serais à 100% d’accord avec lui. Mais non, ils utilisent le peuple comme chair à canon pour le trahir le moment venu, comme dans toutes les révolutions.

    1. J’ajoute que Puigdemont a bien joué sa partie en contraignant par sa fuite la juge à prendre ces mesures de détention préventive qui pourraient rallier à sa cause la rue, comme vous dîtes le peuple, la chair à canon.

      1. C’est très probablement ce qu’il a cherché à faire en effet, cependant l’échec est patent :
        « Une manifestation convoquée par la puissante association indépendantiste Assemblée nationale catalane (ANC) a rassemblé plusieurs centaines de personnes devant le siège du gouvernement. Brandissant des drapeaux indépendantistes, ils ont scandé « liberté » et « Puigdemont est notre président ». »
        Plusieurs centaines de personnes… voilà qui est assez différent d’un mouvement de masse.

        Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/11/02/catalogne-les-dirigeants-separatistes-arrivent-a-madrid-sans-puigdemont_5209166_3214.html

  4. La démocratie étant à géométrie variable, si l’on fait voter les seuls catalans, le résultat est incertain, mais si l’on fait voter l’Espagne entière ?
    Et puis cette course à l’autonomie, puis à l’indépendance, cela fait bien l’affaire des technocrates bruxellois. Diviser pour régner c’est vieux comme le monde. D’ailleurs, si la Catalogne devenait indépendante, c’est quoi le buisness plan ; une super Suisse de plus en Europe, un Hong Kong, un Singapour, une concurrence fiscale acharnée.

  5. Bonsoir,

    Est-ce qu’on va finir par se rendre compte au moins ici de l’ampleur et des moyens mis au service de la manipulation à l’oeuvre?
    Aucun dirigeant catalan n’a été condamné, jugé ni même poursuivi. Au regard de la loi leur rébellion les expose à des poursuites. Voilà où l’on en est aujourd’hui.

    Je remonte le commentaire que j’ai fait il y a quelques heures sur un billet un peu lointain de Mr Leclerc questionnant le manque de souffle du débat sur l’Europe :

    « Les Catalans veulent avant tout récupérer une souveraineté que l’Espagne en tant que nation inféodée aux diktats européens a perdu » reprenait mr Leclerc.
    Rien que ça!

    « Catalonia, next independant state in Europe » voilà ce que clament en américain les ethno- libéraux catalans. Il faut quand même avoir des œillères idéologiques pour ne pas remarquer l’omniprésence du drapeau européen autour de ceux qui « refusent les diktats ».

    L’ethno- liberal leader flamand s’exprime :
    http://www.lalibre.be/actu/international/independance-de-la-catalogne-de-wever-estime-que-puigdemont-est-un-ami-que-l-on-ne-laisse-pas-tomber-59f8ba71cd703cdd752f38cc

    Ajoutons seulement que la fondation de George Soros Open Society Foundations in Europe participe à la remise en question de la souveraineté des états européens, par exemple en finançant l’indépendantisme Catalan

    http://www.lavanguardia.com/politica/20160816/403969314802/george-soros-diplocat-financio.html

    Rappelons que le principe de subsidiarité, imposé par les Länders allemands dans l’Acte Unique est au cœur du fonctionnement de la machinerie européenne

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Principe_de_subsidiarité

    Et que le régionalisme en Europe avance à Bruxelles à visage découvert afin d’adapter les institutions aux exigences de la globalisation – je rajoute – financière.

    N’avons-nous pas là les bases d’un débat qui ne manque de souffle que parce qu’on l’étouffe?

    Ce monsieur Sutherland dans ce texte fait de la prospective (30 ans de prison…) puis nous parle d’un épisode de l’Armada mettant en lumière la clairvoyance de l’esprit presbytérien des écossais indépendants ( à ses yeux ) puis revient nous faire un laïus prospectif.

    Il y aurait à dire et à rire mais je me contenterai de reprendre cette phrase :

    « Les adversaires doivent toujours être respectés et traités en conséquence. On ne les jette pas en prison. Vous les emmenez à terre et les nourrissez en venant dans un logement avec eux. »

    Vive la révolution de couleur.

    1. Je pense que Sutherland ne dit pas tout. Il parle du bon traitement des écossais mais ça n’a pas été le cas des anglais. C’est surtout la tempête qui a décimé l’Armada ajouté à la méconnaissance des équipages espagnols des côtes anglaises (embarqués sur le pourtour nord des iles britanniques). Les quelques navires qui ont pu accoster en territoire britannique n’ont pas eu droit à la tasse de thé.

  6. Si les régions avaient eu une possibilité simple, comme commencer à pouvoir « flécher » 3% de leur budget sur une base de coopération inter-régions quel que soit le pays, des marges d’essais auraient été possibles pour éviter la rigidité des constitutions nationales tout en suggérant les contours d’un fédéralisme « en progrès ». Programmes médicaux, universitaires plus communs, centre d’accueil de migrants. Permettre à une région d’être en avant sur les évolutions d’un pays ou d’une union comme l’UE. Car certes la tentative catalane n’ira pas bien loin dans le double cadre espagnol et UE, mais c’était l’occasion de se rendre compte, comme avec le Brexit, qu’on n’avait pas prévu la « modularité » et les évolutions autrement qu’en mode accrétion pour l’Europe, alors qu’il est nécessaire de laisser des laboratoires risquer des variantes pour que les aspects positifs des mouvements supranationaux apparaissent. « L’avantage social comparatif » au lieu de l’avantage économique comparatif, serait le fil à suivre en développant les exemples que j’ai suggéré en traits très légers pour l’instant.

    1. « Supranationaux »?
      Plutôt infranationaux, non?
      Il y a fort à parier que vous vous retrouviez à discuter avec des gens pour qui état/solidarité = entrave.
      Bon courage.

  7. Plusieurs remarques :

    1) Tout d’abord, et c’est le plus important, l’Espagne étant un Etat de droit, la justice n’y est pas aux ordres de l’exécutif.

    Ni Mariano Rajoy, ni le roi d’Espagne n’ont décidé de traîner ces dirigeants devant les tribunaux. C’est la justice qui l’a décidé, et ce pour une raison bien simple qui n’a que peu à voir avec le catholicisme, Philippe II, l’Invincible Armada ou Francisco Franco : c’est que ces dirigeants catalans ont violé la loi, tout simplement. Ou plutôt, qu’ils en ont violé plusieurs, la Constitution de leur pays certes, mais encore des décisions de justice, les règlements du parlement de Catalogne, qu’ils ont détourné des fonds…

    2) L’Espagne a émis jeudi soir un mandat d’arrêt européen contre Carles Puigdemont, pour des motifs analogues. Nous verrons bien quelle sera la décision de Bruxelles, mais étant donné que l’Espagne est un Etat de droit – bis repetita placent – et que les actes dont Puigdemont va être accusé sont tout aussi délictueux en Belgique qu’en Espagne – à ma connaissance, les Belges n’apprécient pas non plus les violations des lois et des règlements parlementaires ni les détournements de fonds – j’imagine assez mal que Puigdemont bénéficie de l’asile politique.

    A mon avis, il reverra l’Espagne avant longtemps.

    3) Le célèbre mot de Marx au sujet de Napoléon III comparé à Napoléon Ier
    « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce »
    me semble très bien s’appliquer à la comparaison entre résistants catalans au régime de Franco dans les années 1960-1970 et ceux qui se présentent aujourd’hui comme leurs descendants politiques.

    La farce est triste, certes. Et les peut-être 40% de Catalans qui sont effectivement indépendantistes seront toujours là après les élections du 21 décembre – ce sera alors le moment, si le gouvernement espagnol est habile, de passer à un traitement politique pour réduire sur le long terme la fracture entre les Catalans. Phase qui ne peut venir que dans un deuxième temps, après la phase judiciaire, et évidemment pas avec les même interlocuteurs, mais phase évidemment nécessaire.

    4) A noter que l’UE fait partie du problème. Si des sentiments autonomistes qui ont toujours été forts en Catalogne ont basculé dans la direction indépendantiste après la crise financière et économique, c’est en grande partie parce que les conséquences en ont été si rudes dans toute l’Espagne – et en Catalogne encore plus. Le meilleur levier pour résoudre la crise politique sur le long terme serait sans doute pour l’Espagne de soit changer totalement la gestion de l’euro, soit d’en sortir. Hélas…

    1. @ Jacquot.

      « …Le célèbre mot de Marx au sujet de Napoléon III comparé à Napoléon Ier
      « tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » … »

      On peut faire ce type de commentaire, exactement de la même manière, à front renversé.

      Rajoy , n’est pas Franco, Son parti populaire n’est pas le corporatisme de Franco ! La popularité de Rajoy dans le pays ne peut en aucun cas être comparé à celle de Franco.

      L’écrasement des républicains, et suite à cela la dictature de Franco jusqu’à la fin des années 70, qui reposait fondamentalement sur une bourgeoisie espagnole forte, sur une assise électorale paysanne et religieuse réelle, a été d’un point de vue progressiste une tragédie, sans aucun doute.

      Mais quelle farce aujourd’hui d’observer que la réaction espagnole montre le menton, que le roi remonte le bout de son nez, qu’à partir du moment où elle peut compter sur le soutien total et inconditionnel du parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) , des syndicats ouvriers, et même du mouvement Podémos.

      Là est le changement fondamental des deux époques. La bourgeoisie, et pas seulement qu’en Espagne, peut mettre à bas les droits démocratiques élémentaires, elle peut revenir sur l’ensemble des acquis sociaux du prolétariat, mettre en prison à peu près qui elle veut, sauf ceux qui le méritent, non pas en s’appuyant seulement sur ses propres forces, extrêmement faibles, mais en profitant d’une politique toujours plus conciliante, toujours plus accommodante de ses ennemis d’hier.

      C’est la que réside la grosse farce ! Combien de tartuffes, même sur ce blog, se croyant progressistes, et applaudissant des deux mains, le fait d’inquiéter pénalement des pauvres et inoffensifs dirigeants catalans indépendantistes, commettant comme seul crime d’être indépendants !

      Faite du bien à un vilain, il vous fera dans la main. Mais que cette comédie aille jusqu’à sa conclusion logique! Que Rajoy foute en cabane les séditieux et troublions Pedro Sanchez et Pablo Iglesias !

      Et la boucle sera bouclée. Vae victis !

  8. « …exubérances extravagantes sur la déloyauté, la désobéissance, la sédition, l’insurrection… et, oh oui, la rébellion, tous ces termes, il convient de le noter, qui ne devraient jamais être utilisés à la légère et ne devraient pas normalement être appliqués aux initiatives politiques des dissidents dans une démocratie libérale au sein de l’Union européenne… »

    Bien c’est un fait, la Constitution de l’Etat bourgeois espagnol ne vaut guère mieux que la Constitution de l’Etat ouvrier dégénéré de l’URSS de Staline de 1936.

    Ces deux Etats (étaient) ou sont des prisons des peuples, doit on continuer, pour ce qui concerne l’Espagne de parler de « démocratie libérale » ? Les organisations ouvrières espagnoles (partis, syndicats) peuvent-elles continuer d’apporter leur soutien au Parti populaire de Rajoy, à cette monarchie qui se révèle être un appareil militaro-policier partial ?

    Et Podemos, ce grand mouvement des indignés, ne doit-il pas jouer la mouche du coche, et exiger des organisations ouvrières d’organiser dans l’unité à Madrid, une manifestation centrale de masse, de toute l’Espagne démocratique et sociale pour:

    – La libération des prisonniers politiques catalans
    – La démission du gouvernement Rajoy
    – L’organisation d’une élection constituante, afin de retirer de cette nouvelle loi commune, toute référence à la monarchie, toute allusion condamnable à des actes de sédition, de rébellion, d’insurrection.
    – Une Constitution démocratique et fédérale doit reconnaître le droit à l’autodétermination des peuples dans toute l’Espagne.

    Podémos doit admettre que si la bourgeoisie espagnole ne peut pas, ou ne veut pas avancer, vers plus de démocratie, plus de social, seul un front uni des organisations ouvrières (sous la pression des masses indignées) doit et peut le faire.

    La crise régionale catalane n’a pas à s’internationaliser comme le disent bêtement les médias bourgeois, elle doit d’abord se nationaliser.

    La lutte des classes est nationale dans sa forme, internationale dans son contenue.

  9. La question que je me pose: si le gouvernement catalan (i.e. les partis qui le composent) avaient ensemble obtenu la majorité des suffrages aux élections (et pas seulement une majorité parlementaire), est-ce que cela aura changé le rapport de force?

    En tous cas, pour moi, cela aurait changé la base morale sur laquelle déclarer l’indépendance de la Catalogne. Déclarer l’indépendance avec uniquement une majorité parlementaire (et pas de majorité populaire) était une bêtise…

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