Le doublage des films

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Quand j’achète un DVD, il m’arrive – comme à l’instant – de faire une fausse manoeuvre au moment du lancement et de me retrouver devant une version du film doublée en français.

Vous avez dû remarquer comme moi, que dans un film doublé, les doubleurs, au lieu de parler normalement, parlent d’une voix robotique, détachant chacune des syllabes, n’exprimant aucun sentiment, comme si le sens des mots qu’ils prononcent leur échappait complètement.

Là aussi, comme dans le comportement de M. Jean-Paul Delevoye, je m’interroge : qu’est-ce qui peut expliquer cela ? Est-ce lié à la difficulté de faire coller un texte traduit à un mouvement des lèvres dans une autre langue ? Est-ce dû à la trop faible rémunération des spécialistes du doublage, qui les force à déjà penser à ce qu’ils feront tout à l’heure ?

Je compte sur vous pour m’éclairer : partagez avec moi l’information technique dont vous pourriez disposer !

Exemple :

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32 réflexions sur « Le doublage des films »

  1. Puisque vous n’avez sûrement jamais été client de films doublés en français, je pense que oubliez ou ignorez simplement les bons comédiens de doublage. Je ne ferai pas l’inventaire car je ne vois pas l’intérêt de passer du temps à défendre leur cause auprès de vous, mais pour n’en citer qu’un : Pierre Hatet. Notamment connu pour son interprétation d’Emmett Brown, personnage de Retour vers le futur. Impossible de lui faire les reproches tels que vous listez dans votre billet. Il fait parti de ces personnes qui ont créé de vrais souvenirs et de vrais attachements avec certains acteurs anglophones ou personnages. Il fut tellement apprécié (il nous a quitté récemment), qu’il est facile de trouver des documentaires, des interviews à son sujet.
    Cela étant dit, je serais curieux de connaître votre avis sur les doublages québécois. Pour des français comme moi, ils paraissent souvent affreux, affreusement désincarnés en comparaison.

    1. Pouvez-vous m’aiguiller vers un doublage québécois ? Que je me fasse une opinion.

      Vous me dites que Pierre Hatet fait très bien son métier, je suis tout prêt à vous croire. Mais cela n’explique pas le ton robotique des autres. Voyez cette bande-annonce pour la nouvelle version des « 4 filles du Docteur March » : une IA ferait ça beaucoup mieux. (Tiens au passage, cette histoire est super-connue dans le monde francophone depuis sa première traduction en … 1880 sous le nom « Les 4 filles du Docteur March », comment expliquer que le film qui sort maintenant a perdu son « 4 » pour devenir « Les filles du Docteur March » ?)

    2. Ah oui ! Retour vers le futur… Impossible de le voir en Anglais…
      Sinon Out of Africa, très bien doublé et aussi un poisson nommé Wanda. Sans oublier 4 mariages et un enterrement. Et le 8eme passager dans Alien : quelle réussite !

  2. J’ai remarqué que souvent ils en rajoutent, peut-être qu’ils veulent rajouter leurs touches personnelles. En jeux notamment quand on veut mettre de soi avant d’incarner le rôle on joue faux. Le mauvais sens. De toute façon même en s’oubliant totalement on reste dans notre corps alors d’abord s’effacer!!!

      1. Bah non parce que quand c’est faux on peut en rajouter autant qu’ on veut l’expression est nulle.
        Il n’y a pas de temps de préparation raison de plus pour ne pas mettre de soi et extrapoler des sentiments des accents ou des intentions.
        Penser à ce qu’on dit comme si on le faisait, articuler simple suivre les lèvres . C’est un métier. De chanceux.

      2. PS. Je connaissais une fille qui instantanément, arrivait à improviser des discussions entre deux trois personnes en inventant tout et en suivant leurs lèvres à la télévision.
        Il y a des bons il y a des mauvais…

  3. J’ai deux neveux qui font du doublage de films et qui sont acteurs de théâtre essentiellement. Je les vois mal préférer une interprétation monocorde.
    Mais il y a la qualité de la traduction et le temps de préparation au doublage.
    Le ton est souvent monocorde dans la traduction simultanée (France culture notamment) : on peut comprendre que énoncer une traduction qui doit faire des choix d’énoncé, tout en écoutant la phrase suivante en langue étrangère ne permet pas de mettre beaucoup d’émotion dans la parole…
    D’où, encore une fois, l’importance du temps de préparation.

    1. Quelqu’un m’envoie un message à titre confidentiel (j’espère pouvoir, avec son autorisation, le publier au moins partiellement) m’expliquant qu’essentiellement il n’y a pas de temps de préparation. Comme on ne sait pas de quoi ça parle, le ton monocorde est probablement une bonne tactique pour ne pas être totalement à côté de la plaque.

  4. Et quelle idée aussi de faire « une fausse manoeuvre » ! N’avez-vous pas un robot pour prendre soin de vous en programmant la projection tout en apportant votre tasse de thé ? Freud doit s’énerver de n’avoir pas choisi un cursus en IA…. au lieu de s’arrêter aux actes manqués !

  5. Il y a simplement des bons et des moins bons, comme dans toutes les professions.
    Certains producteurs de cinéma ne semblent pas intéressés par le travail bien fait, comme certains éditeurs, etc.
    Trop cher sans doute de faire appel à des professionnels confirmés.
    A quoi bon s’embêter pour un produit de consommation dont la durée de vie est de quelques semaines ?

  6. Pour un excellent doublage, il faut, non seulement traduire le plus exactement possible le propos mais également faire coïncider le mouvement des lèvres avec les mots prononcés.
    J’avais un dvd sous la main d’un film un peu ancien mais qui offre la possibilité de voir des dialogues avec gros plan sur les visages, en l’occurrence: « A la Poursuite d’Octobre Rouge » d’Alec Baldwin avec Sean Connery, ce dvd offre la possibilité d’entendre les dialogues en anglais, français, espagnol et italien. J’ai examiné une fraction du dialogue depuis le repère 33min, la version française n’est pas convaincante et c’est me semble-t-il une question d’accent tonique qui rapproche le mieux la version espagnole de la version anglaise, je ne connais pas l’italien donc j’ai du mal à juger.
    Voici d’ailleurs une bonne discussion concernant l’accent tonique et son placement :
    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/y-a-t-il-un-accent-tonique-en-42348

      1. Autre chose, c’est évidemment la mauvaise qualité souvent de la traduction. Je le vois dans les sous-titres (que je n’arrive pas à ne pas regarder du tout quand ils sont là) : énormément de malentendus. Souvent les expressions en anglais ne sont pas comprises : les mots individuels sont traduits littéralement, l’effet peut être du plus haut comique.

  7. J’ignore si le doublage de film se déroule comme pour un manga d’animation ou un jeu vidéo. Si l’on prend l’exemple de la série d’animation japonaise Dragon Ball Z, les doubleurs français enregistraient leurs voix sans contexte, en l’absence totale d’images. Du côté des jeux vidéos, l’enregistrement de la VO des grosses productions vidéo-ludiques actuelles se fait durant la motion capture (enregistrer les performances du corps reproduites dans le jeu). Les doubleurs ne disposent bien sûr pas ce luxe, et gagnent une faible rénumération en comparaison. Ils lisent le plus souvent leur texte, sans contexte, isolés dans une minuscule pièce. J’écoutais il y a peu un doubleur français de jeux vidéos dire qu’il devait imaginer toutes les scènes pour coller au mieux les intonations du personnage et, au surplus, ses émotions. Mais là encore, il n’a pas accès à toutes les scènes du jeu pour comprendre l’histoire globale. Et il faut faire vite.

    En somme, c’est souvent du bricolage.

  8. Extrait d’un courrier reçu. Il me semble que toute l’explication est là :

    Pour apporter un élément de réponse à votre questionnement, je vous dirai qu’effectivement les conditions de doublage de certains films sont tellement draconiennes (manque de budget, aller au plus vite, ne pas prendre le temps de peaufiner) rendent le résultat bien en deçà de ce qu’il faudrait que ce soit.

    Au début du doublage des films étrangers en France, il y avait du budget pour (chose rarissime maintenant) voir le film dans son intégralité avant que de doubler le dit film.

    Auparavant oui, chaque comédien sélectionné après casting avait l’opportunité de découvrir le long métrage dans son intégralité avant que d’oeuvrer pour sa partie.

    Maintenant, c’est à chacun s’il le désire, de se procurer le film (d’une manière légale ou non) pour se faire une idée de l’ambiance, du tenant et des aboutissants.

    La problématique supplémentaire qui s’ajoute est que la production, soucieuse de vouloir garder confidentiel le contenu, n’informe le comédien de son projet artistique qu’au dernier moment (le jour où il doit oeuvrer) avec même parfois un nom de code qui n’a rien à voir avec le film en question. Par exemple pour le prochain star wars qui sort demain. Je me souviens que pour Ant Man, le nom de code était Big Foot. Ironie bien sûr quant au choix du nom de code.

    Le jour où nous devons oeuvrer, notre objectif est d’essayer de découvrir le jour même quel est le véritable titre pour ensuite vite se renseigner sur le film avant que nous soyons appelé pour oeuvrer. Donc pas moyen de regarder le film même dans son intégralité en si peu de temps.

    Ensuite une fois introduit dans le studio de doublage, nous n’avons plus qu’à faire confiance au directeur (ou directrice artistique) pour nous guider sur les tenants et les aboutissement de l’intrigue que nous avons à interpréter.

    Je vous passe les fois où le directeur ou la directrice artistique par manque de temps ne peut ne pas vraiment tout savoir tout en nous affirmant qu’il ou elle sait tout.

    L’ultime épreuve est le passage où nous avons à écouter l’original (pendant que défile le texte traduit sur la bande passante en dessous de l’écran). En gros il nous faudrait 4 yeux et 4 oreilles . Deux sur l’écran pour voir ce que fait l’acteur original (américain ou autre) et deux autres pour lire ce qui défile en français. Deux oreilles pour écouter l’original et deux autres pour écouter les indications dudit directeur ou directrice artistique sur des mots à prononcer de telle façon plutôt que telle autre pour l’harmonie du film.

    On a droit (pour du cinéma, pas pour de la série) à deux écoutes max, éventuellement 3 quand la scène est difficile.

    En gros, pour du cinéma, on écoute une fois l’original sans se pré-occuper de la traduction française, une seconde fois pour la traduction française (avec en tête l’état émotionnel, les appuis de l’acteur originale, les subtilités de langage différentes entre tournures françaises et anglaises et les réajustements nécessaires).

    Tout le talent dudit comédien est de prendre en considération le travail en amont et la capacité d’exploser tout ce travail pour quelque chose d’autre parfois intuitif mais tellement nécessaire à un doublage qui serait comme c’est parfois le cas, plutôt calqué, propre mais sans l’émotion pourtant tellement nécessaire au travail de l’acteur original qui peut-être l’a répété tourné de nombreuses fois.

    Nous, nous n’avons droit qu’à une chance, voir deux, allez trois maximum avant que tous se tendent car le temps…. c’est de l’argent, dans cette belle industrie qui perdure depuis si longtemps.

    1. Non, ce n’est pas cochonné, effectivement leur principale préoccupation est de faire coller les mouvements des lèvres avec le texte traduit, ce qui est pratiquement impossible, ils font de leur mieux, mais la plupart du temps c’est risible, effectivement, mais il est impossible de faire mieux je pense. Dans les années 60 Roger Pierre et Jean-Marc Thibaut avait fait un sketch justement sur ce sujet, en caricaturant cette inadéquation entre les mouvements des lèvres et le texte français.
      Là où ils pourraient faire mieux en revanche, c’est pour la traduction, voir mon commentaire.

    2. Cochonné, oui un peu par la force des choses ; ‘le temps c’est de l’argent’, temps minimal (qu’il faut rémunérer) à consacrer à la chose ; impératif de délais pour la sortie simultanée des différentes versions, etc..
      Une autre question est : les comédiens doubleurs sont-ils de parfaits bilingues ? Si ce n’est le cas, il ne pourront rendre parfaitement les intonations utilisées dans le contexte de ce qui est prononcé dans l’action d’origine, ajoutez à cela l’histoire des accents toniques qui diffèrent d’une langue à autre.
      Tout cela étant dit, je pense qu’en dehors de l’anthropologie, compte tenu de votre background, vous avez un avenir dans le doublage de films… 🙂

  9. Moi ce qui me saoule c’est plutôt le texte, les mauvaises traductions. On voit tout de suite si le doublage (ou les sous-titres) ont été faits récemment ou pas : plus c’est récent plus c’est bourré de franglais. Un exemple, dans Downtone Abbey (où par ailleurs le doublage est excellent, les gens parlent fort et pas dans leur moustache comme souvent), le comte de Grandtam dit « il a changé son plan » alors qu’il aurait mieux valu traduire la phrase « he changed his plan » par « il a changé d’avis ».

  10. Dans les plus réussis il y a évidemment « Amicalement vôtre » !!!!!!!!!!!
    Après avoir entendu la version française, Tony Curtis (doublé par Michel Roux) avait exigé par contrat que ce soit toujours Michel Roux qui le double pour ses autres apparitions à l’écran !
    Claude Bertrand pour Roger Moore n’est pas moins convaincant.

    1. Je plussoie abondamment pour Tony Curtis
      (djing djing djing djigdjong djong djong douloung poupoupoupouiinnin….)
      A me faire regretter d’avoir quitté la pré-adolescence.

  11. J’ai ouï-dire que si le doublage est une histoire de budget, le film ne vaut plus un kopeck il ne sert donc plus à rien de traîner cigarettes autour de ses productions.
    Ah mais oui c’est vrai il y a une famille à nourrir. Ou des fêtes de feu follet parisien à continuer…

  12. Le contre exemple est sans doute Woody Allen,
    dont il est connu qu’il est maniaque de la qualité de la traduction française de ses films
    (non seulement parce que son style de film est bien apprécié en France, tendu de références culturelles, mais aussi sans doute – – à mon avis – -en hommage au clarinettiste Allen Woody au Paris jazzistique des années 50 et 60 …).
    Mais connaitra-t-on vraiment la clé (Allen) de ses engouements ?

  13. Si je puis me permettre, moi qui suis traductrice audiovisuelle et notamment adaptatrice de doublage, il me semble que dans la bande-annonce montrée ici, il y a un léger décalage, de peut-être 4 ou 5 images, entre le son et l’image. Pour traduire les dialogues, l’adaptateur s’appuie notamment sur les labiales, c’est-à-dire les fermetures de bouche (m-p-b) pour placer les mots. Ici, je vois ces labiales arriver à l’image systématiquement après le son, d’où peut-être cette impression, plus marquée qu’il ne faudrait, de facticité. Mais je peux me tromper.

  14. Une explication qu’on m’envoie :

    Par rapport à ces questions sur le doublage, je dirais que comme dans toutes les professions, artistiques ou pas, il y a des bons et des mauvais professionnels. Et il y a pour certains programmes, notamment les séries télé si abondantes, un budget et des délais restreints qui peuvent expliquer la mauvaise qualité d’une version française. Le doublage est une filière de diffusion aux mains des grands distributeurs et diffuseurs, qui suit en général une logique libérale : on paye le moins possible tous les professionnels dans la chaîne de fabrication, dans des conditions de travail précaires, au mépris de toute considération artistique ou simplement humaine. Et les plateformes telles que Netflix, Amazon Prime, Orange, Proximus TV, Black Pills, Fox TV et j’en passe, font tout ce qu’ils peuvent pour payer a minima les créateurs et détériorer les conditions de travail de tout le monde. Cela dit, dans le doublage comme dans le reste du monde artistique, il y a des studios ou labos de doublage qui ont à coeur de faire une belle version française, des comédiens qui jouent leur texte, certes en lisant la rythmo (ce qui est une performance technique à acquérir, comme de monter sur scène et déclamer : il faut se former, s’entraîner, pratiquer! seuls les pays francophones l’utilisent et la qualité de la synchronisation en a été fortement augmentée) mais en connaissant le rôle et le texte avant, en ayant répété et en y mettant tout leur savoir-faire et beaucoup d’énergie. Il y a des dialoguistes qui passent du temps à peaufiner la traduction, avec quatre ou cinq relectures parfois d’interlocuteurs différents (le diffuseur, le réalisateur ou son assistant, un représentant de la société de doublage, le/la directeur/trice artistique, le coordonnateur avec les sous-titres…) Et il y a des ingénieurs son/mixeurs qui repassent sur le tout. C’est à cette étape-là qu’une bande son peut être enrichie ou appauvrie. Quant au point spécifique de la rémunération des comédiens, là aussi, la question est la même pour tout le monde. Est-ce que le travail qu’on effectue est payé à sa juste valeur? Et si on a le sentiment de ne pas être assez payé, est-ce une raison pour le bâcler ou le bousiller? Chacun gère cette question à sa manière, je pense qu’il y a des choix très différents, selon les individus. J’ai vu des comédiens se donner à fond, dans des conditions très mauvaises. N’est-ce pas pareil au théâtre? D’ailleurs, les comédiens de doublage sont à 95% des comédiens de théâtre.

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