« It’s capitalism, stupid! », par Terence

En lisant cet article du Guardian, je me suis vraiment dit que le mot « capitalisme » transpirait entre toutes les lignes, sans être prononcé :

Les entreprises de combustibles fossiles « prennent l’humanité à la gorge », déclare le chef de l’ONU dans une attaque virulente. | Climate crisis | The Guardian

« Le Guardian comprend que M. Guterres est courroucé par le comportement récent des entreprises de combustibles fossiles, qui ont récolté une manne grâce aux prix de l’énergie ayant flambé en raison de la guerre en Ukraine. Une grande partie de ces bénéfices faramineux est susceptible d’être investie dans une nouvelle exploration et une nouvelle expansion des ressources en combustibles fossiles. »

Profits, réinvestissement des profits dans l’investissement en capital, expansion, etc.

Il reste un problème de « framing » de la part de Guterres quant à la causalité des phénomènes. Il reste à la surface des choses. Ce n’est pas tellement l’industrie fossile ou du tabac ou de l’amiante le problème. Le fait que ces secteurs s’engagent dans des stratégies de lobbying dilatoires est contingent à leur cœur d’activité. En fait, n’importe quel actionnaire d’entreprise qui verrait ses profits menacés agirait strictement de la même manière, peu importe le cœur d’activité.

On doit remonter la chaîne causale pour pouvoir identifier, derrière le comportement de ces secteurs, le comportement général du capitalisme (néolibéral). Toute entrave à la maximisation du profit et à l’accumulation du capital est combattue avec les ressources disponibles : les profits et le capital, tant que la loi l’autorise ou qu’elle ne peut pas être appliquée.

Il n’y a donc pas que les problèmes contemporains et contingents du tabac, de l’amiante ou des fossiles, il y a aussi la déforestation, la surpêche, l’épuisement des sols, l’exploitation des travailleurs, la pollution de l’espace, la surconsommation des ressources naturelles, etc.

C’est un problème structurel systémique au capitalisme : il ne contient pas de boucle de feedback pour s’autoréguler dans de nombreux domaines existentiels.

Le problème ne sera donc pas réglé par la mise au pas des industries du tabac, de l’amiante et des fossiles, mais par l’abolition du capitalisme.

Comme l’affirment certains critiques : « il n’y a pas de solution dans le capitalisme ».

Partager :

18 réflexions sur « « It’s capitalism, stupid! », par Terence »

  1. « il n’y a pas de solution dans le capitalisme ».
    Et oui, c’est la vérité absolue, ce qui sous-entend que tout homme ou femme politique qui présente un programme en affirmant vouloir régler les problèmes actuels tout en restant dans le cadre actuel, toutes ces personnes politiques en vérité sont des imposteurs et des enfumeurs qui ne cherchent en fait qu’à occuper des postes de pouvoir avec tous les avantages liés à la fonction.
    Il serait temps d’en prendre conscience avant d’atteindre le point de non-retour.

    3
    1. @l’arsène Mais ce ne sont pas les seuls, François Mitterand lui-même ne s’est-il pas fait élire en revendiquant que pour être socialiste il fallait sortir du système actuel ?
      Un homme ou femme politique se doit de rester dans le système ou alors c’est un révolutionnaire subversif.
      Les vrais ambitieux en quète d’avantages, qui souhaitent rester dans le cadre actuel s’ils ont quelque vision devraient trouver une autre activité.

  2. « Les Gilets verts ? Ils sont prêts… » puis « L’or et le bitcoin » et encore « It’s capitalism, stupid! »…
    Dans chacun de ces articles, des opposés qui ne parviennent même plus à constituer un rapport viable. Deux mondes qui s’affrontent alors que c’est dans leur rapport justement que l’équilibre nécessaire est attendu.

    Cela me fait penser au procès qui se tient en ce moment entre l’artiste Maurizio Cattelan et Daniel Druet.
    Le premier amène le concept, l’idée, mais il a besoin de faire appel au second qui va réaliser l’œuvre.
    Les deux se disputent le statut d’artiste.
    Le premier vide le sens du travail du second qui devient de fait un simple artisan payé pour son travail.
    Le second, l’artisan donc, vide le sens du travail du concepteur qui en rien ne peut créer une forme nouvelle que pourrait lui révéler le matériau de part son travail de sculpteur puisqu’il n’est jamais en contact avec aucun matériau.
    Je vote pour qu’un équilibre puisse exister et non pour qu’un camp impose ses lois.

    2
    1. Oui, dans les « il faut », et « les boucles de feedback », en parallèle de celle de la redistribution (quelque part entre Piketty et Lénine),
      il y a un double flux des savoirs et savoir-faire, l’exemple est assez parlant même s’il est assez particulier (je n’étais pas au courant, j’avoue).

      L’analogie avec la sève me semble assez sympa : entre la « montante » et la « descendante », aucune n’est plus noble que l’autre.
      Celle du haut apporte les glucides photosynthétisés aux racines, celle du bas remonte eau (bien sûr) et sels minéraux et autres vitamines, molécules soufrées, azotées,
      obtenues par les racines, lesquelles s’associent aux mycorhizes de toutes sortes pour cela.

      (je viens de lire le bouquin « Jamais Seuls » de Marc-André Selosse,
      sur le sujet des symbioses de toutes sortes, assez bien troussé ma foi :
      il y a plein de sortes de mycorhizes , « endo », ‘exo », et une « rhizosphère » de micro-organisme + ou – symbiotiques,
      autre aspect dans un autre domaine, les vaches se nourrissent en grande partie sur les bactéries du rumen,
      le truc qui chauffe pendant la rumination, et ce ne sont plutôt pas les nutriments de l’herbe qui la nourrissent,
      avec « juste une modification microbienne », c’est vraiment toute la machinerie des ferments qui se sacrifie en partie
      pour se faire digérer dans les estomacs et intestins suivants. D’où l’intérêt des major de l’agro-alimentaire pour
      aller voir le rumen « live », ce qui donne des vaches à trous, de quoi heurter facilement un public prêt à gober du vert
      un peu facilement, c’est à peine plus scandaleux que d’analyser la flore d’un fromage en cours de fabrication
      pour comprendre tout ce qui lui arrive ).

      1
  3. Je crains que la portée pratique d’une telle affirmation « c’est la faute au capitalisme » soit nulle pour mettre fin aux agissements nocifs de ces entreprises.

    Le capitalisme ne va pas mourrir parce qu’on aura fait décrété dans une assemblée un beau matin qu’il doit mourir mais plutôt parce que l’humanité confrontée à des défis vitaux, est amenée à prendre des mesures concrètes qui de facto amenuise l’emprise du capitalisme, au cas par cas.

    Donc si le propos de Guterres est décevant sur le plan théorique il a le mérite de pointer le projecteur sur les actions criminelles des entreprises de combustibles fossiles bien identifiables. Autrement dit pointer les actions concrètes de certaines entreprises donne une prise pour l’action immédiate : il importe avant tout de faire connaitre qui fait quoi avec quelles conséquences, en quoi le fait de savoir qu’elles sont capitalistes aiderait-il à les combattre ?

    L’analyse des mécanisme du capitalisme est indispensable, mais il me semble qu’il ne faudrait pas confondre diagnostic et traitement.

    A-t-on mis Al Capone hors d’état de nuire en le poursuivant pour activités mafieuses (cause structurelle), ou bien avec un contrôle fiscal sévère (argent sale = symptôme) ?

    Le fait est qu’il existe déjà des initiatives législatives visant à restreindre les activités des ces entreprises de combustibles fossiles.
    Le mouvement est lancé, le hic ce n’est pas qu’on y dénonce pas le capitalisme mais que ces législations ont un calendrier bien trop lent.

    1. QUI brûle le pétrole QUI ???
      Les vilains capitalistes qui le vendent ?? ou les gentils consommateurs qui manifestent pour leur pouvoir d’ achat afin de remplir le réservoir de leur bagnole ?
      Bien sûr, il faut supprimer le capitalisme ! mais cela signifie supprimer la société de consommation !
      Il faut avoir le courage de le dire !

      3
      1. Oui, c’est élément du problème.

        Les deux sont fautifs, le capitaliste, parce que ses profits valent plus que l’intérêt général, et le consommateur parce qu’il peine à être un citoyen.

        1. Le problème: qui définit l’intérêt général ? Un despote éclairé ? Comment ce despote le devient-il ?
          Ruffin et Jorion (leur vidéo) semblent prôner le rationnement, comme en temps de guerre, mais leurs partis (nupes) hurle au pouvoir d’achat.

          1. Hadrien,
            on retrouve là nos petites querelles, qui m’avaient valu, à tort (méa culpa), de vous qualifier d’extrême-droitier. Nonobstant, je persiste à penser que vous faites erreur en opposant logique de rationnement et pouvoir d’achat.

            Bien sûr, vous pointez un réel problème, le fait parfois pour certains de n’évoquer QUE le pouvoir d’achat, or ce n’est pas le cas si l’on regarde le programme de la NUPES, je n’en dirais bien pas autant du programme du RN, qui lui ne pense qu’aux intérêts individualistes et nationaux et n’a que faire de l’écologie.

            Le pouvoir d’achat est une lutte légitime, celle de la justice sociale, si ce pouvoir d’achat est situé dans un cadre général où globalement on l’on oriente, voire dirige, ce pouvoir d’achat vers des consommations, ou plutôt des usages, comptatibles avec l’écologie et le climat.

            Vous savez sans doute que par tête de pipe et dans le cadre actuel, les riches consomment et polluent plus que la majorité d’entre nous ; ils prolifèrent en détruisant la planète. Il faut donc diriger les investissements vers les « bons usages » ce qui implique de réguler sévèrement le capitalisme (qui n’est autre que sa disparition tendancielle) .

            Donc si le pouvoir d’achat de la majorité d’entre nous s’élève, et que les investissements sont orientés (pas par le marché, mais parce qu’on l’aura décidé en votant des lois, et en changeant nos habitudes) vers le compatible et les besoins fondamentaux, le pouvoir d’achat n’est plus le problème.

            2
            1. @Pierre-Yves « les riches consomment et polluent plus que la majorité d’entre nous  »
              Est-ce bien vrai ?
              D’ailleurs au niveau mondial et planétaire c’est nous les riches !

              De plus même si celà semble établi, puisque plus de patrimoine va sans doute avec plus de revenus et plus de dépenses, donc plus d’activités soit plus de pollution.

              Qu’en est-il vraiment du contenu de pollution par € de dépense ?
              Il n’est sans doute pas uniforme.

              Lorsqu’un riche dépense 100 € pour des légumes Bio accroit-il autant la pollution que si ces 100 € étaient dépensés par 10 pauvres à 10 € chacun pour s’acheter un burger ou du jambon nitraté nourri à l’OGM ?
              Pour un sac Vuitton à 1000 € qui nourrit un artisan en France ou au Maroc
              combien de pollution pour 100 sacs à 10 € qui seraient fabriqués en Chine ou au Pakistan ?

              Il est probable que le contenu de pollution par € de dépense est supérieur pour les pauvres que pour les riches.
              Comme les riches passent pour ne pas tout dépenser c’est encore plus le cas pour les revenus.

              Il conviendrait dans cette approche de concentrer les revenus sur les riches, pour limiter la pollution.

              La TVA sur les produits de luxe pourrait cependant être augmentée.
              Carburants, énergie, légumes bios, chocolat, café, tabac, cocaïne.

              1. Ruiz :

                «…  Les 1 % les plus fortunés de la planète sont à l’origine de 17 % des émissions mondiales de CO2. Tandis qu’à l’opposé du spectre, les 50 % les plus pauvres de la population mondiale n’ont entraîné que 12 % des émissions mondiales. « Il y a une forte inégalité des contributions au problème climatique », souligne à l’AFP l’économiste Lucas Chancel, estimant que « le gradient du revenu et du patrimoine permettent d’expliquer une grande partie des inégalités » d’émissions. Il est l’un des chercheurs du Laboratoire des inégalités mondiales, qui a publié ses résultats pour l‘année 2019 début décembre.

                En termes d’émissions de tonnes de CO2, le fossé est encore plus évocateur. Les 1 % les plus riches ont ainsi émis en moyenne 110 tonnes de CO2 par an et par habitant, quand les 50 % les plus pauvres ont émis en moyenne 1,6 tonne de CO2 par an et par habitant, soit 70 fois moins. Or, pour respecter un scénario de réchauffement limité à 1,5°C, il faudrait émettre environ deux tonnes de CO2 par an et par habitant. L’ONG Oxfam, qui a également publié un rapport récemment sur le sujet, a calculé que les 1 % les plus riches émettraient encore 70 tonnes de CO2 en trop en 2030 par rapport à l’objectif 1,5°C. Les classes moyennes, qui ont vu leurs émissions augmenter le plus vite entre 1990 et 2015, subiraient quant à elles un redressement sous « l’effet de Paris » en référence à l’Accord de Paris signé en 2015. Elles seraient ainsi quasiment dans les clous en 2030. … »

                https://www.novethic.fr/actualite/infographies/isr-rse/les-1-les-plus-riches-emettent-plus-de-co2-que-les-50-les-plus-pauvres-l-infographie-qui-revele-les-inegalites-climatiques-150432.html

                Concernant la consommation bio, votre raisonnement est biaisé, car le riche ne fait pas que consommer du bio, il prend l’avion, dispose d’un SUV, et; comme vous le rappelez à juste titre, dispose de revenus conséquents, dont une bonne par est constituée de produits financiers, qui lui rapportent et consistent en investissements dans les industries polluantes et néfastes pour le climat ….

                1. @Pierre-Yves Dambrine Quel est le revenu des 1% les plus riches ?
                  N’est il pas supérieur à 17 % ?
                  Quand au 50 % les plus pauvres nous ne sommes pas concernés pas plus que le SMICard encore moins à 1400 ou 1500 €.
                  Il n’est pas impossible que les pauvres qui provoquent 12 % de l’émission mondiale de CO2 aient des revenus inférieur à 12 %

                  « Les 1 % les plus fortunés de la planète sont à l’origine de 17 % des émissions mondiales de CO2. Tandis qu’à l’opposé du spectre, les 50 % les plus pauvres de la population mondiale n’ont entraîné que 12 % des émissions mondiales »

                  Dans ce cas le contenu de pollution par unité de revenu serait plus élevé chez les pauvres que chez les riches.

                  Si l’objectif de 1,5 °C peut être atteint en limitant l’émission à 2 T/personne soit guère plus que ce que respecte déjà 50 % de la population mondiale avec 1,6 T celà laisse augurer une baisse drastique de mode de vie pour nous tous !
                  Quand aux investissements, ils ne se portent vers des activités génératrices de CO2 que tant que celles-ci ont des consommateurs, et peuvent tout autant s’effectuer sur des technologies prometteuses (éoliennes, photovoltaïque, nucléaire) génératices de CO2 en phase d’investissement !

            2. Pierre-Yves: Un « mea culpa » est trop rare (je le pense unique dans mes lectures sur internet) pour ne pas le saluer !
              Vous faites donc partie des trop rares personnes accessibles à la rationalité.

      2. @Hadrien Le capitalisme c’est le rationnement par l’argent,
        sa suppression c’est dans le meilleur des cas le rationnement par l’intérêt général.
        Réfléchissez avant de choisir.

  4. T: « C’est un problème structurel systémique au capitalisme : il ne contient pas de boucle de feedback pour s’autoréguler dans de nombreux domaines existentiels. Le problème ne sera donc pas réglé par la mise au pas des industries du tabac, de l’amiante et des fossiles, mais par l’abolition du capitalisme. ».

    La suppression du capitalisme est évidemment une solution radicale. Mais il risque alors fort d’être remplacé par le communisme (quoi d’autre?). Je pense qu’une meilleure solution consiste à réguler le capitalisme par son antagoniste naturel qui est le communisme, en tentant de faire en sorte que le couple s’auto-régule. Une idée pour cela est de faire circuler deux monnaies, une monnaie chaude capitaliste et une monnaie froide communiste et de réfléchir à leur harmonisation. Ce qui a été réussi dans le corps humain (par ex. l’auto-régulation diastole/systole pour faire fonctionner la pompe cardiaque) doit pouvoir donner des idées pour les transposer au corps social.

    Le physicien thermodynamicien François Roddier a -entre autres- réfléchi à ces choses (1, 2).

    Élie Bernard-Weil: «  » Il faut apprendre ou réapprendre à penser toujours d’une manière bipolaire et de ne pas céder à l’attrait d’une pensée unipolaire, branchée sur un pôle dominant – ce qu’on appelle aussi « pensée unique » de nos jours – une tentation qui fait immanquablement plonger dans l’erreur et l’impuissance. ».

    Remarque terminale: On parle actuellement beaucoup du réchauffement climatique dont le Giec nous assure qu’il est essentiellement d’origine humaine. Il y a alors une logique à tenter de refroidir l’humanité en refroidissant les sociétés chaudes par des sociétés froides.

    1: http://francois-roddier.fr/Mines-2018/assets/player/KeynoteDHTMLPlayer.html#0 (voir les derniers « sllides »)

    2: http://www.francois-roddier.fr/?p=311

  5. « la déforestation, la surpêche, l’épuisement des sols, l’exploitation des travailleurs, la pollution de l’espace, la surconsommation des ressources naturelles, etc. »
    Tout celà n’est pas du au capitalisme mais plutôt à la révolution bourgeoise (dont la révolution française est un archétype) ayant libéré la société des régulations de la société féodale, aristocratique et monarchique sous contrôle religieux qui régulait toutes ces activités par des domaines seigneuriaux ou royaux, des privilèges, des corporations, des jours de fêtes, des constructions de cathédrales pour dépenser le surplus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.