The Circle : « La vie privée a existé pendant un temps… », par Rosebud1871

Ouvert aux commentaires.

Tombé par hasard sur le Film « The Circle » annoncé comme de science-fiction, je dirais qu’il s’agit plutôt d’une allégorie de notre réalité, si on veut bien entendre par ce terme de « réalité » un consensus social de perceptions analysées.

Le film de James Ponsoldt, visible sur Canal Sat, sorti en 2017 et massacré par la critique insatisfaite du produit quand les ingrédients y sont de qualité, a le mérite de montrer quelques apories d’actualité : la subjectivité, la démocratie, l’I.A., en nouant ces 3 là de façon interpellante.

The Circle évoque autant le nouveau siège d’Apple (The Ring) à Cupertino, que le « on dit » des ambitions créatives et des conditions de travail chez Google et autres GAFA.

Évoquons d’abord la trame, l’implicite, le montré du scénario, version en français, avec des guillemets pour les « citations ».

Une obscure employée lambda Mae Holland obtient par son réseau amical (une amie déjà en poste) un emploi de rêve (bon salaire, bonnes conditions d’environnement du poste) dans une firme de high tech.

À la 13ème minute on apprend par un one man show du big boss, le big projet en cours, inonder la planète de minis cameras façon œil de verre, fournissant en temps réel via satellite « vision, qualité de l’air, météo, biométrie, trafic, reconnaissance faciale »… « tout pour mieux vous servir » ajoute le big boss. Il continue « tout le monde doit répondre de ses actes » « plus rien ne nous échappera, le vrai changement vient du regard »… « nous pourrons tout voir, parce que savoir c’est bien, mais tout savoir c’est mieux ». Ainsi s’achève par une standing ovation des employés la performance du big boss présentant son programme intitulé « See Change ».

À la 23ème minute l’employée découvre le niveau de surveillance de ses performances professionnelles par ses N+1 et la forte suggestion qui lui est faite de mieux « faire partie de la communauté », de fréquenter « le campus ». En effet sur un autre mode que le paternalisme des Maitres des Forges du XIXème voire sa mouture socialiste d’un Godin et son familistère, et autres Michelin, chez The Circle, on ne compte pas pour rendre plus accessible le bonheur de ses employés… avec la pente de type sectaire en gestation ! Il y a même un algorithme qui évalue tout ça en temps réel ! Plus tard le big boss dira que les employés sont « une famille » donc solidarité… Le must, l’employeur offre un bracelet capteur et d’analyse médicale qui informe de l’état des fondamentaux du corps de ses employés 24/24, 365/365, et… Vive la prévention et le big data…

À la 26ème minute, lors d’un autre show devant les employés, une député élue propose d’adopter la camera œil de verre pour ne plus rien cacher de ce que font les élus de leur mandat. Toute conversation téléphonique, email, réunion de travail, tout en ligne consultable en temps réel ou archivé. « Démocratie ouverte et responsable » devient le mot d’ordre de la firme.

37ème minute, Child Track, un projet est évoqué : implanter une puce qui permet de localiser chaque enfant, enfin une vraie alternative aux kidnappings.

50ème minute, « c’est ce qu’on cache qui nous nuit, les mensonges »… « si on élimine les secrets, si on partage les connaissances, on pourra réaliser notre potentiel ».

52ème minute. À nouveau en amphi avec les employés, le big boss fait avouer à l’employée Mae Holland que sa « conduite est meilleure quand elle se sait observée que quand elle ne l’est pas ». Donc « les secrets sont des mensonges » et « on se comporte mal quand on n’a pas de comptes à rendre ». Au final l’employée accepte de porter en permanence la camera œil de verre telle une cobaye avec quelques millions de « followers » et d’abord ses collègues.

À 1h05, une réunion de dirigeants propose l’inscription automatique des membres abonnés à The Circle sur les listes électorales, « objectif 100% d’inscrits 100% de votants », « l’idéal de l’idéal », puis ça verse sur la démocratie directe « imaginez qu’on ait les moyens technologiques de connaître en temps réel la volonté du peuple »… enfin « une vraie démocratie comme il n’en a jamais existé »…

À 1h11, nouveau show, 22 nations confient à The Circle l’organisation de nouvelles élections obligatoires, mais le hic ce sont les récalcitrants qui ne comprennent pas le changement en cours donc…

À 1h12, présentation d’un nouveau programme Soulsearch qui permet au niveau mondial avec toutes les cameras, les logiciels et la participation des inscrits de retrouver rapidement tout récalcitrant à la nouvelle démocratie en marche selon la volonté du peuple.

À 1h32, la tendance s’accélère, « une vraie transparence, et la communication permanente » de tous avec tous et envers tous… dirigeants compris…

À 1h34, « la vie privée a existé pendant un temps, maintenant c’est fini ».

Voilà pour l’essentiel la trame du récit, avec quelques historiettes secondaires mais précieuses, par exemple, la caméra est débranchée dans les toilettes, et dans la chambre parentale… ce qui témoigne de l’irréductible de la vie privée dans la sexualité au sens de Freud, ces jouissances des trous du corps, nez, oreilles, yeux, bouche compris.

______________________________________

Ce rêve cauchemardesque articulant démocratie, subjectivité, et I.A. pèche par quelques impasses qu’il s’agit de relever, en dénouant la tentative de nouage idéal proposé.

Il s’agit d’un film des États Unis d’Amérique, un pays où le contractuel des relations humaines semble avoir pris le pas depuis longtemps sur le rapport de force plus enraciné dans la tradition française. La notion de fabrique du consentement, y est née, voir le documentaire d’Arte sur Edwards Bernays, cette fabrique possède d’autres ficelles que la servitude chère à La Boétie. C’est un pays où la notion de bien et de mal traverse les discours politiques d’une façon bien plus tranchée qu’en Europe. C’est le pays où s’est épanouie la révolution numérique et ses majors épinglés de l’acronyme GAFA. C’est enfin un pays où la notion de démocratie reste un souci, par une autre histoire que la France ou l’U.K.

Quelle subjectivité est engagée dans cette fiction ? Celle du sujet du droit, celle du sujet de la conscience, celles qui sont donc dominantes dans notre culture occidentale, et tellement d’évidence, qu’il faut une distance historique ou géographique pour réaliser qu’elles n’ont rien de « naturel ». Cette subjectivité de la conscience est pourtant en difficulté par le simple fait construit et martelé par Paul Jorion que pensées comme actes sont fabriqués et agis, avant que le sujet n’en ait conscience. Échec et mat, donc au « tout savoir » annoncé dans le film. L’idéal d’un sujet transparent aux autres, comme à lui-même trouve son aporie dans ce simple constat, avec lequel il faut bien vivre tous les jours. Il n’y a pas de sujet transparent mais au contraire une opacité que toutes les sciences dites humaines ou molles, s’emploient à déchiffrer. Le juriste rend même son tablier au psychiatre quand la raison des actes échappe à sa clairvoyance professionnelle, et la vérité juridique n’est qu’une des vérités possibles de lecture de l’acte. Il en est de tous les actes normaux dont les sujets normaux rendent compte (voir plus haut dans le film cette perle : « on se comporte mal quand on n’a pas de comptes à rendre »), bien ou mal, la façon dont chacun fabrique un compte rendu de ce qui justifie ses actes ou pensées n’est jamais très loin de celle de l’hypnotisé, qui au réveil va justifier son acte par le message oublié que l’hypnotiseur lui aura dicté, et qui vaudra pourtant pour lui comme explication personnelle et rationnelle ! Or cette grande messe participative à laquelle The Circle invite, (sur le mode de la scène du Parrain : c’est une offre que vous ne pouvez pas refuser »), au final chute avec le prix à payer « la vie privée a existé pendant un temps, maintenant c’est fini ».

Le récalcitrant à cette merveilleuse démocratie transparente et directe sera bien évidemment banni, mais le sujet n’est qu’effleuré avec une arrestation et une mort « accidentelle ». Les démocraties et républiques de nos jours semblent prendre la pente d’exclure de se mêler de la sphère de la sexualité de ses sujets, quitte à embarrasser l’appareil répressif et judiciaire sur les limites… C’est aussi un point d’achoppement majeur sur le souhait de transparence totale. Cette transparence totale est le revenant d’un autre nom : la figure d’un Dieu qui voit tout et entend tout, et non sans serviteurs.

Certes, si la technologie (mais pourquoi privée ?) peut simplifier et réduire les coûts de la mise en pratique d’une démocratie la plus directe possible, elle est pourtant impuissante à contraindre tous les déviants, inadaptés, récalcitrants, à participer gentiment de façon soumise. Chaque génération fabrique à l’insu de son plein gré des rebelles en tous genres à la place que le monde en l’état leur intime ou leur offre selon le point de vue. Exclus ou marginaux, mal intégrés ou pas intégrés, une frange certes minoritaire de la population résiste à l’autre, majoritaire, qui sait et veut faire le bien à l’image du sien. Après tout, celui qui dénonce anonymement signe traditionnellement « un ami qui vous veut du bien ». Ainsi dès qu’est utilisé le pronom personnel « nous » dans ce film ou dans la vraie vie, se pose la question d’identifier le nombre de « moi » concernés, quels sont ses attributs, sont-ils d’accord etc. ? Il est banal de constater avec quelle rapidité tout nouvel embauché utilisera le « nous » pour évoquer sa nouvelle entreprise, sa façon de l’accaparer, de s’y identifier, et de s’y engloutir à l’occasion… remarque exportable pour l’entrée dans un mouvement ou association ou parti. Et c’est inéliminable !

En langue anglaise mais aux États Unis d’Amérique, le « us » qui résonne avec le « U.S. » concourt peut-être à cette tendance à vouloir que le « reste » de la terre se moule dans la bonne façon de faire comme de penser, mais zut, ça résiste…

10Shares

71 réflexions sur « The Circle : « La vie privée a existé pendant un temps… », par Rosebud1871 »

    1. Tout à fait, mais il n’a pas écrit comme Rousseau des confessions. La limite de la confession, c’est que le programme du bien et du mal est déjà écrit et que le confesseur comme le confessé savent le mode d’emploi qu’ils suivent scrupuleusement. Par contre Freud s’est risqué à témoigner que sa méthode (dite « association libre ») révèle que les associations ne le sont pas… « libres ». Son témoignage livré dans un second temps au grand public, pulvérise le trognon du privé : la sexualité, dont il renouvelle la définition tout en l’articulant à tous les pans de la vie quotidienne, crue jusqu’alors sans aucun rapport…

      1. Bon , en même temps , ils sont morts comme tout le monde , d’un AVC pour l’un sans avoir le temps de se confesser, d’un cancer pour l’autre en se livrant à la morphine . sans même être foutus de donner la solution avant de s’éclipser .

        Tout reste à faire , avec pas mal d’autres héritages .

  1. Très bon récit qui me donne envie d’aller voir  » the circle » , alors que je hais le cinéma ( ce qui désole Paul Jorion ).

    J’ai un peu tiqué , en me prenant la tête à deux mains , sur la deuxième ligne au début , mais après c’est limpide et lumineux ( je profite de la disparition de Vigneron , pour faire des compliments ).

    Je vais prendre le temps de m’extraire du réel , pour méditer ça qui en vaut la peine .

    Juste , à chaud , la sensation de retrouver une vieille affaire avec de nouveaux décors et outils .

    1. à tiède , l’idée que ce billet pose la même interpellation que celle , plus directe , de François Leclerc dans son décodage « Les deux modèles planétaires  » sur lequel j’ai déjà posé des pions .

      Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant .

      Toujours devant , quelque soit la violence accrue et envahissante des forces en action .

      Le corps , le Sens , les codes en équilibre instable dans le temps .

      1. Mais ces « yeux de verre » dont parle RoseBud, Juannessy, vous ne trouvez pas que ça ressemble bigrement à ces radars que l’on a mis sur le bord des routes. Les radars sont la forme primitive de ces « yeux de verre » non ?

        Dites nous franchement : vous consentiriez à l’IA et à la reconnaissance faciale, si cela permettait d’assouvir votre idéal d’aligner tous les automobilistes à 80 km/h, et au zéro gramme d’alcool dans le sang non ? Je me trompe ?

      2. Cézanne disait que « l’honnête homme a son code dans le sang. Le génie se fait en vivant son propre code ».
        Alors, quel est selon vous, le code que nous pouvons espérer apporter en naissant ?

      3. @Memnon:

        Mon souci ( j’ai d’ailleurs presque plus de soucis ) , c’est pas de reconnaître le génie ( qui est d’ailleurs un code dans cette expression ) , c’est de marier les trois « idées » de corps , de sens , de codes pour faire humanité ( et naissance démocratique , comme j’ai eu l’occasion de l’évoquer ) .

        Code apporté à la naissance ? On pourrait évidemment déjà répondre code génétique , mais ce n’est pas « code « au sens où je l’ai employé . Ce « code » là , je l’inclus dans le « corps  » comme un acquis passé archivé au cours des temps . Il nous pousse sans forcément nous « tirer » . Il nous aide sans donner de solutions déterminées .Il est à la fois collectif , mais il fonde , de façon individuelle , notre personnalité , que certains , un peu rapidement , appellent « le génie » .

        Les « codes » que j’appelle à la barre, ce sont ceux éphémères nés de notre créativité ( du « hors temps »), que nous nous donnons pour nous aider à faire le media entre le « réel » et notre ressenti pour faire « Sens », un pont compréhensible par tous ,pour se repérer dans la recherche des réponses aux mystères . Des formes de paris qui ne sont pas pascaliens , des paris sur le « sens ». Ces c odes là sont collectifs et font l’espèce humaine en progrès .

        En progrès vers …?

      4. Juanessy dit : « Les « codes » que j’appelle à la barre, ce sont ceux éphémères nés de notre créativité ( du « hors temps »), que nous nous donnons pour nous aider à faire le media entre le « réel » et notre ressenti pour faire « Sens », un pont compréhensible par tous ,pour se repérer dans la recherche des réponses aux mystères . Des formes de paris qui ne sont pas pascaliens , des paris sur le « sens ». Ces c odes là sont collectifs et font l’espèce humaine en progrès . »

        Quelqu’un y comprend quelque chose ?

        A partir d’un certain degré de flou dans l’expression, on peut parler de religion. Je tentais précédemment de faire un « pont » entre notre discussion précédente sur la surveillance automobile généralisée, et ce très bon film, qui anticipe très bien ce que la technologie proposera en matière de sécurité.

        Et j’avais posé une question concrète et claire (du moins je pense) à Juannesy. Mais pour l’instant, il n’a pas daigné y répondre…il préfère manifestement s’envoler dans la mystique…

        Je la répète pour le cas où…

        M Nessy, dites nous franchement : vous consentiriez à l’IA et à la reconnaissance faciale, si cela permettait d’assouvir votre idéal d’aligner tous les automobilistes à 80 km/h, et au zéro gramme d’alcool dans le sang ? Oui ou non ?

        Vincent Rey
        findutravail.net

      5. @Juannessy
        Revenons d’abord sur cette notion de génie. Je sais bien que le mot  » génie  » est souvent galvaudé. Mais vous aurez compris que Cézanne ne cherche point à nous proclamer son génie propre, ni davantage ne se soucie de reconnaître, en premier chef, le grand génie des hommes. Non, il veut nous parler d’autre chose. Et il est intéressant, j’avoue, de lire dans votre commentaire la phrase suivante : ce « code » là « est à la fois collectif, mais il fonde, de façon individuelle, notre personnalité, que certains, un peu rapidement, appellent « le génie ». Car cette remarque rejoint, selon moi, parfaitement la préoccupation que Cézanne exprime. Concrètement, le vrai génie qui l’émeut est celui de la nature. Le peintre, étant cet honnête homme, qui a son code dans le sang, le rouge, « la couleur première » par son association au sang ? Ce « code » couleur tient donc au fait, toujours selon Cézanne, que « la couleur est le lieu où notre cerveau et l’univers se rencontrent ».
        Autrement dit « le génie se fait en vivant son propre code », ou comme disait Goethe « La couleur est en nous ». Depuis nos origines, elle imprègne totalement notre « corps » comme notre vie. Mais plus encore, Cézanne ajoute que la couleur « apparaît toute dramatique au vrai peintre ». C’est aussi dire qu’il faut chercher jusqu’au bout l’expression de ces sensations que nous apportons en naissant… Bien sûr, les « codes » que j’appelle à la barre ne sont pas les codes couleurs utilisés, de nos jours, dans le langage de l’imprimerie ou dans l’informatique. Mais comme vous, Juannessy, je m’interroge sur ce que pourrait être « un pont compréhensible par tous, pour se repérer dans la recherche des réponses aux mystères ». Or, je constate – car je n’ignore pas le thème de ce billet : « The Circle : La vie privée a existé pendant un temps… » – que la couleur est fortement utilisée pour codifier tout ce qui relève de l’ordre affectif, sachant qu’elle produit sur notre être un effet qui lui est propre, effet auquel la mémoire affective mêle toujours confusément l’expérience que nous avons de cette couleur… https://regmedia.co.uk/2016/12/07/the_circle_movie_logo_with_slogan_teaser.jpg?x=1200&y=794

      6. @Memnon :

        vous m’en faites voir de toutes les couleurs !

        C’est vrai qu’une couleur , en ce qu’elle est le nom donné à un « senti » visuel est une trace du réel vu , et peut aussi être un « ressenti » ( et pour ma part j’aurais plutôt mis Rimbaud en avocat ) , est bien un « code » … parmi la multitude que nous avons eu à connaître ou que nous connaissons .

        Je ne pense pas cependant qu’une couleur ait la même lecture de code , de façon universelle , partout . Le noir peut être tristesse ou joie ou richesse selon les régions du monde , ou même changer de lecture en fonction du temps en un même endroit .

        Par ailleurs , pour faire une correspondance avec Gainsbourg et Béart ( art majeur , art mineur ) , je dirai que dans la large panoplie de nos codes , la couleur est un code mineur pour guider les sociétés ( je vais me mettre tous les peintres à dos , dos vous êtes peut être !) , même si c’est très généralement un « code  » qui fait du bien .

        Plutôt que « code » , qui peut être mal compris , j’aurais du d’ailleurs préféré  » symbole » qui explique mieux la rareté potentielle de la « mise en signe » d’une explication du monde et de la lecture « sensée » que l’on en fait
        ( PYD pourrait parler des heures durant du Yin et le Yang ), mais qui ne rend potentiellement pas compte de la richesse grammatical ou lexicale qui accompagnent un code .

        Les codes que j’appelle à la barre ( qui ne sont pas des codes barres , je la fais tout seul ) pour tirer le monde , sont des codes philosophiques  » qui n’ignorent rien de ce qui est humain.  »

        Faute de mieux , j’en suis à un sourire qui dit  » Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant « .

    2. Le mieux est de visionner ce film, certes pas transcendant en terme de cinématographie, mais allégorie intéressante.
      Ah Juannessy, comment haïr le cinéma, cet art presque absolu !

      1. Sais pas , faut que je demande à Freud et Lacan .

        J’avais bien repéré le stage de Paul Jorion , mais il est trop cher .

      2. Bon , il nous offre gratuitement 1h49 de vidéo .

        Je peux plus rien dire , mais je ne sais pas si j’aurai le cœur de rester devant l’écran du PC aussi longtemps pour vérifier si Rosebud1871 n’a pas pris ses rêves pour un scenario cinématographique .

        En tous cas , je note qu’il a plus réveillé les critiques d’art que les pseudo-philosophes ou les sociologues .

      3. Ça m’a saoulé après un quart d’heure .

        Je me sens mieux au théâtre , et pour parler de démocratie , j’ai déjà signalé le dernier lever et tomber de rideau qui m’a plu .

      4. 🙂 🙂
        Incurable !
        Je retiens surtout de ce film la bonne prestation de Tom Hanks, je dirais comme d’habitude, c’est un pro.
        Quant à Emma Watson, saluons ses efforts pour faire oublier ces débuts dans Harry Potter et pour exister dans un autre registre.

    3.  » je hais le cinéma »

      Supportez-vous au moins les documentaires ? auquel cas profitez du lien d’Arte, vous y retrouverez Lippman sur lequel ce blog nous a offert un feuilleton très éclairant pour ses conséquences.

      1. C’est pas l’émetteur , le message ou le code qui me bloquent les neurones , c’est le canal …

        ( j’ai un peu potassé vite fait , et retrouvé des traces de mes propres schémas ) .

      2. Par contre , les yeux fermés , sur une voix ( ou un instrument de musique ) d’opéra , je pige tout , ça s’imprime , ça émeut et ça m’ouvre .

      3. La lecture aussi , ça le fait pas mal . Mais je ferme les yeux et les écoutilles quand j’en ai besoin pour mouliner .

    1. Paul doit être un émule des Rolling Stones.
      Chacun nouveau concert est un concert d’adieu; puis en vient un autre et encore un autre…
      A chaque cigarette, je me dis que c’est la dernière; et puis encore une autre…
      Ça s’appelle l’addiction (à l’esprit du genre humain pour certains).

  2. Moi je haie la lumière. Je préfère Rousseau le visionnaire, beaucoup plus.
    ______________________________________

    T’as bien fait de passer citoyen du monde, et je je dit calmement, sans ce faux cul de vigneron un jour anarchiste, le lendemain l’inverse.

    1. Bah citoyen du monde, ça m’est venu dès l’adolescence, néanmoins sur le mode de Roman Ossipowitsch Jakobson qui parlait une trentaine langue, mais toutes en russe disait-il . Donc indécrottable français, pire, nationaliste à l’occasion…Oui je me suis longtemps laissé tromper par l’énergumène, pourtant comme lui pas né de la dernière pluie…Il tirait à boulet rouge sur un site innommable qui vient de nous informer des projets nationaux de reconnaissance faciale. Si j’ai pesté en pure perte contre les cameras de surveillance et les voisins vigilants, pas de gêne personnelle, contrairement aux radars…. Mais le rouleau compresseur d’I.A. est en marche…Dormons tranquille, nos biens, nos vies, nos proches, (est-ce le bon ordre ?) sont protégés.

      1. Si le nous est haïssable, comme exclusion a priori des déviants et autres décalés, n’y a-t-il pas tout de même la nécessité et même l’urgence d’un certain « nous  » ?
        Celui d’ une humanité — aussi bien comme espèce que comme ensemble de tous ses membres — sujets existants, qui réfléchit sa condition actuelle, pour éventuellement la dépasser ? D’évidence, oui , sur ce blog, nous tentons de poser les conditions pratiques de vie pour notre humanité. Puisque nous posons que la condition humaine ne va pas de soi en ce monde, tel qu’il s’organise, c’est que nous reconnaissons que nous sommes tous des membres à part entière d’une humanité. Il y a donc bien au départ, un bien inaliénable, l’existence d’une humanité comme espèce et comme projet partagé, même si ce projet est trop souvent passé au second plan, voire méconnu. Je ne fais pas le dessin de la grotte immergée où toute l’humanité se réfléchit en ce moment pour le bien de quelques enfants et au delà pour elle-même. Et qu’on m’épargne le couplet, mais mon cher monsieur pourquoi le projecteur est-il braqué sur cette situation et pas sur telle autre tout aussi préoccupante ailleurs dans le monde, en de multiples endroits du monde. La question n’est pas là, la question c’est l’humanité peut-être, doit-elle trouver des occasions de se trouver une ? L’urgence pour elle n’est-elle pas précisément de faire en sorte, qu’elle puisse se trouver une non plus par intermittence, mais de façon durable ?

        Vu sous cet angle , l’injonction morale du type « un ami qui vous veut du bien » n’a plus lieu d’être puisque le bien qu’il s’agit de viser, de réaliser, n’est plus le nous exclusif d’un groupe qui s’oppose à un autre, mais le nous inclusif, qui serait à l’espèce définie purement et simplement par sa biologie, ce que le soi et au moi, ce qui se désigne par le concept d’ipséité. Si la subjectivité libre est une illusion, la subjectivité de non-libre ne devient pas a-subjective. Il y a toujours l’être sensible, agi sans aucun doute, mais tout aussi bien se projetant animé qu’il est du souci parce que c’est éveillé, et non pas à l’état endormi, qu’il produit les matériaux de son inconscient. La subjectivité c’est le point aveugle qu’est notre corps propre que « nous » sommes seuls à connaître intimement, puisque je n’est pas un autre. Si je est un autre, c’est qu’il parle à un autre et réciproquement. Nous et je sont inextricablement liés par le langage. C’est lorsqu’ils ne sont plus pensés ensemble que les ennuis commencent, pour soi et pour une société. L’espèce humaine et le sujet humain sans nous n’ont plus rien d’humain. Dans les camps d’extermination le nous des nazis était un nous exterminateur. Le nous inclusif y était proscrit, nié, pas de commune humanité.

      2. PYD 9 juillet 2018 à 23 h 52 min

        « Si le nous est haïssable, comme exclusion a priori des déviants et autres décalés, n’y a-t-il pas tout de même la nécessité et même l’urgence d’un certain « nous » ?

        Remarquez que notre langue qui possède un « nous » avec une aire sémantique flottante mais précise, ne produit pas les mêmes pensées que d’autres langues qui possèdent un « nous » voisin, mais qu’il existe dans la ribambelle d’idiomes terrestres des langues où le « nous » est différent, vous avez certainement consulté https://fr.wikipedia.org/wiki/Nous_exclusif_et_inclusif
        « Nous » les terriens, implique une accumulation de savoirs pour arriver à pareille énonciation, et exclut les extra-terrestres, pour « Nous » les Hommes, pareil et je souris toujours de lire « inhumain » pour qualifier des comportements certes à vomir, mais si humains, nazis compris que vous évoquez.

        « nous reconnaissons que nous sommes tous des membres à part entière d’une humanité »
        c’est bien sûr très sympathique mais il suffit après-coup de survoler cette microsociété ouverte qu’aura été ce blog, plein de gens a priori de bonne volonté, insatisfaits de l’état de l’humanité, pour mesurer que votre « haïssable » restera une pierre d’achoppement, ce qui n’exclut pas l’urgence de persévérer dans l’amour du prochain mais sans illusion sur ses limites…

      3. Rosebud1871
        A vrai dire j’ai hésité à qualifier d’humains ou inhumains les comportements observés dan les camps de la mort.
        Moi-même en d’autres commentaires, j’avais abondé dans votre sens. Je comprends donc fort bien votre objection. Je ne la conteste pas sur le fond. Ce sont bien des humains qui comment des actes ignobles.
        Si j’ai penché cette fois le mot inhumanité, c’est pour souligner que nous sommes capables d’avoir un regard sur nous-mêmes, il est vrai parfois ténu, c’est celui qui provoque en nous l’indignation, voire la rébellion. Le mot inhumanité est alors l’expression de ce sentiment devant ce que nous éprouvons comme étant inacceptable, sentiment sans lequel nous ne serions pas membres de l’espèce humaine en tant que nous avons ce sentiment et que nous le communiquons par le langage. Je ne suis pas sûr qu’il faille l’alibi, d’entités extra-terrestres, pour nous définir comme « nous » l’humanité. Ne serait-ce pas plutôt nous les humains face à l’immensité de l’univers ? Un univers dont nous sommes issus, mais devant lequel nous avons une capacité de l’appréhender par la pensée, le réfléchissant alors en nous-mêmes.

        J’ai été sensibilisé au distinguo nous exclusif vs nous exclusif par la pratique de la langue chinoise. Notez l’amusante homophonie du nous inclusif chinois qui se dit « women ». Le mot wo-men est composé de « wo », je, l’égo, dont la graphie selon l’étymologie courante, désigne une main tenant une arme, et d’un suffixe indiquant le pluriel, « men » ! Et ce n’est pas tout, la graphie pour men 們 se compose à gauche, de la clé de l’humain et à droite, de celle de la porte. Je n’y avais jamais vraiment prêté attention, c’est assez inspirant je trouve de savoir que la pluralité des égos est l’ouverture d’une porte, en quelque sorte. Le nous ce serait alors des « je » qui parce qu’ils sont pluriel s’ouvrent les uns aux autres et qui ne peuvent pas faire autrement d’ailleurs, en tant que membres de la même espèce. IL est admis que la civilisation chinoise insiste sur le fait que nous sommes des êtres sociaux, en voici encore un indice.

      4. @PYD et Rosebud 1871 :

        Avec ce dernier échange entre vous deux , d’une exceptionnelle profondeur , on commence à chatouiller le pourquoi .

        Auquel je n’ai encore toujours pas trouvé de meilleure réponse que le sourire , plus facile à … partager .

      5. PYD,10 juillet 2018 à 13 h 40 min

        Les extra terrestres des films de SF sont le plus souvent à notre image (prédateurs, colonisateurs…) bien pire car plus puissants, mais l’identification ne passe pas parce qu’ils ont une sale gueule et sont si méchants…mais pourtant caractère identique ! Qui s’en aperçoit ?

        L’écart de pratiquer une autre langue, mieux une graphie autre, offre un point de vue différent sur les choses, en surplombant le Traduttore, Traditore. Avec le chinois c’est de plus une porte sur un autre monde, la Chine. Profitez-en ! C’est une richesse !
        Autre que « Éclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle », comme aurait dit Guizot, ou « Il est bon de s’enrichir » selon Deng, ou Devenez Milliardaire » selon Macron.

      6. @Pierre-Yves Dambrine, qui dit « La question n’est pas là, la question c’est l’humanité peut-être, doit-elle trouver des occasions de se trouver une ? L’urgence pour elle n’est-elle pas précisément de faire en sorte, qu’elle puisse se trouver une non plus par intermittence, mais de façon durable ? »

        Il me semble que c’est un processus en cours, pour le meilleur et pour le pire, avec l’internet, et le capitalisme financier et publicitaire généralisé.

        Pour le meilleur : une langue commune, l’anglais, et l’internet qui favorise le mélange des cultures, et des modes d’expression artistiques, ainsi que la collaboration scientifique.

        Pour le pire : en distribuant les mêmes illusions et la même propagande à toute la planète, on risque d’étendre le problème des banlieues à des continents entiers. Les problèmes du Mexique, par exemple, pourraient bien s’étendre à toute l’Afrique d’ici une ou 2 générations, si on les incite à adopter le mode de vie occidental.

        Mais le film pose une très bonne questions je trouve : jusqu’où ira-t-on dans la transparence ? Jusqu’à quel point faudra-t-il la laisser empiéter sur notre vie privée, sur notre liberté individuelle ? Si les hyper-sécuritaires poussent le bouchon trop loin, il faudra sûrement les arrêter…

  3. Bonjour,

    Oui le film est intéressant et montre comment les entreprises privées privatisent la « liberté » avec disparition de l’État. Nous sommes dans la tradition des romans d’Huxley, Zamiatine, Orwell, Levin… Il y a aussi le roman de Damasio La Zone du Dehors.

    Notons que le roman fut écrit par Dave Eggers. On retrouve aussi la critique d’un Baudrillard concernant cet empire du Bien. Mais on oublie un ancien film fortement ironique qu’était Zardoz de John Boorman que je recommande.
    https://articlesyr.wordpress.com/2017/12/31/zardoz-1974-de-john-boorman/

    Il me paraît évident que le côté totalitarisme se sert de la subjectivité libre de l’être humain pour régner davantage comme l’avait relevé Baudrillard dans cette phrase : « : « Le pouvoir des autres de disposer de votre vie est un abus. Mais le droit et le devoir pour chacun de disposer de soi-même est plus dangereux encore. C’est ainsi que la servitude volontaire s’est métamorphosée en son contraire : l’injonction de désir, l’injonction de liberté et de choix, qui en est la forme achevée. La volonté est piégée par la liberté illimitée qui lui est donnée, et elle y consent de par l’illusion d’une détermination propre. »

    Cordialement
    Yannick

    1. Ah vous croyez à la « subjectivité libre de l’être humain » ?

      Baudrillard ? Le maître de Macron ? Vous n’avez rien de plus sérieux sous le coude ?

      Pour ma part je n’écarte pas l’idée que « The circle » soit en plus d’une distraction, une des productions de propagande d’Hollywood. La chute montre une jeunesse enthousiaste à se soumettre à Big Brother comme une libération ! Si il y a un effet de libération à se délester personnellement de son privé, je doute du même effet quand il s’agit ni plus ni moins que de se soumettre à l’ambiance sociale…

      The circle est à regarder d’un oeil avec le doc d’Arte dans l’autre oeil…

      1. Rosebud1871
        Ah ai-je dit que le croyais « subjectivité libre de l’être humain » ? Je dis exactement le contraire. Et Baudrillard, le maître de Macron ? Ah étonnant, Baudrillard qui fustigeait toute la modernité virtuelle, tout le World Processing, ce côté festif et coloré où l’on fait l’éloge de l’Empire du Bien. En fait, c’est tout le contraire. Franchement relisez-le.

      2. « QUI ÉTIONS-NOUS ? » LE SURMOI REMPLACÉ PAR LE BIG DATA

        Également dans Défense et illustration du genre humain, pp. 335-338

        Le Vocabulaire de la psychanalyse dit du Surmoi : « Une des instances de la personnalité telle que Freud l’a décrite dans le cadre de sa seconde théorie de l’appareil psychique : son rôle est assimilable à celui d’un juge ou d’un censeur à l’égard du moi. Freud voit dans la conscience morale, l’auto-observation, la formation d’idéaux, des fonctions du Surmoi […] il se constitue par intériorisation des exigences et des interdits parentaux » (Jean Laplanche et Jean-Baptiste Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris : P.U.F. 1968 : 471).

        J’ajouterai ceci à propos du Surmoi :

        1) il est le vecteur du « social intériorisé » au sens de Durkheim, il est le répertoire de nos « devoirs », et aussi de ce qui nous fait dire « nous-les-Dupont, nous… » ;

        2) il est le gestionnaire du répertoire dynamique de nos soucis que nous cherchons à lever : les « choses à faire », les erreurs à réparer ;

        3) il nous offre aussi une immunisation par l’indifférence – « obéir sans se poser trop de questions » – contre le caractère arbitraire des injonctions qui nous sont faites et dont le prototype a été constitué par les exigences parentales qui – nul ne l’ignore ! – ne sont pas toujours motivées par davantage que des sur-corrections à contretemps ou de simples sautes d’humeur

        Il y a quelques années une firme de logiciel m’avait convié à être l’un des témoins privilégiés auquel on soumettrait un nouveau concept. Voici sur quoi on me demandait mon avis.

        Les systèmes de géolocalisation avaient longtemps peiné à suivre un être humain dans son parcours au sein d’un bâtiment mais la question avait été résolue et un certain produit ayant atteint le stade des tests était celui-ci.

        Vous entreriez dans un centre commercial où vous avaient mené vos pas quand votre smartphone prendrait la parole pour vous dire ceci : « Rends-toi dans un magasin de chaussures vers lequel je vais te guider. Arrivé là, tu te rendras vers le rayonnage tout au fond du magasin et là, sur la troisième étagère, tu prendras la quatrième paire de chaussures à partir de la gauche et tu les achèteras ». À cette injonction votre réflexe serait de répondre quelque chose du genre : « Mais je ne suis pas venu ici pour acheter des chaussures mais pour remplacer une paire de jeans ! », à quoi votre smartphone rétorquerait : « Réfléchis à ceci, si tu n’achètes pas ces chaussures aujourd’hui alors que tu es là, tu reviendras les acheter ici le 23 octobre, soit dans trois semaines exactement ».

        On me demanda comment je réagirais à une situation comme celle-là, à quoi je répondis comme je le ferais encore aujourd’hui : « Certaines personnes seront terrifiées à cette perspective, convaincues que leur volonté leur a été dérobée, tandis que d’autres diront que rien de plus beau ne leur est jamais arrivé ! ».

        Pourquoi rien de plus beau ne pourrait-il leur arriver ? Parce qu’elles seraient délivrées du souci de devoir se souvenir de faire quelque chose plus tard, de cette préoccupation dont Jacob Taubes parle comme d’un « tourment » dû au délai entre le « ne pas oublier le rendez-vous jeudi chez le dentiste », et la venue du jeudi qui n’est pas encore là et qui nous apportera la délivrance une fois la tâche accomplie : « le temps signifie Délai […] le temps ne permet aucune insouciance, mais il est tourment (Bedrängnis), le temps presse » (Jacob Taubes, « Le temps presse ». Du culte à la culture, Paris : Le Seuil, 2009 : 509).

        Si j’ai rapporté cette anecdote, c’est pour mettre en évidence que l’irruption du Big Data modifie dramatiquement le rôle du Surmoi, en suggérant qu’il pourrait même éventuellement le faire disparaître en le remplaçant entièrement. En prenant nos décisions à notre place, le Big Data présenterait l’avantage sur le Surmoi de nous débarrasser entièrement du « souci » lié à nos préoccupations quotidiennes, du fait qu’elle le gérerait à notre place, et nous empêcherait par ailleurs par l’hyper-surveillance de faillir à nos devoirs ou de contrevenir aux règles assurant l’harmonie du corps social.

        La transition pourrait avoir lieu de manière indolore grâce au mécanisme suivant :

        1) L’hyper-surveillance que permet le Big Data nous dispense du rôle du Surmoi d’être le vecteur du social intériorisé : la répression de notre comportement déviant grâce à l’hyper-surveillance prend la place qui était celle de notre inhibition devant lui.

        2) Le Big Data nous délivre du rôle du Surmoi d’être le gestionnaire du répertoire dynamique des soucis à résoudre en anticipant les décisions que nous prendrions de toute manière.

        3) Le Surmoi en tant qu’il immunise par l’indifférence contre le caractère arbitraire des injonctions qui nous sont faites nous permet de tolérer la répression par l’hyper-surveillance ainsi que le fait que le Big Data prenne désormais toutes nos décisions à notre place et gère notre calendrier de choses à faire.

        Qu’en penser ? Le Big Data nous rendra ainsi pareils aux insectes sociaux comme les fourmis ou les termites, une pensée qui pourrait nous terrifier. Mais, réfléchissons-y aussi, n’est-ce pas notre seule voie réaliste de salut ?

      1. Cette phrase est très claire. il dit en fait que la subjectivité est devenue le terrain idéal pour le capitalisme pour imposer tout et n’importe quoi à l’individu. Avant, on brimait, maintenant, l’individu peut désir tout ce qu’il veut. Une liberté subjective illimitée. Ce pourquoi la théorie du genre et autres fadaises peuvent s’imposer. Bref, se croire autre que ce que l’on est. Le donné, la réalité sont balayés. C’est le règne absolu du ressenti, du performatif, de la virtualité, du narcissisme (le selfie). Ce qui amènera au transhumanisme. Il avait une phrase redoutable : « La transsexualité : ce qui était une hallucination psychotique est devenu un des droits de l’homme. Ne serait-ce pas plutôt les droits de l’homme qui sont devenus une hallucination psychotique ? « 

      2. Yannick 11 juillet 2018 à 18 h 39 min 13 juillet 2018 à 14 h 21 min

        Je vous présente mes excuses d’avoir confondu 2 auteurs qui n’ont rien à voir, Ricoeur, le Maître de Macron, et Baudrillard, je n’ai lu ni l’un ni l’autre, (c’est vous dire ma distance) car ils étaient et l’un et l’autre plutôt mal vu par ceux que le lisais et écoutais au sens auditif mais pas seulement. La seconde main n’est pas forcément la meilleure source pour juger, mais quand dans un article de Libé d’une philosophe que je viens de trouver je lis que « Baudrillard a fait ses classes en démontant les grandes machines conceptuelles – Marx et Freud, Saussure et Marcel Mauss – et les prenant à rebours. » ça ne vous surprendra pas qu’après avoir beaucoup biberonné aux 3 premiers, je puisse résister au sevrage…

        Je vous accorde donc vous avoir mal lu, emporté par votre référence au « totalitarisme », c’est un terme que j’évite.

        La subjectivité est bien entendu en partie fabriquée par le système économique et idéologique en vigueur, mais pas seulement, loin de là. Quand dans The Circle, le boss décrit son staff comme une famille, il y a lieu d’apparenter si j’ose dire, le fonctionnement tyrannique de l’entreprise, à celle tyrannique de la famille. Ça commence très tôt, bien malin celui qui tranchera de savoir qui du nourrisson ou de ses parents tyrannise l’autre. Mais pas de démocratie dans l’affaire avant un certain temps. Par contre il est sensible que les bambins de nos jours, dès qu’ils balbutient quelques phrases intelligibles, usent et abusent d’une revendication « j’ai le droit » certainement pas courante par les mêmes, il y a un demi-siècle encore. Ça témoigne de l’ambiance…et j’imagine mal la possibilité contractuelle et démocratique d’un fonctionnement familial…

        Pour vous commenter : « maintenant, l’individu peut désir tout ce qu’il veut. Une liberté subjective illimitée ». La question reste : d’où lui vient ce qu’il veut ? Oui ça semble une liberté illimitée, mais à y regarder de plus près, les limites existent et de plus cette liberté est vaine.

        « la théorie du genre et autres fadaises peuvent s’imposer. Bref, se croire autre que ce que l’on est. Le donné, la réalité sont balayés ». Quelques auteurs des gays and lesbians studies disent des choses différentes même si leur approche les a épinglés d’une théorie du genre. Bien sûr qu’ils s’attachent tous à déconstruire ce que vous appelez « le donné, la réalité » pour montrer qu’il s’agit d’une fabrique. Qualifier ça de fadaises, est court…

        L’approche que Jorion vous transmet pose la contrainte du surmoi mais passe sous silence le poids de l’idéal du moi dans les affaires d’identification en jeu. Ces notions sont complexes, pointues et flottantes, ont fait couler beaucoup d’encre, mais après tout, l’affaire traitée n’est-elle pas réductible à la façon d’entendre une voix ? ce qui ouvre bien sûr sur un abîme…

        Voici par paresse, quelques repères glanés chez Lacan, qui ne me paraissent pas hors « sujet », pour peupler l’abîme :

        …[Le Surmoi est à la fois la loi et sa destruction, sa négation]…

        …[à l’intérieur d’une certaine structure, de ce que l’on appelle Idéal du moi, lequel se trouve être désormais une partie du sujet lui-même, tout en conservant pourtant une certaine relation avec un objet extérieur. Les deux choses y sont, et nous touchons ici du doigt que, comme l’analyse nous l’apprend, intrasubjectivité et inter-subjectivité ne peuvent être séparées. Quelles que soient les modifications qui interviennent dans son entourage et son milieu, ce qui est acquis comme Idéal du moi est bien dans le sujet comme la patrie que l’exilé emporterait à la semelle de ses souliers – son Idéal du moi lui appartient bien, il est pour lui quelque chose d’acquis. Ce n’est pas un objet, c’est quelque chose qui, dans le sujet, est en plus.]…

        …[L’idéal du Moi commande un certain jeu de relations d’où dépend toute la relation à autrui ; et de cette relation à autrui dépend le caractère plus ou moins satisfaisant de la structuration imaginaire.]…

        …[Le cœur, le centre du désir éthique, c’est le problème de cette mesure incommensurable, de ce renversement qui met en place, au centre, le départ de quelque chose qui se pose comme une mesure infinie et qui s’appelle le désir. Je vous ai montré combien, aisément, au « Tu dois » de Kant se substitue le fantasme sadien de la jouissance érigée en impératif, pur fantasme bien sûr, et presque dérisoire, mais qui n’exclut nullement la possibilité de l’érection ici d’une loi universelle. C’est bien la portée du commentaire sadien.]…

        …[une mise à jour de l’impératif kantien, au point où nous en sommes venus de notre science, pourrait s’exprimer ainsi: « N’agis jamais qu’en sorte que ton action puisse être – dirions-nous en employant le langage de l’électronique et de l’automation – programmée. » Ce qui, vous le sentez je pense, nous apporte un pas de plus dans le sens d’un détachement plus accentué, sinon le plus accentué, de tout rapport avec ce qu’on appelle un Souverain Bien. Car, entendez-le bien, ce que Kant nous ordonne, quand nous considérons la maxime qui règle notre action, ce qu’il nous donne expressément d’une façon articulée est ceci, de la considérer un instant comme la loi d’une nature où nous serions appelés à vivre. C’est ici que lui semble s’établir l’appareil, qu’il nous fera repousser avec horreur, de telle ou telle des maximes auxquelles nos penchants nous entraîneraient bien volontiers.]…

        …[ Mais la place que l’enfant tient dans la lignée selon la convention des structures de la parenté, le pré-nom parfois qui l’identifie déjà à son grand-père, les cadres de l’état civil et même ce qui y dénotera son sexe, voilà ce qui se soucie fort peu de ce qu’il est en lui-même : qu’il surgisse donc hermaphrodite, un peu pour voir ! Cela va, on le sait, bien plus loin, aussi loin que la loi couvre le langage, et la vérité la parole : déjà son existence est plaidée, innocente ou coupable, avant qu’il vienne au monde, et le fil ténu de sa vérité ne peut faire qu’il ne couse déjà un tissu de mensonge. C’est même pour cela qu’en gros il y aura erreur sur la personne, c’est-à-dire sur les mérites de ses parents, dans son Idéal du Moi ; tandis que dans le vieux procès de justification au tribunal de Dieu, le nouveau bonhomme reprendra un dossier d’avant ses grands-parents : sous la forme de leur Surmoi.]…

  4. J’ai pas tout compris. Il me semble qu’on est plutôt dans un film de type Brazil, ou dans une situation de type de celle de la Turquie depuis aujourd’hui. C’est à dire où la forme de répression est essentielle. Vous semblez n’évoquer qu’une pression sociale intense (tout se passe en réunion publique) et c’est une forme de pression si la soumission est acceptée, si la divergence publique est trop coûteuse (risque de perdre son emploi, etc.). Mais dans une société qui a une tradition de divergence critique, de formation de partis politiques en conflit, qui mettent sur la scène les conflits sociaux, dans une tradition de démocratie, ce type d’aboutissement est moins certain. La société n’a pas encore les règles de l’entreprise privée…, ni de l’autocratie.
    Dans la démocratie, on nomme démocratiquement les dirigeants, et on les renomme périodiquement. Ce sont eux qui décident. Au terme d’un débat entre les représentants. Les partis politiques et les médias diffusent ce débat vers les opinions publiques, qui y participent, mais sans effet sur la décision. Les passages à la démocratie directe (référendum) sont limités à certaines questions et supposent également un débat. L’idée de connaître l’état de l’opinion à tout moment (soit un sondage) est un leurre, car la formation de l’opinion est négligée.
    Imaginer les GAFA capables de manipuler l’opinion démocratique est un type de scénario, mais pas le plus crédible. Les imaginer coopérer avec un autocrate en est un autre, assez crédible. Mais un autocrate, cela se renverse. Et pas par quelques individus à la marge.

  5. Bonjour, je ne connaissais pas votre blog (très bon en passant).

    Je ne connaissais pas le film « The Circle », mais ensuite cela a cliqué: c’est « Le Cercle »!
    Je suis Québécois, et au Québec, le film porte le nom « Le Cercle ». Ce n’est pas une grande différence, mais c’était assez pour me confondre un moment.
    J’avais commencé à regarder le film il y a un moment (Blu-ray usagé), mais je ne l’ai toujours pas terminé. L’histoire est trop prévisible, mais c’est amusant de voir Tom Hanks jouer un contre-emploi.

    1. Comment ça  » très bon en passant » ?

      Faut pas bambouner !

      PS : Pour les primo-arrivants la donation est fixée à 50€ sauf si vous êtes cassé .

  6. N’ayant pas vu le film, je suis dans l’incapacité d’en parler, même si des petits cailloux sont jetés par ci par là pour indiquer un chemin. De plus la provenance estampillée Rosebud invite à la prudence.
    Le succès d’un film sur le long cours peut se comprendre après coup lorsque tout est sur la table mais prévoir… non. Rarissime.
    Et c’est à propos de cette évocation du succès ou non succès que remontent les images d’une réussite que fut le film « Vol au dessus d’un nid de coucou » et cette histoire de « privation » d’être, de penser jusqu’à la lobotomisation physique… mais, comme on dit alors, la suite se passe de commentaire si ce n’est que c’était un peu avant et plus à l’Est.
    Oui. Reste à voir le film.

    1. « la provenance estampillée Rosebud invite à la prudence ».

      Oui brave gens soyez prudent avec ce qu’on vous donne à voir et à entendre…

      Et comme je le disais plus haut n’oubliez pas de remercier Hervey, « votre ami qui vous veut du bien ».

  7. au fil de l’eau :

    – Quid de la Propriété dans ce triptyque , cette Propriété qui est la clé de voute du Libéralisme philosophique , et participe du traitement du rapport entre le je et le nous ?

    – pas bien tout compris , à travers ce digest , la place faite à la sexualité que d’autres associent plutôt à la technologie pour structurer l’ordre marchand .

    – Confronter ce triptyque aux grands courants philosophiques pour voir comment ils y répondaient ou répondent . Mais ça fait un sacré boulot pour un ingénieur retraité , avant que de tout faire suinter du Libéralisme , de la nouvelle philosophie , de la modernité , de l’anarchisme , du structuralisme , du marxisme , de la phénoménologie , du thomisme , du nihilisme , du freudisme , de l’existentialisme , du spiritualisme , du personnalisme . Et peut être arriver au port avec l’humanisme . qui n’est pas en propre , une philosophie .

    Vaguement l’idée , malgré tout , que c’est le Libéralisme philosophique qui était jusqu’à ce jour le plus « efficace » pour camoufler les contradictions humaines et que , comme ça coince malgré tout , on en vient enfin à remettre sur l’ouvrage .

    à suivre .

      1. Votre écho ne tient debout que si vous considérez que les associations à but non lucratif nourrissent l’église et l’état . C’est ce qu’il faut comprendre ?

  8. Euh, d’un point de vue un peu « systémique », disons, je ne vois pas beaucoup de cas de figure où la communalisation de l’information, qui serait donc « partagée par tous », laisserait le système stable sur le moyen terme. J’ai du mal à croire que les antagonismes si présents chez dame biologie puissent ne plus émerger du tout sur le « sommet cognitif » (illusoire certes) qu’est l’humaine société.
    Une société « purement tournée vers un bien déclaré » serait victime de « fake news » assez rapidement, comme une monoculture céréalière ou autre est souvent victime du premier parasite venu (ou du second , le céréalier a peut-être testé le premier quand même). Les arcs de consolidation de la société sont aussi des arcs de capacité de conviction. Si cette conviction est machinisée, l’adhésion n’est plus, l’amplification des fluctuations devient possible au gré des vents, autre façon de dire que des dérives fortes et imprévisibles émergent (ou alors on a lobotomie complète).
    Tom Hanks, acteur qui hybride très bien la conviction et le doute (c’est aussi, je note en passant, un ressort du cinéma fellinien : pas de personnage (masculin ou féminin) tranché « bon » ou « mauvais », des ambiguïtés qui s’empilent à souhait, des humains en somme.

    1. C’est quoi , en la matière , le court , moyen et long terme ?

      Sur la stabilité , je me suis avancé :

       » le corps , le Sens , les codes en équilibre instable dans le temps . »

      Nous avons en commun d’avoir à mesurer le temps .

      Je remarque au passage que la démocratie vraie est la seule qui ne cherche pas à le figer « au plus long pour le pouvoir en place » .

    2. « la communalisation de l’information, qui serait donc « partagée par tous », laisserait le système stable sur le moyen terme ».
      Est-ce que la publicité est une communalisation de l’information qui laisse le système stable ?

      « Une société « purement tournée vers un bien déclaré » serait victime de « fake news » assez rapidement »

      Existe-t-il une société, une collectivité, sans idéologie enseignée de ce qui serait son « bien » ?
      « fake news » ? , le chatoiement sémantique de ce terme venu d’un monde étrange m’embarrasse suffisamment pour me rendre indécidable comment l’entendre dans le contexte où vous l’utilisez.
      Si l’information sur le sport ou le jardinage ne pose pas trop de problème d’objectivité, je suis partisan que dans d’autres domaines plus sensibles, la fabrique des faits est tout autant d’opinion que sa lecture.

  9. à Rosebud1871
    14 JUILLET 2018 À 15 H 42 MIN

    Dont acte.
    Je préfère juger ce que disent les auteurs dans le texte plutôt que d’en passer par des secondes mains.
    Baudrillard est totalement d’accord avec Marx sur l’analyse. Mais la situation a bougé depuis notamment par la virtualité et le comblement virtuel bien sûr de tous les désirs. Comme il le dit dans cette conférence stupéfiante qui commence en français vers 8’40. Je ne saurai mieux dire.

    https://www.youtube.com/watch?v=QZYKKGqm9SY

    Il reste des limites mais je parlais de cette délirante liberté de révoquer le donné ou le concret. Ce sont des fadaises où l’on peut se croire femme si on est un homme par le simple performatif. Je le dis, donc je suis. Ce n’est pas dur : je peux me croire du genre des moines-vampires aussi. Ce qui ne peut mener qu’au transhumanisme par desymbolisation progressive.

  10. https://comptoir.org/2017/09/15/the-circle-la-dictature-totalitaire-au-nom-de-la-transparence-absolue/

    Un proche me signale ce lien, basé sur le roman qui a inspiré le film, je note une grande parenté entre la lecture de l’auteur et ce qui m’avait interpellé dans ce film. L’article se termine par cet avertissement :

    « Aujourd’hui, nous ne sommes plus qu’à quelques “innovations” près, et on prie intensément pour que les Gafa américains ne s’inspirent par de l’œuvre de Dave Eggers. »

    Pas sûr que prier suffise…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.