Joe Biden aujourd’hui

Si vous suivez un peu mes réflexions ici sur les États-Unis vous aurez remarqué que je n’ai encore émis aucune opinion favorable sur le candidat Démocrate à l’élection présidentielle de novembre : Joe Biden. Les remarques négatives, elles, au contraire, ne manquent pas, en particulier sur les qualités de père d’un bonhomme qui, Vice-Président des États-Unis du temps d’Obama, n’a pas suffisamment d’autorité sur son fils Hunter Biden pour le décourager de toucher des jetons de présence d’un montant mensuel de 50.000$ au conseil d’administration de la compagnie pétrolière ukrainienne Burisma.

C’est pourquoi c’est avec un certain scepticisme que j’ai regardé l’allocution que Joe Biden a prononcée aujourd’hui. Vous me direz qu’avoir l’air intelligent, posé, responsable, homme d’État, quand le personnage auquel vous serez comparé est Donald Trump est un exercice dont la quasi totalité d’entre nous s’acquitterait sans difficulté. Mais Biden a fait beaucoup mieux que cela.

Il s’agissait de rassurer une nation qui a le sentiment qu’elle est sur le point de basculer dans le chaos absolu, de la convaincre que le salut est peut-être là, en novembre, lors de l’élection présidentielle. Je ne suis pas transporté d’enthousiasme, et je resterai vigilant, mais Biden a ramené aujourd’hui un peu de santé mentale et de chaleur humaine sur la scène politique américaine.

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15 réflexions sur « Joe Biden aujourd’hui »

  1. Ces gens n’ont aucune retenue , on se demande ce qu’ils n’exploiteraient pas pour être élus , tout ce ce cirque qu’est ce que ça sonne faux , en attendant un policier noir à été abattu alors qu’il tentait de repousser des pillards , d’autres ont été blessés par balles , des gens se font lyncher dans les rues

    1. Il y a au moins trois besoins distincts je dirais :
      1. Tracer des perspectives et donner confiance aux manifestants légitimes (la grande majorité) que leurs griefs vont être entendus et des politiques adoptées pour prévenir le genre de crime dont a été victime George Floyd
      2. Tracer des perspectives économiques concrètes après la destruction de plus de 30 millions d’emploi aux Etats-Unis, l’explosion du chômage et l’explosion de la pauvreté qui en découle
      3. Réprimer la minorité d’émeutiers, vandales et lyncheurs en protégeant les personnes et les biens

      Joe Biden peut répondre aux deux premiers, avec une perspective de quelques mois sa potentielle arrivée à la Maison Blanche en janvier prochain, s’il l’emporte en novembre. De ce que je comprends, il tente à ce jour de répondre au premier besoin, et c’est bien. Il reste à l’entendre sur chômage et pauvreté, qui sont la toile de fond de la situation américaine – et c’est bien sûr le plus difficile – mais enfin au moins il a commencé.

      Seul Donald Trump peut répondre au troisième besoin. C’est d’ailleurs son jeu, et le début d’une manœuvre électorale qui pourrait bien réussir.

      Le 1er juin (1) il a interpellé les gouverneurs des Etats en leur ordonnant d’utiliser une force « écrasante » pour protéger les vies et les biens et « dominer les rues », et les avertissant que s’ils échouent, c’est lui qui enverra l’armée et « résoudra rapidement le problème à leur place ».

      Du contexte pour comprendre :
      – Les Etats-Unis ont une armée d’intervention à l’étranger (Terre, Air, Marine et Marines) qui répond aux ordres du président mais qu’il n’a pas le droit d’utiliser sur le territoire américain
      – Ils ont aussi une armée de réserve la Garde Nationale qui peut non seulement épauler l’armée d’intervention mais aussi intervenir aux Etats-Unis, pour maintenir l’ordre ou secourir les populations par exemple en cas de catastrophe naturelle
      – Cette armée est équipée de manière tout à fait sérieuse – rappelons qu’elle peut épauler l’armée d’intervention à l’étranger – et compte plus de 350 000 militaires, ce n’est pas « quatre hommes et une jeep » (2)
      – La Garde Nationale est en temps ordinaire sous le contrôle des Etats fédérés et non du président. Originellement, elle devait rester en toute circonstance sous le contrôle des seuls gouverneurs des Etats. Originellement
      – Mais en 2006, le Congrès américain a donné au président le pouvoir de prendre sous son contrôle direct la Garde Nationale, y compris contre la volonté des gouverneurs (3) La motivation de lutte antiterroriste était mise en avant

      ===> Lorsque Donald Trump menace les gouverneurs de faire intervenir l’armée s’ils ne réussissent pas eux-mêmes à mettre fin aux émeutes et pillages, ce n’est pas du flan. Il peut vraiment le faire, simplement il doit utiliser la Garde Nationale et pas les autres branches des forces armées

      Du point de vue électoral, il faut reconnaître que c’est « bien joué ». De deux choses l’une :
      – Soit les gouverneurs répriment et mettent fin aux violences, et alors Trump se présentera comme celui qui a réussi à faire protéger les victimes et leurs biens
      – Soit les gouverneurs refusent d’utiliser la force, ou échouent, et alors Trump se retrouvera dans la position du chevalier blanc qui envoie la cavalerie et rétablit la situation
      Dans les deux cas, il suffira de compléter avec un peu de mousse sur les griefs des manifestants légitimes, que l’on entendra naturellement – ça ne mange pas de pain de le dire en tout cas, que ce soit vrai ou pas.

      Trump joue l’aggravation de la situation – d’accord en cela avec les émeutiers de type délinquant et avec ceux du type idéologique violent. Et sa manœuvre pourrait réussir, car en face de manifestations qui dérivent – ne serait-ce que dans une petite partie des cas – vers la violence, la majorité de la population attend des autorités publiques qu’elles mettent fin à la dérive vers l’anarchie, comme préalable à la résolution des problèmes contre lesquels alertent les manifestants.

      Si cette manœuvre réussit, Trump pourrait bien restaurer au moins en partie ses chances de victoire en novembre, qui sembleraient sinon potentiellement compromises par sa performance lamentable face à l’épidémie de covid-19. Nixon fit campagne en 1968 notamment sur la restauration de l’ordre après les émeutes de cette année-là – et il l’emporta.

      (1) https://www.businessinsider.fr/us/trump-calls-for-national-guard-and-military-nationwide-protests-2020-6
      (2) Le 31 mai, un convoi de la Garde Nationale se dirigeait vers Minneapolis, appelé par le gouverneur de l’Etat. La vidéo permet de visualiser de quoi l’on parle https://www.dailymotion.com/video/x7u92r5
      La France n’a pas l’équivalent. La gendarmerie mobile a quelques blindés oui, mais rien de comparable même de loin avec l’échelle de la Garde Nationale américaine, même en tenant compte de la différence de population entre les deux pays. Culture de maintien de l’ordre différente
      (3) https://www.nytimes.com/2006/08/15/us/15governors.html

      1. C’est bien vue cette histoire mais Nixon ne jouait pas sa réélection, son opposant démocrate aurait pu « bénéficier » de l’assassinat du pasteur Luther King… les émeutes et surtout la guerre du Vietnam ont mis au tapi la réélection du candidat démocrate.
        Autre source d’inquiétude, l’état d’esprit des électeurs américains qui ne trouvent rien de motivant pour se rendre aux urnes jusqu’ici va-t-il changer ?…
        C’est pour moi la grande interrogation.
        Un basculement est-il encore possible ? C’est à Joe Biden de tirer les bons fils pour animer la marionnette car nous sommes dans un monde qui va basculer dans d’autres valeurs que celles qui prévalaient et régissaient les conditions de vie et d’élections d’hier, et cet autre monde à construire n’est pas dans le chaudron des présupposés démocrates ou républicains mais « en suspension dans l’air » (Oh, jolie formule):-))
        Je miserai sur ce petit filet de lumière.
        A nos risques et périls.

    2. Pour compléter et corriger mon commentaire précédent : en fait Trump pourrait aller jusqu’à utiliser des unités de l’armée d’intervention sur le territoire américain, pas seulement la Garde nationale. L’Insurrection Act de 1807 donne en effet le pouvoir au président d’utiliser l’armée régulière sur le territoire national pour mettre un terme à troubles civils, insurrection ou rébellion.

      Le précédent le plus récent est l’appel de George H W Bush à l’armée pour intervenir à Los Angeles en 1992 suite aux émeutes de l’époque. Il en résulta un apaisement de la situation – par effet d’intimidation (1)

      « Les officiers militaires confirment également que la simple apparition de troupes fédérales dans les rues américaines a eu un effet calmant, du moins historiquement. Lorsque les troupes de la 82ème division aéroportée se sont déployées à Detroit après quatre jours d’émeutes (aussi proches d’une « rébellion » ouverte que toute perturbation dans l’histoire des États-Unis), les attaques contre la police et la Garde nationale ont cessé. « L’apparition de véritables soldats qui savent ce qu’ils font semble indiquer la gravité de la situation », déclare un colonel à la retraite qui consulte régulièrement la JCS sur les questions militaires. « C’était certainement vrai à Detroit et c’était vrai à L.A. C’est presque comme si tout le monde avait dit, ‘hey, faisons autre chose ce soir' ».

      Je confirme mon fort soupçon que Trump va réussir à profiter de la situation pour apparaître comme le garant des vies et des biens – celui qui seul protège efficacement les gens du lynchage, les magasins du pillage et les monuments historiques de l’incendie. Non seulement il va essayer, mais il pourrait bien réussir.

      (1) https://www.theamericanconservative.com/articles/military-officers-and-vets-uncomfortable-with-trumps-domestic-battlespace/

      1. Trump est prêt à susciter la guerre civile , ce qui est déjà affreux dans n’importe quel pays , mais qui l’est encore plus dans un pays où la population dispose de centaines de millions d’armes .

        La seule issue honorable sera dans la réponse du peuple américain , pour savoir s’il est encore un peuple , c’est à dire  » peuple » et  » un » . s’il y a encore une nation américaine , s’il y a encore un état américain .

        Pour nous , c’est l’Europe le vaccin contre les risques de fureur et de misère .

  2. Merci pour la vidéo.
    Si j’ai bien compris, et si je traduis bien, Jo Biden compare l’histoire des Etats-Unis à « un conte de fées avec happy -end garantie ».
    Étonnant…
    Une chose est sûre, un conte de fée a besoin d’un ogre ou d’un grand méchant loup. Et Trump est parfait dans le rôle.
    Dans les contes de fées l’élimination du méchant amène la happy-end attendue. Dans la réalité ça ne marche pas (plus…) toujours aussi bien.
    Et puis, parler de « fin », étonnant aussi…

  3. L’on dira que Joe Biden n’est pas le meilleur candidat démocrate pour affronter DT, mais dans l’état actuel des choses, n’aurait-il pas intérêt à choisir pour son ‘ticket’, l’afro-américaine Val Demings qui a été chef de la police d’Orlando et proche de Nancy Pelosi ?

  4. Encore un petit tour d’illusionnisme, tout sauf « Trump ». Le passé de Joe Biden au service des classes possédantes ne plaide pas en sa faveur, ni en celle de la démocratie.

  5. Votez pour qui vous voudrez ou ne votez pas pour un président. Peu importe, c’est nous qui gouvernons.

    1. Vous gouvernez ? sans blague, vu comment ça se déroule depuis pas mal de temps, disons depuis 1 millions d’années, je préfère encore m’en remettre à la métamorphose ou aux insectes ou aux météorites ou à l’imagination ou aux cuites de Moussorgski ou même plutôt crever !

  6. Dans les trains il y a un marteau pour casser la vitre pour évacuation d’urgence.
    C’est simple : Biden est ce marteau pour les Américains.
    Certains disent qu’il est marteau, peu importe : il faut sauver en urgence les USA de ce Caligula qui est sur le point de devenir sanguinaire.
    Si vous ne comprenez pas cette urgence, c’est que vous êtes bouchés. Point/barre.

    PS – visiblement même l’armée commencerait à se poser des questions…

  7. Mon commentaire sur l’enregistrement de Joe en train de promettre le déblocage de 1 milliard de $ à l’Ukraine contre la fin de l’enquête sur Hunter n’est pas passé. C’est moi, ou c’est la modération ? Pourtant j’avais beaucoup insisté sur le fait qu’un « enregistrement audio » peut être falsifié, créé de toutes pièces, depuis très longtemps…

      1. Ok, je men doutais un peu. Quand à l’enregistrement qui , je pense, date du temps où Joe Biden était vice président, je me demande bien ce qu’il y a de vrai.

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