Veille effondrement #40 – Dé-pleurer Babylone ?, par Yoann

Bonjour Mr Jorion, cette série apocalyptique baptisée « veille de l’effondrement », a pour le moins le mérite de dévoiler vos convictions profondes pour qui sait entendre. Babylone tombe et vous semblez la dé-pleurer.

L’absence de dimension spirituelle (faisant défaut chez de nombreux penseurs contemporains), teinte cette série d’effroi. Les scénarii imaginés occultent une réinitialisation de nos manières de vivre, réduit à : croitre ou mourir, s’adapter tous ensemble ou crever.

À l’écoute de vos dernières pensées : Soit nous projetons la vie hors de la terre, soit nous bâtissons un surhomme sur la base de critères « scientifiques » pompeusement limités, soit nous laissons des artéfacts autonomes nous survivre, à l’image de la folie des hommes. Quid des autres scenarii ? Nada. La notion d’effondrement se voit assimiler à celle du chaos et sa filiation « survivaliste » est balayée d’un revers de manche, sans nuances. Cette adaptation majeure et instinctive, nous ramènerait à des groupes plus petits, plus singuliers, aux défis nombreux, dont l’un des premiers serait de ne pas répéter l’erreur de se voir aussi grand que le bœuf.

C’est bien là que le bas blesse, sommes-nous obligés de tendre vers un grand tout ? Cette Babylone, sanctuaire du genre humain unifié, érige sa grandeur comme une réussite indépassable, et séduit par les atouts de ses forces motrice que sont le progrès, la richesse, le pouvoir et ses petits jouissances. Est-ce la seule forme accomplie à toute organisation humaine? Sommes nous capables de renoncer à ces charmes et accepter de vivre autrement ici-bas ?

Je connais un sage qui me disait un jour : « le but de la vie est de s’essaimer dans l’espace au delà de notre îlot d’origine ». Lui progressiste, moi écologiste, je me suis permis de lui rappeler le Mythe de la genèse, où Noé en charge de sauver la vie de la catastrophe annoncée, prend soin de conserver un couple de chacune des espèces (sauf les licornes, quel dommage!). La nécessité de transmettre « la vie » et pas seulement celle des hommes !

Autre coup dur pour notre orgueil, nous avons déjà largement réduit les autres espèces ces dernières décennies, et cela ne cesse de s’accélérer. Qu’aurions nous à donner ou à transmettre, voir à essaimer ? Vous craignez la piraterie des hommes livrés à eux même dans un chaos sur terre, mais que serait l’humanité errante dans l’espace à la recherche d’îlots de survie ? J’y réponds sans détour : Des pirates de la pire espèces ! Des extra-terrestres !

Pire sur terre, les survivants pourraient en plus d’une adaptation aux éléments déchainés, avoir à combattre les glorieuses créatures produites par les regrettés nostalgiques du progrès.

Cette folie nous savons d’où elle s’origine : dans l’attachement aux vices et la peur de mourir.

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22 réflexions sur « Veille effondrement #40 – Dé-pleurer Babylone ?, par Yoann »

  1. Je ne comprends pas comment une dimension spirituelle va nous aider à réinitialiser notre manière de vivre, et ce bien sûre, pour l’ensemble de l’humanité. L’Occident « démocratique » (on met de côté l’ex-Tchécoslovaquie et .. j’en passe) vit en « paix » uniquement grâce à l’équilibre de la terreur qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Pratiquement tout le reste du monde continue d’être secoué par des guerres, en grande partie déclenché par nos soins.

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    1. L’équilibre de la terreur certainement, mais vous oubliez l’existence du téléphone rouge au plus fort de la guerre froide, ce fil ténu qui maintenait une forme de philia entre les deux protagonistes, certes de façon tout à fait minimaliste, mais bien réelle. Il s’agissait de Kennedy et Kroutchev .
      Reagan et Gorbatchev parvinrent eux à la désescalade dans la course aux armements, ce qui supposait que l’un deux fît le premier pas. Ce qui est une condition de toute réciprocité, et donc d’un dialogue possible. Reagan avait lancé le programme dit de « la guerre des étoiles » qui mettait l’URSS le dos au mur. Gorbatchev actant sa défaite renonça au rêve d’une Union soviétique conquérante, initiant alors la glasnost et la pérestroïka, ce qui évita à son peuple et au monde un effondrement dans la violence.

    2. « Je ne comprends pas comment une dimension spirituelle va nous aider à réinitialiser notre manière de vivre ».
      Mais c’est l’abandon même de la spiritualité au profit de la rationalité qui nous conduit droit dans le mur. Et les rationalistes de condamner d’un revers de main la spiritualité en l’amalgamant par ignorance à la religion. Pourtant, Paul Jorion est bien placé pour savoir — permettez moi ce parallèle — que l’économie n’est pas un problème en soit, c’est la « religion féroce ». Ne serait-il pas temps de reconsidérer la dimension spirituelle de l’humanité, tout en se défendant contre les religions ?
      Pour répondre plus concraitement à votre question, ma démarche personnelle m’a amené à prendre conscience qu’au delà du simple besoin de me nourrir, je portais en moi la peur de mes parents, après la guerre, de manquer de nourriture. Je porte en moi aussi cette culture bien français qui considère comme « bon vivant » une personne qui en réalité abuse de la nourriture et met en danger sa santé. Prendre conscience que j’appartiens au vivant (et non l’inverse) m’a permis d’établir une autre relation à la nourriture, bien plus saine (du point de vue de la rationalité médicale) et bien plus en accord avec le besoin de sortir de nos habitudes de surconsommation et de gaspillage (responsable pour partie au moins de notre gabegie énergétique). Et j’ai encore une belle marge de progression 😉

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      1. @Pascal

        Qu’entendez-vous exactement par spiritualité ? Est-ce la quête de sens sur le pourquoi que notre existence ? Est-ce la quête de moralité, sur le besoin de savoir comment réaliser le plus sainement possible cette existence ? Est-ce la croyance en un être supérieur ? Ou est-ce autre chose ?

        La spiritualité, pour moi, c’est donner une totale liberté à son esprit, pour qu’il trouve le chemin vers le Bien. L’esprit ne peut être libre si le corps est encombré de matérialismes et d’avidités. S’éloigner du consumérisme en ce sens libère l’esprit. Mais l’esprit doit également être libre de tout carcan ésotérique, qu’il soit religieux ou non. Tout mouvement « spirituel » se devrait de ne pas enfermer dans des rites, des us, des obligations, des conditions, … Cela ne devrait n’être qu’un guide pour ceux qui en ont besoin, en aucun cas une « obligation sociale » quelconque. Tout le monde n’a pas besoin d’être guidé. S’il y a bien une liberté qui doit être totale, c’est bien celle de l’esprit.

        Notons que, de toutes les libertés (celles du corps et celles de l’esprit), c’est celles de l’esprit que les dictateurs cherchent à limiter le plus. Ce n’est pas un hasard.

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        1. @ François
          Bien que j’ai un peu de mal avec le mot « exactement « , je vais tenter de répondre au moins partiellement. 😉😮
          Qu’est ce que j’entends par spiritualité ? Je vous retournerais bien volontiers la question : qu’est ce que vous entendez par esprit ?
          N’étant pas érudit, je vous parlerais de mon expérience. La vie a développé en moi (comme je pense chez la plupart des êtres humains ) une vive activité intellectuelle. Peu enclin aux sentiments dans ma jeunesse, je me suis focalisé essentiellement sur la raison et le raisonnement. J’aime bien les math parce c’est carré. Malheureusement (ou heureusement ), la vie m’a fait comprendre que la rationalité mathématiques ou scientifique avait ses limites. Et comme dit Hubert Reeves, aucune équations mathématiques ne pourra exprimer la beauté d’un coucher de soleil.
          Il m’a fallu renouer avec mes sentiments sans renier toutefois la raison. J’ai toujours eu du mal avec la morale quand j’ai compris que ceux qui la prônent sont très souvent ceux qui s’en dispensent ou bien qui se mettent dans une situation intenable qui les rend malheureux.
          Pour moi, tout cela relève de l’esprit humain ou de nos capacités autres que physiques.
          Un long travail m’a permis de prendre conscience que ma liberté de pensée n’était qu’une illusion devant l’influence profonde (voire déterministe) de mon éducation, de ma culture et de mon environnement social.
          Et puis il y eu des événements de la vie qui m’ont bouleversé, ébranlé et pour lesquels la raison, les sentiments, la culture ne m’étaient d’aucun secours. C’est alors que je me suis tourné vers la méditation, puis la pleine conscience et ensuite le yoga. J’ai découvert par ces pratiques que je possèdais des capacités (comme tout être humain qui en fait la démarche ) de me « libérer » au moins en partie de mon activité intellectuelle pour accéder à autre chose. Accédant à cette autre chose, mon regard sur la vie et mon expérience du monde ont commencé à changer.
          Voilà ce que serait la spiritualité pour moi, une autre forme de conscience

    3. Oups. Sans spiritualité, nous ne sommes rien, ou du moins pas grand-chose. Je ne suis pas sûre d’apprécier un environnement en étant dépourvu ( je peine d’ailleurs bien souvent à la retrouver au quotidien autour de moi, et cela n’est pas réjouissant). A cela s’ajoute une deuxième dimension de la spiritualité, plus complexe et infiniment plus profonde, mais c’est là une autre histoire.

    4. Le pessimisme de Paul Jorion est déstabilisant et profondément lucide.
      Comment ne pas l’être ?

  2. Très joli titre « Dé-pleurer Babylone » (sans interrogation) qui me console un instant de cette Shoah planétaire.
    Disséquer le Reich c’est fait.
    Si l’on pouvait arrêter le temps … (pas raisonnable).
    Tant que la communication n’est pas coupée ça va encore …
    Soyez prévoyant ou pas.
    Parlez-en autour de vous ou pas.
    Soyez attentifs à toutes autres formes « d’effondrement » ou pas.
    Continuez à réfléchir ou pas.

    L’impossible n’est jamais sûr.

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  3. Bonjour, VEILLE EFFONDREMENT // 40 BABYLONE :dans le 2ème paragraphe, vous précisez l’absence de dimension spirituelle (faisant défaut chez nombreux penseurs contemporains). Oui, il faut penser plus aux autres que son nombril. Dans un temps passé, j’utilisais le mot scenari pour l’immobilier. Dans les Scénaris imaginés, il faut se réapproprier l’idée d’économies de moyens comme l’a précisé Mr Virilio (décédé en 2018) dans une vidéo du 18/08/2021 qui lui est dédiée sur F.Culture dont l’intitulé est : (d’accidents en catastrophes).
    Il parlait de Dromotologie (Dromos = la course en grec, et de logos = la science). Penser aux irréversibilités.!!!!!!!!, donc ce qui signifie je crois, tous s’ADAPTER tous ENSEMBLE en même TEMPS ou une disparition voire lente ou douloureuse. A propos de l’erreur de ne pas se voir aussi grand que le bœuf, il faudra là aussi manger moins d’animaux (moins de gras, économie d’eau, de soja), etc. J’oserai renommer Mr Boeuf – chercheur/biologiste écologiste qui a été Président du Muséum National d’Histoire Naturelle (visité/Paris). Dans sa vidéo récente de Juin 2021, il parle d’IMPREVOYANCE (nature avec humains dedans (campagne & villes). Nous vivons dans un grand tout et il faut y songer souvent, nous y sommes liés par la matière et l’énergie de chacun et par l’esprit (capacité de charge, de densité, de diminution, de durée, d’environnement)…Je pense que nous pouvons dépasser le clivage (richesse, & pouvoir/gloire et beauté), revenons à l’essentiel et à des choses simples, oui ACCEPTER DE VIVRE AUTREMENT, sans la vitesse, mais dans l’air/ère présent, s’adapter à l’informatique (dans mon cas professionnellement ce ne sera pas le cas)!!! J’ai éclaté de rire en lisant la réponse : dans l’ESPACE aussi grand à la recherche d’ilots de survie des pirates pire espèce des extra-terrestres VERTS!!!! Ne plus avoir peur de certaines choses, de mourir, de l’échec, etc…affronter la réalité est un sacré DEFI du quotidien pour tout le Bonheur du Monde. On vous souhaite tout le bonheur du monde Et que quelqu’un vous tende la main Que votre chemin évite les bombes Qu’il mène vers de calmes jardins On vous souhaite tout le bonheur du monde Pour aujourd’hui comme pour demain Que votre soleil éclaircisse l’ombre Qu’il brille d’amour au quotidien Oh, puisque l’avenir vous appartient Puisqu’on n’contrôle pas votre destin Que votre ENVOL EST POUR DEMAIN COMME TOUT C’QU’ON A À VOUS OFFRIR NE SAURAIT TOUJOURS VOUS SUFFIRE Dans cette liberté à venir Oh, puisqu’on n’sera pas toujours là Comme on le fut aux premiers pas….. Isabelle CORLAY

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  4. @ Yoann,

    La peur de mourir est – selon moi – le point central du problème : nous savons que nous naissons pour mourir (un jour ou l’autre). Or, nous passons notre temps à retarder l’échéance de la mort (qui est pourtant inéluctable) et, ainsi, feindre une forme d’éternité.

    Parce que la question de la mort est un sujet que nous n’abordons plus – que ce soit spirituellement ou philosophiquement… ou juste du bout des lèvres (comme si la citer explicitement allait nous braquer le mauvais oeil sur nous).

    D’ailleur la notion même de « survivant » implique qu’il y a du mort : vous dites tout haut ce que des personnes n’osent penser tout bas.

    1. « Parce que la question de la mort est un sujet que nous n’abordons plus – que ce soit spirituellement ou philosophiquement… »
      Oui, et paradoxalement, nos médias ne parlent que de ça, que de la mort. Michel Serre le soulignait déjà il y a 30 ans dans une conférence.

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      1. @ Pascal,

        Il est vrai qu’il y a comme un paradoxe dans le fait que nos médias n’ont de cesse de parler crument de la mort (directement ou indirectement) physique et/ou biologique alors que nous peinons à évoquer le sujet sur le plan spirituel et/ou philosophique.

        Le summum était le dénombrement quotidiens des morts de la covid dans nos médias – qui ne reste quantitatif – sans mettre de visage(s) sur ces morts. Il y a comme une déshumanisation médiatique de la mort… C’est à la fois vous, moi… et en même temps personne.

        1. @Benjamin
          Vous connaissez peut être la loi journalistique du « mort kilomètre  »
          https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/loi-mort-kilometre-2019-10-18-1201055262
          Vous remarquerez que la journaliste nous l’explique comme une « rationalité » la notion de proximité mais elle fait abstraction totale de la notion de mort.
          Peut être une explication psychanalytique de notre ôte ?
          Notre esprit rationaliste, scientifique nous explique sans cesse « comment la mort » — aujourd’hui, la mort est toujours expliquée par un cause (maladies, accident…) mais on ne meurt plus de « mort naturelle » ou de sa « belle mort « ) — la science et la rationalité achoppent toujours sur « pourquoi la mort ». C’est normal puisqu’il n’y a pas de réponse, tout comme il n’y a pas de réponse à « pourquoi la vie ». Pourtant, chacun de nous est empêtré dans ces questionnements.
          Les plans A, B ou C sont toujours une forme de quête pour « échapper  » à la mort. Tout comme les pharaons se faisant construire des pyramides ou Trump avec sa Trump Tower. Comme on nous a persuadé depuis tout petit que nous étions « quelqu’un », nous nous y sommes attaché et nous vivons dans la peur de le voir disparaître.

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        2. Ce que l’on nomme « contemporain » me semble être l’exact opposé de l’éternité.
          L’éternité offrait un grand espace après la mort dont nous ne pouvons plus bénéficier ou dont nous ne pourrons bientôt plus bénéficier si la vie des êtres humains n’est plus possible sur cette planète dans un avenir (heureusement ou malheureusement) calculable.
          La spiritualité est selon moi un outil pour « penser « l’éternité » et donc nous donner l’envie d’offrir un avenir à l’humanité au delà de notre propre vie.
          En tant que contemporains, nos réflexions ont beaucoup de mal à passer le mur du temps comme on peut passer le mur du son.
          Sous le règne de l’argent, celui du tout contemporain, comment penser un retour sur investissement après la mort de l’investisseur, comment recréer de l’éternité qui n’est pas un objet rentable à l’échelle d’une vie mais qui l’a toujours été de génération en génération….?

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  5. La science ne répond pas à la question de la vie après la mort, même pas un début de quelque chose, une base de réflexion.

    Il y a bien le professeur Charbonier qui a étudié les NDE pour défendre quelques débuts de « preuves » bien fines de « vie après la mort » :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Charbonier
    Sinon il y a le fameux Jean-Pierre Petit.
    Lui part de l’autre extrême : les maths, pour prouver qu’il existe autre chose.
    L’idée :
    Si nous vivons dans un espace de Hermite (Minkowski complexe), alors il existe nécessairement/mathématiquement/topologiquement des « masses imaginaires ».
    Ce qui ouvre la voie de la métaphysique.
    Il s’en explique à un niveau grand public dans un livre (le Métaphysicon).
    Une vidéo de présentation :
    https://www.youtube.com/watch?v=_gPbDD4JwsQ

    Cela donnerait matière à réflexion, une raison pour avoir une vie positive, une base de recherche, et même de la philosophie expérimentale..

    1. Bonsoir,
      votre première référence n’est pas blanc-bleu et la seconde communique avec les extraterrestres.
      Alors bon, je ne veux pas être trop rabat-joie mais s’il existe autre chose, si ça se trouve c’est l’enfer, ou une éternité très longue surtout vers la fin.
      Personnellement, il y a tellement à faire ici que je me réserve le plaisir d’un possible après pour plus tard et je vous encourage à faire de-même si vous ne voulez pas prendre le risque de perdre le peu de temps qu’il reste.
      MG

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    2. @Olivier
      La vie et la mort sont une construction de notre esprit qui aime et fonctionne sur les antagonismes (bien/mal; vide/plein, 0/1, homme /femme, moi/l’autre. …) mais vie et mort sont indissociables. Non pas comme l’une venant mettre un terme à l’autre mais bien comme un processus intimement mêlé. Nous avons privatisé la vie, »ma vie m’appartient  » mais la vie n’appartient à personne, c’est un processus à l’oeuvre depuis plus d’un milliard d’années et qui continuera bien après nous. En faisant de la vie notre propriété, nous nous excluons du processus vital, nous oublions de nous demander : c’est quoi cette vie en moi ?
      Chercher une vie après la mort, c’est comme chercher une vie après la vie . Et nous en oublions de vivre.

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  6. Mr Jorion, dont j’apprécie le blog (vous êtes « une conscience morale » en ce moment!), et vous, Yoann , dont j’apprécie la teinte spirituelle (osons le mot!) de votre intervention – et m’adressant à tous vos lecteurs-, j’ai une idée (consolatrice) qui nous permettrait d’éviter les plans B et C, et de « sauver la planète ». Plus exactement, il m’a semblé avoir détecté une faille dans le raisonnement des spécialistes des questions environnementales. Voici :

    Si nous raisonnons selon une logique quantitative, il est clair que l’humanité va droit dans le mur. Tous les indicateurs sont dans l’orange (métaphore d’automobiliste), destruction des écosystèmes, dictature marchande consumériste transformant la surpopulation en problème (en mangeant du dal bat, des massala dosa -de l’exquise cuisine végétarienne comme les indiens, nous pourrions vivre à 10 milliards sans problème, mais en surconsommant viandes et gadgets, nous sommes foutus). D’un point de vue quantitatif, les ressources de la Terre sont limitées, tant de mégatonnes de ceci et de cela, charbon, banquises et brosses à dent.

    Mais si nous raisonnons en termes qualitatifs, nous sommes sauvés! Et je vais vous le prouver! Il existe une différence majeure entre nous et les autres animaux qui peuplent cette douce terre de France. Ce n’est pas le rire, n’en déplaise à Aristote. Ni le fait que l’homme imite plus ses congénères que les autres animaux, n’en déplaise encore à Aristote (cité par René Girard), c’est le fait que les animaux mangent des matières premières (la vache broute de l’herbe) tandis que l’homme mange des matières transformées (la cuisson des aliments). Il y a là un basculement, du quantitatif au qualitatif. L’assimilation de viandes cuites donne à l’homme un avantage d’un point de vue sélectif : les nutriments de la viande sont mieux assimilés par l’organisme. Il y a aussi basculement, de l’objectif au subjectif. Par exemple, un cuisinier chinois vous prépare un repas complet à l’aide de quelques fines lamelles de viande.

    Les spécialistes des matières premières nous prédisaient une catastrophe il y a de cela 20 ou 30 ans. Les réserves de pétrole étaient soit- disant limitées. A présent, à cause de la fonte de la banquise arctique, et grâce aux perfectionnements techniques, les réserves de pétrole sont de nouveau importantes. Pourquoi les spécialistes s’étaient-ils plantés il y a trente ans : parce qu’ils raisonnaient en termes exclusivement quantitatifs.

    Les romains antiques, galopant au-delà de Palmyre, chevauchaient les champs de pétrole de l’Arabie. Mais ils s’en foutaient : le pétrole c’était bon pour bitumer les momies ou allumer les lampes. Il faut distinguer deux choses : la matière première (le pétrole), la ressource humaine : le kérosène, le plastique, le super. La matière première est matérielle donc évaluable quantitativement. La ressource humaine (j’appelle « ressources humaines « ce que les prévisionnistes de l’effondrement appellent « ressources naturelles ») est une CHIMERE : le plastique est le fruit d’un mariage entre pétrole et cerveau humain. On peut QUANTIFIER LE QUANTIFIABLE. Tant de réserves de pétrole (et encore!!!!!!!!). On ne peut évaluer qu’avec de grands risques d’erreur les ressorts de l’imagination humaine.

    Nicolas de Cues disait que « l’univers n’est ni fini ni infini, mais indéfini ». J’oserais dire que, si la Terre est finie, l’imagination humaine qui la transforme n’est ni finie ni infinie, mais indéfinie.

    Car l’humanité, Mr Jorion (encore une fois, j’aime votre blog qui nous alerte tous et nous invite à réfléchir -j’invite mes proches à le consulter : je ne vous combat pas), l’humanité a transformé le quantitatif en qualitatif, à tous les niveaux, du langage à la matière brute. Il me semble par conséquent que les études scientifiques (qui par définition – les sciences n’étant que matérialistes -ne se fient qu’à « l’aspect quantitatif des choses »), sont… sujètes à caution!!!

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    1. Manger de la viande cuite serait un avantage qualitatif ?
      Compte tenu du nombre de barbecues qui ont tourné cet été et participé au nourrissage de bon nombres de cancers, obésité, maladies cardio vasculaires…. Je ne suis pas tout à fait de votre avis 😉

    2. Le déni a encore de beaux jours, visiblement.. Einstein aurait dit « Il n’y a que deux choses qui sont infinies, l’Univers et la connerie humaine ». Pour l’Univers, je n’en suis pas sûr. »

      Désolé, mais les réserves de pétrole, même inconnues, même transformées, restent finies. Et c’est une ressource « entropique » dans le sens où, même recyclé (par exemple avec le plastique), elles finiront par disparaitre.

      Sauf découverte d’une source d’énergie équivalente, ou sans développement massif d’énergie renouvelable, il y aura, fatalement, un jour où l’autre, un effondrement de l’offre énergétique.

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  7. Je connais mal les rites et rituels des blogs (c’est la première fois que je m’y colle!) et j’aperçois un pouce dressé de couleur verte à la fin de mon commentaire : vous auriez aimé, M. Jorion? ( ce pouce me rappelle « le bon temps » où nous pouvions encore traverser la France en stop tout en fredonnant Pink Floyd ou Bob Dylan! Si je continuais à dialoguer avec vous, j’aimerais suggérer que certaines oppositions idéologiques -qui avaient valeur en d’autres temps- sont à présent superflues. Par exemple, c’est grâce à la passion que j’ai eu pour C.G. Jung (dont la lecture m’a sauvé la vie à 20 ans) que j’ai découvert, à 45 ans, René Girad (qui m’a sauvé la vie à 45 ans!!!!!) et qui m’a subtilement conduit à la lecture de… Freud!!!! Nos « très grands penseurs » sont qui sait plus proches les uns des autres que ce que nous croyons (et que ce qu’ils croyaient eux aussi) quand nous en sommes encore au stade de la rivalité mimétique.

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