Gilets jaunes et écologistes : mêmes combats ? par Cédric Chevalier

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Ce vendredi 30 novembre, lors d’une manifestation des « gilets jaunes » dans le centre de Bruxelles, certains individus ont fait dégénérer la situation : jets de projectiles, voitures de police renversées et incendiées, des dizaines d’arrestations, etc.

Ce jour-là, le journaliste français Rémy Buisine du média en ligne « Brut » interrogeait en direct certains « gilets jaunes » au sein d’un groupe de plusieurs d’entre eux, encerclés par la police anti-émeute.

Alors que ces « gilets jaunes » répondaient à ses questions, j’avoue avoir été surpris par la qualité et la pertinence de leur propos. Incroyable ? Oui plutôt rendez-vous compte ! Ils formaient des phrases construites d’un sujet, d’un verbe et d’un complément, le tout dans un discours argumenté et sensé. En les entendant, je me demandai s’il ne s’agissait pas d’un « sous-échantillon non représentatif des gilets jaunes dans leur ensemble ». Mais après avoir entendu 5 d’entre eux, de tous genres et professions, la persistance d’un discours politique articulé créa une certaine dissonance cognitive dans mon esprit, avec l’image lancée d’une « jacquerie », c’est-à-dire d’une révolte paysanne qu’on imagine le fait d’individus peu réfléchis. Difficile statistiquement de tomber sur une série aussi longue « d’anomalies » dans un échantillon apparemment aléatoire. Devant cette dissonance cognitive, je tentai de me rassurer : il s’agit sans doute d’un groupe de « casseurs bien briefés pour dire ce qu’il faut aux médias, doux devant les journalistes, violents devant les policiers », ou de « militants d’un parti d’extrême gauche » ou « d’Insoumis », infiltrés parmi de « vrais gilets jaunes », ayant bien étudié leur argumentaire… et donc dans tous les cas ce discours politique articulé ne pouvait pas être représentatif du « gilet jaune moyen »… Non-non…

Mais la dissonance revenait à la charge : pourrait-il s’agir en fait de simples citoyens, pas particulièrement militants ou partisans, qui viennent avec des exigences légitimes, après avoir réalisé une analyse, peut-être pas académique, mais en tout cas sensée de leur situation ? De simples citoyens qui exigeraient la justice face, par exemple, à l’inégalité effarante de la distribution des richesses dans le monde et en Europe, étouffés par, par exemple, un sentiment de misère sociale, et étranglés sous la pression, par exemple, d’un implacable modèle sociétal consumériste qui les exclut ?

En tout cas je n’entendis pas des gens qui, par « déficience mentale ou culturelle », manifesteraient « parce qu’ils n’auraient pas compris la situation » et envers qui il faudrait « faire preuve de pédagogie ». Peut-être ceux-là existent-ils et refusent-ils de répondre aux interviews, honteux qu’ils sont de leur incapacité à exprimer leur pensée ? Avec un biais de représentation dans les médias à la clef, en faveur de gilets jaunes « plus malins que les autres » ? A nouveau, une vaine tentative de réduire la dissonance cognitive…

Je pensais cela jusqu’à ce qu’apparemment, en direct, un gars violent arrache la caméra du journaliste le prenne de force par le bras et l’emmène plus loin malgré ses protestations. Le direct s’arrêta là. J’espérais que le journaliste ne fut pas blessé.

Je me demandai si son agresseur était un manifestant ou même un policier en civil (théorie du complot, quand tu nous tiens), ou était-ce un casseur habitué à taper sur des journalistes ?
Ma dissonance se réduisait… Ha je le savais, ces gens sont agressifs, violents, le journaliste a eu de la chance jusqu’ici dans ses interviews !

Et le fil « bourgeois » de ma pensée me disait : voici tout le drame des gilets jaunes peut-être : être infiltrés par des casseurs et/ou ne pas réussir à exprimer leurs revendications d’une manière non-violente, disciplinée, tout en échouant à faire de la presse leur allié… Attaquer les journalistes, quelle erreur ! Ne sont-ce pas leurs photos et leurs reportages qui ont fait cesser la guerre du Vietnam, qui comme toutes les guerres, tue davantage de pauvres que de riches ?

Jusqu’à ce que la presse révèle que le journaliste avait été en fait arrêté par la police anti-émeute. Sans raison apparente.

rtbf : Un journaliste français arrêté en plein direct sur les gilets jaunes à Bruxelles, puis relâché sur ordre du bourgmestre

rtl : La police arrête un journaliste qui couvre l’action des gilets jaunes en direct à Bruxelles: « Attendez! Laissez-moi! »

Ces derniers temps, la police a semble-t-il les nerfs à vif avec la presse. Et parfois la main lourde ? Il semble que le bourgmestre de la Ville ait finalement ordonné à la police de relâcher ce journaliste. L’Association des journalistes professionnels a quant à elle estimé « qu’il s’agissait d’une arrestation inadmissible ! ».

Je crains que ce genre de phénomène ne favorise pas l’appropriation du mouvement des gilets jaunes dans la Polis, si je puis dire, c’est-à-dire dans la Cité, dans l’espace politique !
Je poursuivis mes réflexions… Combien nous pouvons être trompés par les images, nos a priori et notre point de vue culturel… Et je tentai d’élargir la question des gilets jaunes à la question des luttes sociales historiques, à la question du climat, de l’environnement…

Ces manifestants auraient-ils besoin d’un nouveau « Martin Luther King », c’est-à-dire d’intellectuels et de militants de gauche, éventuellement issus du peuple -mais on sait que ce n’est pas indispensable pour être sensible à l’injustice-, qui puissent traduire leur cri dans un code adéquat, assourdissant pour les institutions et les pouvoirs en place ? Un relais intellectuel, médiatique et politique, qui puisse en appeler à la common decency de la classe moyenne à haut capital culturel et de la classe supérieure « aristocratique selon les anciens Grecs » (c’est-à-dire blasée par la richesse et en recherche d’un idéal de vie élevé, de justice, de vérité et de bien, oui ça existe), pour se les allier ?

Sinon quoi ? La classe supérieure « ploutocratique » continuera à les considérer comme des esclaves et idiots utiles (« il faut bien produire les biens et les services de luxe, tant que tout n’est pas automatisé »).

Enfin, quelle est la distinction entre la misère et la pauvreté dans cette affaire ? Alors que nous, les habitants des pays européens sommes pour la grosse majorité parmi les personnes matériellement les plus riches du monde, et que l’empreinte environnementale individuelle de la plupart d’entre nous est insoutenable pour la planète.

Quelle énorme différence entre ceux qui ont fait en quelque sorte « voeu de pauvreté », par choix, comme les moines et plus récemment les décroissants (dans une sobriété heureuse à la Henry David Thoreau), riches de leur capital culturel et social immenses et qui accèdent à une empreinte environnementale soutenable, d’une part, et les déclassés, les ignorés, les oubliés de l’hyperconsommation, aliénés par le matraquage publicitaire qui leur donne à voir un mode de vie qui leur reste désespérément fermé, mode de vie qui saccage la biosphère, d’autre part !

Savent-ils que la sobriété peut être heureuse ? Cela semble indécent de leur dire en ce moment tant les autres, la classe moyenne comprise, se goinfrent de richesses… Le rejet du matérialisme m’apparaît pourtant comme un ingrédient indispensable d’une Humanité ayant dépassé la menace de l’effondrement. Quid si en fait, le niveau de vie matériel moyen dans nos pays devait rejoindre celui de certains de ces manifestants ?

Faut-il distinguer une société néolibérale et individualiste qui fait peser trop sur les épaules des citoyens jusqu’à ce qu’ils craquent, et une société où l’on aurait davantage de communs, de services publics d’éducation, de formation, de santé, de sécurité, d’alimentation, de logement et de mobilité ? Davantage de solidarité ?

Là peut-être nous pourrions combiner en les choisissant : « pauvreté » matérielle individuelle et richesse matérielle sociale, dans la solidarité de la communauté, les infrastructures, et les services publics. Cela me semble la seule piste pour à la fois éteindre cette frustration, ce sentiment de misère, et ne pas exploser l’empreinte environnementale de nos sociétés.
Plutôt que d’être frustrés de ne pas avoir une piscine, une « villa 4 façades » et un SUV, être heureux d’avoir une belle piscine communale, une belle maison en rangée avec un potager partagé et un transport en commun confortable et efficace ?

Plutôt que de ne pas savoir se payer des soins de santé basiques, avoir des maisons médicales et encourager la médecine préventive publique ?

Etc. Soit augmenter le bien-être et la convivialité tout en réduisant l’empreinte environnementale sociétale, cela semble possible mais cela demande de sortir de l’individualisme et de retrouver le sens des communs.

Il y aurait donc une alliance objective à trouver entre une classe moyenne, à moyenne supérieure, très dotée en capital culturel, et désireuse de sortir du matérialisme, et une classe populaire aliénée par ce même matérialisme, et pauvre en capital culturel, pour former un mouvement sociétal qui mêle justice environnementale et justice sociale, tout en reconnaissant la primauté des limites de la biosphère, contraintes à la sphère sociale et économique, en poursuivant un nouveau mode de vie sobre matériellement et riche socialement, dans des pouvoirs publics faits de communs conviviaux et solidaires ?

Entre par exemple des écologistes et des socialistes très préoccupés de justice sociale et d’équité internationale mais matériellement confortables, et des citoyens vivant dans une précarité matérielle certes relative mais douloureuse, happés par les extrêmes politiques parce qu’ils aspirent à plus de solidarité au sein de la société ?

Chacune dans les deux sens peut fournir les pensées, les voix et les bras qui manquent à l’autre, pour former une majorité politique et changer la société !

Entre les tentations des deux extrêmes droites et gauches, entre le tout au marché ou le tout à l’Etat, il y existe selon moi aussi une 3e voie, celle de l’autonomie, de l’émancipation, de la communauté, de la solidarité locale, de la subsidiarité, de l’esprit d’initiative, de la richesse culturelle et de la sobriété matérielle, propre à l’écologie politique. Cette écologie politique pourrait explorer davantage les possibilités de plus d’Etat, pour que cet Etat fournisse en respect de la subsidiarité les ressources nécessaires à une transition sociétale juste, tandis que les tenants de l’écosocialisme pourraient explorer davantage les possibilités de moins d’Etat, les possibilités de l’autonomie, en reconnaissant l’importance de l’émancipation des individus, l’importance des communs, de la communauté et de l’esprit d’initiative. Dans cette synthèse se trouverait peut-être les germes d’une 3e voie pour le XXIe siècle ?

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16 réflexions sur « Gilets jaunes et écologistes : mêmes combats ? par Cédric Chevalier »

  1. Les revendications publiées aujourd’hui dans un journal parisien (extrait):

    « Nous entendons que les propositions des Gilets jaunes sont mal comprises, certains disent « incohérentes ». Nous voulons donc préciser nos revendications. Nous demandons l’ouverture d’états généraux de la fiscalité ; d’une conférence sociale nationale ; d’assises « territoires et mobilité » qui prendront la forme de débats régionaux ; l’organisation de référendums réguliers sur les grandes orientations sociales et sociétales du pays ; l’adoption du scrutin proportionnel pour les élections législatives, afin que la population soit mieux représentée au Parlement. »

    https://www.lejdd.fr/Politique/exclusif-des-gilets-jaunes-lancent-un-appel-nous-voulons-etre-les-porte-parole-dune-colere-constructive-3811841

  2. Merci Cédric
    ton papier met bien en lumière les limites concrètes du combat politique aujourd’hui, à gauche et pour l’écologie.
    D’un coté il y a ceux qui occupent les positions sociales les plus élevées dans la société sont objectivement les apôtres de la Croissance de même qu’ils sont les premiers responsables des destructions des milieux sociaux et écologiques quand bien même ils tiennent maintenant le discours du « développement durable » qui cache mal une politique des « petits pas » qui sont en réalité autant de grands pas vers l’abîme. De l’autre coté, il y a ceux qui d’une part n’ont pas accès à tous les attraits de la croissance, et en ce cas il suffit parfois d’un rien pour se sentir lésé, de même qu’ils se trouvent souvent entravés dans leur vie quotidienne par ce que les déplacements deviennent très compliqués dans un environnement où l’Etat social est en retrait laissant à la concurrence capitaliste le soin d’aménager le territoire. Bien entendu la seconde catégorie, la plus nombreuse, contribue aussi à la destruction de l’environnement, parce qu’elle consomme à bas prix des produits de base fabriqués souvent très loin, concurrence capitaliste oblige encore.

    Alors comment concilier ces deux mondes ? Comment concilier écologie et justice sociale ? Ou plutôt quels mots faut-il dire pour trouver un terrain commun entre des catégories qui vivent des choses différentes ?
    Tout d’abord, il me semble qu’il ne faut pas sous-estimer la compréhension que peut avoir la deuxième catégorie (pour simplifier) de la situation globale du monde. Le problème n’est pas là, l’information on la trouve dans des émissions qui passent maintenant à des heures de grande écoute, l’émission d’Elise Lucet, ou plus récemment Hulot dans l’émission politique, qui posait clairement l’enjeu écologique et social. Le problème c’est que les gens, par définition sont préoccupés par les choses qui les taraudent, provoquent de la souffrance, y compris provoquées par l’envie d’avoir ce que les autres possèdent et qu’eux n’ont pas, il faut donc s’adresser à ces personnes en tentant compte de leur situation réelle. Evoquer certes les enjeux vitaux mais toujours au diapason de la vie quotidienne. Cela me semble le B A BA. Puisse un mouvement naissant comme Place Publique faire ce travail. Si ce travail n’est pas fait, il court au devant de graves désillusions. A minima PP doit nommer les Gilets Jaunes, en distinguant bien entendu les pacifiques des violents, cela va de soi. Le mouvement des GJ est un combat pour plus d’égalité sous ses abords réactifs, y compris avec sa dose de ressentiment. Or l’égalité c’est le socle de la démocratie. Il n’y aura pas d’écologie qui vaille sans égalité.

    1. Le socle de la République :

      Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant .

      Et une Constitution qui fonde le peuple .

      Qui , dans le meilleur des cas prend en compte
      – l’empathie , la communication et le relationnel y compris à notre environnement terrestre ,
      – la créativité et l’initiative ,
      – l’organisation des temps et de l’espace , la Loi ,
      – l’expression des paris possibles et des pouvoirs pour ce faire .

      Ça n’est le cas d’aucune constitution que je connaisse . La notre , déjà plombée par la propriété sacrée ,n’a que le poids du peuple français , soit pas grand chose .

      L’écologie est forcément politique ( sa meilleure chance étant la démocratie ) , et pour moi , de fait , et toujours en me référant à l’étymologie comme seriné depuis 20 ans , l’économie » c’est ( devrait être ) ÇA .

  3. Si vous voulez connaître le statut social de quelqu’un, demandez lui dans quel quartier il habite.
    Si vous voulez connaître la valeur d’une habitation, sachez que sa situation est déterminante dans l’évaluation. Un exemple: regardez quels quartiers sont traversés par les lignes de HT aériennes. Tout ceci relève de l’urbanisme et souvent de l’intérêt des promoteurs immobiliers. Les quartiers sont socialement très homogènes ( l’entre-soi) et les lieux réels de rencontres des différentes classes sociales très rares. Les écoles aussi sont impactées par leur situation. Il existe de nombreux autres exemples de la ségrégation urbanistique dont les effets sont sous-estimés.
    A changer, donc.

  4. Évidemment, ce sont les mêmes combats. A mener contre les barbares et les prédateurs. Contre les barbares qui n’ont de cesse de détruire toutes les constructions sociales et les prédateurs qui font de l’argent de tout ce qui existe et pour cela méprisent et enchaînent l’humanité. Le capitalisme ne dit rien à celles et ceux qui ne comprennent pas qu’il est une construction humaine.
    Un exemple? Dans mon enfance, nous achetions chez l’épicier ce que mes parents ne produisaient pas dans notre potager. On y trouvait des productions locales et de saison et l’épicier qui jouait le rôle d’intermédiaire entre tous les acteurs gagnait modestement sa vie.
    Depuis une cinquantaine d’années, ont pris part au circuit les prédateurs dont le rôle consiste pour l’essentiel à prélever de l’argent sans fournir une véritable valeur. Ils ont participé au pillage et à la dégradation des sols, des eaux et de l’air; ils ont favorisé la multiplication des transports prenant ainsi beaucoup de terres agricoles dévolues en principe à la production alimentaire ; ils sont les causes de la désertion des centres villes, de l’artificialisation des sols des zones commerciales ; ils se livrent à l’optimisation fiscale et se débrouillent toujours pour obtenir des passe-droits et des exonérations, etc, etc… Ils sont coupables de l’essentiel du saccage de nos vies. Et leurs contributions à notre société sont nulles. Barbares et prédateurs, vous dis-je.

  5. « ils se livrent à l’optimisation fiscale et se débrouillent toujours pour obtenir des passe-droits et des exonérations, etc, etc… Ils sont coupables de l’essentiel du saccage de nos vies. Et leurs contributions à notre société sont nulles. Barbares et prédateurs, vous dis-je. »

    Mark Zuckerberg Has Lost Control of Facebook
    Nov 29, 2018 GUY VERHOFSTADT

    « There can be little doubt that monopoly control over millions of people’s personal data and the flow of news and information online poses a clear and present threat to democracy. And Facebook’s management has shown time and again that it cannot be trusted to behave responsibly. »
    https://www.project-syndicate.org/commentary/mark-zuckerberg-has-lost-control-of-facebook-by-guy-verhofstadt-2018-11

  6. J’appréciais le début d’article, mais pas la fin qui repose sur un espoir de dépassements de clivages. Clivage qui est amplifié dans le commentaire de P-Y Dambrinne, le décrivant en question de classe. Il s’agit ^pour moi d’une révolte contre l’austérité (commentaire sous l’article de Timitoa). Et le prix du fuel a fait déborder le vase. Mais bien d’autres mensonges « c’est pour votre bien » sont démasqués par les gens, qui sont pourtant ébranlés par le changement climatique aussi. Cela ressort de deux réunions publiques sur le capteur/mouchard « Linky  » dans ma région ce W.E. : ce sont des machines à faire du fric que l’Etat nous vend avec un discours mensonger.
    Il en va de même de la violence : tous les médias depuis qu’ils existent se focalisent sur les « incidents » : une manif sans incidents ne fait pas peur et est oubliée, une manif violente est sans valeur car dénaturée : seules les manifs encadrées et symboliques n’empêchent pas les puissants et possédants de dormir. Les médias percolent donc l’idéologie du pouvoir par son récit des événements. D’où votre dissonance cognitive bien expliquée et mise en scène. Ces gilets jaunes, c’est nous aussi, autant que quelques pionniers à la Thorau et beaucoup de gens qui font des pas (des gestes) en ce sens. Mais les médias ne font pas de travail explicatif ni de MESURE des nouvaux comportements (seulement des présentations anecdotiques). Et les gilets jaunes ne doivent pas d’abord donner des gages aux écologistes avant de parler, ils ne sont pas butés, le clivage ne tient pas.

    1. Chabien,
      Les « puissants et possédants » n’est-ce pas une classe ?
      Il ne s’agit pas pour moi d’amplifier les clivages mais de nommer les choses. Car on ne peut modifier un système que si l’on tient compte de tous ses éléments, or il me semble que la solidarité de classe entre en ligne de compte.
      Si vous m’aviez bien lu, j’ai écrit que ceux qui se révoltent,ici les GJ, ont « conscience de la situation globale du monde » tel qu’il est. Ils savent donc comment le monde fonctionne, mais ce monde leur est insupportable, je dis ils, mais je peux aussi bien dire je, pour trouver que le monde est insupportable peut être pas personnellement pour les mêmes raisons que celles avancées par les GJ, mais sans doute pour des causes systémiques identiques qui produisent des effets différenciés selon les lieux et les situations sociales.
      La remarque a déjà été faite par d’autres, le fait est que la conscience de classe est plus forte dans les catégories très aisées.
      Ceci dit j’approuve votre analyse selon laquelle laquelle les revendications s’expriment surtout en termes de pouvoir d’achat diminué, de remise en cause d’un Etat injuste, j’ai même lu sur une pancarte de l' »Etat mafia. »
      Cette colère ne s’adresse donc pas directement à une classe, vous avez raison. Mais, j’y reviens, cela ne doit pas empêcher de faire une analyse plus sociologique, pas qu’en face, il y a bien une solidarité de classe, la même qui condamne le casseur dans les termes les plus durs, et détourne le regard quand il s’agit de criminalité en col blanc, ce qui ne va pas s’arranger d’ailleurs avec la loi sur le secret des affaires.
      Je suis donc d’accord pour dire que toute personne révoltée par une situation inique peut se revendiquer GJ, d’autant plus que le mouvement n’est pas structuré, ce qui permet que de nouvelles catégories s’y agrègent.
      C’est la force du mouvement et en même temps sa limite. Les GJ lorsqu’il s’agit de présenter des revendications au gouvernement, hésitent entre négociation et retrait de peur d’être manipulé et de n’obtenir que trop peu ou rien. La balle est donc dans le camp du gouvernement et des corps intermédiaires, ils doivent anticiper une aggravation de la crise et non pas réagir seulement à chaud pour gagner du temps.
      Je termine en disant que l’appartenance à une classe, y compris dans la classe supérieure, n’implique pas absolument que tous ses membres sont voués à adhérer aveuglément aux mots d’ordre de ses dirigeants auto-proclamés. IL y a toujours des renégats, dans personnes qui échappent aux étiquettes qu’on veut bien leur coller et qui agissent pour des causes qui dépassent leurs intérêts immédiats. IL suffit juste pour cela d’être humain. Votre référence à Thoreau est excellente.

  7. Y aurait-il un problème sur le site aujourd’hui quant à répondre aux articles.
    J’essaie donc de reposter, veuillez m’excusez pour la forme qu’aura prise le texte sauvegardé ceci ne dépendant pas de ma volonté.

    Bonsoir,

    Effectivement, l’autre jour, après la
    manifestation à Bruxelles, j’avais honte des images
    montrées ; honte des gens qu’on y voyait, de la police
    qu’on y voyait, etc.
    Ceci fait partie d’être belge
    d’ailleurs, une certaine honte vis à vis du voisin
    Français (ou inversement aussi) ; mais tout ceci est une
    autre histoire.
    Bien, je répondais tout à l’heure à
    l’article de Roberto Boulant mais ce n’est jamais passé (ma
    réponse). Soit …

    J’y parlais de ce bouquin d’ Hannah
    Arendt, du Mensonge à la violence, disant que souvent tout
    est dans le titre.
    De fait, l’affaire de la caméra
    arrachée ne m’étonnerait pas tant ; on parle beaucoup du
    mépris ces derniers temps et maîtrisant parfaitement ce
    sentiment, je peux vous dire qu’il permet une mise à
    distance des autres ou de l’autre, efficace et assez facile.
    C’est vite fait mépriser c’est moins vite fait se
    demander pourquoi on le fait.
    Vous faites allusion à tout ceci dans
    votre article.
    Marguerite Duras en parlait en ces
    termes
    https://books.google.fr/books?id=v3Nu8ceV3EgC&pg=PA249&lpg=PA249&dq=On+jette+la+nourriture+d%E2%80%99une+ville+enti%C3%A8re.+On+enterre+la+nourriture+de+villes+enti%C3%A9res.+Une+ville+enti%C3%A8re+se+met+en+col%C3%A8re.+Des+villes+enti%C3%A8res+se+mettent+en+col%C3%A8re.&source=bl&ots=SRwhKBGJy7&sig=uYc-RjS8hOUDhAuCFpM2M–qkQY&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiz7YaZ2_neAhVOVBUIHVtWAAMQ6AEwAnoECAkQAQ#v=onepage&q=On%20jette%20la%20nourriture%20d%E2%80%99une%20ville%20enti%C3%A8re.%20On%20enterre%20la%20nourriture%20de%20villes%20enti%C3%A9res.%20Une%20ville%20enti%C3%A8re%20se%20met%20en%20col%C3%A8re.%20Des%20villes%20enti%C3%A8res%20se%20mettent%20en%20col%C3%A8re.&f=false

    J’ai vu des représentants de ce
    mouvement parler à l’ Elysée et je me rendais compte
    combien ils étaient sans capital « culturel » (contrairement
    à ceux-la que vous citez) .
    Je lisais Didier Eribon (Retour à
    Reims) ; issu des milieux populaires il s’en était enfui et
    y reviendrait seulement très longtemps après et se rendre
    compte de la différence de classes même des années
    plus tard. Rien ne change vraiment ou si peu ou si longtemps
    après.
    Maintenant je termine rapidement en
    disant ; quand je lis ce sera l’extrême droite ou comme au
    Brésil, etc, je me dis que c’est faire bien peu confiance
    aux gens que réduire leurs éventuels choix à ça. A des
    problèmes difficiles (crise de la complexité entre autres)
    il n’existe pas de solution simple. D’où l’importance d’une
    culture qui n’appartienne plus aux seules élites mais
    surtout que ce goût, de se cultiver (donc d’avoir un
    pouvoir audible, une reconnaissance) soit donné à ceux qui
    en aurait besoin sans plus être quitte à me répéter
    l’apanage d’un petit nombre.

  8. « c’est faire bien peu confiance aux gens que réduire leurs éventuels choix à ça ». Pourtant les brésiliens sont passés d’un coup du Parti des Travailleurs à Bolsonaro. Et les étasuniens de Obama à Trump. Emmanuel Todd parlait ce matin de « coup d’état » qui pourrait tenter Macron (on parle d’Etat d’urgence). Il y a aussi la manif du 2 juin 1968 (?) pour remettre De Gaulle en selle et siffler « la fin de la récré ». Sur les GJ, on sent les gens ambivalents : favorables mais inquiets. Et c’est sur cette peur que les médias et les dominants jouent.
    Le besoin d’une « culture politique » est flagrant. On reprochait à Castro ses discours interminables mais il se voulait éducateur politique. Melenchon vise la même posture (mais il manipule des clichés plus que des explications, selon moi, il ramène tout à lui). Les grands partis de la gauche d’antan faisaient de la « éducation populaire » (éducation permanente, en Belgique) mais elle s’est dépolitisée.

    1. Pour ce qui est de l’utilisation de la peur , les réseaux sociaux qui sont sensés être l’image de la démocratie directe aboutie , donnent actuellement la mesure de l’utilisation de la menace explicite de mort sur des militants GJ et leurs familles , pour leur interdire de s’exprimer librement quand ça n’est pas dans « la ligne » ( sans qu’on puisse savoir s’il y a une ligne autre que « ferme ta gueule » ).

      Il n’y a pas que les russes ou les américains pour savoir comment utiliser les nouveaux médias pour en faire des outils totalitaires là où ils pourraient prétendre à libérer la parole et la faire entendre .

  9. « Il n’y a pas que les russes ou les américains pour savoir comment utiliser les nouveaux médias pour en faire des outils totalitaires là où ils pourraient prétendre à libérer la parole et la faire entendre . »

    Exactement !

    Un Gj pacifique, ouvert au dialogue et courageux. jusqu’à quand ? :

    David Tann, l’un des porte-paroles des « Gilets jaunes », ira à Matignon malgré les menaces
    Publié le lundi 3 décembre 2018 à 14h10 par France Inter
    David Tann, « gilet jaune » de 42 ans, ira rencontrer Édouard Philippe mardi. Sur France Inter, il explique pourquoi il veut rencontrer le Premier ministre malgré les menaces qu’il a pu recevoir, comme d’autres porte-paroles, sur les réseaux sociaux.
    https://www.franceinter.fr/info/david-tann-l-un-des-porte-paroles-des-gilets-jaunes-ira-a-matignon-malgre-les-menaces

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