À propos de Marie de Hennezel : « L’épidémie de Covid-19 porte à son paroxysme le déni de mort »

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Un article dans Le Monde fustige

une mise sous silence de la mort, une façon de la cacher, de ne pas y penser, avec pour conséquence une immense angoisse collective face à notre condition d’être humain vulnérable et mortel.

Avant d’égrener les conséquences funestes de cette “mise sous silence” :

Ce déni de la mort a eu trois conséquences. D’abord au niveau individuel, il n’aide pas à vivre. Il appauvrit nos vies. En faisant comme si la mort n’avait pas d’incidence sur notre manière de vivre, nous croyons vivre mieux, mais c’est l’inverse qui se produit. Nous restons souvent à la surface des choses, loin de l’essentiel.

La condescendance envers les non-Stoïciens parmi nous, quand elle est déversée comme là par tombereaux, me suggère toujours l’une ou l’autre observation. Voici celle que j’ai laissée :

La mort individuelle est un roc. Chacun est au courant, et s’en accommode comme il ou elle peut. S’il y a bien un domaine où il n’y a pas place pour les donneurs ou les donneuses de leçons, c’est bien me semble-t-il celui-là.

P.S. Autre article, bien davantage digne d’intérêt. Extrait :

« Il m’a étranglée. J’ai cru qu’il allait me tuer, me tuer », dit-elle avant de se ressaisir dans la même respiration haletante, « mais c’est juste une engueulade, j’ai l’habitude, je ne veux pas porter plainte ».

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32 réflexions sur « À propos de Marie de Hennezel : « L’épidémie de Covid-19 porte à son paroxysme le déni de mort » »

  1. P.J. : ” La mort individuelle est un roc ” …

    Pourquoi pas..! Mais encore..?.. Pardonnez ma candeur.. En décodant mes “grasses”..?

    1. Sans doute une chose très dur, inévitable pour un qui s’est appuyé sur une amour humaine, qui balise, qui casse, qui ne bouge pas etc…

  2. Comment d’une buse a-t-on pu faire un épervier ?…
    Je pense à un médecin rendu célèbre par ses écrits et ses invitations médiatisées.
    Le Covid-19 n’est qu’un révélateur.
    Quand tout concourt à tendre au gens en permanence un miroir aux alouettes …
    … la société y laisse des plumes.
    Oh?

  3. Marie de Hennezel aura t-elle le courage d’aborder le thème de la folie plutôt que celui de la mort ?

    1. Ah ! Très intéressant comme information !

      Maintenant, toujours dans le même article :

      “L’épidémie actuelle l’illustre factuellement. La peur de la mort domine. Au lieu d’être considérée comme notre destin à tous, une réalité sur laquelle il faut méditer car elle est inéluctable, la mort devient l’ennemi à combattre.”

      “Ce déni de la mort est dramatique et le combat contre la mort est vain.”

      “Je ne remets aucunement en cause l’acharnement avec lequel médecins et soignants, au risque de leur propre vie, soignent des patients qui ont encore envie de vivre. Je remets en question la folie hygiéniste qui, sous prétexte de protéger des personnes âgées, arrivées dans la dernière trajectoire de leur vie, impose des situations proprement inhumaines. Cela a-t-il un sens de confiner une personne âgée, qui dans son for intérieur est relativement en paix avec l’idée de mourir, comme c’est le cas pour beaucoup ?”

      La mort n’est pas un ennemi et le combat contre elle est vain. La “folie hygiéniste” par contre est un ennemi.

      Je n’invente rien, c’est écrit en toutes lettres dans les passages cités.

      Maintenant une question (je ne me prononce pas sur la réponse) une telle philosophie bien appliquée, débouche-t-elle sur une augmentation ou une réduction des coûts en fin de vie ?

      1. Je suis tout de même assez d’accord sur le fait que le déni de la mort a des conséquences désastreuses sur la psyché de nos contemporains. J’ai du mal à concevoir comment on peut vivre pleinement sans s’accommoder de l’idée qu’il y a un point final à toutes nos agitations.
        Camus a proposé une vision que je trouve assez bancale, d’autres aussi, Jankélévitch, Nietzsche, Marc Aurèle, tous ou presque.
        Intéressante, cette analyse historique du sens de la vie :

        https://twitter.com/DegenRolf/status/1256784875698429959?s=20

        1. Euh…

          The human quest to explicitly search for the “meaning of life” can only be traced back about 200 years in our cultural heritage.

          La recherche du sens de la vie ne date que de 200 ans dans notre culture ? On est mal barré ! 😀

          Pour une datation plus exacte :

          les plus anciennes attestations d’Osiris remontent au XXVe siècle avant notre ère et datent de la fin de la IVe ou du début de la Ve dynastie.

          La mort brutale du dieu Osiris et le processus magique de sa renaissance sont évoqués à plusieurs reprises dans les Textes des pyramides.

      2. @PJ :
        Au sens moderne voyons, après la mort de Dieu (Avez-vous lu le texte attaché au tweet ?)… ce qui revient à dire que le monde tel que se le représentaient les sociétés passées, l’espace et le temps dans lequel les vies et les destins individuels s’inscrivaient et s’enchaînaient étaient profondément différents des représentations qu’un homme moderne instruit peut construire aujourd’hui. Le questionnement était sans doute le même, mais les réponses (religieuses, surnaturelles) s’inscrivaient dans une perspective bien différente de celles que la science, le matérialisme ou le nihilisme nous offrent. Le rapport avec la mort biologique ne pouvait donc être le même. Il me semble également qu’on devait mourir plus sereinement en sachant ou en croyant savoir que le monde que l’on quittait, ordonnancé par une omniscience divine, se perpétuerait sans grands changements et que les générations suivantes allaient vivre plus ou moins selon les mêmes règles, la même foi, les mêmes rapports au monde.

      3. De ce que je connais , c’est pas trop le coût des soins de santé qui peut ennuyer les gestionnaires privés d’EHPAD , car il y a la sécu ou c’est le résident qui crache . Pour la rotation des chambres , on peut suspecter cependant qu’on bichonne plus longtemps les clients des chambres haut de gamme et dont on connait la valeur du portefeuille ( aptitude à bien payer longtemps ) .

  4. Jankelevitch a ecrit 800 pages sur le tabou suprême… Chapeau l’artiste ! Pour avoir essayé d’attaquer ce “roc”.
    Sur un tout autre sujet :a t-on remarqué le petit gilet de costume de notre president ? Ne lui manquent plus qu’une montre à gousset et un haut de forme.. Des plus seyant.
    Voyez comme Le Sujet nous fait changer de sujet !

  5. Groupe Korian :

    1/« Dans l’Ehpad où je travaille, on donne des produits périmés. Et la direction ne réagit pas » :
    https://www.nouvelobs.com/sante/20190917.OBS18575/dans-l-ehpad-ou-je-travaille-on-donne-des-produits-perimes-et-la-direction-ne-reagit-pas.html

    2/Suite aux révélations de « l’Obs », le géant des Ehpad Korian renonce à verser des dividendes :
    https://www.nouvelobs.com/economie/20200429.OBS28164/face-au-scandale-le-geant-des-ehpad-korian-retire-son-programme-de-versement-de-dividendes.html

    3/La détresse des personnels des Ehpad : « Nous avons l’impression que nos anciens vont être sacrifiés » :
    https://www.bastamag.net/Covid19-deces-en-Ehpad-maisons-de-retraite-coronavirus-crise-sanitaire-soignants

    1. @ Hervey,
      dans un monde idéal, des poursuites judiciaires contre Korian (et d’autres plus médiatiquement oubliés)devraient se traduire par de lourdes pénalités qui pourraient être transformées en nationalisation sans frais pour la société française.
      Dans un monde idéal des banques qui furent sauvées (de leurs spéculations hasardeuses) par un énorme accroissement de la dette de l’État, leur nationalisation était normale et sans frais !
      Alors devinez ma conclusion (qui concernerait aussi entre autres Air France…)

      Mon espoir est qu’après ce monde qui ne sera plus jamais “normal” selon le TINA, nous construisions un nouveau monde nous permettant enfin d’agir contre les parasites nuisibles.

  6. Pas besoin d’être grand clerc pour constater que notre culture, qui place l’égoïsme et l’avidité au sommet des qualités humaines, place l’âge idéal en-dessous de 20 ans et utilise le scientisme comme ersatz de religion, n’est pas particulièrement bien armée pour affronter l’idée de la mort.

  7. Avez-vous connaissance, par la presse ou votre entourage, d’une famile, d’une fille, d’un fils qui aurait repris de force un proche, résidant d’une EPHAD, afin de lui éviter une fin tragique et solitaire ou simplement de lui éviter d’attraper le Covid 19 ? Moi pas.
    Je confirme le côté mercantile du groupe Korian et celui de Louveciennes en particulier.

  8. La notion du “déni de la mort” dans les sociétés occidentales semble avoir été formalisée par l’anthropologue Louis-Vincent Thomas (1922-1994), qui a fait ses classes en Afrique comme beaucoup de chercheurs de cette discipline 🙂
    Voici ce qu’en dit le sociologue Patrick Baudry:
    http://agora.qc.ca/thematiques/mort/dossiers/le_deni_de_la_mort
    Pour en revenir à Marie de Hennezel, elle me semble surtout symptomatique de la nostalgie du mourir chrétien d’autrefois. Une illustration du “catholicisme zombie” cher à Todd.

    1. Ceci étant dit, je n’ai pas été emballé par le livre du disciple Baudry (La place des morts) planant dans les hautes sphères de la pensée académique. Je lui préfère de beaucoup la sociologue Gaëlle Clavandier qui se base sur des enquêtes de terrain (interroger les endeuillés, assister aux commémorations, visiter un crématorium, des cimetières, etc…)
      https://www.cairn.info/sociologie-de-la-mort–9782200355432.htm

    2. Via Deep L : Un article de Gorer qui a une pertinence contemporaine est l’essai “The Pornography of Death” de 1955 de Encounter 5, dans lequel il soutient que le sexe et la mort échangent des positions d’interdit dans la culture occidentale. Ce travail a été mis à jour pour le 21e siècle par la sociologue Jacque Lynn Foltyn, Ph.D., qui soutient que la mort est le “nouveau sexe”, que la mort et le sexe ont été confondus dans le phénomène qu’elle appelle “porno de cadavres” dans des articles scientifiques influents publiés dans la revue Mortality : “The Corpse in Contemporary Culture” (Le cadavre dans la culture contemporaine) : Identifying, Transacting, and Recoding the Dead Body in the Twenty-First Century” (Le cadavre dans la culture contemporaine : identifier, traiter et recoder le cadavre au XXIe siècle). Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

      Voir aussi : https://www.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2006-1-page-143.htm#no3

      Faire part : Ma mère en Ephad depuis 6 ans, 99,5 ans petite démence sénile, est entrée en paranoïa avec le confinement en chambre et l’absence de visite. La parano, on y entre sans s’en rendre compte, mais en sortir est une toute autre affaire. Thématique : un complot pour tuer les résidents, et tout ce qu’elle voit à la télé aux infos est tellement incroyable qu’elle n’y croit pas. Mes tentatives de raisonnement raisonnable à but de persuasion ont échoués.
      Autre inquiétude, des gens confinés sont sujets à des crises d’angoisse, au point de redouter de sortir un jour, ça ne doit pas être loin de l’angoisse du bidasse de 1917 devant quitter sa tranchée pour aller à la mort possible.

      Que faire ? vivre avec le risque de mourir, bon les précautions d’usage ne mènent pas au risque zéro, vivre chaque jour est toujours prendre le risque d’en mourir, même s’il semble plus vivable de le méconnaître.

      Comment comprendre ces jours-ci que les forces de l’ordre punissent à 135 € un type masqué en tissu, ayant dépassé de peu le fatidique kilomètre ? « Toute puissance » de l’autorité soumise à ses chefs ? Affaire de jouissance à soumettre l’autre ?

      Comment comprendre qu’à l’avenir le port du masque (enfin dispo) ne soit pas obligatoire jusqu’au vaccin espéré ?

      La foi dans la raison de la science vacille quand les scientifiques honnêtes disent qu’ils ne savent pas encore, la foi dans la soumission au chef vacille quand le chef avoue ne pas savoir, ou quand il devient transparent qu’il fait semblant.
      Posologie de la crise de foi :
      https://www.youtube.com/watch?v=xqwqoC6-wqQ

  9. Pourquoi ne pas voir la mort comme un clef..
    Solidairement décider du moment où on la tourne..
    Et convenir que soit écrit sur sa propre tombe ,
    comme Nikos , l’épitaphe issue de son essai l’ “Ascèse ” :

    « Je n’espère (plus) rien,
    je ne crains (plus) rien,
    je suis (enfin) libre.
    »

    …c’est quand même mieux qu’angoisser inutilement…^!^…

    1. Je me demande bien pourquoi vous avez besoin d’une tombe d’une part , et d’une belle épitaphe en plus .

      1. Désolé que vous y ayez lu une sur-exposition de mes propres sentiments… Peut-être relire?

        Ce que je crois , moi , c’est que si le contenu précédent pouvait devenir universellement partagé … alors la mort aurait subi sa définitive défaite .
        Et les individus , de toute façon condamnés à terme , pourraient alors se concentrer sur l’ essentiel : puisqu’il faut finir un jour , comment “bien” finir…?

      2. Ha bon , c’est un spectacle ,? il faut mourir en beauté ? Pourquoi ?

        PS : votre épitaphe sera en minuscules ou en majuscules , ou les deux ?

      3. ça a au moins l’avantage de n’être compris que par les grecs .

        Mais il y a un effort méritoire sur le caractère biodégradable de la stèle .

  10. ” Quant aux hommes et des femmes refusées en réanimation, la circulaire ne fait pas mystère de leur avenir : « Chez ces patients non-admis en soins critiques, les soins ne sont pas interrompus, mais s’intègrent dans le cadre d’un accompagnement en collaboration avec les spécialistes d’une telle prise en charge palliative afin d’assurer une absence de souffrance et une fin de vie digne et apaisée, en présence de leurs proches. » Et qu’en termes galants ces choses-là sont dites : en clair, les signataires envoient des milliers de « vieux » à la mort, dans les hôpitaux comme, on le saura bientôt, dans les EHPAD qui cherchent, presque toujours en vain, à faire hospitaliser leurs pensionnaires malades.

    Plus terrible encore : selon certaines sources, l’État aurait autorisé temporairement, du 28 mars au 15 avril, le recours au Rivotril, un anti- epileptique et sédatif profond, pour donner la mort aux personnes âgées, sans intervention d’un juge, ni approbation collégiale de plusieurs médecins, ni consultation des familles et sans avis aux intéressés. Le décret existe effectivement : il date du 28 mars 2020 et porte le numéro 2020-360. ”

    Article ” Le jour où je me suis senti “vieux” par Dominique Vidal :
    https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/150520/le-jour-ou-je-me-suis-senti-vieux

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