Berlin 1936 : de drôles de démocrates

Dans ma vaste entreprise de compléter ma culture cinématographique (avant qu’il ne soit trop tard 😉 ), j’en viens entre autres à certaines choses pour lesquelles j’ai vraiment trainé les pieds. Ainsi ce soir Olympia (Les dieux du stade), le film de Leni Riefenstahl consacré aux jeux olympiques de 1936 (film sorti en 1938).

Quelques clichés. Dites-moi si vous pensez comme moi qu’il y a quelque chose qui cloche.

La championne canadienne du 100 mètres haies

La délégation française

Partager :

32 réflexions sur « Berlin 1936 : de drôles de démocrates »

    1. Le bras de l’athlète est extrêmement bizarre, tant par sa forme, (on le dirait presque cassé, ou faux, ou retouche… ) que par l’anomalie en forme de … ? spatule? sous la main elle même assez étrange… L’image semble avoir été bricolée… Quand à la délégation française, ils ont de drôles de têtes,,, presque des têtes de vieux…, En tout cas pas de sportifs… on a aussi l’impression que c’est presque les mêmes visages … non?… Image bricolée là aussi?

      1
  1. C’est froid et glaçant, le salut hitlérien. En France 1936, c’est la naissance du Front populaire, des congés payés et plein autres choses. Personnellement je n’ai pas connu 36 parce que je n’étais pas nee. 36 c’est aussi la naissance de la sécurité sociale.

        1. Oui et non. Les grèves de 36 nous apportent 1/ Les 40 heures, 2/ Les congés payés, 3/ Les conventions collectives par secteur de production 4/ de solides augmentations salariales, un peu rabotées par la Réduction du temps de travail (RTT). Ces avancées seront partielement reprises peu après, car la hausse des prix rabote les salaires, les gens font grève, et la droite revient au pouvoir en 37. (C’est un belge qui vous caricature l’histoire sociale de France).
          Mais les caisses ouvrières de solidarité datent de bien avant ! du XIXe ! Il y a donc une sécurité sociale « solidaire et volontaire » que les patrons soutiennent car ils y ont vu leur intérêt (stabilité sociale). Caisse d’aide aux familles ayant un vieillard hors d’état de travailler, un malade incapable, etc., et caisse de solidarité en cas de grève.
          En 1944, cette sécurité solidaire et volontaire, et partielle (les grandes entreprises) devient « universelle » par volonté des forces politiques d’alors. Tout plutôt que la victoire communiste soutenue par Staline : octroyons une sécurité sociale à tous.

  2. La compétition sportive et les idéologies d’extrême-droite font très souvent bon ménage, ce n’est pas une surprise.
    J’ai perdu ce document, mais j’avais repéré dans les années 90 une affiche d’un festival de cinéma local consacré au sport dont l’illustrateur s’était inspiré d’une scène d’Olympia.
    Film étonnant d’ailleurs d’un point de vue formel, prise de vues en contre-plongées et travelling qui vont devenir un standard du genre.

  3. D’après Wikipedia, le salut olympique est adopté en 1920 aux JO d’Anvers à l’initiative de Coubertin, et notamment pratiqué par les athlètes de l’armée française sous le nom de « salut de Joinville ». Il semble officiellement associé aux Jeux dès ceux de Paris en 1924 (timbres, statues…). Quant à son origine romaine, ce serait une invention moderne popularisée par les arts : peinture (Serment des Horaces de David) puis cinéma. Apparemment, un très proche « salut de Bellamy, ou « salut au drapeau », introduit pour les 400 ans de la découverte de l’Amérique par Colomb en 1892, a été pratiqué aux États-Unis jusqu’en 1942. Son adoption par le fascisme italien semble également dater du début des années 20. « Le fascisme emprunte beaucoup du décorum paramilitaire créé par D’Annunzio lors de l’expédition de Fiume (chemises noires, cri de ralliement, salut romain, culte de l’héroïsme, etc.) ». Les fascistes allemands s’en emparent à la suite des italiens et ne lui inventent sans doute qu’a posteriori des origines germaniques féodales.

    Bref, à l’époque, le bras levé ne faisait sans doute pas le fasciste. Coubertin, personnage controversé, n’était peut-être pas innocent (je n’en sais rien), mais il faut certainement accorder le bénéfice du doute aux athlètes de l’entre-deux-guerres qui l’ont pratiqué. Entre-temps, bien sûr, l’Histoire a achevé de connoter le geste comme salut « hitlérien », et nul ne l’ignore. Mais notre regard sur le geste « froid et glaçant » de ces images est sans doute anachronique.

    D’ailleurs, au fond, lever le bras pour saluer quelqu’un à distance est un geste plutôt spontané, et j’imagine qu’on est tous susceptibles d’être photographiés dans une telle posture sous un angle rendant le geste ambigu, le salut prétendument romain n’étant finalement qu’une systématisation virile et solennelle d’un geste naturel.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Salut_romain
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Salut_fasciste
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Salut_de_Bellamy
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriele_D%27Annunzio
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataillon_de_Joinville
    http://www.hellenicus.com/salut-olympique.html

    7
    1. @Marcel
      Mouais, bon, un peu facile comme excuse. Lever le bras pour saluer n’est pas un geste « naturel » (avec mon pote Inuit, on se touche du nez).
      On n’a pas vu aux Jeux Olympiques de Berlin de 1936 de saluts avec le poing fermé, et pour cause.
      https://www.mediabask.eus/media/asset_publics/resources/000/384/866/original/Capture_d_e_cran_2017-04-17_a_16.03.40.png

      Par contre, en 1968:
      https://media.nouvelobs.com/ext/uri/ureferentiel.nouvelobs.com/file/14247281.jpg

      4
      1. @arkao

        Vous me faites regretter mon dernier commentaire, qui était sans doute inutile et source possible de confusion, mais c’était une réflexion générale qui dans mon esprit ne se référait plus au salut « olympique » ou « romain » des images de 1936, lequel bien sûr n’est pas un geste spontané et naturel, mais qui ne doit pas non plus être interprété comme étant forcément fasciste ou hitlérien, pour les raisons que je mentionne.

        On peut éventuellement reprocher rétrospectivement à la France d’avoir envoyé une délégation aux Jeux de Berlin, mais les athlètes français y ont défilé en faisant le salut olympique, pas le salut hitlérien. Nous sommes devenus incapables de faire la différence parce que nous simplifions ultérieurement la réalité complexe des époques précédentes et risquons de nous laisser abuser par des similitudes qui deviennent des assimilations. Ces images nous choquent sur un malentendu (ou un malvu) qui se complique encore du fait qu’on ne peut pas oublier que les images du geste sont prises et montées à des fins de propagande nazie par Riefenstahl. Mais ce n’est pas le geste qui est nazi.

        Aucune excuse facile, donc, parce que tout simplement pas de crime, selon moi, seulement son apparence anachronique.

        Pour l’athlète canadienne, je renonce à faire des recherches sur sa vie et ses engagements politiques, vu l’homonymie avec une certaine actrice…
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Canada_aux_Jeux_olympiques_d%27%C3%A9t%C3%A9_de_1936
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Elizabeth_Taylor_(athl%C3%A9tisme)
        Cela dit, apparemment, il s’agissait d’un 80 et non d’un 100 mètres haies. Je suis flemmard, vingt mètre en moins, c’est bon à prendre.

        Votre mention du poing levé républicain et antifasciste (mais pas complètement exempt de « complexité » non plus, associé qu’il est tout de même à l’iconographie communiste autoritaire) m’amène à lire ceci :
        https://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2005-3-page-77.htm
        vers la fin duquel on découvre cité ce passage d’un article humoristique du Progrès de 1936 sur le congrès radical de Biarritz et les réactions au discours d’ouverture de Daladier :

        « Le premier jour, les uns saluèrent le poing fermé. Les autres, qui n’avaient pas les mêmes nuances de pensée, ouvrirent la main pour saluer également. Mais ce dernier geste ressemble terriblement au salut fasciste. C’est bien possible. Mais essayez donc de trouver avec le bras et la main une autre forme de salut. Il n’en existe pas trente-six.
        Après tout, on peut dire que le bras levé et la main ouverte, cela ressemble également au salut olympique, au geste du serment du Jeu de Paume, et même, plus simplement…, au vote à mains levées. Car on ne voit pas ce qu’on pourrait faire d’autre, à moins d’adopter le salut militaire. »

        On parle bien du parti radical, membre de centre gauche du Front Populaire… Bref, ce n’était pas si simple, et il y avait de la complexité et de la confusion dans beaucoup d’esprits de l’époque, comme aujourd’hui.

        1
        1. @Marcel
          Vos remarques sur une possible interprétation anachronique et sur la complexité des gestes sont pertinentes.
          Néanmoins, et pour en revenir aux faits, on peut se poser la question de ce que sont devenus ces athlètes français aux bras bien tendus quelques courtes années plus tard, entre 1940 et 1945.
          Voici la liste des participants:
          https://fr.wikipedia.org/wiki/France_aux_Jeux_olympiques_d%27%C3%A9t%C3%A9_de_1936
          Mais désolé je ne vais pas consacrer mon week-end à cette enquête. Si le cœur vous en dit 😉
          Un exemple pioché au hasard dans le beau monde des « sports mécaniques »:
          http://www.editions-du-sous-sol.com/la-resistible-ascension-de-jean-marie-balestre/

          1
          1. Rappelons le rôle de Gabriele d’Annunzio, poète ombrageux et drogué, mais aussi militant anti-autrichien durant la guerre de 1914, se risquant à survoler en petit avion les lignes ennemies jusqu’à Vienne pour laisser tomber des tracts de sa main. Il a libéré une île italienne sur l’Adriatique mais ne fut pas suivi par son gouvernement. Son idéologie de retour à la grandeur romaine impériale a nourri Mussolini et ses amis juste après 1918. Très curieux musée sur le lac de Garde, avec l’avion et le bateau de ses expéditions aventureuses.

      1. Salut Juan,

        Le salut de Joinville mieux vaut le fumer que le jeter en l’air mais bon.

        Sinon, de la photo à la vidéo y a qu’un pas que Youtube permet de franchir :

        https://www.youtube.com/watch?v=rrqU0uiEo_c

        Dans le doute la délégation française aurait pu s’abstenir… Mais ça a donné une belle image instantanée de l’amitié franco-allemande dans un genre particulier de dystopie.

        1
        1. Je ne sais pas dire le pourquoi du geste et le contenu qui lui était prêté à l’époque et en ces circonstances . Je sais juste qu’ en mars 1936 mon paternel entamait 2 ans de service militaire ( qui venait juste de repasser de1 an à 2 ans , sans doute pas par hasard ) et qu’en 1938 , quand il a fini , les officiers qui participaient à la fête de leur  » quille » , leur ont dit :  » profitez en les gars , on va bientôt se revoir ! ».

          Ce qui n’a pas loupé : mars 1939 rappel des réservistes à Toul , Septembre 1939 déclaration de guerre . combats jusqu’en mars 1940 , hospitalisé pour cause de pieds gelés pendant 3 semaines à Limoges , retour au front à Epinal , débâcle de juin 1940 , repli à pieds jusqu’à Villeneuve les Avignon , retour au foyer à Saint Etienne en novembre 1940 .

          PS : sur le geste fasciste , je crois qu’il n’y aurait pas beaucoup de difficulté à le provoquer dans n’importe quel stade de foot mondial , ou dans n’importe quel rassemblement de foules ( et c’est d’ailleurs pour ça que les enthousiasmes de meute me laissent toujours sur la réserve ) .

          1. En y repensant , je m’aperçois que mes parents ne m’ont jamais entretenu , en parlant de cette période , des jeux olympiques de Berlin , mais plutôt de front populaire , de congés payés , d’immenses espérances , bref de ce qui était de leur « environnement  » proche ( cf un billet récent sur la proximité à l’événement ) . Il faut aussi s’imaginer que la radio n’était pas encore ce que l’on connait , que la télé était inexistante , que le cinéma était souvent du « différé » et prémâché par toujours facilement accessible au commun des prolos .

            Bref , si l’on veut trouver des analogies entre déchéance actuelle de la pratique démocratique , et comportement des délégations étrangères à Berlin en 1936 , on peut sans doute en relever , mais l’exercice à ses limites dans les sources et dans la démonstration .

    1. Mais de la FSGT, oui j’en ai entendu parler ! Le paternel était un très bon sportif .

      J’ai plutôt eu à apprendre sur la guerre d’Espagne au travers des récits d’un réfugié espagnol , dont j’ai déjà parlé , embauché aux sapeurs pompiers de Saint Etienne comme mon père en 1941 . C’était un de ses meilleurs copains et ils ont couru ensemble sous les bombes lors du bombardement de Saint Etienne en mai 1944 . C’est le même dont j’ai raconté comment il avait ressorti la Sten de la graisse , pour prendre position avec les deux automitrailleuses qui défendaient notre caserne lors de la tentative de putsch des généraux en avril 1961 .

    2. Quelle trouvaille ! Passionnant, une pépite.
      J’ai encore connu dans les années 70 le « Foot corpo » où nous jouions en équipe d’entreprise (Renault contre Caterpillar, etc.) et nous moquions des équipes de sport « pros » occupant encore bien des amateurs « intéressés ».
      Un condensé d’histoire.

  4. « Strange Salute » :
    https://issuu.com/canadashistory/docs/84-4-004-as14-19

    Un article très intéressant (mais en anglais et dans un format très pénible à lire) sur le point de vue canadien, avant et après les JO de 36, citant notamment des points de vues d’athlètes fort contrastés entre eux, quelques réactions de journaux, et aussi des commentaires sur les manipulations du montage de Riefenstahl.

    Il en ressort que la position officielle du comité olympique canadien était bien qu’ils effectuaient simplement le salut olympique, comme lors des jeux précédents. Mais que ça n’était pas clair pour tout le monde, y compris au sein de la délégation.

    Pour les témoignages des athlètes, ça va de l’un qui croit ou prétend croire que « le salut nazi en Allemagne est l’équivalent de la main serrée au Canada, un geste amical » à un autre qui précise : « Pas le salut Nazi, le salut Olympique. Mais les Nazis s’en étaient emparés. Nous avions décidé que nous n’allions pas les laisser faire, que le salut Olympique était le salut Olympique et que nous allions effectuer le salut Olympique. » Un autre parle encore de « salut Nazi », effectué sur instruction du manager et en geste d’amitié. Attribuant le salut à l’innocence des responsables de l’équipe, un autre enfin signale que, certainement, ils avaient effectué le même salut lors des jeux précédents, comme à Los Angeles, qu’on leur avait juste dit de faire à nouveau pareil, et que personne n’a objecté parce que personne n’y voyait quelque chose de politique.

    L’article montre que d’autres délégations se sont montrées moins naïves, notamment les Américains, plus politisés, qui ont eu d’intenses débats avant la cérémonie, plusieurs d’entre eux refusant lucidement de tendre le bras devant Hitler, et ont décidé de simplement aplatir leur chapeau sous leurs épaule gauche en regardant devant eux (sauf les femmes, qui ont regardé à droite).

    On y voit bien aussi que les Allemands, et ce dès les JO d’hiver en février 36, se sont évidemment fait un malin plaisir d’exploiter à fond cette ambiguïté entre les deux saluts, prétendant systématiquement voir des saluts nazis quand les délégations effectuaient le salut olympique. D’une certaine manière, on reste victime de la propagande nazie et de Riefenstahl quand on s’y laisse prendre, même si longtemps après.

    1. @Marcel
      Ça sent quand même les arguments de faux-culs « c’est pas le salut nazi mais le salut olympique » 😉
      Par ailleurs, en prenant un peu de recul historique, tout se raccorde idéologiquement: l’empire romain, le fascisme, l’olympisme, l’armée, l’impérialisme, le virilisme, l’effort, le dépassement de soi, la compétition… Tout un tas de valeurs au socle commun dont l’aigle, l’uniforme et les défilés en ordre le doigt sur la couture constituent des symboles récurrents.

      2
    1. Impressionnant comment certains traits de l’élocution de Renoir font penser à Antoine Perraud, plume originale s’il en est, en exercice à Mediapart.
      Perraud vient de signer dans MP un article sur la réception de « La Grande Illusion » par Celine & Co, je vais aller le lire…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.