L’entretien avec Godard, sur Mediapart

Jean-Luc Godard a accordé un entretien à Ludovic Lamant et Jade Lindgaard de Mediapart : Rencontre avec Jean-Luc Godard : « On ne peut pas parler », paru hier.

Pas vraiment l’entretien espéré, qu’on en juge :

Jean-Luc Godard : « … Mediapart ne fait que ce qui se fait. Il cherche toujours qui a touché quel argent… ».

Je cite la phrase hors-contexte ? Mais quel contexte pourrait donc bien en sauver le contenu ? La difficulté était en fait ailleurs : Mediapart avait l’intention de poser des questions pour obtenir des réponses, amener Godard sur son terrain, alors que pour lui, les choses se passent nécessairement sur le terrain tel qu’il l’aura défini pour sa part, Godard ne parle pas de tout et de rien : il fait des déclarations.

Mais ce n’est pas pour cela que les journalistes sont venus, ils le reconnaissent d’ailleurs candidement :

En début d’entretien, il nous avait parlé de cinq phrases « qui me restent en mémoire, et que je répète des fois le soir pour voir si je m’en souviens encore ». Mais à ce stade de la rencontre, au bout d’une heure trente de va-et-vient douloureux entre lui et nous, nous n’y pensons plus.

Le commentaire que j’ai laissé :

Il voulait dire quelque chose en effet, et s’apercevant qu’on ne s’intéressait pas à ce qu’il aurait voulu dire – le vieux réflexe journalistique de poser des questions sur « ce qui intéresse le public » : le prochain film, avec qui ? qu’on verra quand ? – il a quand même – alors que les journalistes se levaient déjà – imposé un peu de sa pensée sous la forme filmique « Godard » : un carton où est inscrite une citation. Et là, il y en avait cinq. Godard nous gâtait, une fois encore. 

Les citations, les voici :

  • La première c’est une phrase de Bernanos. Dans Les Enfants humiliés, ou ailleurs. J’en ai fait un petit film, du reste, sur Sarajevo :
    « La peur voyez-vous est quand même la fille de Dieu, rachetée la nuit du Vendredi saint, elle n’est pas belle à voir, tantôt éraillée, tantôt médiatique, et pourtant ne vous y trompez pas, elle est au chevet de chaque agonie, elle intercepte pour l’homme. »
    C’est une phrase qui peut tout à fait se rapporter à la France d’aujourd’hui qui a peur. Même CNews peut en parler.
  • La deuxième phrase est de Bergson. Elle m’avait été envoyée par un ancien régisseur, je l’avais déjà citée, il me l’a recitée, puis je l’ai fait dire à Alain Badiou dans Film Socialisme. C’est :
  • « L’esprit emprunte à la matière les perceptions dont il fait sa nourriture et les lui rend sous forme de mouvement auquel il imprime sa liberté. »
  • Je n’ai jamais bien compris le mot de « perception », les perceptions de la matière.
  • La troisième phrase, c’est une phrase de Claude Lefort, qui était un philosophe du temps d’un petit groupement qui s’appelait Socialisme ou barbarie, à l’époque de Sartre et Simone de Beauvoir :
  • « Les démocraties modernes, en faisant de la pensée un domaine politique séparé, prédisposent au totalitarisme. »
  • Et voici l’image d’une jeune fille qui plus tard a écrit des livres sur le totalitarisme. (Il montre le portrait en noir et blanc d’Hannah Arendt.)
  • Après il y a une quatrième phrase, vais-je me souvenir du nom de l’auteur ? Pour le retrouver, je tape sur mon iPhone le nom d’un livre qui s’appelle Masse et Puissance [publié en 1960 – ndlr].
    Jean-Paul Battaglia [son assistant] : Je vais le faire… Elias Canetti.
  • J’ai mis cette phrase dans Le Livre d’image – elle est dite par ma femme à ce moment-là. On pourrait la dire à Greta Thunberg :
    « Nous ne sommes jamais assez tristes pour que le monde soit meilleur. »
  • Et j’en rajoute une cinquième, qui est une phrase de Raymond Queneau, dont j’ai beaucoup aimé à l’époque les romans. Cet aphorisme est le suivant :
  • « Tous les gens pensent que deux et deux font quatre, mais ils oublient la vitesse du vent. »

Certains commentateurs de Mediapart en tirent la conclusion qu’à 91 ans, Godard est gâteux. On vit une drôle d’époque.

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35 réflexions sur « L’entretien avec Godard, sur Mediapart »

  1. « Mediapart ne fait que ce qui se fait. Il cherche toujours qui a touché quel argent. Il ne cherche pas ce que la personne qui a touché l’argent n’a pas fait. »
    Voila une déclaration!
    Deleuze aurait pu dire: »Médiapart ne parle pas à la place des bêtes ( ou des analphabêtes). »

  2. En échos à la citation de Bergson, David Abram « Comment la terre s’est tue » trad. Isabelle Stengers et Didier Demorcy, Paris, La Découverte, 2013.

    Chaque présence m’invite à concentrer mes sens sur elle, à laisser, alors que je m’engage dans sa profondeur particulière, les autres objets se fondre dans l’arrière-plan. Lorsque mon corps répond de la sorte à la sollicitation muette d’un autre être, cet être répond à son tour, révélant à mes sens de nouveaux aspects ou de nouvelles dimensions qui, à leur tour, m’invitent à une exploration accrue. Au cours de ce processus, mon corps sentant s’accorde progressivement au style de cette autre présence– à la manière de cette pierre, de cet arbre ou de cette table – alors qu’elle-même semble s’ajuster de son côté à mon style et à ma sensibilité.* ( P 79)

    La question n’est certainement pas de « retourner en arrière », mais bien plutôt de parcourir tout le cercle, d’unir notre capacité de raisonnement détaché à des manières de connaître plus sensorielles et mimétiques, de permettre à la vision d’un monde commun de plonger ses racines dans notre engagement direct et participatif avec le local et le particulier. Si, en revanche, nous nous bornons à notre cocon réflexif, toutes nos aspirations et tous nos idéaux abstraits portant sur un monde unifié se révéleront abominablement illusoires. Si nous ne retrouvons pas bientôt notre environnement sensuel, si nous ne nous réapproprions pas notre solidarité avec les autres sensibilités qui habitent et constituent cet environnement, le coût de notre « commune humanité » pourrait être notre commune extinction. (p. 344)

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    1. Ca n’est pas antinomique avec l’accent à mettre sur un savoir (au sens général : « savoir-être, savoir-vivre », même si c’est les mots que vendent aussi les coachs et les marchands en capital humain) qui « circule », comme la sève des arbres, des réseaux mycorhiziens du sol aux feuilles, dans les deux sens.
      Je l’ai eu appelé ici et là « savoir séviotique » !

      1. Salut Timotia. Un texte un peu strange et trash que j’avais écrit pendant le premier confinement et qui me semble résonner avec ce que tu as envoyé aujourd’hui et excuses-moi si je t’inclus dedans. Pas vraiment de message, juste une curiosité.

        Du statut de fleur Timotia est passé à celui d’arbre.
        Non pas irrémédiablement. Pas de façon définitive. Mais pour les besoins de la cause : elle. Tout simplement.
        Elle : la biche naine. Gazelle du paradis. Pas plus grosse qu’un coléoptère. Qui se déplace dans les airs aussi gracieusement qu’une fée.
        Pour faire ce qu’elle a à faire. Pas possible autrement. Car si Timotia devait rester une fleur… Sinon la fleur s’épuiserait. En à peine une journée. Sécherait d’une extrémité à l’autre. De ses racines à la moindre de ses feuilles. La trop fragile nécessité de l’esthétique diaphane d’une rose. Le vain avantage à tirer de sa grâce sous le vent. Pour faire ce que la biche a à faire.
        Pour faire ce qu’elle a à faire, il lui faut de la force.
        Pour faire ce qu’elle a à faire, elle a besoin de Timotia en tant qu’il est un arbre. Une force de la nature. Vieux et massif. Au tronc solide. Alors le rostre puissant de la biche, dévaginé d’une poche secrète qui se trouve à l’arrière de sa bouche, en traverse l’écorce. En atteint les partie môles. La strate du réseau sucré. Aisément accessible. Espace au sein duquel il est si tentant de rester et de se faire plaisir – il a ce côté sucré, Timotia, ce côté bonbon à la fraise. Et c’est vrai que la biche adore ce qui est sucré. Et avec Timotia : C’est ce qui vient en premier. Le sucre et son parfum de sucre. La magie du ciel. Produit d’une synthèse. À la rencontre des feuilles et du soleil.
        Mais elle ne s’arrête pas là. Elle continue son voyage. Car derrière ce réseau. Plus profondément, se trouve un autre réseau. Plus subtil. Au milieu de parties plus dures du corps de l’arbre. Au milieu des parties dites mortes. Enfouies, donc, plus profondément dans le tronc. Un réseau qui vient tout droit du sol. D’autres profondeurs. Des profondeurs du sol. Des profondeurs du sol où l’arbre vient puiser tout ce dont il a besoin afin de se constituer. Tous les éléments dont il est concrétionné. La matera-prima de l’arbre tout droit sortie de l’ombre.
        La petite biche élabore alors un dispositif. Il y avait cette noisette trouée trois fois en son sommet et vidée par un ver. Elle l’avait nettoyée en utilisant de l’acide. De l’acide qu’on trouve à des concentrations hallucinantes dans la salive des fous. Dans la salive des vrais fous. Dans la salive de ceux qui ne sont pas pris en charge. Dans la salive des fous qui vous la postillonnent à la gueule dès qu’ils s’adressent à vous. Qui pique fort. Et dont la seule évocation met mal à l’aise. Ce genre de salive qu’on n’a pas toujours sous la main. Mais dont la biche disposait. Puis elle avait rincée la noisette abondamment avec un liquide neutre. En l’occurrence, un jus inodore et incolore obtenu par pression de la chair de certains vieux champignons. Pour que la noisette fasse office de réceptacle, comme une sorte d’amphore. Et maintenant elle la coince fermement entre les plis de l’écorce de l’arbre. Ensuite, elle prend une paille. Elle enfonce une de ses extrémités délicatement durcie au feu dans le canal qu’elle a creusé avec son rostre et qui mène au réseau de sève élaborée. Puis avec une deuxième paille. Elle fait pareil. Sauf qu’avec sa pointe noircie, cette fois-ci, elle accède au réseau de sève brute. Ensuite elle attache avec un cheveu qu’elle a trouvé par terre les deux extrémités restantes. Et les insère à l’intérieur de la noisette. Enfin, avec une troisième paille passée par un trou dans la coque demeuré inemployé – le dernier servant à la circulation de l’air –, elle déguste le mélange qu’elle ne manque pas d’obtenir et qui remplit maintenant la petite noisette. Mélange à la jonction de ce qui monte et de ce qui descend. Assemblage subtil des choses qui viennent de l’ombre et des choses qui viennent de la lumière. Composé de ce qui arrive avant, en l’état, la matera-prima et de ce qui arrive après, la synthèse, le sucre. Coïncidence de deux temps.
        Tout à coup, sans compromettre l’intégrité du breuvage, ce qui fait de lui un tout, un ensemble cohérent, quelque chose, dont elle ne sait rien, transforme l’espèce de relation qu’elle entretenait avec lui et réduite au seul acte de contempler en une intellection sur la matera-prima. De goutter sans voir, elle se met à goutter et à voir.
        Elle goutte la matera-prima, ces reliquats qui sont le fruit de la décomposition, ces éléments inorganiques montés jusqu’à elle par capillarité. Elle absorbe une vieille pierre rongée par les fumées d’une usine. Elle boit le frère de Timotia. Vieille arbre allongé à coté de lui depuis vingt ans. Rendu, jour après jours, à une plus simple expression à force d’être chié du cul des insectes et que le peule des bactéries, pour finir le travail, encore et encore, réduit à une forme plus brute. La biche savoure aussi, non sans surprise, parce qu’elle le connait, un vieux pèlerin mort là et altéré jusqu’à l’os.
        Puis tout à coup comme un éclair surgi de nulle part, tout son esprit se bande et focalise sur sa peau qui réagit au frisson qui la parcourt. Son pelage roux se dresse. Ses petites ailes frétillent. Elle fronce les sourcils. Elle se pose la question : « Toute cette histoire, ce que je me raconte, ce qui m’est dit. » « Mais qui me le dit? » « Est-ce Timotia ? » « Est-ce l’arbre ? »
        Est-ce Timotia qui insiste à ce point afin de révéler à la biche que pour Timotia, pour l’arbre, c’est la matera-prima qui compte ? Dans ce qu’elle a de générique. Quel est ce chant mystérieux, sorti d’on ne sait où, qui jure par tous les dieux, à la biche, que l’arbre sait que la matera-prima est partout autour de lui et qu’il n’a qu’à tendre l’extrémité de l’une de ses innombrables racines pour l’absorber ? C’est quoi cette rengaine ? Qui tourne en boucle et reprise à l’unisson par toutes les feuilles de tous les arbres de la forêt. Et qui, maintenant que la biche lui prête attention, répète : « Timotia se fout royalement que la matera-prima vient en partie de son frère. Il n’a pas besoin de faire le lien entre elle et l’essence d’un pèlerin. Pas la peine de faire lui-même l’effort d’entretenir la flamme de l’odyssée d’une merde d’ours coulée là, négligemment, il y a trois ans et qui depuis s’est décomposée. »
        Qui parle à la biche ? Alors. Qui lui dit ? Est-ce la matera-prima qui lui parle, qui lui confie ses secrets. Quelque chose qui serait propre à la matera-prima et dont la biche aurait percée le mystère. Ou bien est-ce autre chose. Qui accompagne Timotia, qui accompagne l’arbre et qui murmure à l’oreille de la biche. Des histoires extraordinaires. Des histoires au sujet de Timotia, au sujet de l’arbre. Des histoires qui disent que même s’il n’a pas besoin de voir, ce n’est pas pour ça que Timotia est stupide. Cela ne l’empêchera jamais de voir. Parfois. Cela ne l’empêche pas de voir qu’il ingère son frère depuis maintenant vingt ans. Parfois. De voir qui était ce pèlerin, ermite des forêts, grand parmi les grands ou qu’il lui arrive souvent de bouffer de la merde. Timotia voit. L’arbre voit. Mais cela n’est pas vital. Pas la peine de se faire tout un film à propos de ça. Et si parfois une image et son histoire traverse l’esprit de Timotia… Traverse l’esprit de l’arbre…
        Alors qui parle à la biche ? Est-ce Timotia ? Est-ce l’arbre ? Est-ce la matera prima ? Ou bien autre chose ? Quelque chose qui accompagne Timotia. Quelque chose qui accompagne l’arbre. La compagne de Timotia. La compagne de l’arbre.
        Qu’elle est la seule vraie compagne que Timotia n’ait jamais eue ? Que l’arbre n’ait jamais eue ? Sans qui Timotia ne peut vivre. Sans qui l’arbre ne peut vivre.
        Alors sans doute qu’à force de se poser la question. La biche finit par s’endormir. Et ce n’est qu’à son réveil que, tout naturellement, très simplement, la réponse finit par venir.
        C’est l’eau, bien sûr. C’est l’eau qui sourd des profondeurs. L’eau mystérieuse. Endogène. Qui accompagne Timotia. Qui accompagne l’arbre. De toute éternité.
        L’eau qui soudain dit à Timotia. Dit à l’arbre. Dit à la biche. A cet instant précis. Qui les prévient. De la venue dans les environs de toute une bande chèvres. Un essaim de chèvres volantes. Pas naines pour un sous. De vraies bonnes grosses chèvres voraces et industrieuses. Qui se préparent à attaquer la forêt. A arracher, mastiquer, digérer, chier tout ce qui passe à leur porté. Qui apportent avec elles quelque chose dont la dynamique marque de façon durable tous les lieux qu’elles visitent. Quelque chose dont on se demande ce que cela fout là – la présence inappropriée des tueuses de monde. Quelque chose comprise par l’eau et que cette dernière propage dans le sol en un intelligible. En une sorte d’influx. Qui excite toutes les racines de tous les végétaux de la forêt. Qui se diffuse à l’intérieur du corps de Timotia. A l’intérieur du corps de l’arbre. Qui remonte son tronc en passant par le réseau de xylème. Pour atteindre et mobiliser tous les amas possibles et imaginables de cellules sécrétrices. Pour permettre à l’arbre d’y répondre de façon adéquate. D’exprimer son conatus. La synthèse des tanins. Substance à son tour rependue dans toutes les zones de l’arbre susceptible d’être mutilées par les chèvres. Et notre biche s’en prend plein la bouche. Ce qui la fait cracher. Pas buvable. Amer au point de savoir que si elle en boit, elle a de forte chance de s’intoxiquer. Des tanins, mon ami, à des concentrations tellement expressives qu’elles disent à la biche, sans qu’il lui soit possible d’en douter, qu’elles ne sont pas ses amies. Ça dure trois jours. Le temps que la bande de caprins soiffards s’en aillent voir ailleurs.
        Et pour en revenir à l’eau. Parce que seule l’eau demeure. L’eau qui gonfle Timotia. Qui gonfle l’arbre. Qui fait que Timotia se dresse. Qui fait que l’arbre se dresse. Qui a rendu possible tous les tissus morts qui aujourd’hui le structure. Qui fait toute sa splendeur. L’eau de la fontaine qui lui murmure un nom. Son nom. Sans doute. Mais aussi celui de son frère. Celui de l’ermite. Et ceux de tous les autres. Qu’il fait siens. La puissance réalisée d’une multitude de noms qui le définissent. L’eau de la fontaine qui lui renvoie son image. Rien que la sienne, s’il en a besoin. En tant que telle, soit l’image composite d’un enfant de la terre. Ainsi que toutes les autres images. Image de tous les instants. Images qui font l’instant. Lui, au sein de la forêt. De la forêt vivante.
        L’eau qui dit à Timotia ce qu’il est. Qui lui dit qu’il est l’agent. Pour un temps. C’est-à-dire de la bouffe. Timotia : De la bouffe. Du sucre à profusion. Plus quelques substances subtiles -et pas la peine que la biche en énumère les effets étranges sur sa psyché. De la bonne bouffe. Pour la biche. Pour faire des réserves. Pour faire du gras. Des souvenirs pour plus tard. Timotia : l’arbre à bouffe. Contre qui instinctivement la biche se pose. A l’ombre de qui elle fait son campement. Une résidence à l’arbre. Sans rien préméditer. Sans faire de plan sur la comète. Tout simplement parce qu’il est bon parfois de faire du gras. D’emmagasiner des souvenirs. Et comme le dit l’un des seul sages qui trouve grâce à ses yeux : « le gras : c’est la vie. » D’ailleurs c’est ce qu’il veut, Timotia. C’est ce qu’il veut être. Alors la biche le prend ainsi. Timotia : La grande bouffe. Avant que Fellini ne la filme. Avant que cette notion n’erre en des contrées malsaines. Timotia : Une proto-bouffe. Quand la bouffe fait encore paysage sur un chemin de promenades épiques. Paysage qui offre un cadre à une infinité de possibilité de jeux. Un décor merveilleux pour deux enfants survoltés. Qui sert de support par sa capacité à générer des points. Capacité à se faire jonction entre ce qui monte et ce qui descend. Deux en un. Faire point. Non pas de façon abstraite mais très concrètement. Capacité à rendre ce point concret. Palpable. En mesure d’être éprouvé. Et puis, capacité de faire points. Point pluriel. Par succession. La succession des points. La multitude produite au croisement de l’ombre et de la lumière. Utile à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une voile. Terra-formation d’une atmosphère viable pour tous ce qui vole. Chaque point autorisant un battement d’aile à la biche. Avec toujours : L’eau. La compagne de Timotia. La compagne de l’arbre. Qui dit à la biche et à Timotia, encore et encore, que Timotia est un lieu. Un topos. Un endroit où ça parle. Une structure à se mouvoir. Un espace au sein duquel voler est une évidence.
        Enfin, l’eau pour dire à la biche ce qu’elle a à faire. C’est-à-dire jouer. Jouer avec Timotia. Jouer avec l’arbre. Produire à son tour des figures. Toutes sortes de figures. Figures holistiques. Figures atomiques. Passer du spectre de l’arc en ciel à l’unité de la teinte, à la simple couleur que fut en l’espèce un cyclone astringent.

        Et qui nourrissent l’âme de ses sœurs.

        A+,
        Stéphane.

        1. Diable, une greffe qui prend en hiver !

          J’ai du ajouter la bonne dose de datura au savoir séviotique, visiblement.

          Oui, ça m’arrive (avec les incitations du confinement en plus) d’avoir des pensées bichesques, dans la grande « bicchocca » qu’est la nature.

          Piocher 5 phrases dans ce texte, dont je me souviendrai à 95 ans ? pourquoi pas.

  3. Ben oui la déduction est lamentable et montre que Godard n’a pas tort dans son jugement sur Mediapart qui cherche des scoops à la petite semaine quitte à véhiculer des ragots et ne contient aucune analyse de fond.

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    1. faux , absolument faux . Je serai bien curieux d’avoir de votre part un exemple . J’ai comme l’impression qu’il y a ici aussi des trolls.

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  4. JL Godard est le seul de ce niveau de notoriété à avoir rendu visite à notre Dame des Landes, et ces Zadistes.

    Le reste des chanteurs, acteurs, auteurs, journalistes, politicards a globalement validé l’envoi de 2500 gardes mobiles et de blindés pour anéantir des cabanes, blesser physiquement 200 personnes et mettre fin à une organisation généreuse et créatrice.

    J’aurais toujours rien que pour cela, beaucoup de reconnaissance pour lui.

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  5. « Tous les gens pensent que deux et deux font quatre, mais ils oublient la vitesse du vent. »
    Superbe aphorisme qui met le doigt avec humour sur la dimension tragique du langage quand celui-ci s’entend comme stase unique, indépassée et indépassable, comme une sorte de puits de potentiel infini où la psyché est enfermée et dont elle rêve de pouvoir s’échapper sans jamais y parvenir ; quelle que soit l’énergie mobilisée. Et je précise que même les affects ne s’affranchissent pas de cela car la façon que nous avons de nous les représenter, l’est à l’aune du langage. Enfin, pour bien comprendre ce que signifie : à l’aune du lange et jusqu’où cela va, il faut avoir une petite idée sur ce qui ne l’est pas c’est-à-dire sur l’agnosie.

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  6. Sommes-nous faits d’une somme de hasards poussés par des vents contraires qui nous font exister dans un monde trop vaste pour notre arbitraire ?

    Il est encore temps de lire DESERT de Le Clézio.

  7. 91% des commentaires sur Mediapart sont particulièrement consternants.
    Mais comme son lectorat est son fonds de commerce, difficile de le prendre à rebrousse poils.

    “It is difficult to get a man to understand something when his salary depends on not understanding it.” (Upton Sinclair)

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    1. Superbe aphorisme de Sinclair (que je ne connais pas).
      Il s’applique à la perfection aux man – à – gère (ci-devant petits chefs) des grosses boîtes lorsqu’on tente de leur faire comprendre que faire chaque année davantage de « plus de VA avec moins de ressources » ça n’a ni sens, ni avenir…
      Je leur resservirai cette citation à la première occasion ! 🙂

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    2. En fait il y a sur Mediapart environ 200000 abonnés et pour être un assidu de ce media numérique j’abonde en votre sens. Les enquêtes, puisqu’il s’agit principalement d’enquêtes, sont fiables , par contre au niveau des commentaires seul un faible pourcentage des abonnés y participent et sont malheureusement l’objet d’une joute verbale entre eux.
      C’est un choix délibéré de la rédaction qui comme vous le dites en fait son fond de commerce. C’est la politique du « clic » et de sa comptabilisation qui leur permet d’avoir une certaine notoriété .
      Il faut savoir accepter ce travers que l’on retrouve dans de très nombreux blogs et celui de M. Paul Jorion n’y fait peut être pas exception , à lui de nous le dire.
      Pour en revenir à mediapart j’ai souvent eu envie de me désabonner mais ce qui me fait rester sont les blogs d’abonnés qui sont très intéressants .

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  8. A 91 ans, chaque heure, chaque minute sont à vivre intensément. Il est dans ce temps proche de l’éternité qui permet de distinguer l’essentiel de l’existence, du superflu de l’activisme de ceux qui ont oublié qu’ils étaient mortels.
    Le sage montre la lune du doigt et l’idiot regarde le doigt.

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  9. J’aurais aimé que mon beau-père, mort en octobre dernier à 91 ans passés, ait encore l’énergie de parler aussi intelligemment.
    Et merde à ceux qui pensent Godard gâteux, ils ne savent pas d’expérience ce qu’est le gâtisme!

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  10. Ah oui, j’ai adoré cette interview ; des commentaires de ma part postés ailleurs :

    « Moi je crois savoir. Il parle de ce que l’on voit et que l’on commente simultanément. Automatiquement. Comment l’invention et l’usage de la langue et de l’écriture déforment la réalité du monde, et pervertissent ce dernier, en l’engonçant dans des contours humains… y a de quoi creuser. »

    « J’essaye pour la première fois de ma vie de penser comme un animal. Sans les mots. C’est assez extraordinaire.
    Y a des gens qui pensent comme ça parait-il.
    Je vais continuer de réfléchir a’ ce truc, y a des choses a’ creuser là. »

  11. Dans l’interview Godard dit :
    « … Cézanne était ami avec Zola, mais c’étaient deux
    mondes différents. Et je me suis plutôt rangé du côté
    de Cézanne. Cézanne peut-être ne s’en fichait pas de
    Dreyfus, mais il ne militait pas pour Dreyfus comme
    Zola. Et donc, moi, je ne milite pas avec vous. Du
    reste, je n’ai pas accepté de prendre un abonnement
    à Mediapart à l’époque parce que ça me paraissait
    antinomique avec quelque chose du cinéma… »

    Godard, comme trop souvent, fait des syllogismes douteux, ici il attaque Médiapart, tout en se livrant, comme ça en passant, à une provocation qui
    retourne son humanisme affiché en abjection.
    Godard trouve sympathique et admirable le combat de Gretha Thunberg, mais le capitaine Dreyfus, et bien ma foi, qu’il se débrouille.
    Godard, l’homme qui trouve qu’on parle trop, mais qui lui-même en dit trop ou pas assez.

    A rapprocher de ceci : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2009/11/10/godard-et-la-question-juive_1265204_3476.html

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    1. Je suis assez d’accord avec vous.
      Par ses aphorismes choisis et sortis du contexte, Godard se pose en provocateur, ce n’est pas nouveau, et en prophète.
      Il se situe cent coudées au dessus des humains (juifs, palestiniens, dans l’article) et interprète leurs actes selon sa logique propre. (celle de l’esprit fort). Avec un total mépris.
      Un tel positionnement ne peut aboutir qu’à une conclusion : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné au milieu d’eux ? ».
      Laissons le donc dans son ciel inhumain. (Même si certaines de ses séquences passées nous ont heureusement surpris…).

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    2. C’est vrai que l’affaire Dreyfus n’était pas l’affaire de Cézanne, très éloigné de Paris et de plus « ours » endurci et pris entièrement par sa peinture comme un sacerdoce.
      Mais il ne faut pas faire de cet apparent silence une trique pour lui taper dessus.
      Et, derechef utiliser le même argument pour le resservir à propos de Godard… c’est surtout une indication sur Pierre-Yves Dambrine.
      (;-))

      1. Si Godard s’était contenté de peindre (avec sa caméra), on comprendrait. Mais ses aphorismes débordent de ce cadre, donc… on peut le montrer du doigt, même sans trique…

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      2. Hervey,
        Vous n’avez retenu que la première partie de la citation de Godard, il faut lire sa saillie dans sa totalité en lien avec ce qu’il dit ensuite de Médiapart. C’est pour ça que j’ai évoqué un syllogisme.
        Si Godard évoque ensuite Médiapart c’est pour dire ce qu’il a à dire sur Dreyfus, cela déborde du cadre du cas Cézanne. C’est assez pervers cette façon qu’a Godard de s’exprimer, c’est assez facile à décoder. Le fait est que Godard affiche un profond mépris à l’égard de la cause dreyfusienne, l’assimilant à ce qui serait la militance dévoyée de Médiapart, sans dire dire d’ailleurs laquelle.
        C’est profondément malsain, et pour tout dire cela relève du propos anti-sémite.
        Si ce ne s’agissait que d’un dérapage isolé, que j’aurais repéré, mais non, Godard à de nombreuses reprises, a eu ces dérapages à propos des juifs. Pour le reste je suis d’accord ce que dit Fabian de façon plus générale sur Godard.

  12. Mediapart, pour moi ce sera toujours Edwy Plenel. Le « grand journaliste de gauche » qui participait à la curée en mettant des coups de lattes à Denis Robert quand il était à terre dans l’affaire Clearstream.

    1. Denis Robert s’entêtait à lire un scandale financier dans le fonctionnement normal d’une chambre de compensation. Appelez cela incompréhension ou mauvaise information, quoi qu’il en soit, il était difficile de le suivre et dénoncer à ses côtés un scandale inexistant. Comme je l’ai dit à l’époque : « Ce ne sont pourtant pas les véritables scandales qui manquent en finance. »

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      1. Et c’est pourquoi Clearstream a fait 10 ans de procès à Denis Robert (qu’il a perdus) pour bien faire comprendre leur fonctionnement normal.

      2. Et que dire de Plenel lui-même (incompréhension ou mauvaise information ?) qui dénonce Cahuzac Suisse ou Sarkozy Libye alors qu’il s’agit somme toute du fonctionnement normal du personnel politique ?

        1. Il y a moyen de faire de la politique autrement que par la corruption et avec l’aide de barbouzes (et c’est interdit), alors qu’il n’y a pas moyen de faire fonctionner une chambre de compensation autrement que comme … une chambre de compensation (ce qui va de soi).

          1. Avez-vous bien suivi l’affaire ? «L’affaire des affaires » même selon Denis Robert, peut-être là un peu prétentieux… Il s’agissait non pas du fonctionnement normal de la chambre de compensation mais de ses comptes illicites et ses titulaires non autorisés.

          2. Avez-vous bien suivi l’affaire ? «L’affaire des affaires » même selon Denis Robert, peut-être là un peu prétentieux… Il s’agissait non pas du fonctionnement normal de la chambre de compensation mais de ses comptes illicites et ses titulaires non autorisés.

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            1. Personne ne demandait à Plenel de prendre fait et cause pour Denis Robert. Il y a juste que la cruauté dont il a fait preuve dans cette affaire est assez révélatrice du vrai visage du bonhomme.

  13. Petite correction: « elle ‘intercède’ pour l’homme. » (on aura sans doute corrigé en lisant)
    La perception c’est la partie analysée par la conscience des sensations, non? J’aimerai comprendre ce qui n’est pas compris!

  14. J’adore Godard, le cinéaste et son oeuvre, mais parfois, on aimerait qu’il soit autre chose qu’une machine à aphorismes. Est-il capable d’émotion ? Je suis sur que oui. En ce sens j’aurait bien aimé savoir ce qu’il a ressenti en apprenant la mort de Belmondo avec qui il a fait trois films dont deux de ses plus connus. Alors ? Indifférence totale ou quand même un peu ému ? On ne le saura jamais…

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