Veille effondrement #28 – Les limites à la croissance – une exploration en langage Python, par Charles Vanwynsberghe

Les limites à la croissance – une exploration en langage Python

Article original de Charles Vanwynsberghe | Traduit et mis à jour par Charles Vanwynsberghe. 

En raison de ses prévisions alarmantes sur le caractère non durable de l’évolution actuelle du monde, le livre The Limits to Growth écrit par Meadows et al a eu un succès planétaire lors de sa parution en 1972. Cependant le succès a été éphémère à cette époque, suite aux nombreuses critiques reprochant aux auteurs d’en arriver à les conclusions trop pessimistes et effondristes. Une autre raison compréhensible est que la totalité du raisonnement scientifique s’appuie sur des simulations issues d’un modèle unique nommé World3, alors que ce modèle reste particulièrement complexe pour le lecteur lambda. Concrètement, comprendre l’approche systémique dans le modèle World3 requiert beaucoup de temps et un minimum de bagage scientifique. 

Pour autant, le livre Limits to Growth suscite de nouveau l’intérêt de conférenciers et scientifiques, notamment car différents signaux tangibles remettent en question la durabilité du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Cela peut concerner la pandémie de Covid-19 et toutes ses conséquences sur les flux économiques et physiques, les anomalies climatiques, ou encore l’évolution de différents indicateurs anthropocènes, pour n’en citer que quelques-uns. Aujourd’hui, même l’Agence Européenne de l’Environnement (EEA) est formelle, et affirme que la voie vers une « croissance sans croissance économique » est nécessaire maintenant – si ce n’est pas plus tard sous contraintes physique et systémique. De nombreuses études montrent que les trajectoires observées des flux physiques planétaires restent sensiblement proches de celles provenant des simulations de World3 menant à un scénario de type overshoot and collapse (dépassement de la biocapacité limite puis effondrement). En particulier, cela concerne les simulations :

  • sous le scénario Business as usual, dans lequel aucune mesure radicale n’est prise pour faire évoluer les flux ;
  • sous le scénario technologique dans lequel l’objectif de croissance économique est maintenu, mais un développement technologique intensif permet de réduire tous les effets indésirables de la croissance. Il s’agit à proprement parler du scénario de type croissance verte.

Etant donnés ces faits, il semble plus important que jamais que ce modèle de Dynamique des Systèmes devienne facile d’accès et intelligible au plus grand nombre.

Description et historique du modèle World3

Il existe différentes versions et implémentations existantes de World3, parmi lesquelles on peut facilement se perdre. Premièrement, 4 versions du modèle existent, avec différent choix de paramètres et de structure. A chaque nouvelle parution de livre de Meadows et al, de nouvelles données décrivant les flux et stocks mondiaux sont obtenues, et les simulations sont légèrement ajustées en conséquence. Deuxièmement, différentes implémentations logicielles peuvent être trouvées sur le web. Les implémentations bien connues de World3-03 (la dernière version à ce jour de 2004) fonctionnent sur des outils avec interface graphique :

  • l’implémentation officielle sur Stella (fournie sur le CD du livre de 2004 Limits to Growth: The 30-year Update, qui semble maintenant être en rupture de stock) ;
  • des implémentations non officielles sur Vensim et Modelica.

Notez que la toute première version de World3, détaillée dans le livre technique Dynamic of Growth in a Finite World, a été programmée directement dans un code source en langage DYNAMO. Cependant, en raison de sa forte spécificité à la Dynamique des Systèmes et au matériel informatique de l’époque, DYNAMO est rapidement devenu obsolète.

World3 : 4 versions, 2 implémentations officielles. De gauche à droite, parution des livres en 1972, 1974, 1992 & 2004. Image par Charles Vanwynsberghe.

Ma contribution : une librairie open-source de World3 en Python

Malgré la grande popularité du modèle, il reste étonnamment peu d’implémentations de World3 sous la forme d’un code source dans un langage de programmation standard. J’ai trouvé les suivants :

  • en Javascript, écrit par Brian Haynes;
  • ce même code Javascript a été wrappé en Python, mais avec des fonctionnalités spécifiques dédiées à l’apprentissage par renforcement (une approche particulière du Machine Learning) ;
  • une version Python de l’INRIA, issue d’une traduction automatique du modèle Vensim officiel avec PySD.

La dernière des 3 options semble intéressante à des fins de recherche, mais le code source reste compliqué à lire et comprendre, du fait de la traduction automatisée. C’est pourquoi j’ai préféré repartir sur une nouvelle implémentation de World3 :

  1. basé sur une traduction directe du script DYNAMO original donné dans le rapport technique Dynamics of Growth in a Finite World,
  2. permettant de configurer différents scénarios,
  3. dans un langage de programmation fortement utilisé,
  4. dans un souci pédagogique, aussi clair et limpide que possible !
PyWorld3, disponible sur GitHub. Image par Charles Vanwynsberghe.

J’ai finalement opté pour un code en Python 3 avec le minimum de dépendances. Il appelle des fonctions des librairies scientifiques Numpy & Scipy, afin de gérer facilement les opérations de tableau et les fonctions d’interpolation. Le code est disponible sur GitHub.

Utilisation de PyWorld3 ou PyWorld2 

L’installation de PyWorld3 est décrite sur la page de GitHub. Le code est structuré en 5 parties, correspondantes au 5 secteurs du modèle de monde : la population, le capital, l’agriculture, la pollution et les ressources non-renouvelables. Toutes les variables par défaut permettent d’exécuter le scénario Business as usual. Comme le montre la figure ci-dessous, la simulation produit les mêmes trajectoires que dans le livre original. Cette figure indique l’évolution en fonction du temps de différents « stocks » : la population, la pollution, l’alimentation, la production industrielle et les ressources non renouvelables restantes.

World3, scénario « Business as usual » : comparaison de PyWorld3 avec l’original (Dynamics of Growth in a Finite World, 1974). Image par Charles Vanwynsberghe.

On peut reconfigurer la simulation à souhait en modifiant les valeurs de variables. Par exemple, prenons l’un des premiers résultats de Meadows et al, montrant que doubler le stock initial de ressources non renouvelables ne fait qu’accentuer la crise de la pollution qui s’en suit. On trouve ce résultat dans tous leurs livres parus, car il illustre bien à quel point le comportement du monde (tel qu’il est modélisé) est contre-intuitif, et qu’un raisonnement systémique est nécessaire pour éviter de tomber dans une démarche solutionniste trop hâtive. 

Le résultat peut être reproduit en changeant simplement la constante « nonrenewable resource initial » nri. La figure ci-dessous montre qu’en augmentant progressivement ce stock initial de ressource (de 1e12 à 3e12), le pic de pollution augmente rapidement en conséquence. On remarque également que la population a une phase de déclin plus rapide que la phase de croissance qui lui précède. Ugo Bardi appelle ce type d’évolution l’effet Sénèque, en clin d’œil à la célèbre citation de Sénèque : « La richesse est lente, la ruine est rapide ». Notons par ailleurs que l’effet Sénèque apparaît aussi dans l’évolution des stocks de nourriture et de production industrielle par habitant.

Dans le scénario « Business as Usual », l’augmentation du stock initial de ressources non renouvelables ne fait qu’amplifier la crise de pollution. Image par Charles Vanwynsberghe.

Avec PyWorld3, tous les autres scénarios des livres de Meadows sont techniquement réalisables. Par ailleurs, il est possible de s’atteler à l’étude de la Dynamique des Systèmes avec un modèle plus simple. Pour cela je suggère aux lecteurs de voir PyWorld2, mon précédent projet sur l’implémentation Python du modèle World2 de Forrester. Comme indiqué dans la figure ci-dessous, les courbes révèlent une évolution similaire de type overshoot and collapse. En revanche World2 est nettement moins complexe que son successeur. Plus de détails historiques et techniques sur World2 sont donnés dans l’excellent article de blog d’Arnaud Mignan

World2 : le scénario « Business as usual » avec PyWorld2. Comparaison avec l’original. Les noms des variables correspondent aux ressources naturelles (NR), à la qualité de vie (QL), à l’investissement en capital (IC), au taux de pollution (POLR), et à la population (P). Image par Charles Vanwynsberghe.

Quelques remarques finales

La raison pour laquelle j’ai décidé de coder PyWorld3 (et PyWorld2) est d’avoir un code le plus limpide possible, à des fins pédagogiques ou de recherche. Cela répondra probablement à vos besoins. Et si vous avez en vue de faire du Machine Learning ou de l’analyse statistique, une implémentation sous forme de code source semble être une bonne option, car les appels de fonctions sont rapides, sans le besoin de wrapper les fonctions d’un logiciel tiers. 

Cependant, si vous souhaitez réaliser votre propre modèle en partant de zéro, je ne recommanderais pas l’écriture sous forme de code source, qui serait bien fastidieuse… En Dynamique des Systèmes, un modèle est défini par une série d’équations, généralement en grand nombre et intriquées entre elles. Coder cela en programmation séquentielle est laborieux, et c’est la raison pour laquelle les outils par interface graphique (Vensim, Stella, etc.) existent. 

Si vous voulez avoir le meilleur des deux mondes (aisance de conception et efficacité du code), la conception avec Vensim suivie d’un port automatisé vers Python avec PySD semble être une solution à explorer.

Références

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55 réflexions sur « Veille effondrement #28 – Les limites à la croissance – une exploration en langage Python, par Charles Vanwynsberghe »

    1. Cela n’aide pas à respirer de mourir avant. Nous sommes oppressés comme tout le monde. Surtout que les gens au pouvoir sont plus jeunes que nous mais s’en tiennent au « monde d’avant ». Alors qu’on s’attend au surgissement d’un « Ordre nouveau » qui sera possiblement une régression sans nom. On voudrait voir la jeunesse changer le monde, avant de ne plus respirer. Même si nous, à leur âge, avons finalement échoué.

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      1. Aider à respirer de mourir avant, c’était mon humour à deux balles.
        Moi aussi j’aimerais espérer dans les plus jeunes.
        Mais « l’âge ne fait rien à l’affaire »…

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  1. Pouvez-vous donner votre sentiment sur la courbe « nourriture par habitant »?
    Selon Meadows et al., elle décline vers 2025.
    Dois-je commencer à faire des provisions?
    Plus sérieusement, ce décalage -apparent, nous ne sommes pas en 2025- entre simulation et réalité a été relevé par certains commentateurs.
    Par ailleurs, selon votre image « World 2 », « ma » qualité de vie baisse depuis ma naissance.
    Sur certains points, et non des moindres -effondrement effarant du vivant, notamment-, je l’admets volontiers. Plus difficilement pour d’autres.

  2. Une approche systémique et globale est pour l’instant de plus en plus pertinente. Python aidant, tant mieux.
    Mais …

    Mais ma crainte d’ordre « biopolitique » (faute d’un autre mot) est que le monde se fragmente largement,
    ce qui déconnectera l’approche globale « Meadows » de la nouvelle forme de la réalité (la somme des ilôts, l’allure en « peau de panthère » de la richesse ou du bien-être relatif).

    On devine qu’il y aura multiplications des barrières et de facto cette biopolitique est celle des homo capitalensis qui voient les autres hommes comme du bétail qu’on parque, ou dont on se défend comme des bêtes sauvages.

    Bien des analogies de la fin (lente) de l’Empire Romain seraient valide, avec juste un « x4 » sur la vitesse du film (75 ans vs. 300 ans disons). Par exemple les grecs connaissaient la rotondité de la terre (Erathostène en avait proposé un diamètre assez précis, Aristote avec compris que la lune était forcément une sphère par recoupement des observations, et même bien avant les assyriens maitrisaient une trigonométrie en base 60 « haut de gamme »), mais les romains se sont contentés de savoirs appliqués et applicables, prenant les recettes aux peuples qu’ils assimilaient (l’architecture étrusque et l’art des canalisation, mais dans une version reprise en plus mastoc par exemple, avec le tuff courant en Latium et Ombrie, terres étrusques, les étrusques eux-mêmes étant dépositaires de savoirs « orientaux », lydiens, etc. « Troyes », le mythe de la fondation…). A la fin de l’Empire romain, il y a fragmentation et oubli marqué des savoirs fondamentaux, sauf côté Byzance et monde arabe. L’innovation architecturale digne de ce nom attend quelques siècles le moment gothique, les Irlandais gardent au chaud la tradition écrite qui s’étiole beaucoup (Book of Kells), l’innovation technique attend à peine plus (le XIIIème siècle suivant Jean Gimpel, sans doute dans une vision trop simple (1975) et qui a dû être revisitée depuis ).

    Or ça, malgré l’impression de publications scientifiques de plus en plus nombreuses dans des revues de + en + prestigieuses avec une compétition mondiale (Shanghai etc.) de + en + affûtée, mon impression de l’intérieur est que la fraction de gens qui « comprennent vraiment quelque chose » avec un spectre d’une largeur décente va décroissant. On apprend à creuser son bout de tranchée dans la terre de pseudo-ignorance, on baptise « savoir » les cailloux du fond de ladite tranchée, mais on n’a pas de vision globale des veines et des nappes, de l’archéologie ou la géologie qui donne cohérence aux savoirs et a conduits aux synthèses très avancées de la période 1870-1960 (de Maxwell à Feynman ou Gell-Man disons, via Sommerfeld, Dirac, Einstein, etc.). Avec le biais consistant à appeler « savoir appliqués » les progrès de la biologie (qui peine là où on est dans le dur : les symbioses, les systèmes globaux, peut-on faire mieux que la photosynthèse pour fixer le C du CO2 ?), et même ceux du savoir nucléaire (qui butent sur la question des déchets ou de la prolifération, chaque filière ayant tels avantages et tels inconvénients sur ce thème), on peut concevoir que dans deux décennies, la majorité des cerveaux n’aura plus une « base globale » correspondant en gros au savoir de physique et biologie « classique » enrichi des considérations quantiques, relativistes et « cyber-systématiques » , avec une apogée il y a à peu près 15 ans. Encore vingt ans et l’enseignement aura aussi un peu de mal à percoler. Les équations et les principes seront certes perpétués, mais sans la qualité de la dynamique interprétative qu’on a pu connaitre dans l’expérimentation directe (sans ordinateur, disons), on pourrait arrive à une sorte de papillonnage dans le savoir, avec une sorte de sophistique disant « ceci est nouveau car personne ne l’a dit/vu/cité de cette façon, mais au prix d’une contorsion digne de la longue-vue des Shadocks (où les rayons ne parviennent qu’après N coudes).

    De fait, dans ce cas nous serions fragmentés parce que les agences scientifiques n’auraient plus le jugement pour reconnaitre du « vrai fondamental », et se laisseraient bercer par l’illusion d’un mieux dans le savoir alors que les manques (l’ignorance) restent en grandes quantités sous la surface (tant que le capitalisme carbure plus fort par dessus…), fournissant des occasions d’effondrement de terrain localisés (exemple dans ce sens : la crise de opioïdes aux USA: je te vends une pseudo héroïne qui rend la béatitude aux malades du dos nombreux dans les jobs stressants, mais je te promets-jure-crache que c’est pas addictif. Ne pas savoir mesurer à un facteur 10 près l’addiction en 2010 ? C’est possible, et ça a fait les 300 000 morts de l’épidémie des opioïdes aux USA.).
    Donc même là où nous croyons construire un savoir cumulatif solide « dans les siècles des siècles », un regard en arrière nous indique par quel chemin des leurres pourraient nous aveugler.

    Bref:
    je suis pour l’outil « Modèle Meadows » comme « grain à moudre », en Python cela le rend assurément plus populaire et modulaire (et je collabore à truc avec un semblable goût systemique sur PIB, énergie et savoir pour mettre une pierre dans le jardin des fans de Solow, je promets de penser à python333) ,
    mais je crois qu’il faut aussi savoir « raconter » en quoi ce qu’on raconte pourrait être à côté de la plaque, pour faire une longue histoire courte.

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    1. @timiota
      « mon impression de l’intérieur est que la fraction de gens qui “comprennent vraiment quelque chose” avec un spectre d’une largeur décente va décroissant »

      Oui. N’est-ce pas là une composante majeure du « soliton » ? Je l’appelle « la dégradation inévitable du rapport signal/bruit de l’humanité ».

      Vous connaissez le « S/N ratio » mieux que quiconque, et ce qui peut le dégrader : puissance relative insuffisante des émetteurs d’information pertinente (vous, les scientifiques, par exemple), ces mêmes émetteurs à bande de plus en plus étroite, alors que les récepteurs, à large bande, sont saturés, ou bien récepteurs à bande très étroite aussi (toujours vous), mais débordés par le nombre de fréquences, donc saturés aussi, autrement. Brouillage délibéré et puissant s’ajoutant au bruit de fond involontaire et inévitable lié à l’augmentation du trafic, etc, etc…

      Et ceci, alors que, comme vous le soulignez, l’information qui nous serait, collectivement, la plus utile, est à large bande, justement. Sale temps pour les signaux faibles et les cygnes noirs…

      Je ne vois aucune raison pour que les choses s’améliorent, et je vois venir le moment où personne, ni les politiques, ni les capitaines d’entreprise, ni même les scientifiques (vous verrez !), ne saura quoi penser de quelque sujet que ce soit, en dehors de ce que l’on sait, soi-même, de première main : l’information venant d’autrui sera tellement bruitée qu’elle sera inutilisable. C’est d’ailleurs déjà largement le cas, dans beaucoup de domaines. Je constate que mes recherches sur Google sont de moins en moins fructueuses, surtout à cause du bruit commercial, mais aussi à cause du profilage foireux que Google tente de faire de moi : encore du bruit !

      Limits to growth —-> Limits to information ?

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      1. Très intéressant et très pertinent.
        C’est qu’on utilise le savoir comme on saigne un porcelet égorgé, alors qu’il sert bien et de façon riche s’il circule dans les deux sens comme la sève dans les plantes, sens montant et sens descendant.
        Les quelques cas de Retex réussis dans l’industrie (mes marottes : l’aéroautique civile et l’industrie des semi-conducteurs (chip/wafer/litho/CMOS etc.) me convainquent de cela assez aisément.
        On a donc en quelque sorte la recette sous les yeux (comme l’irrigation de la Huelva de Valencia et son vénérable « Tribunal de las Aguas », ce n’est pas nouveau d’avoir des informations de praticiens qui circulent dans les deux sens d’une hiérarchie finement tissée), mais on ne s’en rend pas compte et on applique un peu partout le mode de la « saignée », dans les version extractivistes, MiltonFriedmanienne, etc. . Quel part de l’hubris spécifiquement masculin là-dedans, j’ouvre un autre débat (en parodie du « ô temps suspend ton vol », faut-il clamer « ô testostérone, suspend ton viol » ? Ou c’est parce qu’on parle de Virilio sur France QQ que je fais le rapport entre virilité, temps accéléré et dommages à notre monde ? ).

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      2. « Je constate que mes recherches sur Google sont de moins en moins fructueuses, surtout à cause du bruit commercial, mais aussi à cause du profilage foireux que Google tente de faire de moi : encore du bruit ! »

        J’ai exactement cette même impression assez désagréable.

        J’ai compensé en utilisant une technique de saut de cailloux/rochers, en cailloux/rochers. C’est risqué parce que ça dépend de la nature du support et de ton niveau saut et du hasard. En fait c’est utiliser un « écosystème » mentale et le parcourir sans tenir compte de rien d’autre que le lien (sentier/chemin/bifurcation) qui s’ouvre à chaque rencontre. Avec retour en arrière possible sur des points durs.

        Explication : Avec quelques repères acquis comme base plutôt correcte du moins pertinente. Par exemple le blog de P.Jorion. Mais pas que, y en a pas mal (sur le net c’est un trésor absolu). Puis suivant informations/données qui se présentent (parfois par le biais d’un commentaire, d’un lien collé par un internaute), saut sur d’autres auteurs/penseurs/intellectuelles/scientifiques comme ça au gré des pérégrinations.

        Parfois tu peux aussi t’amuser en sautant vraiment dans le n’importe nawac, c’est rafraîchissant ou flippant selon et ça donne d’autres cartes ou pistes de découvertes. La variété c’est quelque chose d’intéressant.

        Plus tu parles de langues (correctement et assurément) plus ton champs de saut est ouvert. Le but de mon point de vue c’est la découverte, avec la mise en sacoche de petites pépites de très grande valeur sur lesquelles tu peux revenir pour éclairer ou échanger.

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        1. Vadrouille sur Internet, oui…
          On connaissait déjà le « chemin du dictionnaire » : on cherche un mot, et on y passe deux heures, à lire les mots voisins. Connaissances fraîches assurées !

          1. Y’a une chanson « vadrouille à Montpellier » de Pierre vassiliu.

            Un portrait de femme…
            Il y avait moins de bruit à l’époque mais bien des choses se disaient à voix basses.

  3. Ce qui est énervant, c’est toute l’énergie mise dans un tas de recherches diverses et variées alors qu’il aurait fallu développer les modèles prototypes de Meadows et son équipe.

    En 1972, la mise en équation des systèmes dynamiques et leur résolution était une branche très jeune des maths et techniques de l’ingénieur. Elle ne remontait qu’aux années 50 pour faire voler les avions et les fusées. Qui sait par exemple que le domaines de vol d’un avion de ligne est extrêmement étroit ? 30km/h de plus et c’est l’arrachage des ailes, 30 km/h de moins et c’est le décrochage. J’en connais certain(e)s à qui il vaut mieux ne pas expliquer…

    Alors OK que au début des années 1970 pratiquement personne ne pouvait comprendre ces calculs, et surtout pas des économistes pseudo- prix Nobel. Mais depuis lors ces techniques ont fait des progrès. Elles doivent par exemple être utilisées par le GIEC pour (tenter de) modéliser le climat.

    Mais concernant ce modèle prototype des limites à la croissance façon Meadows, on a l’impression qu’on en est à refaire encore et encore les même calculs en partant toujours des quelques mêmes variables/équations, peut-être une vingtaine au grand max. Alors qu’il faudrait prendre en compte peut-être des centaines de variables et autant d’équations pour tenter de trouver en bidouillant les conditions aux limites une familles de courbes qui finissent par s’applatir pour un régime permanent soutenable.

    C’est désespérant.

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    1. Si on passe à > 50 paramètres, il faut des approches de type « matrice aléatoire » , trucs stochastiques, vous pouvez Googleiser sous Scholar « Stability Optimized Circuit » avec comme auteur ppal Hennequin vers 2014 dans « Neurons » pour un exemple : alignement des valeurs propres de la matrice d’évolution sur une gentille ligne là où il faut pour le calme sans la tempête (un peu comme l’amortissement critique dans la physique de base de l’oscillateur forcé amorti, pour mettre le pied à l’étrier).

  4. Bonjour et merci pour cet article très intéressant,
    Voici une autre étude récente sur le sujet qui aboutit à la conclusion que les prévisions du rapport Meadows étaient en fait très proches de ce qu’on observe actuellement.

    https://advisory.kpmg.us/articles/2021/limits-to-growth.html

    Cette étude, a été réalisée par Gaya Herrington, responsable de la durabilité et de l’analyse des systèmes dynamiques au sein de KPMG aux Etats-Unis.

    Selon le scénario le plus probable, nous nous dirigeons vers l’effondrement de la société et la décroissance subie d’ici 20 ans en raison de l’absence de politique climatique sérieuse.

    Il nous reste une petite possibilité de mettre en place, selon Gaya Herrington, un modèle plus soutenable de prospérité sans croissance (ou avec une croissance très faible) mais plus on attend plus ce sera difficile…

    1. Merci. Cela ne fait que confirmer la remarquable robustesse du travail de Meadows et son équipe voilà bientôt cinquante ans. D’autant plus remarquable avec les données et les moyens (informatique…) de l’époque. Remarquable aussi, mais pas en positif, l’absolu manque de discernement de nos sociétés face à la prospective devenant chaque jour un peu plus réalité. Quelle médaille lui décerner l’an prochain pour le jubilé?
      Bien peu de commentaires pour ce sujet pourtant vital.
      Bien moins que pour les billets sur le Covid. L’humanité se remettra du Covid. Peut-être même faudra-t-il le « remercier ». Pour les leçons qu’il nous aura données. Les leçons du rapport Meadows, elles, ne sont pas prêtes d’être tirées. Il faudra bien plus qu’un vaccin pour nous sauver de l’effondrement.

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    2. Bonjour @Antonin Arlandis, et merci pour votre commentaire.

      L’article de Gaya a un effet de mode (pas si surprenant étant donné le contexte actuel), cela dit il existe d’autres articles passés mettant en comparaison les stocks simulés et mesurés (e.g. Turner en 2008). Mais c’est loin d’être simple de faire cela :
      – autant la population peut se mesurer en [habitants], avec des chiffres relativement fiables de différents organismes, et qui peuvent être croisés ;
      – autant, les autres stocks sont sensiblement plus compliqués à quantifier si on met tout dans la même baignoire :
      – quelle unité pour la pollution ([ppm] de C02 ? [kg] de plastique dans l’océan ? un peu des deux, mais est-ce que faire une somme pondérée a réellement un sens ?),
      – quelle unité pour les ressources non-renouvelables ([tonne] d’acier, d’alu, [TEQ] de combustibles fossiles ?).

      World3 (comme beaucoup de modèles « simples ») restent très pertinents pour créer une rupture avec la logique cornucopienne. En revanche il faut prendre les courbes de stock avec des pincettes : certaines d’entre elles n’ont même pas une unité physique palpable.

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  5. @Charles Vanwynsberghe
    Merci d’attirer l’attention sur la pertinence et l’actualité du modèle de Meadows « Limits to growth ».

    J’avais été frappé du fait que, selon ce modèle, la production industrielle en 2100 était bien inférieure à celle de 1900, et que, de ce fait (pensè-je), la pollution générée devenait négligeable. Comme par ailleurs en 2100 la production alimentaire se rétablit, j’y voyais une possibilité d’évolution viable après 2100 : Limits to cataclysm…

    Or, en faisant varier le stock de ressources initial, votre déclinaison du modèle fait exploser spectaculairement ce facteur de la pollution. Merdalors !

    Comme la donnée « Production industrielle » manque au graphique animé que vous publiez, je ne comprends pas où est le loup : comment peut-on générer autant de pollution sans industrie ? Ou bien, cela signifie-t-il que la production industrielle (non montrée) a explosé elle aussi ? Ce ne serait alors pas cohérent avec les autres courbes…

    Pourriez-vous m’éclairer ? Merci !

    1. C’est une caractéristique de ce genre de calcul avec la fonction exponentielle : il y a des résultats contre-intuitifs.

      Nous ne sommes pas programmé pour ressentir la fonction exp. Ce qui est effectivement un comble puisque nous sommes tous le résultat d’un développement exponentiel (le développement du foetus à partir d’une seule cellule, pas intuitif non plus, il a fallu des millénaires pour comprendre).

      Votre réaction, c’est certainement la raison fondamentale pour laquelle ce travail a été évacué il y a 50 ans.

      1. Je vous assure que je suis très alerté sur la fonction exponentielle…
        Devant le résultat d’un calcul complexe, il faut toujours activer en soi une évaluation d’ordres de grandeur, ou de cohérence de corrélation, pour vérifier qu’il ne comporte pas d’erreur grossière. Ici, nous avons une pollution multipliée par 10 ou plus (ça sort du cadre…), sans augmentation concomitante de la production. C’est impossible. Polluer à cette échelle est une activité industrielle, ce ne peut pas être le fait d’une population en régression massive ne pratiquant que des activités de survie, ce qu’indiquent les autres courbes.

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        1. Sur la simulation mobile , la production industrielle atteint son maximum entre les années 2040-2045 avec l’utilisation des énergies fossiles

          Son impact sur la pollution et l’effet des émissions de CO2 et ses conséquences sur le réchauffement climatique seront majeurs et se font et se feront sur un temps long.

          Sur les courbes World3 Standard run , le pic de production était en 2010 avec une pollution maximisée en 2035 et qui ne sortait pas du cadre !! avec un effet Sénèque moins fort sur l’alimentation( agriculture) , la population , la production industrielle .

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        2. N’ya -t-il pas une nonlinéarité assez simple, du genre « avec des ressources réduites, pour produire un output donné, on est obligé de le faire en mode gaspillage », d’où l’excès de pollution ?

          Ceci dit l’histoire longue de l’humanité (? 100 000 ans ou au moins derniers 200 ans ?) indique que peu de choses ont empêché de faire « plus de PIB avec moins d’énergie » en tendance longue.
          Le XIXème siècle axé sur le charbon est presque une exception, et en somme, le charbon était un peu une débauche énergétique qui convenait à un monde prolétarisé, avec plein de « métiers sales » et un taux de domesticité de l’ordre de 1 à 10 à l’issue de ce XIXè siècle au « Gilded Age » la Belle Epoque (les Aristochats en clair), domesticité « humaine » au début du XIXè et de plus en plus « énergético-machinique » à la fin (autour du charbon et de l’acier pour faire simple). C’est d’après certains ce qui conduit assez « facilement » à une vague de socialisme et de syndicalisme efficace, car le charbon est centralisateur, et nécessite sur toute sa chaine une grosse main d’oeuvre autour de lourdes machines à entretenir et bichonner (mines ou locomotives, usines,…). Le pétrole va pulvériser tout cela, le pipe-line n’a besoin que d’une surveillance marginale, ainsi que le puits, qui est manoeuvré par une équipe de 3 ou 4 personnes en local, puis interconnecté au pipe local dès que possible, jusqu’à la raffinerie (qui reste le point nodal encore aujourd’hui, rappelons que l’Iran ou le Nigeria sont incapables en 2021 de raffiner leur propre production de pétrole à hauteur de leur besoin propre). Un certain Rockefeller avait bien compris où étaient les points nodaux du pétrole et s’est appuyé dessus pour créer le monopole qu’on sait (la Standard Oil).

          Bref, Meadows peut être revu avec des variables globales encore plus éclairantes que les choix historiques du rapport de Rome.

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          1. « avec des ressources réduites, pour produire un output donné, on est obligé de le faire en mode gaspillage »

            Disons plutôt : Comme on sera déjà en mode « crevard », on n’hésitera pas un instant à passer en mode « sagouin ». Dit comme ça, d’accord. Car je ne suis pas sûr que le gaspillage devienne rationnel en situation de stress de ressources…

            Mais même avec cette explication, ça ne fonctionne pas. Si l’on met de côté les poisons et autres perturbateurs endocriniens, la pollution est toujours un certain pourcentage, indésirable, du flux physique transformé, et c’est dans ce sens que le modèle de Meadows l’entend. Prenons le plastique : 2%, au moins, de ce qui est produit finit dans la mer. Donc, pour multiplier par 50 la pollution des mers par les plastiques, avec des inputs identiques (ils seront en fait en contraction dramatique !), il faudrait consacrer toutes les ressources disponibles à fabriquer délibérément de la pollution, à l’exclusion du reste, supposé utile. C’est évidemment absurde.

            C’est bien parce que la pollution est une fonction plutôt linéaire de la production industrielle que la décroissance brutale du modèle de Meadows va exclure, si elle se produit assez tôt, les scénarios les plus catastrophiques du GIEC : moins de production -> moins de CO2 et d’autres pollutions.

            Donc, comme nous sommes incapables d’organiser une décroissance volontaire rationnelle, fonçons dans le mur le plus vite possible ! On va morfler sévère, mais au moins, ça va nous sauver, à long terme ! Vive la bêtise masochiste !

            1. « la pollution est une fonction plutôt linéaire de la production industrielle » : si j’en crois le code source que je viens de consulter, ce n’est pas tout à fait comme cela que le modèle fonctionne:

              – l’indicateur de pollution est la somme des pollutions d’origine industrielle ET agricole.
              – la pollution est une accumulation dans le temps, dépendant de sa vitesse de production et de sa demi-vie dans l’environnement.

              Ceci dit, est-ce que la rétroaction de la pollution sur, en particulier, la production agricole, est un peu sous-estimée? La question me paraît valide. Si l’on inclut le dioxyde de carbone et ses conséquences dans les pollutions, c’est fort probable et nécessitera sans doute une mise à jour du modèle dans un avenir proche.

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              1. @Ambst
                Merci pour cette contribution utile. Il est cohérent de prendre en compte de la demi-vie dans l’environnement, ce qui invalide une partie de mon raisonnement.

                Je reste néanmoins perplexe devant le niveau extravagant du pic de la courbe, qui reste incompatible avec le niveau de la production, y compris passée. D’ailleurs, avec un tel volume, la pollution deviendrait une ressource, suscitant des récupérateurs en tout genre (je veux dire, y compris biologiques), dont la production devrait être réintégrée dans le modèle…

                Je suis perplexe aussi sur le fait qu’il y ait un pic aussi marqué et symétrique : si elle exprime une accumulation avec demi-vie, la courbe de la pollution devrait prendre l’allure d’un plateau quand la production commence à diminuer, suivi d’un profil à décroissance exponentielle commençant quand la production s’annule (ou presque).

                Je vais aller voir le code source, moi aussi. Merci de m’y inviter implicitement.

                1. @Marc PELTIER
                  Après une petite bataille de mise à jour de python, je viens de faire tourner le modèle pour reproduire quelques instantanés de l’animation avec des échelles lisibles. Résultat: pour Non Renewable Resource Initial x2 le pic de l’indice de pollution est à environ 35, pour x3 à environ 80, contre environ 10 à x1. La forme du pic est toujours la même qu’à x1, c’est-à-dire quasi symétrique. Cela n’est pas un facteur 50 mais cela fait tout de même beaucoup et votre interrogation me paraît légitime. Je vais essayer de creuser un peu.

                2. Il y a effectivement une interaction un peu étrange entre les variables ppagr, ppapr et ppasr dans le fichier pollution.py. J’ai trouvé une explication ici, pages 48 à 50:
                  https://pure.tue.nl/ws/files/3428351/79372.pdf
                  …mais j’ai un peu de mal à en comprendre tous les tenants et aboutissants. Une bonne nuit m’y aidera peut-être.
                  En tous cas je suis impressionné par la complexité et la richesse du modèle (je sens le sous-modèle agricole en particulier va me coûter quelques heures dans les jours qui viennent). Comme beaucoup de monde, son nom m’était familier mais se plonger dedans est une autre histoire.
                  Merci Monsieur Peltier d’avoir excité ma curiosité avec ces questions, et ma profonde reconnaissance à Charles Vanwynsberghe pour ce travail.

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                  1. @ambst
                    Ah, super ! Merci de fouiller ainsi les tripes du modèle, vous semblez bien plus compétent que moi pour le faire.

                    Je suis, moi aussi, très reconnaissant à C. Vanwynsberghe d’avoir permis une telle investigation. C’est précisément en critiquant tel ou tel aspect que l’on donne tout son sens à l’ouverture open-source, et à l’utilisation d’un outil relativement accessible, comme Python.
                    Dans cet esprit, ne manquez pas d’informer C. Vanwynsberghe de ce que vous aurez trouvé (et nous aussi, bien sûr)…

                    Nous avons ici, potentiellement, un outil de sensibilisation très puissant, parce que les gens peuvent interagir avec le modèle, et en apercevoir toute la complexité, par eux-mêmes. C’est le même esprit que les séances de « La fresque du climat », et on gagnerait d’ailleurs à associer les deux.

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                3. Quelques petites choses que j’avais du mal à suivre dans l’implémentation de M. Vanwynsberghe ont fini par s’éclaircir. En fait, dans le périmètre des hypothèses faites par le modèle, tout semble cohérent, fidèle au fonctionnement théorique du modèle et je n’ai pas trouvé de loup.

                  Au risque d’énoncer des banalités aux yeux de ceux qui connaissent le modèle world3 (et qui du coup auraient pu facilement nous éclairer), je résume: la pollution globale est l’accumulation des polluants d’origine industrielle et agricoles, et la demi-vie dans l’environnement croît de manière linéaire avec la pollution totale, traduisant l’altération de la capacité d’absorption des écosystèmes à mesure que la pollution augmente. La demi-vie moyenne, tous polluants confondus, est estimée à un an et demie en 1970, et dans le cas extrême correspondant aux dernières images de l’animation (stock initial de ressources non renouvelables égal au triple du modèle standard), ne dépasse pas 7 ans. Le décalage vers l’avenir de la courbe de pollution globale, que vous aviez relevé, Marc, correspond à un délai du 3ème ordre d’environ 20 ans, introduit, d’après ma compréhension, pour modéliser la diffusion progressive des polluants dans l’environnement. Le pic de pollution décalé et de forte intensité est la conséquence de ce délai et de la demi-vie variable.

                  Quelques points intéressants que j’ai relevés lors de quelques exécutions effectuées dans le même esprit, c’est-à-dire en faisant varier le stock initial de ressources non renouvelables, et en affichant également d’autres variables:
                  – Dès que le stock initial de ressources non renouvelables approche le double (resp. triple) du modèle standard, la pollution d’origine agricole prend le pas sur (resp. approche du double de) la pollution d’origine industrielle.
                  – Dans tous les cas, la date du pic des rendements agricole oscille entre 2020 (modèle standard) et 2025 (stock initial de ressources non renouvelables double et triple)! Avant une sévère dégringolade… reflétée par la courbe verte « Food per capita » de l’animation dont l’évolution suit à peu de choses près celle des rendements agricoles. A vos potagers?!
                  – Un stock initial de ressources non renouvelables égal au triple plutôt qu’au double du modèle standard ne retarde pas le pic des rendements agricoles. En revanche, la pollution supplémentaire accumulée repousse à bien après 2100 un rebond des rendements après l’effondrement de 2025-2075.

                  Tout ceci est peut-être déjà écrit noir sur blanc dans les livres de Dennis Meadows… il va falloir passer à la caisse.

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                  1. Merci beaucoup @ambst @Marc PELTIER pour tous vos messages ainsi que les échanges. Navré de ne pas vous avoir répondu avant (pas disponible).

                    Les comportements de World3 sont TOUT sauf intuitifs. Et contrairement à ce que dit @Sous-fausse-identité, cela va bien au-delà des comportements types exponentiels. Cette dernière est la solution d’une équation différentielle linéaire à l’ordre 1, avec 1 variable (moyennant quelques constantes, à la rigueur).
                    World3 (comme tout modèle étiqueté « dynamique des systèmes ») est une équation différentielle, non-linéaire à l’ordre 41 , avec quelque chose comme 200+ variables. Le schéma du modèle est en Figure 1 ici :
                    https://www.researchgate.net/publication/280528186_Understanding_Global_Systems_Today-A_Calibration_of_the_World3-03_Model_between_1995_and_2012.

                    Par conséquent, aucun individu humain (même sortant d’une FAC de Science, école d’ingé aussi bien classée soit elle) câblé normalement peut anticiper le comportement d’un système non-linéaire au pifomètre. Sauf erreur de ma part, les chercheurs/PhD dans ce type de domaine (par exemple en mécanique des fluides, un peu différent car il y a aussi des dérivées partielles) n’ont pas vraiment d’autre choix que de faire des simulations, des études paramétriques, et tentent d’en gratter quelques leçons.

                    @ambst et @Marc : pour être honnête vos questions sont bonnes et je ne m’étais pas plus posé la question (concernant la hauteur du pic de pollution) que cela au moment où ma quête du Graal de reconstituer un code de World3 sans erreur était intellectuellement monopolisante. C’est bien la raison pour laquelle j’ai mis en ligne le code :-), car chacun y trouvera peut-être sa réponse.
                    Et à vue d’oeil, chaque étude paramétrique mènerait à de nouvelles questions.

                    Opinion qui n’engage que moi :
                    j’ai du mal avec les débats (sur le web, scientifiques, whatever) pour savoir si World3 est « faux » ou « juste ». Ça reste un modèle qui offre une expérience de pensée, et il y a plein de raisons qui permettent de douter que le modèle permette de prédire l’avenir. Cela n’a jamais été l’ambition de Meadows et al. La leçon vraiment importante à tirer est que tout système non-linéaire est hautement non-prédictif. Le système Terre étant hautement plus complexe qu’un « simple » World3 à l’ordre 41, je vois mal comment anticiper les conséquences de dérives anthropocènes. Je ne souhaiterais faire de raccourci stupide, mais l’emballement climatique qui inquiète tant les climatologues me semble assez analogue.

                    Si vous souhaitez avoir la bible originale en pdf de Dynamics of growth in a finite world (très difficile à trouver en ligne), MP moi.

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    2. Je pense avoir un embryon de réponse à ma propre question, en supposant que le modèle ne présente pas d’anomalie :

      Si, comme l’a trouvé ambst, le facteur « pollution » correspond à une accumulation des divers polluants, avec prise en compte de leur demi-vie dans l’environnement, alors le C02, avec sa demi-vie supérieure à 100 ans, en représente une partie de plus en plus dominante, en fonction du temps. Il faudrait donc comprendre « pollution » comme signifiant essentiellement « CO2 ».

      Comme le paramètre que l’on fait varier, d’un facteur 3, décrit les « ressources naturelles », on y inclut certainement les combustibles fossiles.
      L’explosion de la pollution révèlerait alors l’existence d’un véritable « mur du CO2 », si l’on était libre de poursuivre l’extraction de combustibles fossiles au-delà de ce qui semble disponible aujourd’hui.

      Ce serait un résultat capital, car les rapports du GIEC, à ma connaissance, ne mentionnent pas ce concept. Ils se bornent à montrer les conséquences de l’accumulation du CO2 en fonction des ressources actuellement reconnues et exploitées, et c’est déjà assez grave !

      Autrement dit, ce que montrerait le modèle, c’est que, s’il advenait que l’on découvre un gisement d’hydrocarbures colossal, il faudrait absolument le laisser sous terre. Beaucoup le savaient déjà, mais là, ça deviendrait irréfutable. En pratique, cela conforte la position de ceux qui pensent qu’il faudrait INTERDIRE, dès maintenant, toute recherche de nouveau gisement. Pierre de touche politique, s’il en est !

      Pour ce qui est du modèle, qui a une vocation pédagogique, il serait préférable d’exprimer séparément le couple « combustibles fossiles /CO2 », plutôt que de l’agréger avec d’autres composantes dans le couple « Ressources / Pollution ». Cela éviterait d’induire les questionnements qui se sont imposés à moi. Quand le modèle a été créé en 1970, la problématique du climat et du CO2 n’était pas présente comme aujourd’hui, ce qui explique probablement la présentation choisie.

  6. Bonjour

    Le modèle de courbes mobiles est basé sur 5 composantes:

    – énergies non renouvelables : part restante qui se décale dans le temps
    – alimentation
    – population
    – production industrielle
    – pollution

    La variabilité des courbes est la conséquence de la variation des énergies non renouvelables dont l’espace de calcul qui commence à 1(initial) et fini à 3, conséquence de l’augmentation des extractions et des nouvelles découvertes passées et de leur utilisation.
    Lors de la mobilité des 5 courbes , on peut voir le compteur énergies non renouvelables défilé

    Il y a donc un coefficient multiplicateur évolutif qui fait donc varier l’ensemble des courbes

    avec un effet Sénèque qui sera d’autant plus violent avec le décalage dans le temps.

    Chacune de ces composantes peuvent se démultiplier en de nombreux sous-ensembles:

    – pollution:
    *pollution de l’air : émission de CO2 avec, entre autres , réchauffement climatique
    * pollution de l’eau des sols ,des océans , des lacs
    * pollution des terres
    * impact exponentiel
    * …..

    – population :
    * disponibilité alimentation
    * politique de planning familial
    * pandémie
    * réchauffement climatique
    * ……..

    – alimentation :
    * agriculture
    * qualité des sols
    * produits phytosanitaires
    * engrais
    * OGM
    * mécanisation
    * biodiversité ( abeilles,…)

    – production industrielle
    * mécanisation , automatisation
    * matières premières ( minerais , énergies fossiles ,…)
    * …..

    – énergies non rénouvelables
    * disponibilité dans le temps selon le type d’énergie
    * potentiel énergétique selon le type d’énergie ( pétrole+gaz+charbon vs uranium)
    * dégressivité d’utilisation
    * …..

    L’intérêt de ces courbes mobiles est qu’elles donnent une vision relativement simple des processus à venir.

    De plus ce modèle créé est en open source et pourrait être incitatif pour des étudiants ou chercheurs intéressés

    « La raison pour laquelle j’ai décidé de coder PyWorld3 (et PyWorld2) est d’avoir un code le plus limpide possible, à des fins pédagogiques ou de recherche » (Charles Vanwynsberghe)

    Par contre les interactions entre les différents sous ensembles de chaque composante entrainent des complexités de calcul qui nécessiteraient des équipes pluridisciplinaires sur un projet global avec comme conséquences des propositions claires , chiffrées, applicables rapidement pour limiter l’impact de l’effet Sénèque à venir et qui arrivera.

    => dynamique des systèmes

    Le travail de Meadows , il y a 50 ans , a fait suite à une demande ,financée , du Club de Rome.

    Mais comme disait Michel dans son premier commentaire : 50 ans de perdu

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    1. Parmi les très nombreux liens entre items/composantes, et non le moindre: pétrole – agriculture. Pour les machines bien sûr (mais on peut « rêver » à des tracteurs électriques), mais aussi et peut-être surtout les engrais. A bannir diront les écolos. Vous connaissez un programme, même « vert » qui promet (je dis « promet »: un programme, surtout politique, promet toujours) de se passer des intrants de synthèse, engrais et autres biocides, dans le laps de temps pourtant prévu pour une conversion en bio, soit trois à cinq ans? Faudrait peut-être demander à Jadot ou à Piolle. Lesquels promettent cependant de se passer de nucléaire en dix ans (si j’ai bien lu entre les lignes de l’interview exclusive donnée par ce dernier à mon quotidien régional). Mais pas de pétrole. Décarboner un mix électrique qui l’est déjà, c’est plus urgent que de se débarrasser des fossiles. Curieux.

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      1. …  » e laps de temps pourtant prévu pour une conversion en bio, soit trois à cinq ans?  » ..

        Au cas où cette évidence serait pour beaucoup occultée..
        Pour ceux parmi nous qui « ont » déjà en bio-culture de survie un lopin de terre amoureusement entretenu (et sans doute rentabilisé en « noir ».. ) , va vraiment falloir réfléchir à l’avenir (type « Rambo » ou type « léopard des neiges »).
         » Plus longue sera la chute , mais identique fin..  »

        A moins de devenir serf d’un potentat local new look..

    2. Je suis sûr que le modèle a été construit avec sérieux, mais cela n’a jamais exclu une erreur : ici, je m’interroge sur la cohérence. Il faut comprendre ce que les courbes signifient, et ne pas leur faire une confiance aveugle, sous prétexte qu’il s’agit d’un calcul.

      Je perçois dans l’évolution de la pollution une contradiction évidente : le graphique non animé, conforme au rapport Meadows, montre une production industrielle négligeable en 2100. En faisant varier un seul paramètre, vous multipliez par peut-être 50 (ou bien plus !) la pollution. Mathématiquement, c’est possible, bien sûr !

      Mais physiquement, ça n’a pas de sens, réfléchissez-y : polluer 50 fois plus qu’aujourd’hui, c’est avoir une activité industrielle démultipliée d’autant, c’est à dire débridée d’une façon difficile à imaginer, même sans situation de crise. On ne peut pas polluer autant juste en plantant des patates pour survivre. Il faut en mettre un sacré coup ! Autrement dit, une telle pollution est impossible à mettre en relation avec les autres paramètres, qui nous parlent d’effondrement.

      Une telle anomalie est typique d’une variable « non bouclée » dans le modèle, c’est-à-dire évoluant mathématiquement sans contrepartie physique complète.

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  7. A propos d’énergie.
    Ça y est. Avec un peu de « chance » (?), bientôt (une génération? fin du siècle?) de l’énergie à gogo: quasi illimitée, garantie zéro CO2 et si possible pas trop chère. Elle est pas belle la vie? Tout va pouvoir continuer comme avant. Huit, bientôt neuf milliards de bipèdes qui consommeront autant qu’un états-unien boulimique (et vraisemblablement diabétique). Mais « le climat » sera sauvé.
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/08/18/fusion-nucleaire-une-avancee-historique-realisee-par-un-laboratoire-americain_6091692_1650684.html
    C’est vrai que Meadows n’avait pas pensé au climat.

    1. La fusion a aussi peu de chance de se généraliser que le nucléaire actuel (pas de bon retex, pas d’adoption facile, le nucléaire stagnera à 500 ou 1000 réacteurs en gros et ne fera pas les 6000 qu’il faudrait, il n’y en aura pas en Lybie, en Tanzanie, en Birmanie, en Equateur, en Albanie, etc. : pb géopolitique + géo-sismique + …)

      1. Quelle brutalité ! Il n’y en aura pas ici et là : qui décide cela ? ET pourquoi pas a) les 6000 seront ailleurs ou b) seront bien là mais avec un autre régime ?
        Selon les critères  » pb géopolitique + géo+sismique +…) ? Selon ces critères-là, pas de nucléaire au Japon ! (tremblements), pas de nucléaire aux USA et autres démocraties (risque de Trump…)
        Pourtant, je suis anti-nucléaire. Ici je réagis au raisonnement des dominants.

        1. Oui, ben le nuke au Japon, c’est plus ce que c’était. Ils ont eu une pause de sismisme dans certains régions depuis 1920 et du coup leurs calculs de sûreté ont été mis en cause par Fukushima, c’est le « cas limite », où le haut niveau technique avait encouragé d’y aller « quand même », et avec un peu de chance il ne se serait rien passé jusqu’en 2040 ou 2050, si les failles défaillaient à craquer encore un peu.

          En Indonésie, en Iran, en Italie, en Turquie, (par exemple) le sismisme donne des conditions aux limites décourageantes aux investisseurs, disons.

          En Chine, j’attends de voir si le point à 50% de nuke dans l’électricité pourra survenir avant 2040, c’est pas impossible… mais pour quelle conso ? Celle d’1 milliard au niveau occidental (disons 0,5 USA ?) ?

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  8. Pour la fusion et le projet Iter

    premier prototype industriel pas avant les années 2050 !!!!

    « PROTO agirait comme un prototype de centrale électrique, prenant en compte toutes les améliorations technologiques des projets antérieurs et démontrant la possibilité d’une production d’électricité commerciale de fusion. Il pourrait s’agir d’une deuxième partie de l’expérience DEMO / PROTO  »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/PROTO_(r%C3%A9acteur)

    1. C’était un peu de la provoc’, vu le côté enthousiaste du papier du Monde relatant la chose.
      M’est avis que je ne serai plus de ce monde depuis longtemps avant que ça se fasse si ça se fait.
      Ça n’empêche pas les chercheurs de chercher (ni moi de dormir).
      https://www.youtube.com/watch?v=Ky5I9zaMQYg
      Et les Chinois d’y croire (ou de faire semblant de le faire).
      https://www.novethic.fr/actualite/energie/transition-energetique/isr-rse/bonne-nouvelle-fusion-nucleaire-la-chine-bat-un-nouveau-record-de-temperature-a-160-millions-de-degres-149915.html

      1. Les Chinois ont de la suite dans les idées

        article bbc de 2006:
        https://www.bbc.co.uk/blogs/newsnight/2006/06/china_goes_to_the_moon_for_helium_3_by_2024.html

        article de 2016
        http://www.spacesafetymagazine.com/space-on-earth/everyday-life/china-helium-3-program/
        « La civilisation humaine, aujourd’hui et dans un avenir prévisible, a déjà besoin de plusieurs ordres de grandeur d’énergie, tandis que la consommation d’énergie par habitant doit également augmenter de manière spectaculaire, si nous voulons éliminer la pauvreté et transformer l’industrie, l’agriculture, les transports et la gestion de l’eau partout dans le monde. » (traduction)

        En 2019 , ils vont sur la face cachée de la lune !!!
        https://www.lci.fr/sciences/l-helium-3-la-vraie-raison-de-la-mission-chinoise-chang-e-4-sur-la-face-cachee-de-la-lune-2109686.html

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  9. C’est peut-être pas pertinent de comparer du béton et du vivant, mais rien à faire, ça m’effraie quand même un peu (beaucoup).
    Ça se retrouve d’une certaine façon dans les courbes « ressources » de Meadows. Le béton ne retournera à rien (sauf en granulats pour autoroutes, moyennant un peu d’énergie) et le Vivant « naturel » ne reviendra pas, au moins au-delà de certaines limites (espèces disparues, atteintes aux équilibres des écosystèmes, sans parler du climat). La masse du vivant domestique a déjà dépassé celui du « sauvage ».
    https://usbeketrica.com/fr/article/2020-l-annee-ou-la-masse-de-l-infrastructure-humaine-a-depasse-celle-de-la-biomasse-presente-sur-terre

    1. Croissance de la population de la terre sur 2000 ans

      http://odeurdelaterre.o.d.pic.centerblog.net/o/a9cca1a7.jpg

      Evolution de la population au Japon:

      – maximum : 128 millions en 2005
      – décroissance démographique à partir de 2006
      – 2020 : 125,5 millions
      – la population japonaise devrait passer ( étude du Ministère de la Santé japonais 2012)
      * sous la barre des 100 millions d’habitants d’ici 2048,
      * approcher les 86 millions en 2060

      1
      1. Je suis toujours impressionné par ces chiffres du déclin démographique japonais. Curieusement passé le plus souvent sous silence. Trop d’hommes, pas assez de femmes. Théoriquement, plus un seul Japonais dans trois siècles. Il sera tombé de la neige sur le Fuji d’ici là.
        C’est pas beaucoup plus brillant du côté russe. Là, c’est trop de femmes, pas assez d’hommes. L’effet vodka.
        https://www.sudouest.fr/international/russie/russie-baisse-de-la-population-de-plus-de-500-000-personnes-un-record-1143979.php
        Ça va laisser de la place pour les Chinois en Sibérie.
        Il n’iront sans doute pas s’installer en Italie.
        https://www.courrierinternational.com/article/analyse-linarretable-declin-de-la-natalite-italienne
        De quoi accueillir quelques réfugiés climatiques. Le temps que le climat aride rattrape la péninsule.

        1. Concernant le Japon, s’il est un pays très ouvert au commerce international, cela va sans dire, c’est un des pays assez fermé si l’on considère la part des immigrés dans sa population, ce qui explique en partie le vieillissement de sa population.. 1,7 % de la population est immigrée au Japon, 12,3 en France.

          https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2019-2-page-1.htm

          Le gouvernement essaie depuis peu, encore timidement, d’y remédier :
          https://www.nippon.com/fr/in-depth/a06004/

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          1. Merci pour ces précisions bienvenues. Sur la « fermeture » du Japon, lire (et relire) Chronique japonaise de Nicolas Bouvier, alternant avec sa verve et sa plume exceptionnelles le récit de son premier séjour dans l’archipel et l’histoire de ce pays dont il a su si bien traduire les contrastes. Admirable, comme toute l’oeuvre de Bouvier.
            Pour en revenir au « cas » italien, il n’est pas isolé en Europe. Le déclin démographique espagnol est aussi remarquable. Malédiction méditerranéenne?

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    2. Salut Michel

      Tiens, cadeau, petite animation de 5 mn représentant la « masse/quantité » des animaux domestiques sur Terre avec mise à l’échelle en 3D !

      Y en a pleins sur tout et n’importe quoi. Très visuel, donc très parlant !

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