Le néo-darwinisme doit muter pour survivre, par Olen R.Brown, David A.Hullender

Le néo-darwinisme doit muter pour survivre
Olen R.Brown, David A.Hullender

L’évolution darwinienne est un concept descriptif du dix-neuvième siècle qui a lui-même évolué. La sélection par la survie du plus apte était une idée séduisante. La microévolution a été vérifiée biologiquement et empiriquement par la découverte des mutations. Les progrès ont été limités jusqu’à la synthèse moderne. L’objectif central de la présente étude est de fournir les preuves qui étayeront que la sélection basée sur la survie du plus apte est insuffisante pour autre chose que la microévolution. Des calculs de probabilité réalistes basés sur les probabilités associées à la microévolution sont présentés.Cependant, la macroévolution (requise pour tous les événements de spéciation et les complexifications apparues lors de l’explosion cambrienne) s’avère hautement improbable du point de vue probabiliste (de l’ordre de 10-50) lorsqu’elle est basée sur la sélection par la survie du plus apte. Nous concluons que la macro-évolution par la survie du plus apte ne peut être sauvée par des arguments en faveur de la dérive génétique aléatoire et d’autres mécanismes proposés. La biologie évolutive est pertinente pour les mécanismes du cancer, et son importance dépasse le cadre académique. Nous mettons au défi la biologie de l’évolution de dépasser hardiment les insuffisances de la synthèse moderne pour aboutir à une théorie unifiante modelée sur la Grande Théorie Unifiée de la physique. Cette théorie devrait inclure la possibilité d’une cinquième force dans la nature. Les mathématiques devraient être appliquées rigoureusement aux découvertes empiriques actuelles et futures de l’évolution. Nous présentons la thèse selon laquelle la biologie moléculaire et la biochimie doivent évoluer vers une chimie de l’éon (la vie) qui reconnaît le caractère unique des enzymes pour la vie. Pour évoluer, l’évolution biologique doit faire face aux déficiences connues, notamment aux limites du concept de survie du plus apte, et chercher des solutions dans le concept d’auto-organisation d’Eigen, la néguentropie de Schrödinger et de nouvelles approches.

Progress in Biophysics and Molecular Biology 172:24-38August 2022, DOI https://doi.org/10.1016/j.pbiomolbio.2022.04.005
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5 réflexions sur « Le néo-darwinisme doit muter pour survivre, par Olen R.Brown, David A.Hullender »

  1. On peut extrapoler une catégorie de « théories du vivant » qui ont la propriété cardinale de rester vrai quand on les applique sur elle-même.
    Il ne reste plus qu’à trouver un ensemble de théories qui peuvent être appliquées entre elles et s’auto-générer mutuellement, et là on a la théorie du tout….
    Le « zéro », l’ensemble vide des mathématiciens.
    La sélection, la survie, l’auto-organisation, tous ces termes nous renvoie à nous-mêmes, pas vraiment prêt à faire le saut dans le vide pour approfondir ce que nous sommes dans l’Univers.
    « Nous mettons au défi la biologie de l’évolution .. », ils sont bien ces deux gars.

  2. O.B et D.H: « Nous mettons au défi la biologie de l’évolution de dépasser hardiment les insuffisances de la synthèse moderne pour aboutir à une théorie unifiante modelée sur la Grande Théorie Unifiée de la physique. Cette théorie devrait inclure la possibilité d’une cinquième force dans la nature. Les mathématiques devraient être appliquées rigoureusement aux découvertes empiriques actuelles et futures de l’évolution. ».

    Réunifier la physique moderne et la phusis aristotélicienne est la tâche qui nous attend, sachant qu’elles se sont séparées à la coupure galiléenne (essentiellement par l’introduction de mathématiques de plus en plus élaborées en physique moderne alors que cela a été plus tardivement et plus marginalement le cas en physique aristotélicienne (1)). La physique moderne postule l’imbécillité de la matière étudiée, et certains biologistes murmurent que c’est une raison pour laquelle les mathématiques sont efficaces en physique moderne mais inefficaces en biologie car il est y difficilement défendable de postuler l’imbécillité du vivant.

    Je ne pense pas qu’il soit possible d’appliquer rigoureusement les mathématiques « aux découvertes empiriques actuelles et futures de l’évolution ». Par contre le mathématicien René Thom (médaille Fields 1958) a impliqué (et, selon moi, non appliqué) la topologie différentielle et la théorie des singularités dans l’ébauche d’une biologie théorique. C’est le sujet de « Stabilité Structurelle et Morphogenèse », son premier ouvrage majeur hors mathématiques pures, où est postulée l’existence de champs de forces morphogénétiques (les cinquièmes forces de G.B et D.H) de même nature que les champs de forces identifiés par la physique moderne (et auxquels ils se réduisent peut-être…)..

    L’idée de base est d’avoir osé les analogies -pour moi génialissimes- entre différenciation cellulaire et différentiation des fonctions, entre développement de l’embryon et développement de Taylor. C’est haut de page 32 dans SSM (2ème ed.):

    « On va revenir, avec un peu plus de détail, sur le mécanisme formel qui, à mes yeux, commande toute morphogenèse. Expliquons le de manière assez élémentaire, par l’analogie suivante entre le développement d’un embryon d’une part, et une série de Taylor à coefficients indéterminés d’autre part. Le développement d’un embryon peut se décrire grosso modo de la manière suivante: à partir d’un œuf « totipotent » se séparent au cours du temps des masses cellulaires qui acquièrent des spécialisations biologiques irréversibles (en principe); mais il reste toujours à l’intérieur de l’animal une lignée de cellules totipotentes, la lignée germinale, qui aboutira à la formation de cellules reproductrices (gamètes) dans l’individu adulte. Or, considérons d’autre part une fonction différentiable de deux variables x,y, … ».

    C’est à partir de là que j’ai interprété l’énigmatique incursion de Thom en métaphysique extrême (c’est-à-dire, selon moi, en théologie) de la page 216 de « Esquisse d’une sémiophysique » (sous-titré Physique aristotélicienne et théorie des catastrophes), par analogie entre œuf totipotent et Dieu tout puissant. Cela m’a suggéré de tenter de relier Phusis aristotélicienne et Physique quantique en généralisant la fonction de deux variables (à valeurs réelles) évoquée par Thom à une fonction d’une infinité de variables à valeurs dans un espace de dimension infinie (l’infini, c’est le Dieu du matheux!), c’est-à-dire à une fonction indéfiniment différentiable de l’espace de Hilbert séparable H dans lui-même. La différentielle en tout point de cet espace est une application linéaire qui peut être une observable (au sens de la PQ) ou non. Suivre les observables dans leur mouvement? Idée délirante ou sensée? On ne peut répondre à cette question si on ne se l’est pas posée. Thom:

    « Le « philosophe de la nature » que j’envisage aura un point de vue résolument anti-démarcationniste. On peut imaginer un spectre quasi-continu joignant les assertions les plus solidement établies (par exemple un théorème de mathématique) aux affirmations les plus délirantes. La pratique de notre épistémologue peut être ainsi décrite. Partant des points de contact obligés entre science et philosophie, il s’efforcera d’épaissir l’interface entre science et philosophie ; il sera donc philosophe en sciences, et scientifique en philosophie. ».

    La critique la plus sévère -selon moi- que Thom fait du darwinisme est la lacune suivante -comblée par Thom- que l’on trouve en (2):

    « Le darwinisme a prétendu expliquer la variation des formes biologiques, alors qu’il ne s’est jamais préoccupé de les définir. ».

    Malheureusement pour les néo-darwiniens Thom est lamarckien…

    1: https://en.wikipedia.org/wiki/Mathematical_and_theoretical_biology

    2: http://j-costagliola.over-blog.com/article-un-programme-pour-la-biologie-theorique-par-rene-thom-medaille-fields-preface-a-faut-il-bruler-darwin-l-harmattan-1995-52930252.html

    1. La logique quantique (1) diffère de la classique et la logique thomienne, embryologique, aussi (2). Ces deux logiques ont un point de contact félin: le chat de Schrödinger à la fois vivant et mort, et le chat affamé de Thom, à la fois prédateur et proie; elles violent toutes les deux le principe d’identité et le principe de non contradiction. La logique embryologique ayant -conjecturalement- un rapport avec le développement de Taylor d’une fonction (3), l’analogie entre PQ et morphogenèse thomienne s’en trouve confortée.

      La logique embryologique thomienne étant -conjecturalement- la logique du vivant, il est a priori raisonnable de ne pas la qualifier de mécanique (comme les logiques formelles des matheux). Bien que le qualificatif quantique se rapporte historiquement plus à la Mécanique qu’à la Physique (MQ plus que PQ) il n’est peut-être pas complètement délirant de prêter également une certaine intelligence aux « trucs » que les expérimentateurs essayent de traquer en PQ (4). C’est en tout cas ce que pense Thom (dans un cadre général):

      « Lorsqu’on a compris – à la suite de T. S. Kuhn – le caractère « automatique » du progrès scientifique, on se rend compte que les seuls progrès qui vaillent sont ceux qui modifient notre vision du monde – et
      cela par l’élaboration de nouvelles formes d’intelligibilité. Et pour cela il faut revenir à une conception plus philosophique (voire mathématique) des formes premières d’intelligibilité. Nos expérimentateurs, sempiternels
      laudateurs du « hard fact », se sont-ils jamais demandé ce qu’est un fait ? Faut-il croire – ce qu’insinue l’étymologie – que derrière tout fait, il y a quelqu’un ou quelque chose qui fait ? Et que ce quelqu’un n’est pas réduit à l’expérimentateur lui-même, mais qu’il y a un « sujet » résistant sur lequel le fait nous apprend quelque chose ? Telles sont les questions que notre philosophe devra constamment reposer, insufflant ainsi quelque inquiétude
      devant le discours volontiers triomphaliste de la communauté scientifique. Bien sûr la Science n’a nul besoin de ce discours pour continuer. Mais il restera peut-être quelques esprits éclairés pour l’entendre, et en tirer profit. ».

      1: https://fr.wikipedia.org/wiki/Logique_quantique

      2: Thom : « La classe engendre ses prédicats comme le germe engendre les organes de l’animal. Il ne fait guère de doute (à mes yeux) que c’est l’unique manière de théoriser la Logique naturelle. ».

      3: Cf. mon précédent commentaire.

      4: https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_d%27Aspect

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