Le mystère de la « bière artisanale »

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Quand je suis au volant (comme de lundi à hier entre Vannes et Bordeaux, en passant par La Rochelle), je ne peux pas me consacrer à mes activités favorites de lire et d’écrire et suis obligé de m’abandonner à des pensées futiles qui peuvent vagabonder loin de celles qui me sont habituelles (comme la chute cataclysmique de Trump ou l’extinction de l’humanité), et je vous ai ainsi proposé récemment l’énigme des panneaux de signalisation indiquant « Toutes directions » et qu’il ne faut surtout pas croire au risque de se retrouver immanquablement à Paris.

Le mystère avait été résolu par vous : « Toutes directions a été inventé par des ingénieurs pour éloigner les automobilistes du centre des villes ».

La « pensée latérale » sur laquelle vous aviez attiré mon attention m’a ainsi permis de deviner par mes propres moyens la signification exacte du panneau « Verglas fréquent » placé à des endroits où il n’y a de verglas qu’une demi-douzaine de fois dans l’année, elle signifie tout simplement : « S’il gèle, il y a du verglas ici ! »

Ce que je propose aujourd’hui à votre sagacité (avant de me remettre à Trump et à la fin du monde car je suis rentré chez moi) c’est le mystère de la « bière artisanale ».

Comme je refuse le vin quand on m’invite (je vous dirai un jour ce que m’a dit une autorité gastro-entérologique mondiale – que j’ai crue – sur le vin et le café, mais pas aujourd’hui parce que j’ai autre chose à faire que m’occuper des procès que me feraient aussitôt MM. Nespresso et saint Émilion), vous avez très souvent l’amabilité quand je suis chez vous de me suggérer de goûter une « bière artisanale locale ». Or voici ma constatation : « À part la bière artisanale (excellente) que j’ai bue l’autre jour à Lyon (et à laquelle je fais allusion dans ma vidéo), elles ont toutes exactement le même goût. »

Voici trois hypothèses – libre à vous d’en proposer d’autres.

  1. Je me trompe : elles n’ont pas toutes le même goût (quoi ? je serais incapable de distinguer deux bières ?)
  2. Il existe un gros manuel intitulé « Comment faire une bonne bière artisanale » lu dans toute la France et dont tous les petits producteurs appliquent la recette sans en changer un iota.
  3. Il y a quelque part une grosse usine produisant un liquide intitulé « bière artisanale locale » que des dizaines d’embouteilleurs locaux mettent dans des bouteilles couvertes d’étiquettes folkloriques mentionnant le nom d’une petite bourgade où elle serait brassée.

Voilà ! À vos plumes perspicaces ! Dépêchez vous car dans dix minutes je me remets (hystériquement ! – non, non : c’est plutôt sadiquement !) – à Trump et aux avanies que je lui inflige.

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26 réflexions sur « Le mystère de la « bière artisanale » »

  1. Elle n’ont pas toutes *exactement* le même goût non. C’est déjà difficile à partir d’une recette d’obtenir le même résultat final à chaque fois. Vos dégustations sont justes suffisamment espacées dans le temps pour qu’échappent à votre mémoire les subtilités de goût de chacune.
    Par contre il existe bien une façon « canonique » de faire de la bière, une recette des grandes lignes, qui tend à produire une bière assez uniforme dans l’équilibre de saveurs maltées, sucrées, dans l’amertume développée et j’en passe.
    Et puis il me semble qu’il y a dénominateur commun chez une majorité de buveurs de bière quant à ce qu’est une bonne bière.
    La conjugaison de ces deux facteurs peut expliquer que chaque brasserie artisanale va finir par mettre sur le marché sa déclinaison de cette recette qui a plu au plus grand nombre et donnant ainsi une énième bière locale sensiblement identique aux autres.

  2. Les mauvaises bières artisanales se ressemblent !

    Comment construire le nom d’une bière artisanale

    Phase 1 – Pour inventer une bière artisanale, prenez deux illuminés et un garage, ils vont en donner le nom.

    Phase 2 – Après les premiers brassins réussis et stabilisés, débarrasser vous de l’idéaliste fauché. Le dernier des deux qui reste s’associe avec quelques  » pognons locaux ». Ces nouveaux compères se feront appuyer par une instance de développement local, ce qui leur ouvrira accès à une subvention européenne et à un prêt bancaire comlémentaire (les élus locaux sont aux anges).

    Phase 3 – Vous avez une bière avec un nom , à ce stade, fréquentez le Lion’s, mais vous y êtes déjà, et de là, arrangez vous pour participer a un concours de bière artisanale, patronné par le Lion’s de l’Ohio (enfin très loin de votre brasserie , bien entendu vous gagner ce concours globaliste et votre bière est lancée.

    Phase 4 – Puisque l’infrastructure de la phase 2 limite la quantité
    ,
    A) faites fabriquer votre bière par une très grosse brasserie, le goût va légèrement changer.

    B) Un chevalier d’industrie investit dans une nouvelle brasserie, mais comme c’est quand même compliqué toutes ces grandes quantités, le goût change de brassin en brassin.

    Alternative, sautez les phases 1 à 4

    Achetez un resto brasserie de deux cents places, investissez dans un matériel micro-brasserie – Hihgt Tech (pour une cuve deux cents litres 150.000 €). Rendez cet investissement visible de la salle de votre brasserie, il vous faudra donc ajouter des vieilles poutres, du cuivre. Des sacs en jute bien gonflés et pendus au plafond, des étagères hors d’âges et, un peu de poussière synthétique agréée aux normes européennes.

    Ensuite, prenez n’importe quelle recette, et arrangez-vous pour construire une supply chain robuste en ingrédients stabilisés

    Le résultat peut être bon, et différent des autres. Vendez sur place!

    « Small is beautiful » (1974)

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Friedrich_Schumacher

  3. Le marché de la microbrasserie artisanal clé en main (genre les boulangeries sous licence) est détenu à hauteur de 99.9% par un capitaliste qui boit que de la Heinek, dont il est actionnaire. Il vend aussi les ingrédients, bien évidemment.

  4. La plupart des brasseries artisanales travaillent surtout avec les mêmes ingrédients standards ! Malt d’orge, houblon qui sont les seuls réels ingrédients de la bière « normale », des variantes étant d’utiliser d’autres céréales à la place de l’orge : blé, maïs, riz, blé noir etc.. A savoir que c’est moins la céréale qui donne le goût que le houblon. Ce n’est pas dans un coin reculé de la France que l’on a du houblon local qui est donc le houblon standard et c’est de là que provient le plus l’arôme, quand au malt d’orge là aussi le plus souvent il est standard la seule marge de manœuvre étant sur la cuisson ou à peu près (on peu obtenir un goût un peu fumé, brulé voire tourbé mais ce n’est que moyennement indiqué pour la bière c’est plus pour le whisky). On pourrait imaginer de cuire le malt avec de la tourbe pour lui donné un goût tourbé mais ce n’est pas non plus très courant en France et la tourbe est la plus souvent dans des zones humides protégées. De plus ces bières ne sont pas en général des bières de garde (à cause des coûts de stockage) donc des arômes particuliers n’ont pas le temps d’apparaitre. Ensuite on peut y mettre des additifs, goût de fruits, sucre etc… mais du coup ce n’est plus à proprement parler une bière ! De fait pour Paul qui est Belge il y a infiniment plus de variétés de goût dans les bières Belges de garde et d’abbaye que dans ces bières artisanales Françaises.

    1. tout à fait ! je ne suis plus consommateur de bières, mais de véritables bières aux goûts incroyablement différents viennent de belgique
      stocker et laisser le temps passer, ça serait trop compliqué pour les néo entrepreneurs « locaux  » pressés

      1. Vivent les bières…trappistes …(p. ex. Rochefort)…les meilleurs bières du monde, elles s’inscrivent dans une démarche on ne peut plus durable à mes yeux, même si la disparition progressive des pères implique le renforcement de la main-d’oeuvre « civile » pour la fabrication, avec les coûts que cela engendre, le tout étant compensé nécessairement par une augmentation proportionnelle et raisonnée de la production pour y faire face. Tout cela reste donc heureusement artisanal, c’est d’ailleurs le but avoué des pères trappistes que j’ai pu rencontrer…ils ne veulent pas « grandir »….quelle lucidité, je suis admiratif, une vraie leçon de vie je pense.
        Avant tout, c’est bien la qualité de l’eau qui fait la qualité de la bière….les trappistes de Rochefort y tiennent comme à la prunelle des yeux (un procès les oppose bien malgré eux à une carrière locale menaçant leur propre source). Petite leçon d’histoire: pourquoi les bières trappistes sont-elles aussi caloriques? Elles se substituaient largement à la nourriture solide car elles nourrissaient leur homme (pas trop exigeant, de préférence ayant fait voeu de pauvreté).
        Pour l’anecdote, dans mon village natal en Famenne (environ 250 âmes), il y avait 3 brasseries au XIXème…était-ce la norme à l’époque? Y a-t-il une raison à cela?
        A noter que la bière se conserve au contraire de l’eau (croupissante): les missionnaires l’avaient bien compris, leur 1er travail étant d’en produire pour leurs besoins domestiques…
        J’en profite pour saluer M. JORION que j’ai découvert personnellement via ce blog qui, pour moi est une de mes plus grandes sources d’information …au quotidien depuis très longtemps. Merci infiniment.

  5. Quatrième option :

    – ce qu’il rajoute croyant la personnaliser est en fait le même produit de partout.

    L’homme qui découvre le feu à plusieurs endroits en même temps sur la planète terre.

    Reprenez vite vos marottes, Les réflexions qui en découlent sont souvent plus fructueuses 😀

  6. N’y connaissant rien dans le brassage de la bière (plus féru œnologie ), quel quelle soit, je me demande si l’homogénéité (au sens d’une perte de variété, « biodiversité ») des céréales et levures, et quelque part des méthodes dites « authentiques » ne participent pas, « en même temps » que le facteur subjectif de la dégustation (température, horaire, en mangeant ou pas, etc), à donner l’impression de retrouver le même goût à des produits semblant différents, ou du moins, à ne pas pouvoir distinguer distinctement les subtiles différences d’amertumes, etc…?

  7. Visiblement la levure y est pour beaucoup : il n’y a presque plus de diversité génétique dans cet ingrédient indispensable. Et des scientifiques très sérieux se sont déjà penchés sur ces questions :

    https://phys.org/news/2015-09-diversity-lager-beers.html

    Extrait : « The relative uniformity of flavor among lagers turned out to result in significant part from a lack of genetic diversity among the yeasts. Genetic studies showed that lager yeasts had resulted from just two crosses between the parent yeasts, Saccharomyces cerevisiae, and S. eubayanus. The problem was that the two yeast species are so different—like lions and tigers—as to make successful crosses rare. »

    https://phys.org/news/2016-09-beer-yeasts-dogs-wine-cats.html

    Extrait : « According to the analysis, the industrial yeast used today came from only a few ancestral strains. Five large groups separated out genetically, with strains mainly clustered together according to their industrial purpose. Geographic boundaries further divided each category: in one grouping of beer yeast, for example, the strains from Belgium and Germany were closely related, but separate from those in the UK and US. »

  8. La vigne pousse sur des terrains où aucune céréale ne lève. Boire de la bière c’est retirer le pain de la bouche des petites gens, un demi vaut combien de tartines?

  9. Il y a en Belgique des brasseries « artisanales » qui brassent pour qui veut même en petite quantité et sous n’importe quelle dénomination.
    La région du dépôt de marque peut ne pas correspondre avec la région de brassage.
    Exemple : la « Non peut-être » expression éminemment bruxelloise a son domicile administratif en Wallonie et est brassée en Flandre sans doute avec du houblon…tchèque, la culture du houblon belge, qui avait quasi disparu mais se retrouve actuellement en expansion, est encore très limitée.
    Les bières artisanales sont, en général, moins sucrées que les industrielles.
    La plupart des bières d’abbayes n’en ont jamais eu que le nom et sont industrielles.
    Les trappistes sont artisanales, doivent être brassée sur site et avoir au moins un délégué du couvent au niveau du brassage…divin breuvage?
    Ce qui n’empêche pas des goûts et des couleurs très variés et même parfois folkloriques.

    1. En fait les ingrédients sont essentiellement, le rendement, l’accès au marché et la rentabilité. Les bières locales n’échappent pas aux recettes industrielles qui les surplombe.

  10. Oui, il y a quelques années, je trouvais que toutes les bières artisanales avaient toutes le même goût. Ce n’est plus le cas. J’en ai bu une assez originale hier soir, j’en avais bu une il y a un an qui était vraiment très originale.
    Alors qu’est-ce que ça veut dire ?
    Je ne sais pas… peut-être qu’au début de la mode, il fallait surtout se lancer, et que les « aventuriers » de la bière artisanale allaient se fournir chez un même grossiste, qu’ils suivaient tous les mêmes recettes, n’avaient pas de culture particulière en terme de bière, voulaient d’abord stabiliser leur activité alors que le financement était difficile à trouver. Il faudrait allez sur le terrain, pour moi il y a eu de vrais changements et donc il s’est passé (et il se passe encore) quelque chose.

  11. Oui il s’est passé quelque chose.
    Je suis d’accord, les bières artisanales ont évolué et se sont diversifiées. Arômes et saveurs à découvrir absolument. Chaque saison sa bière !
    Pour déguster, vraiment déguster, une bière très bonne, aller dans une bonne cave à bière ! Sans parler de la bonne cuisine à la bière, yepa. Il existe aussi, de plus en plus, des bières artisanales. La microbrasserie et les brasseries artisanales ont le vent en poupe depuis quelques années.
    Et elles sont effectivement parfois assez originales et plutôt vraiment goûteuses. Et pas qu’en Belgique. 😉
    http://www.rfi.fr/france/20170630-biere-artisanale-pleine-croissance

  12. J’avais écrit :

    « Dépêchez vous car dans dix minutes je me remets (hystériquement ! – non, non : c’est plutôt sadiquement !) – à Trump et aux avanies que je lui inflige. »

    En fait l’actualité m’a laissé un peu plus de temps que prévu : ce fut 2h23 plus tard 😀 .

  13. Voilà le site d’un belge vivant en France qui conserve ses fiches d’évaluations pour presque toutes les 14500 bières différentes qu’il a dégustées, et aussi forme à la dégustation. Son point de vue: la bière etant le pain liquide, il n’y a pas de raison qu’il y en ait moins que de boulangeries (je peux extrapoler sur les variations du goût du pain).
    projet.amertume.free.fr/

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