Piqûre de rappel : Le petit fouineur : parlers kurdes et bretons

Ouvert aux commentaires. Je n’avais eu aucune réponse à ce billet publié originellement le 31 mai 2014.

Repensant ce soir à mon billet Comment se font les grandes découvertes historiques, je me posais la question si l’étonnante ressemblance entre les danses traditionnelles kurdes et bretonnes, se retrouvait dans un rapprochement possible entre les parlers kurdes et bretons.

Wikipedia m’apprend qu’il existe trois « dialectes » kurdes, appelés « dialectes » parce que ce sont ceux qui se déclarent Kurdes aujourd’hui qui les parlent mais que s’il fallait en juger à partir des simples traits linguistiques, ces parlers sont à ce point différents qu’on parlerait plutôt de « langues » (ceci n’est pas dit dans l’article en français de Wikipedia mais dans celui en anglais).

La question que je me pose, vous l’avez deviné, c’est si l’un de ces dialectes / langues s’apparente aux quatre grands parlers bretons.

Si quelqu’un a une idée là-dessus, qu’il nous en dise un mot ici.

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43 réflexions sur « Piqûre de rappel : Le petit fouineur : parlers kurdes et bretons »

  1. C’est pas faux !

    Moi j’ai retrouvé l’origine du Folk US :

    Ca vient de là, la bourrée auvergnate :

    Bon l’accordéon donne une tonalité particulière différente du violon, mais les pas on y est ! Non ?

  2. mon beau-fils Gemal SOMMEZ est kurde -et de nationalité belge depuis 20 ans- nous parlons souvent d’accointances linguistiques entre kurde et langues indo-européennes>je crois me souvenir d’un lien entre kurde et finnois, kurde et basque mais pas entre celte et kurde> il serait intéressant de se mettre en lien autour de mots de base comme NAN -pain, SU -l’eau.

    1. @ Pierret Clement
      Encore un exemple d’une grande confusion dès que l’on parle des langues. Le finnois appartient à une famille dénommée finno-ougrienne (comprenant en Europe l’este et le hongrois). Le basque est un isolat sans parenté avec aucune langue européenne. Votre idée des mots de base est exactement celle qui permis de comparer les langues, telles que le latin et le sanscrit etc..

  3. Les Kurdes sont mentionnés dans un texte antérieur à notre ère qu’il m’est arrivé de voir, mais dont j’ai oublié le nom. Les Kurdes ont donc vécu au Moyen-Orient depuis plus de deux mille ans. Leurs langues appartiennent au groupe iranien, lui-même sous-groupe de l’Indo-iranien (l’avestique ancien, langue de Zarathustra, est très proche du védique du Rig-Véda). Il n’y a là aucun mystère pour les linguistes. Par contre, le groupe linguistique celtique est extrêmemement différent du Kurde. La ressemblance des danses kurdes et bretonnes est donc une coïncidence. Il est sans doute plus facile d’obtenir une telle coïncidence entre deux répertoires de danses qu’entre deux groupes de langues dont la complexité est sans commune mesure par rapport à celle des pas et figures de danse.

    1. Merci pour votre parfait commentaire Svadchii : en effet il n’y a aucun mystère pour les linguistes puisque la linguistique comparée a été créée au XIXe siècle. Les lois d’évolution phonologiques et la reconstitution des racines pour un super-groupe tel que l’indo-européen sont parfaitement connus et développés depuis des décades.
      Il est vain de comparer des dialectes (ou langues) contemporaines aussi éloignées géographiquement pour déterminer directement leur supposée parenté. J’avoue que je suis très surpris de voir cette question abordée de cette façon (type liste Swadesh). Une influence du big data ? La boite noire remplaçant plus des statistiques dans ce cas toute une approche scientifique ancienne, patiemment élaborée …
      Il est vrai que je suis toujours étonné de vérifier combien les questions de linguistiques sont le plus souvent ignorées, même de gens très cultivés, et à leur insu.
      Quant aux danses, c’est sans doute une autre question et je ne sais me prononcer. (La suggestion d’Arkao est intéressante : les peuples ont voyagé et sont conservateurs…)

      1. Une précision en ce qui concerne les dialectes. L’excellent livre de Nicolas Tournadre « Le Prisme des langues, Essai sur la diversité linguistique et les difficultés des langues » l’Asiathèque, 2016″
        http://www.nicolas-tournadre.net/publications/prisme-langues/
        permet de mieux comprendre cette question. L’auteur est spécialiste des langues tibétaines ─ le groupe « tibétique » ─, et elles-mêmes sont divisées en innombrables dialectes (d’une vallée à l’autre). Il souligne que la notion de langue unifiée (découlant des unifications nationales et souvent d’une action volontariste) est dérivée des nuages dialectaux pré-existant, un dialecte pouvant souvent devenir la langue unique (cf. le toscan pour l’Italie). Pour les linguistes comparatistes, il était sans doute nécessaire d’écraser et simplifier cette réalité première.
        En France on voit d’ailleurs avec l’occitan (par défaut) comment une langue unique/ unifiée par un pouvoir politique n’a pu être élaborée et c’est autour du Félibrige (provençal) ou de l’Académie de Jeux floraux que deux normes ont été proposées. Mais savoir si le gascon par exemple est un dialecte ou une langue est une problématique souvent affective. Le vrai problème au fond est l’intercompréhension entre dialectes plus ou moins rapprochés. Quand les dialectes du bas-latin en Gaule, Italie, Portugal ou Roumanie ont évolué ils sont devenus plus difficilement intercompréhensibles (le français est pour des raisons connues plus éloigné des autres langues latines). Je devine que si l’on évoque des langues plutôt que des dialectes pour les Kurdes c’est dans cette optique, exactement celle que l’on retrouve dans le monde chinois où une seule écriture a fini par masquer ce phénomène entre langues chinoises.

  4. Un essai de mesure de parenté entre les deux langues

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_Swadesh

    Si on compare le Swadesh207 Anglais/Kurde et Anglais/Breton on trouve une possibilité de comparaison entre 101 mots , je n’en ai trouvé que 12 qui ait une vague parenté, c’est peu . Ce n’est évidemment qu’un point de départ d’étude, je ne connais pas le niveau de variabilité entre les dialectes Kurdes et essayant de me mettre au breton depuis peu je me heurte aux redoutables mutations sur la première lettre des mots

    http://ielex.mpi.nl/language/Breton/wordlist/Swadesh207/
    http://ielex.mpi.nl/language/Kurdish/wordlist/Swadesh207/

    n° anglais kurde breton
    13 bite geztin krogiñ, kregiñ
    28 die mirin mervel
    33 dry zuha sec’h
    82 I min ez me
    100 many gelek pirr kalz
    101 meat goşt kig
    159 star stêr stered
    164 sun xor roj heol
    175 thou tu te
    180 tooth diran didan dant
    183 two du daou (m.), div (f.)
    195 who kî piv

  5. Il y a bien cette vieille histoire de Galates en Anatolie centrale au IIIe siècle avant JC, mais c’était il y a fort longtemps.
    http://www.museedesceltes.be/app/uploads/2016/10/Carte-europe.png
    On pourrait invoquer le « conservatisme des zones périphériques » pour expliquer cette similitude des danses, mais rien ne nous prouve que celles pratiquées aujourd’hui sont des survivances de celles pratiquées par les populations dites celtiques il y a plus de 2000 ans.
    A moins que les Gaulois soient véritablement réfractaires au changement 😉

    1. Où l’ai je lu?
      Les Galattes seraient des armoricains forgerons du début de l’age du fer venu , riches de ce nouveau savoir faire au moyen orient par les anciennes routes de l’etain. Tout l’etain Indispensable à la fabrication du bronze transitait par la Loire, venant de Bretagne, l’angleterre, et d’Abaretz près de Châteaubriant. C’ étaient plutôt des Gallos où des Venetes qui découvrirent le travail du fer et suivirent les routes traditionnelles de l’etain, les Bretons étants encore de l’autre côté de la Manche?…..

  6. J’ai également été stupéfait par la correspondance quasi parfaite que j’ai pu observer entre les thèmes et rythmes musicaux, pas de danse, chorégraphie, instruments (bombarde ) utilisés lors d’un fest noz vécu à Penmarc’h (Finistère) et ceux que j’ai retrouvés lors d’une fête de mariage d’amis turcs (ou kurdes ?) , originaires de la région de Gaziantep et maintenant établis en Belgique. Pour l’occasion, le groupe musical était venu d’Allemagne. Vestiges de diaspora celtique?

    1. Voyez l’hypothèse que je proposais dans une chronique pour Trends-Tendances le 24 septembre 2015 : les Kurdes, travailleurs immigrés.

      « Cassitérides » vient de Κασσίτερος qui veut dire « étain » en grec, et on pense aujourd’hui que ces îles mythiques de l’Antiquité étaient la Bretagne et la région des Cornouailles en Grande-Bretagne où se trouvait l’étain dont les Phéniciens assuraient le commerce dans la Méditerranée.

      Pourquoi les danses et la musique bretonnes et kurdes traditionnelles sont-elles à ce point semblables ? S’il y avait vraiment (comme l’affirme Strabon) une centaine de mines d’étain aux Cassitérides, il n’y avait peut-être pas assez de main d’œuvre locale, ou bien le travail était trop dur au goût des gens du cru, et la paie trop maigre.

      1. Ah! la route de l’étain. Ça nous emmène encore plus loin dans le temps. Histoire passionnante d’ailleurs que ces échanges de matières premières à travers le continent européen depuis plusieurs milliers d’années. A l’origine des premières grandes concentrations de richesses et de l’oligarchie:
        http://www.musee-vix.fr/#sthash.8gQxniSz.dpbs

  7. Euh c’est pas pour faire mon empêcheur de délirer en rond, mais petite question :

    Faudrait que les similitudes entre le breton et le kurde (langue et danse) d’aujourd’hui malgré la distance et la séparation pluri séculaires depuis un éventuel contact aient donc évolué de concert ? En gros depuis l’antiquité ? Vous m’en direz tant.

  8. Dans « EVITER L’EFFONDREMENT : METTRE LA FINANCE AU SERVICE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE » une grande partie du texte est répétée (à partir de « Inventer une Constitution pour l’économie » il me semble.)

  9. Pour valider scientifiquement l’hypothèse de mouvements de population entre l’Anatolie et les Cornouailles dans une lointaine antiquité deux pistes à explorer.
    -la culture matérielle: chercher s’il existe des objets, armes, outils, céramiques, typiques d’une culture, à l’opposé de leur aire géographique d’origine (cela dépasse mes compétences personnelles, très éloignées des aires culturelles et chronologiques en question).
    -la génétique (très à la mode et personnellement très mal à l’aise avec cette discipline)
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Haplogroupes_chromosome_Y_par_populations
    http://secher.bernard.free.fr/blog/index.php?post/2016/01/20/Continuit%C3%A9-g%C3%A9n%C3%A9tique-en-Grande-Bretagne-de-l-%C3%82ge-du-Fer-jusqu-%C3%A0-la-venue-des-Anglo-saxons

    1. @ arkao, je pense que l’œuvre de Cavalli-Sforza est incontournable sur ces questions.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Luigi_Luca_Cavalli-Sforza
      Quand aux déplacements et migrations depuis les sorties d’Afrique ils sont impressionnants : penser par exemple au peuplement des îles du Pacifique, aux Bantous en Afrique, aux Amérindiens de Bering à la Patagonie,ou même les Vikings au Vinland. De tous temps les humains ont su défier la nature pour aller envahir la planète, sauf en Antarctique :-). Ce que décrit Cavalli-Sforza n’est surtout pas l’association d’une ethnie et d’une langue mais les déplacements concomitants des langues et des peuples qui les parlent avec bien sûr toutes les possibilités de mélanges (adstrat, substrats, hybridations…).

      1. @ arkao, c’est exact mais les associations groupes génétiques et groupes linguistiques ne s’appliquent que sur des tendances, pas sur des cas aussi réduits. Les Magyars arrivés en Pannonie ont « importé » leur langue et les paysans (qui pouvaient à l’époque parler bas-latin, ont parlé hongrois, la langue de leurs maîtres. Les proto-Bulgares par contre étaient turcophones mais leurs descendants établis en terre slave ont parlé un dialecte slave (celui de leurs paysans) devenu le bulgare ─ cas inverse par rapport au précédent. Les langues comme les ethnies se mélangent toujours mais il est vrai que d’un point de vue linguistique, il peut y a une dominante reliée aux structures grammaticales ou phonétiques. L’anglais après l’invasion des Franco-Normands a été lui aussi envahi par ~40 % de mots d’ancien français : on a l’anglais moderne mais on doit rattacher cette langue au groupe germanique. Quant au groupe génétique des Anglais, ce serait absurde de chercher à le définir car le mélange a été intense dans ces îles où sont venus (bon gré, mal gré) tant de peuples : celtes, romains, saxons, norrois etc. Le livre de Shlomo Sand que j’ai cité ailleurs illustre bien que le peuple juif est constitué par un héritage culturel et religieux et que si l’on cherchait des gènes juifs on se retrouverait paradoxalement et de façon atroce en train de justifier les délires ignobles des nazis sur la « race juive ».
        Pour en revenir au point initial la force des analyses statistiques de Cavalli-Sforza est visible sur les arbres représentatifs de ces co-évolutions mais par plus grands ensembles : simplement pour dire que les gènes ont voyagé avec les humains porteurs qui forcément parlaient une langue donnée. La scientificité de cette approche puissante réside justement dans les possibilités de débattre, contredire ou renforcer tel ou tel point, y compris prédictif.

  10. @Jacques Seignan
    Je me sens mal à l’aise avec la génétique pour deux raisons.
    Les résultats sont à double tranchant, susceptibles d’être abusivement interprétés par des personnes politiquement mal intentionnées.
    Ma déontologie personnelle me pousse à aller vérifier à la source (voir mon « climato-scepticisme ») s’il n’y a pas anguille sous roche, et là mes compétences cognitives atteignent leurs limites (de même que je n’ai rien compris à l’argumentaire de Paul Jorion à l’encontre de la validité des travaux d’E Todd)

    1. @ arkao, en effet tout le problème est là : mauvaise interprétation et « détournement ». Les nazis ont abominablement détourné le concept d’indo-européen pour prétendre à une absurde pureté des races « nordiques ».
      Cavalli-Sforza est parfaitement clair sur ces sujets. On pourrait également parler du remarquable livre de Shlomo Sand
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Comment_le_peuple_juif_fut_inventé
      où il se base sur des faits, lui, pour démontrer comment du culturel peut être essentialiser. Où il dit ainsi que les descendants des tribus hébreux sont les Palestiniens actuels (pas les Philistins 🙂 et comment le judaïsme fut prosélyte dans l’Empire romain contrairement à ce qui a été longtemps tenu pour une sorte de doxa : certains Gallo-romains sont devenus des « juifs » en se convertissant et ils sont ainsi sur ce territoire depuis 2000 ans .
      Aller à la source est tout à votre honneur : il faut essayer de savoir quelles sont les sources fiables et avec Internet c’est pas toujours facile.
      PS – désolé, mais je trouve justement que l’argumentaire de Paul à l’encontre de Todd est décisif car « à tout vouloir prouver, on ne prouve plus rien ». Au fond c’est le concept de Karl Popper…

      1. @Jacques Seignan
        Et oui, les limites d’Internet. Y chercher haplogroupe nous emmène plus souvent vers des sites de marchands que vers le CNRS.

  11. Les tribus des montagnes sont mentionnées dans l’armée Achéménide ~ – 400
    Des gaulois ont migré en Asie mineure vers – 280. Après quelques bagarres qu’ils ont perdu, ils ont sédentarisé dans le coin. Les deux sont mentionnés dans les armées hellénistiques post Alexandre. Donc probables influences culturelles (danses), pour la langue, pas sûr…

  12. Tout ceci vient de la danse des canards , les hommes imitaient les bêtes à la base , y compris pour le langage genre des petits grognements ou des cris d’oiseaux

    1. Youpi. La momie, le retour. Son teint éclatant et solaire de vieux cendrier, son sourire au vieux rictus grinçant, son oeil vif et dénucléé. Sa fossilité séculaire minéralisée inspirant joie et bonne humeur.
      Ô frère fennec, Ô soeur furette, ton linceul et ta peau diffusent le moisi et l’ammoniaque séchés. Quel voyage. Marvel n’a qu’à bien se tenir.

      Soyeuse année !

      4000 Years old Turkish mummy found in China
      https://www.youtube.com/watch?time_continue=58&v=uvPP2_f2RlQ

      NEW SENSATIONAL DISCOVERY! FOUND CAUCASIANS IN CHINA. MUMMY
      https://www.youtube.com/watch?v=HpWwyCVYXR4

  13. Pour ne pas conclure sur ces possibilités à la fois émouvantes et extraordinaires de ces traces culturelles trouvées si loin de leur berceau, on pourrait évoquer le cas des momies du Tarim, que l’on avait nommées par erreur les momies celtes du Taklamakan
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Momies_du_Tarim
    Sans oublier les magnifiques découvertes de Jurgis Baltrušaitis qui nous montra comment les deux extrémités de l’Eurasie purent s’influencer : les hennins venus de la Chine ou en Chine les drapés par l’art gréco-bouddhique du Gandhara https://fr.wikipedia.org/wiki/Art_gréco-bouddhique
    https://editions.flammarion.com/index.php/Catalogue/champs-arts/art/le-moyen-age-fantastique
    Pour les danses bretonnes et kurdes, mon intuition serait de demander à un ethnomusicologue quelle pourrait être la part entre des tendances naturelles de danses de groupes (probabilité de convergences) et l’originalité identique des deux as qui elle ne peut s’expliquer que par transfert. Et au fond les quelques exemples que j’ai cherchés à donner (pour faire avancer ce schmilblick qui me passionne également…) prouveraient que ces déplacements de gens avec leurs coutumes n’est pas si rare…

  14. Vous devriez pouvoir trouver votre bonheur par ici. Car en février 1983, s’établit à Paris le premier institut scientifique kurde en Occident (106 rue Lafayette) consacrée à la langue et à la littérature. Il compte actuellement près de 300 intellectuels.

  15. Baudelaire
    Le serpent qui danse
    ——
    Que j’aime voir, chère indolente,
    De ton corps si beau,
    Comme une étoffe vacillante,
    Miroiter la peau !

    Sur ta chevelure profonde
    Aux âcres parfums,
    Mer odorante et vagabonde
    Aux flots bleus et bruns,

    Comme un navire qui s’éveille
    Au vent du matin,
    Mon âme rêveuse appareille
    Pour un ciel lointain.

    Tes yeux, où rien ne se révèle
    De doux ni d’amer,
    Sont deux bijoux froids où se mêle
    L’or avec le fer.

    A te voir marcher en cadence,
    Belle d’abandon,
    On dirait un serpent qui danse
    Au bout d’un bâton.

    Sous le fardeau de ta paresse
    Ta tête d’enfant
    Se balance avec la mollesse
    D’un jeune éléphant,

    Et ton corps se penche et s’allonge
    Comme un fin vaisseau
    Qui roule bord sur bord et plonge
    Ses vergues dans l’eau.

    Comme un flot grossi par la fonte
    Des glaciers grondants,
    Quand l’eau de ta bouche remonte
    Au bord de tes dents,

    Je crois boire un vin de Bohême,
    Amer et vainqueur,
    Un ciel liquide qui parsème
    D’étoiles mon coeur !

  16. Bonjour Paul Jorion,

    Quand vous dites que vous vous interrogez sur des ressemblances possibles entre les danses kurdes et bretonnes, je pense que vous avez en tête le répertoire des danses de Bretagne bretonnante, principalement des rondes ou des danses en chaîne, parmi lesquelles l’aire de la gavotte est la plus étendue géographiquement et vraisemblablement la plus anciennement attestée (on peut y ajouter les laridés, pilé menu, tours et hanter-dro du pays vannetais sans doute plus familiers à vos yeux et vos oreilles).

    La gavotte (dañs tro en breton) serait une forme évoluée du Trihori, une danse paysanne mixte en 8 temps de Basse-Bretagne introduite à la cour du roi de France par l’entourage d’Anne de Bretagne à la fin du 15ème siècle. Sa partition a été conservée par Thoinot Arbeau en 1588 à partir d’un livret plus ancien. On ignore, toutefois, quelles danses étaient pratiquées en Bretagne antérieurement à la fin du Moyen Age.

    Ces danses de Basse-Bretagne se distinguent très nettement des danses communes des autres pays celtiques (y compris de la Haute-Bretagne) de facture plus récente ; d’après le chercheur Jean Michel Guilcher, il s’agirait de danses de cour du 18ème siècle que les communautés paysannes insulaires auraient réinterprétées.

    Il m’a été donné d’observer une étrange parenté entre le pas de l’hanter-dro et celui du ballu tundu répandu en Sardaigne. Certaines danses crétoises ou pontiques (en Turquie) présentent également dans leur forme des similitudes troublantes avec celles pratiquées en Bretagne occidentale.


    Ballu tundu de Sardaigne

    Mais on le voit, une histoire documentée de la danse bretonne ne remonte pas au-delà de 6 siècles dans le meilleur des cas. Qu’en est-il de la danse kurde ? Difficile, pour ne pas dire périlleux, d’établir dans ces conditions des liens historiques ou culturels. Ce qui ne veut pas dire que ceux-ci n’existent pas ou qu’ils n’ont pas existé dans un passé très lointain. Tout ce que l’on peut avancer, c’est que dans tous les exemples mentionnés, on a bien affaire à des danses à très forte connotation communautaire. Il suffit de se rendre à un Fest noz ou de participer à un Halay (si vous en avez la chance) pour s’en rendre compte…


    Halay en Anatolie

    1. Merci pour vos précieuses informations. Ces ressemblances posent des questions familières aux anthropologues : quand des peuples éloignés se conduisent de la même manière, s’agit-il 1° d’invention indépendante ; 2° de diffusion ; 3° de migrations.

      Quand des Bretons et des Anatoliens dansent de manière semblable au son d’un instrument à la sonorité similaire (bombarde en Bretagne, et X [dites-moi] en Anatolie), est-ce parce que
      1° Il n’y a pas un million de manières de se trémousser et de faire du bruit et il se fait que les Bretons et les Anatoliens ont inventé – indépendamment les uns des autres et sans le savoir – la même manière de le faire ?
      2° Les Sardes ont vu les Anatoliens et les ont copiés parce qu’ils trouvaient ça beau (amusant, etc.), et les Bretons ont copié les Sardes, etc. Soit une diffusion par décalcage.
      3° Les Anatoliens sont allés s’installer primo en Sardaigne, secundo à Vannes. Autrement dit des migrations.

      Quand Grafton Elliot Smith (1871-1937) nous affirmait en 1924 dans Elephants and Ethnologists, que le prétendu « motif du perroquet » des Aztèques était en réalité la représentation d’une tête d’éléphant et que cela prouvait que les ancêtres de Aztèques étaient des Chinois, il s’était ridiculisé. Si ce n’est que nous savons désormais grâce à la génétique que, oui, les Aztèques étaient des Chinois. Mais comment découvrirons-nous l’explication du fait que les Bretons dansent comme les Kurdes ?

      Perroquet mexicain ou éléphant chinois ?
      1. L’affirmation «oui, les Aztèques étaient des Chinois » mériterait une plus ample discussion…
        En contemplant des dragons chinois et des serpents aztèques (cf. des Ouroboros sur Wikipédia) on pourrait même ajouter des « pièces à conviction »…
        On commence à y voir plus clair sur les peuplement pré-colombiens des Amériques : trois vagues successives de populations venues d’Asie. Il y a désormais des éléments génétiques associés à des études linguistiques sur ce sujet.
        L’une est éclairante sur un des trois peuplement : celui venu de Sibérie centrale et qui arriva dans les centre des États-Unis : https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_dené-ienisseïennes
        Les langues apache et navajo par exemple sont très lointainement apparentées à des langues parlées sur les bords du fleuve Ienisseï, ce qui est émouvant pour notre espèce voyageuse, si l’on y pense…
        Dire que les Aztèques sont des chinois ne peut bien sûr pas relever de cette possibilité : c’est bien plus moderne et la transmission de motifs complexes (tête d’éléphant) improbable. On trouve donc les deux autres possibilités évoquées: inventions indépendantes ou diffusions. Le cas des pyramides semble montrer que des inventions indépendantes sont possibles (y compris avec des tombes royales à l’intérieur chez les Mayas). Le motif du perroquet/éléphant est plus problématique mais pas invraisemblable.
        Reste la diffusion qui suppose un contact plus ou moins direct. Des vases péruviens (Chimou par ex.) sont des tripodes qui rappellent ceux de la Chine ancienne ; mais des vases tripodes existent dans l’art africain…
        J’avais lu le livre de Gavin Menzies « 1421, l’année où la chine a découvert l’Amérique » comme une sorte d’uchronie ou d’Histoire contrefactuelle. Une critique selon moi valable permet de faire le point sur cette hypothèse étonnante :
        http://blogs.histoireglobale.com/les-chinois-ont-ils-decouvert-lamerique-en-1421_56
        Reprenons : il n’y a pas d’éléphant en Chine mais par les missionnaires bouddhistes venues d’Inde ou par les échanges avec l’Asie du sud les Chinois ont connu les éléphants et exploité leur ivoire (de nos jours malheureusement, malgré la beauté des œuvres. Les Aztèque, non.
        Donc soit le motif est ressemblant par hasard, soit il y eut une expédition chinoise à travers le Pacifique (et le livre de Menzies donne des éléments intéressants sur cette hypothèse qui au fond ne nécessite pas de faire intervenir l’amiral Zheng He lui-même). Il faudrait donc étayer la thèse par beaucoup d’autres faits comparatifs, exactement comme cela est opéré par les linguistes comparatifs ou les généticiens.
        Voici de quoi songer…

      2. Etre d’origine chinoise, que voilà un drôle de concept…

        Pour vérifier votre hypothèse, que des Anatoliens sont venus sur les côtes bretonnes, à part utiliser le procédé génétique pour voir si un traceur identifiable propre à cette population ou ce bassin de population, se retrouve dans le génome des « bretons » actuellement, je ne vois pas d’autre solution.

        Sinon votre perroquet n’est pas un éléphant, madre de dieu, c’est exactement ce genre d’analogie bancale qui a amené tous les délires E.T dans le coin. Ou encore même délire que les pyramides sud américaines qui seraient la copie de celle d’Egypte, donc la preuve d’un contact…
        Et non les Aztèques ne sont pas Chinois, aucune chance, devinez pourquoi !

      3. Merci pour l’attention que vous avez accordée à mes propos.

        L’équivalent de la bombarde chez les Kurdes s’appelle zirne. Les chants à danser kurdes (dilok) sont accompagnés et rythmés de façon très entraînante par le couple def ù zirne (tambourin et hautbois). Le Halay que les Kurdes nomment Govend est comparable à toutes les formes de dañs tro du fest noz par l’ambiance qu’il dégage et par les liens de solidarité, d’égalité, et potentiellement de résistance, que le groupe exprime dans la ronde ou la chaîne (donc chez l’un et l’autre peuple ce type de danse occupe une fonction identique). Est-ce une manière « naturelle » de manifester son unité dans la danse ?

        Il y a quelques différences dans l’attitude des danseurs même si tous se tiennent serrés par la main (ou le petit doigt), épaule contre épaule : les Breton.nes dansent le dos très droit (mais pas rigide), les Kurdes balancent des épaules pour le Halparke et certaines variantes du Govend. Par ailleurs, les Kurdes peuvent évoluer dans un sens horaire ou anti-horaire alors que chez les Bretons c’est toujours le sens horaire qui s’impose dans leurs danses. Les Kurdes ne connaissent pas le Kan ha Diskan (un couple de chanteurs mène la danse sans instrument de musique)…

        Je ne sais pas si nous sommes en présence d’une diffusion par imitation. De nombreux nobles Bretons sont passés outremer au moment des croisades, à Constantinople ou au contact des Kurdes… mais quel regard pouvaient-ils poser sur les pratiques festives des troupes infidèles du Kurde Salauddin ? Ce qui m’intrigue c’est ce qui fait qu’une nouveauté, importée ou non, se diffuse ou pas. L’exemple que je citais plus haut au sujet des danses de cour va dans ce sens : leur diffusion s’arrête net à la frontière linguistique qui séparait la Bretagne entre zones bretonnante et gallo sans qu’une explication satisfaisante n’ait été trouvée.

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