12 réflexions sur « PJ TV : « Le monde d’après… » – Invité François Ruffin, le jeudi 4 juin à 18h »

  1. Une des définitions du totalitarisme pourrait être que c’est une idéologie dont la mise en application s’invite partout à tous les domaines, à tous les aspects privé et public , individuels ou collectif et ce jusqu’à pénétrer l’intime par sa prétention à ne se donner aucune limite en se voulant une universelle panacée se rependant dans nos vies comme un blob gluant informe et omniprésent.
    En cela, la nouvelle conception du capitalisme de nos élites est un totalitarisme; et si l’on s’amuse à évaluer leur conception de la main invisible, c’est même une forme de secte sataniste prônant la débauche dont prétendument il sortira toujours quelque chose de positif. Ainsi l’ultralibéralisme se veut un aléa moral où toutes les concupiscences et toutes les formes de forclusions sont mise en oeuvre dans un cloaque de marché d’où le droit est absent ou au mieux, il est rendu illégitime, inopérant, confus, inefficient par le marché lui-même qui incite les états à des productions législatives entropiques en mettant ces productions en concurrence comme si c’était des marchandises par le principe d’extra-territorialité et d’internationalité du marché.
    Pourtant le droit n’est pas une « marchandise »; c’est une écologie du comportement humain, une morale publique et un socle civilisationnel humaniste lorsqu’il fixe sur un territoire le principe de l’égalité citoyenne face à ce qui est interdit et soumis à sanction. Le droit ne peut être droit que s’il est démocratique, sinon il n’est que règlement et devrait être subordonné aux droits citoyens. Or les règlements de marché se sont vus accorder l’inverse, soit leur suprématie sur le droit démocratique, ouvrant la porte à tous les petits « Hitler » de la terre pour relancer la suprématie de la règle (de leurs règles) sur le droit afin de réinstituer dans les pratiques commerciales, l’esclavage de certains peuples, de certaines ethnies de certaines classes sociales, pour le plus grand profit de nouveaux négriers redécouvrant la pratique du Triangle d’or, et dont la main invisible garantit que leurs actions sont essentielles et bénéfiques pour le monde…
    C’est d’ailleurs une des preuves absolues que nos dirigeants sont corrompus puisqu’ils eux-mêmes conçu la suprématie de la règle sur le droit, à l’encontre de l’intérêt du peuple qui les a élus, et je pense même que cela constitue un « illégallisme » d’état! Comme dans la BD la règle du club privé mondain s’impose à la place légitime occupée par le citoyen dans la société, ainsi qu’à ses droits.

    1. Le totalitarisme c’est quand la fin justifie les moyens .

      C’est d’ailleurs ma seule interrogation , quand il est promu la logique des fins devant l’emporter sur la logiques des moyens , sans autre commentaire .

      1. Le totalitarisme c’est quand la fin justifie les moyens

        Trop facile : tout dépend de la fin en question. Le totalitarisme c’est quand la fin a été définie comme la minimisation des moyens. Voyez von Hayek et Milton Friedman, chantres de Pinochet.

      2. Il y a donc de bonnes et de mauvaises fins ? J’en suis persuadé .

        Mais comment s’ assurer de la « pureté  » de la fin , et qu’elle n’usera pas de « n’importe quel » moyen ?
        Des idées à reprendre à Montesquieu ,sans doute aussi .

        Par contre , je persiste : quand la fin  » justifie » les moyens ( sans autre précaution ), le totalitarisme potentiel est toujours à l’affût .

      3. Remarque supplémentaire :

        Quand « seule » la « logique » est convoquée dans les manifestations humaines , on peut s’attendre au pire .

        « Hic et nunc » est aussi souvent convoqué dans la « logique » totalitaire .

  2. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette conception de la fin et des moyens, car cela supposerait qu’il y aurait un but au totalitarisme; or ce qui le caractérise souvent c’est qu’il est « gluant » et qu’il ne sait pas où il va ; seul lui importe de s’universaliser pour n’avoir plus de contradiction , prouvant ainsi sa « raison »en effaçant la raison des autres ; peu importe où cela le mène pourvu qu’il puisse sereinement poursuivre son délire…On peut illustrer parfaitement cet effet dans le management où l’on confond efficacité et efficience (comme dans toutes les traductions de l’anglais y compris, celle de mintzberg _ »voyage au centre des organisations; alors que dans les versions anglaises le sens de la phrase se comprend et évite cet écueil même si le mot en anglais est le même) ; Pour résumer en termes de mercatique, l’efficacité est l’atteinte des objectifs avec un minimum de moyens (donc avec une connotation productiviste) alors que l’efficience est l’atteinte des objectifs en termes de « finalités » et est exempte de rapport aux moyens (par contre, véhicule l’idée du sens de l’action). Un management qui s’axe uniquement sur l’efficacité fait du prêt-à-porter bas de gamme et du court terme ; un management qui s’axe uniquement vers l’efficience fait du sur-mesure haut de gamme et vise à répondre à un besoin précis. L’un cherche la dominance d’un marché jusqu’à formater tout les consommateurs à un même besoin (les abattoirs en France qui deviennent tous ‘hallal’ pour n’avoir pas à faire 2 chaînes de production en cachant au besoin la labellisation), l’autre intimise ses réponses pour s’adapter à l’individu (typiquement le secteur social). Là ou le bon sens commanderait d’équilibrer les 2 notions dans son action, le management à la Française appelle tout, « efficacité ». Mais il ne retient que le sens qui a un rapport à l’économie de moyen…Et ce sens doit s’imposer partout même là où il est à contresens justement; c’est la preuve d’un totalitarisme sous-jacent niant le sens de l’action au profit d’un usage limité des moyens. Il n’y a plus de but, il n’y a qu’une façon de faire qui cible des moyens (dans un court terme) et pas des finalités. C’est ainsi que la pensée ultralibérale se construit avec une pensée « lego » faite de briques élémentaires dites de façon prétentieuse « concepts » (la main invisible ou les abeilles de Mandeville..etc) dont le but n’est que l’utilisation de ces legos (dans un sens , dans un autre, à l’endroit, à l’envers ), sans qu’aucune finalité n’apparaisse au bout à part celle de ne jamais sortir de ces postulats. Ainsi peu importe ce que l’on dit pourvu que ce soit dit avec ces briques. C’est un peu comme si une personne pour parler ne s’exprimait que par proverbe; à la fin son interlocuteur comprendrait très vite qu’il ne communique pas, qu’il est dans « son monde ». Et c’est l’effet voulu du totalitarisme, imposer son monde à l’autre.

  3. (Je crois qu’en répondant si bas, je me retrouverai en haut de l’affiche ! C’est perturbant cette inversion des valeurs des commentaires ! Est-ce selon une fin ? ou une perte de moyens ? Faudrait voir à moyenner moyen, comme on dit en Wallonie !)
    C’est toute la question du socialisme versus le totalitarisme. J’ai toujours haï ce mot fourre-tout, et ne suis pas parvenu à accepter Harendt sur ce point.
    Prenons le socialisme cubain. Nul ne peut nier (enfin, si on se tient au courant et on sort de l’idéologie médiamerdique) que les USA exercent un blocus (des moyens) pour Cuba depuis Eisenhower. En raison des fins de Baccardi et de tas d’autres entreprises commerciales et de bourgeois cubains qui ont préféré s’expatrier avec les « coloniaux » US en 59. Nul ne peut nier que Cuba a atteint des sommets étonnants en termes de lutte contre l’illetrisme, en matière de santé, de durée de vie des centenaires, de survie à la naissance et en prime enfance, etc., et en matière de bien-être (critères du PNUD : Cuba est au sommet). Le tout avec une pénurie de moyens tout à fait préjudiciable ! Il y a des moyens qui sont attentatoires aux libertés selon nos critères, mais selon les fins ? Répression des homosexuels ? C’est commun aux pays d’Amérique Latine, et pire ailleurs.Il y a eu des isolements d’homosexuels (mais la population était peut-être demandeuse) et de sidéens (la pandémie le justifiait-elle ?). En fait la situation tendue contre l’impérialisme US (surtout au moment de l’écroulement de l’URSS et de son aide, appelé la « période spéciale) a justifié un fort (très) contrôle social, équivalent à nos dénonciations durant le confinement. Et même pas : le comité de quartier (noyauté, on veut bien) rappelle des mesures de disciplines qui peuvent dégénérer ensuite (récidive) en répression. J’ai connu des catholiques jouant avec cette discipline sans souffrir de leur liberté, de leurs fins (mais en amenant chacun sa propre chaise : répartition des moyens).
    Cet exemple pour accéder sereinement (?) aux discussions sur le socialisme impératif sous Lénine, puis sous Staline (avant guerre, pendant la guerre et après la guerre) et sous Mao (avant la prise de pouvoir, après, et durant la « révolution culturelle).
    En tout état de cause, les finalités des communistes n’ont rien à voir avec celles des nazis ou des fascistes ! et de leurs chemises noires encore moins. La confusion des extrêmes dont on nous bassine aujourd’hui fait encore l’amalgame. Ensuite l’éthique des moyens doit se discuter à la lumière de la lutte des classes. Lutte non-violente ou lutte des gilets jaunes ? Pas d’avis de principe, mais une appréciation des moyens dans chaque cas particulier : Mandela fut un terroriste et devint non-violent en prison. Et que dire de Ocala en Turquie, toujours en prison…

    1. j’ai toujours été intéressé par les sciences politiques, mais je ne suis que très peu connaisseur de la chose; j’entends ce que vous dites sur le distinguo à faire qui montrerait qu’il y aurait des finalités différentes entre nazisme et communisme stalinien et qu’à ce titre non seulement les totalitarismes ne peuvent se comparer, mais ils auraient un but bien défini…je ne peux que vous partager mes sensations à ce sujet, et pas la moindre connaissance, mais une simple opinion qui n’est pas très fondée: j’ai la sensation que ce qui peut apparaître comme une finalité dans ces mouvements ne sont en fait que des postulats de départ et que la sensation d’évolutions (donc d’évolution vers un but supposé) ne sont que des fuites en avant historique trouvant des ancrages opportunistes au petit bonheur la chance. Ces fuites en avant ont pour seul but de permettre de conserver ces postulats du départ en empêchant qu’ils puissent être désavoués par les faits (donc sans vraie finalité). C’est ainsi que beaucoup de ces idéologies se jettent dans la guerre, dans la fabrication forcenée (stakanovisme), dans la surrenchère évaluative (nazisme _ voir Thibault Lieurade « le management : du nazisme à aujourd’hui _Xerfi Canal) . Un des points aussi qui me frappe , c’est que pour enfermer les autres dans sa règle, dans sa raison, il faut s’enfermer soi . Le premier à ne pouvoir sortir de son discours est celui qui le tient et donc il devient par là-même aussi aliénant qu’il est aliéné . Il n’y a donc toujours pas de vrai but, s’enfermer pour enfermer l’autre et vivre la véracité supposée de ses postulats comme on vit dans un rêve. S’il y a une finalité, elle serait là, et elle n’est pas un but puisqu’elle ne mène à rien…
      Peut-on comparer les totalitaires à des utopistes: je ne le crois pas, car pour moi le totalitaire est aliéné, quand l’utopiste ne fait que s’inspirer et non pas s’imbiber. L’utopiste en fait cherche à gérer son monde dans une dimension de changement de la société et c’est le cas de la plupart d’entre nous qui « utopions » pour un désir d’avenir, pas pour une certitude de béatitude s’installant au plus vite dans le présent. Après il y a le cas des Américains ultralibéral par stratégie, parce que cela les arrange bien et que c’est commode pour favoriser leurs intérêts ; mais ils font preuve de duplicité, et ne s’appliquent pas à eux-mêmes les mêmes règles; en cela ils peuvent être détestables, mais sains d’esprit. Ensuite il y a les apôtres de la « Réal politique » du genre ultraconservateur très satisfait du système pour eux-mêmes et qui ont peur de tout ce qui pourrait changer ou des efforts qu’il faudrait commettre et qui compromettraient les moyens dont ils disposent, les relations dont ils profitent. Ce sont des concupiscents en fait.

    2. « l’affiche ! C’est perturbant cette inversion des valeurs des commentaires !  »
      Pour ma part, ce serait bien la seule raisin pour laquelle j’aurais fait un blog , ricaner, si bien sûr c’est volontaire.

  4. Salut les sportifs ! Ça farte ?! 🙂

    Ruffin en trailer chez France Inter ce matin : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-02-juin-2020

    (Grosse semaine pour le gars François)

    Bien.

    Avec de gros bouts de Jorion dedans (Toulon 2008, économie de guerre, rationnement, superflu/nécessaire) : du tout bon.

    Sur la forme :

    Alors que tout le monde devrait hurler – de terreur ou de désespoir – on lui reproche encore le côté essoufflé et la colère…

    Quand quittera-t-on le ton badin de la discussion de salon entre gens de bonne compagnie ?

    Ils ont l’air d’avoir compris aux zuèssas !

    Pink le cousin de Georges, One of these days… https://www.youtube.com/watch?v=48PJGVf4xqk

    Allez, je repars attendre la deuxième vague.

    Tschüss !

    1. Des nouvelles du gars Lordon : https://blog.mondediplo.net/police-etats-unis-france

      Il a beau pas habiter à l’île de Ré, le confinement ça le stimule pas mal !

      Ben ouais, on ne peut que déplorer n’être pas des êtres de raison et l’échec international de l’établissement d’une communauté IDÉALE de communication. Pourquoi alors tant d’empressement chez Trump pour les vider de leur substance ? C’est que ça doit bien servir à quelque chose (une forme dérivée quelconque d’argument ontologique) au-delà du symbole politique interne ?

      Suffira-t-il seulement de se débarrasser des mauvais joueurs pour que tout roule tout seul ? Pas sûr. Et dans quelle proportion ? 50/50 ? Au vu de l’adhésion populaire au système si même sans alignement sur le désir du Maître à tout le moins par la contrainte « inertielle » – pas mal de langues se délient après le confinement au moins pour admettre l’hypocrisie du discours habituel, genre « je m’épanouis trop dans mon taf » – qui fait que les mauvaises habitudes ont la peau dure en dépit du dessillement individuel. Le ressort et la schlague, vous dis-je, le chantage y’a que ça de vrai !

      Cela justifie-t-il pour autant de convoler avec des pourvoyeurs d’affects de masse au mépris de la rationalité de ceux qu’on instrumentalise ? C’est, je trouve, faire peu de cas de « la force d’une idée qu’arrive à terme » et méconnaître la volatilité des affects. Faudra-t-il toujours courir d’affect en affect pour galvaniser « les masses » ou peut-on souhaiter un autre type d’adhésion plus durable ?

      Jordon, Lorion, toujours, entre les deux, mon coeur, balance… Toujours entre les deux balances, mon coeur ! Quel fléau ?

  5. La question que je me pose est la suivante : dans l’hypothèse où l’ultralibéralisme est un totalitarisme, et ses adeptes des auto-aliénés, doit-on continuer de parler aux fous, ou y a-t-il d’autres formes d’action à mettre en oeuvre face à une communication impossible; puisque l’on voit bien que même placés par la crise (de 2008 ou du Corona) sur leur chemin de Damas, les ultralibéraux continuent de psalmodier leur catéchisme, se ferment à toute influence pour s’éviter toute révélation, se déconnectent de la réalité et passent un cap supplémentaire dans l’intégrisme en guise de fuite en avant…Je sais bien que Freud a réussi à parler aux fous, mais pour m’être cogné une fois au délire mystique d’un grand ami, je sais que seule l’intervention d’un internement et d’une cure de sommeil pour faire reposer son cerveau lui a permis de retrouver sa logique et toutes ses facultés (mon amitié ne lui a servi à rien et sa très grande intelligence non plus). Quelle prophylaxie mettre en place pour éviter que nos élites aliénées ne nous entraînent dans le naufrage de leur fuite en avant? On en revient toujours là….

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