Prêtres, économistes et autres astrologues, par Cédric Chevalier

Illustration par DALL·E (+PJ)

Rien de nouveau pour ceux qui ont étudié ou vécu la « science » économique de près voire de l’intérieur… Il est bon que les autres soient conscients de l’état désastreux de ce champ de connaissance qui aurait pu être scientifique si on n’avait pas systématiquement découragé l’ethos scientifique en son sein.

Un chiffre comme 0,5% de publications qui évoquent le climat dans les plus grandes revues de « science » économique suffit à résumer la situation épistémologique lunaire.

Bon, ne soyons pas naïfs, les phénomènes sociologiques d’omerta, de dogmatisme, de mandarinat, de baiser de la mort et autres bannissements sont légions dans tous les domaines scientifiques. La démocratie, même démocratie scientifique, est souvent bafouée et bien des destins sont brisés par des infâmes (j’en fais partie, dans une vie adéquate j’aurais été prof d’unif [de fac] en économie). Mais j’ai tendance à penser que dans ces disciplines scientifiques sérieuses, le réel qui résiste finit par emporter (plus vite, davantage, mieux) dans les oubliettes les mandarins, parrains de mafias et autres pseudo-scientifiques aux travaux nuls.

La « science » économique se distingue de toutes les autres sciences sérieuses à de nombreux points de vue, le plus remarquable étant la persistance en son sein d’idées fausses et démenties par le réel (l’empirique), depuis des décennies.

Le prix « Nobel » attribué à W. Nordhaus est sans doute un des plus infamants, dont les travaux ont enfreint la connaissance scientifique la plus élémentaire en déterminant un taux de réchauffement climatique « optimal » allant chercher dans les +3°C…

D’un point de vue sociologique, vu qu’aucune force interne à la « science » économique n’a réussi à l’auto-réguler jusqu’à présent, je ne vois plus qu’une seule issue : le bannissement des pseudo-scientifiques économistes des universités par les scientifiques des disciplines sérieuses et la reprise en main du champ scientifique sérieux de l’économie par : les sociologues, les psychologues, les politologues, les physiciens, les écologues, les philosophes, les agronomes, etc. et l’ouverture de nouvelles facultés transdisciplinaires ayant pour objet d’étude l’économie, avec un parcours faisant la part belle aux géo-bio-anthropo-sciences pour former des scientifiques transdisciplinaires qu’on pourra alors nommer à juste titre « économistes ».

En France, certains essayèrent de créer une école doctorale en économie politique. La ministre était partante. Mais le prix « Nobel » Jean Tirole est intervenu par lettre à la ministre pour s’offusquer et recommander de tuer dans l’oeuf l’initiative. Ce qui fut fait par la ministre. La pseudo-science pouvait demeurer dans sa tour d’Ivoire.

Pour le moment, le leitmotiv de ces pseudo-scientifiques reste : si la réalité ne rentre pas dans ton modèle de « science » économique, prend un pied de biche mathématique, sophistique ou théorique, ça finira bien par rentrer. Et élimine méthodiquement, à la racine, toute force critique de tes institutions.

La caste des prêtres et autres astrologues a duré plusieurs millénaires sans jamais devoir prouver son expertise, alors les « économistes » ont encore quelques siècles devant eux…

Illustration par DALL·E (+PJ)

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44 réponses à “Prêtres, économistes et autres astrologues, par Cédric Chevalier”

  1. Avatar de Scapatria
    Scapatria

    Pour ceux dont la science économique n’est pas le domaine, pouvons-nous avoir quelques exemples de conclusions enseignées comme vraies alors quelles sont fausses ?

    1. Avatar de Paul Jorion

      Il y a un livre vraiment excellent – je pèse mes mots ! – entièrement consacré à ce sujet : « Misère de la pensée économique » (Fayard 2012). Suivez le lien et vous trouverez de nombreux exemples.

      1. Avatar de Khanard
        Khanard

        @Paul Jorion

        he he he bien joué . 👋👋👋👋

    2. Avatar de Régis Pasquet
      Régis Pasquet

      Facile.
      Comment expliquer et justifier une dépense mensuelle de 1 700 euros lorsque l’on en gagne 1 000 ?
      Je sais, il s’agit d’économie domestique enseignée à l’école ménagère. Mais il faut bien commencer par là.
      Sinon, problématique formulée autrement : comment consommer 1,7 planète si l’on ne dispose que d’une seule ?
      Là, c’est la confrontation avec le mensonge appris à l’université du même nom dont les défenseurs sont innombrables et répartis dans les endroits les plus inattendus.
      N’attendons rien d’autre que les résultats que nous pouvons obtenir d’une réflexion impitoyable sur le réel et non des solutions toutes faites colportées par des songe-creux porteurs d’illusions et de malheurs.

  2. Avatar de Tout me hérisse
    Tout me hérisse

    […]la reprise en main du champ scientifique sérieux de l’économie par : les sociologues, les psychologues, les politologues, les physiciens, les écologues, les philosophes, les agronomes, etc. et l’ouverture de nouvelles facultés transdisciplinaires ayant pour objet d’étude l’économie, avec un parcours faisant la part belle aux géo-bio-anthropo-sciences pour former des scientifiques transdisciplinaires qu’on pourra alors nommer à juste titre « économistes ». […]
    Cela tombe sous le sens et voudrait dire qu’il y a nécessité d’avoir beaucoup plus d’enseignants semblables au profil de Paul Jorion, mais il y a de toute évidence, à vaincre l’énorme inertie du rocher qui barre le chemin vers cet objectif…

  3. Avatar de Khanard
    Khanard

    j’aime bien la première illustration, elle me fait penser à l’allégorie de la caverne de Platon

  4. Avatar de Hervey

    Autre aperçu de la kleptocratie à la française décrite, il y a peu, par le député Damien Maudet à l’Assemblée Nationale.

    https://www.youtube.com/watch?v=Zy70JChdM1s

    1. Avatar de Hervey

      Evoquer la kleptocratie n’est pas hors sujet.
      Evoquer la kleptocratie c’est donner un nom aux finalités de ces dogmes économiques qui nient la réalité des faits et les détournent au profit d’un petit nombre. Le 49.3 y suppléait en dernier recours.
      La kleptocratie relève d’une urgence sanitaire pour la démocratie.

      De colère j’ai fait sauté le 0
      🙂

  5. Avatar de Manuel Guérin
    Manuel Guérin

    « je ne vois plus qu’une seule issue : le bannissement des pseudo-scientifiques économistes des universités par les scientifiques des disciplines sérieuses »

    Malheureusement, ils ne s’attèlent à cette tâche qu’au moment de leur retraite. Je pense au regretté François Roddier et à quelques uns de ses confrères physiciens.

  6. Avatar de Khanard
    Khanard

    me revoilà .Les tempêtes ayant cours ces temps et qu’il n’est pas bon d’aller folâtrer dans les bois je me suis retrouvé sans grand chose à lire . Parcourant mes étagères remplies de livres je suis tombé sur « 18 leçons sur la société industrielle » recueil de leçons données par Raymond Aron à la Sorbonne pendant l’année 1956-1956 .
    Je l’ai lu d’un seul trait tant , à mes yeux de néophyte , il m’a semblé traiter d’un autre monde . Au fur et à mesure que j’avançais dans l’ouvrage j’avais une seule réaction en tête : impondérabilité des propos . Tout au long de l’ouvrage il dépeint une économie basée sur une concurrence entre les USA et la Russie entremêlée de comparatifs avec certains états européens (Angleterre, Allemagne, France) sauf que l’Europe n’était pas encore née.
    Tout son ouvrage est basé sur la dualité économie soviétique vs capitalisme. Pourquoi pas mais qu’est ce que ça a mal vieilli !!!
    Bref. Aucune allusion n’est faite à l’écologie . Je me suis fait alors cette réflexion : qui étaient ses étudiants ? Certainement de futurs « crânes d’œufs » qui ont hanté les ministères . Alors j’en conclu , même si M. Raymond Aron a produit un travail honnête, que les sciences économiques sont un peu comme la pluie et le beau temps . Une part d’incertitude non négligeable voire même prépondérante façonne des choix politiques qui ne peuvent pas être pérennes.
    D’ailleurs l’auteur le dit lui-même : des milliers de variables seraient à prendre en compte ce qui est humainement impossible.
    Qu’en est il aujourd’hui de ces milliers de paramètres ? Toujours là sauf qu’aujourd’hui nous avons l’IA pour pallier à l’insuffisance humaine .
    Les prévisions de M. Aron se sont révélées être toutes fausses , l’histoire est passée par là . Alors ma dernière question : à quoi a servi ce cours ? A rien .
    Pour être plus juste si il a servi à Khanard de comprendre que nous vivons dans une illusion économique alimentée par de pseudos scientifiques.

  7. Avatar de Khanard
    Khanard

    pour vous donner un aperçu : Leçon I (extrait)

    En quoi l’auto-interrogation de la sociologie différe-t-elle de l’auto-interrogation d’une science comme l’économie politique ? Je prends l’économie politique parce que, de toutes les sciences des sociétés modernes, l’économie politique est la plus développée. L’économie politique veut étudier un secteur, isolable et isolé, de la réalité globale et elle dispose d’une méthode propre. Les questions que se pose l’économie politique viennent précisément des particularités de sa méthode. L’économie politique se définit par l’interprétation d’un aspect particulier des conduites humaines ou d’un secteur particulier de la réalité sociale globale, interprétation rendue possible à la fois par la structure de cette réalité et par les particularités de cette conduite. En effet, l’ensemble économique est constitué par des variables en état de solidarité réciproque, et les conduites des sujets économiques sont susceptibles d’être comprises à partir d’une schématisation ou rationalisation.

    Aussi l’économiste, ou celui qui s’interroge sur ce que font les économistes, se trouve amené à poser une série de questions : quelle est la relation entre les modèles simplifiés que construisent les théoriciens et la réalité ? Quelle est la relation entre les théories économiques et les doctrines, c’est-à-dire quelle est la relation entre les propositions explicatives de la conduite économique et les doctrines qui prétendent enseigner aux hommes d’État ce qu’ils doivent faire ? Quelle est la relation entre l’analyse microscopique des conduites des sujets économiques et l’analyse macroscopique de l’ensemble de l’économie ? Ou encore quelles sont les relations entre les théories ou les modèles et la réalité historique concrète ? Jusqu’à quel point les propositions les plus générales sont-elles valables pour toutes les sociétés ou seulement pour un type défini de société ? Quel est le caractère historique, quel est le degré d’historicité des propositions de l’économie politique ?

    L’économie politique progresse par un développement simultané de l’exploration du réel et de la conscience de ce qu’elle fait. Les modèles et les schémas se compliquent progressivement, ils deviennent plus rigoureux et plus complexes à la fois, pour se rapprocher de la réalité, et simultanément l’économiste est capable de faire une discrimination plus rigoureuse entre les propositions de fait et les propositions doctrinales, celles qui suggèrent un devoir être.

    A la limite, l’économie politique rejoindrait la réalité la plus complexe. Un schématisme comme celui de la théorie keynesienne est déjà plus proche de la réalité que le schématisme de l’économie classique. On peut concevoir des lois de développement qui, simultanément, seraient des formules abstraites et s’appliqueraient au devenir historique.

    Autrement dit, la réflexion de l’économie politique sur elle-même tend à s’assurer de la nature propre de la reconstruction intelligible de l’économie, du rapport entre cette reconstruction intelligible et la réalité concrète, de manière à discerner avec certitude les moments où l’on se borne à constater les faits et les moments où l’on indique ce qu’ils devraient être

    1. Avatar de Thierry Semo

      Oui, c’est édifiant.
      On serait tenté de dire que « les économistes se mordent la pensée » comme d’autres le cul ! Quelles contorsions inutiles et vaines en définitive !

    2. Avatar de Guy Leboutte

      Khanard

      Qu’est-ce qu’un économiste?

      Les premiers (dans l’histoire) faisaient de l’ « économie politique », on les a par la suite appelés les « classiques » en raison de ce qui les a suivis. Smith, Ricardo, Malthus, Mill…
      Comme les physiocrates français qui les ont précédés, et comme Marx qui les a critiqués, les économistes classiques, cherchant une objectivation des phénomènes sociaux se rapportant à « la production des richesses, leur répartition et leur circulation », à la monnaie, la richesse, le chômage, le commerce, les prix, le développement…, toutes choses quantifiables et le plus souvent en termes monétaires, au sein d’un pays ou d’une région, ne concevaient d’autres agents économiques que les groupes ou classes sociales. Les physiocrates reconnaissaient même une « classe oisive », celle des aristocrates. Tous leurs traités avaient un chapitre sur la valeur, qui menait la réflexion à être problématique pour la légitimité du capitalisme, puisque leur seul point d’arrivée de la valeur était du travail contenu ou accumulé, et non de la propriété.

      C’est sûrement un élément qui a poussé, autour de 1870, Jevons et d’autres vers une révolution du discours économiste savant, qui ne puisse pas contester le régime économico-social à partir de la révolution industrielle: l’acteur économique, qu’il soit acheteur ou vendeur, est toujours individuel, les groupes et classes sociales n’existent pas, les décisions sont des choix rationnels entre des « besoins illimités » et des ressources limitées, dans un cadre où l’information sur les prix et les autres agents est à peu près complète et accessible, c’est la naissance de l’homo economicus tant décrié. Désormais, les économistes affirment produire de la « science économique ». C’est dans ces références qu’on appelle donc néo-classiques que se déploie l’économie universitaire mainstream encore aujourd’hui.

      Donc si aujourd’hui nous entendons quelqu’un•e affirmer travailler en « économie politique » (et non en « science économique »), nous savons d’emblée qu’il ou elle cherche la lumière en rupture avec l’économie néo-classique, laquelle est libérale ou néolibérale.

      Ça, c’est la leçon 0, cher Khanard.

      Une réflexion ultérieure sur l’économie comme discipline du savoir, est que ce savoir ne peut être autonome.
      Une des rares vérités qu’assènent les économistes mainstream à la fin ou au début de leurs raisonnements, est : « Toutes autres choses étant égales par ailleurs ». C’est en somme le principe d’externalisation vu comme soutien de la pensée alors qu’il représente une cécité volontaire. Et il y en a tant de ces « autres choses », qu’en effet une compréhension des aspects économiques d’une période ou d’une région ne peut se faire sans les apports de la sociologie, de la philosophie, de l’histoire, de l’état des ressources naturelles importantes pour le régime considéré, etc.

      Une autre réflexion s’impose en sciences humaines : aucune ne peut être neutre axiologiquement, c’est-à-dire qu’elle participe toujours de présupposés et de préférences politiques ou morales. Cela vaut pour l’économie comme discipline du savoir : il n’y a pas d’économie neutre politiquement.
      Par exemple, Keynes était très soucieux de l’emploi et du plein-emploi, ce qui ne faisait pas de lui un révolutionnaire mais le distinguait de nombre d’économistes « bourgeois » de son époque. Keynes ne mettait pas en question le régime de propriété ni les rapports sociaux de domination dans son pays, il s’enrichissait et enrichissait son université en bourse. Et s’il voulait le plein emploi, c’était le plein emploi …salarial.
      Or, allez lire le code civil sur le contrat d’emploi (c’est du droit ici), le code dit bien que le salarié accepte une position de « subordination ». Le « contrat » étant un accord de deux libertés selon le même code, nous avons des gens supposés libres qui signent librement un accord par lequel ils renoncent à une part de leur liberté, au point que nombre de juristes, même bien dans la ligne, reconnaissent qu’il y a là un problème sur la nature de ce « contrat ».

      Pour ce qui est de l’intelligence artificielle en la matière, si elle est bien de taille à traiter une énorme masse de données, si ces « autres choses par ailleurs » des économistes mainstream, si nombreuses, paraissent offrir un champ à l’échelle de sa puissance de traitement, nous reconnaîtrons qu’une intelligence artificielle nous parlant d’économie (et donc de politique et de civilisation), sera neutre axiologiquement, c’est-à-dire intelligente sans présupposés, le jour où elle nous dira qu’il faut engager une révolution égalitaire, que le paradigme occidental actuel est suicidaire, et que les grands de ce monde sont des prédateurs au sein de leur propre espèce animale.

  8. Avatar de Roberto
    Roberto

    « Le prix « Nobel » attribué à W. Nordhaus est sans doute un des plus infamants, dont les travaux ont enfreint la connaissance scientifique la plus élémentaire en déterminant un taux de réchauffement climatique « optimal »===>>> allant chercher dans les +3°C…  »

    Ca me parait euh tellement.. énorme!

    Une petite explication? détail? source? merci — la présentation du bonhomme évoque intégration écologie et économie, mise en avant de la taxe carbone..

    tic tac — 10Mmn

    auto-réponse :=
    Wikipedia
    ca commence plutôt bien
    — Nordhaus constate qu’il ne semble pas y avoir de vraie coalition climatique, assez stable et suffisante pour s’engager vers les objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre sans mécanisme de sanction vis-à-vis des non-participants.
    — ca parle de taxe carbone comme moyen de contraindre ok,
    — mais ca fini effectivement plutôt mal 🙂
    « il utilise ensuite pour réaliser une analyse coûts-bénéfices justifiant ses conclusions qu’un réchauffement d’environ 4 °C par rapport à l’ère préindustrielle serait optimal  »

    Ensuite.. tout dépend de l’interprétation de serait optimal :
    — soit en théorie ca serait super ! bon discutable 🙂
    — soit en pratique, ben on pourra pas faire mieux.. donc autant s’y préparer..
    ???
    Cela dit.. que cette dernière conclusion soit à la hauteur d’un prix Nobel.. j’ai quelques doutes…

    1. Avatar de Khanard
      Khanard

      @Roberto

      les prix nobel d’économie sont l’exemple typique de ce qui se fait en termes de cooptation . Ils se masturbent les méninges entre eux et à la fin ils nomment celui qui a éjaculé le plus loin . Je suis vraiment désolé d’être aussi trivial .

      https://www.thinkerview.com/jacques-de-larosiere-et-tom-benoit-la-faillite-du-systeme-bancaire/

      https://www.thinkerview.com/esther-duflo-prix-nobel-deconomie-face-a-la-pauvrete/

      deux exemples typiques d’un discours économique .

      j’ai fait mon choix .

      1. Avatar de timiota
        timiota

        Quand iels se retiennent dudit acte jaculatoire, iels peuvent s’appeler Esther Duflo par exemple.
        Qui étudie nombre de débandades économiques d’ailleurs.

  9. Avatar de gaston
    gaston

    « La caste des prêtres et autres astrologues a duré plusieurs millénaires sans jamais devoir prouvé son expertise, alors les « économistes » ont encore quelques siècles devant eux… »

    Mais non ! Mais non ! Quelques années, quelques décennies au mieux . Avec l’effondrement qui se profile, ne resteront, plan C oblige, que quelques robots, dotés d’une IA, qui enverront promener toutes ces fadaises d’ « économistes ».

    D’ailleurs la Chine l’a bien compris et s’y prépare activement :

    https://futurism.com/the-byte/china-humanoid-robots-mass-production-2025

    Où l’on retrouve, encore une fois, que les dirigeants chinois ont bien lu les oeuvres de Paul Jorion. 😉

    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      Les chinois savent produire en masse, ça on le sait mais pas toujours à bon escient !
      https://www.youtube.com/watch?v=WRMfc8ITIRw

    2. Avatar de Pascal
      Pascal

      Sans compter que les vicissitudes climatiques aident la Chine à renouveler sa production !
      https://www.youtube.com/watch?v=2rjDB526d1o
      Une inondation et c’est 238 000 voitures envoyées à la casse !
      https://www.youtube.com/watch?v=ZKIXH3FeFDs
      Quand W. Nordhaus nous dit que le changement climatique est compatible avec toujours plus de croissance économique. Ok, les assureurs font plutôt la gueule !

      1. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        @Pascal plus de sinistres => plus de primes => croissance du secteur tant que les sinistres restent aléatoires donc assurables !

  10. Avatar de Pascal
    Pascal

    Bonsoir Cédric
    Et bien tombe pile poil avec cet article sur Médiapart, pour les abonnés ;-(

    Mai 68, les sciences à l’heure de l’autocritique

    Igor Babou et Céline Pessis font redécouvrir les réflexions contestataires élaborées dans certains laboratoires français, dans les années 1970. Elles conservent leur pertinence, qu’il s’agisse des rapports de pouvoir internes à la science ou de son approche de l’impératif écologique.
    Dans la foulée de Mai 68, une vigoureuse contestation se manifesta dans une partie des laboratoires français. Elle prit pour cibles le mandarinat, la domination masculine, l’invisibilisation des « petites mains », mais aussi la collusion entre la recherche publique et l’armée ou les industries les plus polluantes.

    Autant de thèmes extrêmement novateurs à l’époque, mais qui n’ont rien perdu de leur acuité. C’est ce que montrent nos invité·es Igor Babou, professeur à l’université Paris-Cité, qui a réédité en ligne ces éphémères journaux contestataires, et Céline Pessis, coordinatrice de Survivre et vivre. Critique de la science, naissance de l’écologie aux éditions de L’Échappée.
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/031123/mai-68-les-sciences-l-heure-de-l-autocritique

  11. Avatar de Khanard
    Khanard

    @Pascal

    petite remarque : mettre un lien vers un article réservé aux abonnés c’est légitime pour eux mais les autres s’en fichent .

    Autre remarque : coordinatrice de « survivre et vivre  » me rappelle étrangement un petit journal qui a été publié de 1970 à 1972 par 🥁🥁🥁🥁🥁🥁 M. Grothendieck qui était au comité directeur , directeur de la publication M. Chevalley .

    La publication s’appelait 🥁🥁🥁🥁🥁🥁 « Vivre et survivre »

    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      Désolés pour les non-abonnés, je ne peux l’offrir qu’à une adresse mail seulement.
      Les deux chercheurs ont en effet ressorti les revues de l’époque des années 70 dont « Vivre et survivre » de M. Grothendieck pour en faire une analyse sociologique et faire témoigner aujourd’hui les acteurs de l’époque.
      Il en ressort que dès les années 70 dans la suite de 68, les jeunes scientifiques de l’époque dénonçaient déjà le mandarinat et l’absence de réel fonctionnement démocratique dans les labos et la recherche en général. Il y a eu des tentatives pour trouver d’autres modes de fonctionnement mais en vain pour constater qu’encore aujourd’hui la hiérarchie et le copinage sont très présents dans le fonctionnement des institutions de recherche. Le mécanisme est même renforcé avec notamment les enjeux de la « notation » des chercheurs en fonction du nombre de leurs publications. Il est rappelé également comment Grothendieck avait dénoncé les financements militaires notamment dans les programmes de recherche et appelé (« très naïvement ») à boycotter les programmes de recherche ainsi financés mais sans grand succès.
      En conclusion, la remise en cause des fonctionnements institutionnels de la recherche des années 70 n’a pas permis de faire évoluer ceux-ci vers plus de démocratie. Et plus étonnant encore, certaines figures anciennes perçues aujourd’hui comme des marginaux du type Bourdieux, étaient à l’époque, considérées comme des « mandarins » au même titre que les autres. Les auteurs voudraient relancer cette réflexion dans le milieu de la recherche.

      1. Avatar de gaston
        gaston

        Ah les années 70 où l’on parlait de gestion démocratique et d’autogestion. Un défenseur de ces idées et qui les avait mises en pratique était Charles Piaget, leader ouvrier chez LIP à Besançon. Il vient de nous quitter à l’âge de 95 ans, saluons sa mémoire et son action.

        https://reporterre.net/Le-syndicaliste-Charles-Piaget-figure-de-la-lutte-des-Lip-est-mort

      2. Avatar de Khanard
        Khanard

        @Pascal

        ah je me disais aussi ……..

        les acteurs de l’époque ? bigre ! ils doivent commencer à se faire peu nombreux ! J’en ai connu deux , totalement anonymes , qui m’ont « éduqué » à ce mouvement .

        Je réalise que je devrais en faire un récit . Dans un commentaire déjà ancien j’avais relaté ma rencontre fortuite avec Grothendieck que je ne connaissais absolument pas.
        J’avais aussi dit que ce nom me poursuivait comme un fantôme et afin de démystifier cette situation j’ai eu de longues discutions avec une des personnes qui, je le saurai plus tard , avait adhéré à ce mouvement : « survivre ou vivre » d’où ma rencontre avec Grothendieck .

  12. Avatar de PHILGILL
    PHILGILL

    @ Cédric Chevalier.

    Si l’économie désigne étymologiquement « l’administration de la maison », de quelle maison parle-t-on exactement ?

    «La maison est un archétype qui vit au fond de la mémoire humaine et couvre la totalité de l’être, physique et spirituel. La quête nostalgique de la maison est essentiellement une recherche d’identité ou une recherche ontologique. Elle met en évidence la dialectique qui caractérise l’anthropologie fondamentale, celle de l’errance et de l’enracinement, du recueillement et de l’ouverture, de l’inclusion et de l’exclusion, de l’appartenance et du détachement.»
    — Eric Volant (La Maison de l’éthique)

    « Or ces termes et la tension qui les relie sont ceux-là mêmes qui définissent l’éthique et la tâche qui est la sienne. En tant que sujet éthique, en effet, l’homme est aux prises avec trois lieux essentiels à sa condition : un lieu géographique (la terre), un lieu social et culturel (le monde), un lieu existentiel (son propre corps). L’éthique, c’est savoir habiter ces lieux en conciliant, de manière toujours précaire et provisoire, appel du dedans et appel du dehors, proximité et distance, intériorité et accueil de l’autre. » — Source Wikipedia

    Ainsi donc, si les capitalistes ont confisqué l’économie pour en faire une « science économique » afin que cette dernière protège mieux leurs intérêts, ne peut-on pas considérer que l’éthique elle-même puisse être une science, et de là, imaginer une « science éthique » capable de contrecarrer leur « science économique », du fait de sa plus grande puissance d’action ?

    1. Avatar de Cédric Chevalier
      Cédric Chevalier

      Je crois qu’il suffirait qu’on applique l’éthique scientifique tout court pour permettre de développer une science économique réellement scientifique. Vu la multidimensionnalité de l’objet d’étude (l’économie), il s’agirait forcément d’une discipline transdisciplinaire. Comme la climatologie ou la géographie, on y croiserait des sociologues, des physiciens, des chimistes, des biologistes, des agronomes, des politologues, des mathématiciens…

      1. Avatar de PHILGILL
        PHILGILL

        @ Cédric Chevalier

        Que la transdisciplinarité apporte une vraie richesse en matière d’expertise pour une meilleure compréhension du monde moderne ne fait aucun doute. Mais face à ceux qui continuent d’ériger l’économie politique en une « science » afin de tuer toute contestation dans l’œuf, la société civile ne pourra s’en sortir que si l’éthique peut être une « science », prête à démontrer ce qui est positif/négatif pour nous tous.
        Ceci étant posé, pour apporter une amorce de solutions aux terribles et complexes défis contemporains, reste le problème de savoir, en connaissance de nos choix et de nos actions morales, comment montrer aux décideurs politiques qu’ils y ont aussi intérêt, pour sortir ensemble de notre servitude volontaire. Car un constat désormais s’impose : celui de l’urgence de transformer notre vision de l’économie pour la survie de l’espèce humaine.

        Et si c’était ce papillon, volant dans la maison de Paul Jorion, qui nous apportait la solution pour sortir de la misère de la pensée économique… Un papillon ! Rien de commun avec notre affaire, me direz-vous. Et pourtant, à y regarder de plus près…

        Dans son billet titré « La vie retrouve toujours ses droits », Paul Jorion utilise une formule originale, qui exprime l’idée qu’il existe un ordre très fort, propre au vivant. Et grâce auquel, la vie finit toujours pas reprendre son envol, à condition de ne pas avoir franchi le « point de rupture » au-delà duquel la moindre résilience devient impossible.

        Autrement dit, afin que la vie (re)trouve ses droits dans un monde qui l’aura tant et tant exclue, le titre choisi par Paul Jorion souligne pour moi, n’en déplaise à d’autres, qu’il est temps que l’œconomie (oïkos, maison, nomos, loi) retrouve également ses droits, après avoir été chassée progressivement de notre mémoire. Encore faut-il ouvrir sa « maison » aux générations futures et que le nomos recouvre son sens premier… de l’acte du partage.

        « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants » 
        — Antoine de St Exupéry.

        Ainsi, l’éthique serait une science joyeuse qui nous permettrait enfin de recoller Oïkos et Nomos, pour qu’Oïkos ne tombe pas de nouveau à l’eau ; en remontant aux principes qui régulent nos actions sans même que nous le sachions, avec l’idée que la nature humaine est toujours et partout « une et la même ».

        Et si enfin, l’un ou l’une constate, ici ou là, que « la vie reprend ses droits », c’est que cette idée commune de partage commence petit à petit à renaître dans nos cœurs et dans nos têtes. Dans un même lieu géographique (la terre), un même lieu social et culturel (le monde), un même lieu existentiel (son propre corps).

        « Appel du dedans et appel du dehors, proximité et distance, intériorité et accueil de l’autre ». Mais si certainement ce papillon-messager ? « est bien tombé » dans la maison de Paul Jorion, il nous signale d’un battement d’ailes, peut-être d’autres limites. Et c’est toute notre vision de la propriété qui se voit chamboulée… (Cf. Le capitalisme à l’agonie, chapitre V, La propriété privée, par Paul Jorion)

        En effet, si la « science » économique est néfaste à notre survie (cf. Misère de la pensée économique, chapitre III. La « science économique, par Paul Jorion), peut-on la reprendre et, de l’intérieur, repêcher ce « o » de « œconomie » jeté à l’eau,  afin de redécouvrir des potentialités anciennes plus favorables et adaptées à des temps plus écologiques ?

        https://www.citego.org/bdf_fiche-document-2047_fr.html

        La juriste Sarah Vanuxem, auteure du livre « La propriété de la terre » choisit quant à elle, entre l’économie et l’éthique, l’option du droit : « le droit a tout intérêt à s’ouvrir à l’histoire, à la philosophie ou encore à anthropologie… » Aussi, ajout-elle, « il faudrait en profiter pour revisiter notre tradition juridique, et dialoguer avec d’autres peuples et d’autres manières de vivre la condition humaine. » 

        Pour conclure, la question revient, à moins que je ne me trompe, à trouver comment combler la contradiction entre le droit à la propriété et l’éthique…, et que Paul Jorion nous expose précisément dans Le capitalisme à l’agonie (page 278 et 279) : « Une autre manière encore de formuler la même difficulté est de souligner les exigences contradictoires du citoyen et du bourgeois qui cohabitent en nous : le citoyen aspire à l’égalité de tous et invoque, pour sa mise en vigueur, l’éthique, alors que le bourgeois insiste sur son droit personnel à accumuler autant de richesse qu’il jugera bon et professe une conception de la propriété qui la veut totale et inviolable. Le citoyen et le bourgeois logés en nous ne parlent pas d’une même voix ! […] Le droit à la propriété, étant inégalitaire, et l’éthique, égalitaire, ces deux principes sont en effet inconciliables.»

        Alors, à la fin, qui tranchera la question ?

        http://bd.paris-unplugged.fr/wp-content/uploads/sites/7/2015/04/784-800×1005.jpg

    2. Avatar de Pascal
      Pascal

      L’éthique, l’éthique, toujours l’éthique ! A-t-on une trace physique de cette chose quelque part ?
      Il y a bien les Commités d’éthiques et même le Comité Consultatif National d’Éthique (on notera le « consultatif », faut pas exagérer quand même), les chartes éthiques et même le « guide pratique de l’éthique » chez Engie (https://www.engie.com/groupe/ethique-et-compliance/principes-et-engagements/charte-guide-pratique-ethique), le Conseil interdisciplinaire d’éthique du CHU de Nantes, le Conseil d’éthique publicitaire, la Commission d’éthique régionale d’Ile de France, les Espaces de réflexion éthique promus par le Ministère de la Santé, les Principes éthiques de l’OMS,… j’en passe et des meilleurs.
      J’ai comme l’impression que beaucoup de gens parlent d’éthique à foison, un peu comme Vladimir et Estragon attendant Godot. On affiche, on déclare, on proclame, on conseille, on réfléchit… Mais à bien y regarder, pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau, Non ? De quel homme dit-on : « ma fois, quelle belle éthique » ! Ou bien, « que de tacts et d’éthique »! Ou encore, « il n’est pas éthique » !
      Au moins, avec la sagesse pourrait on avoir l’occasion de croiser peut-être quelques sages incarnant ces principes qui les animent. Mais l’éthique…

    3. Avatar de timiota
      timiota

      Sauf votre Polanyi-ien respect, m’sieur PhillGill, l’économie est plutôt devenue une gestion du « nomos » que du « oikos ». Le nomos, c’est tout ce que l’argent mesure et catégorise (en relation d’ordre, « plus que (ceci) » / « moins que (cela) »).

      C’est la science des gens qui mettent tout sous le symbole d’une somme monétaire.

      La notion d’ »utilité » étan, dans ce cadre, ce qui autorise à recoller des morceaux très éloignés et à forcer qu’ils soient ensemble quand même (les paons du jour et les bénéfice de Total). Mais quand on regarde ce qu’on met dans ces « utilitsés » de près, on est un peu effaré.

    4. Avatar de un lecteur
      un lecteur

      Nous disparaîtrons, c’est certain, alors que le Vivant continuera son chemin, peut-être avec une trace de notre passage.

      https://www.pauljorion.com/blog/2023/11/07/video-la-vie-retrouve-toujours-ses-droits/

      1. Avatar de CloClo
        CloClo

        Trace radioactive très certainement et disparition foudroyante de la biodiversité dans nos couches géologiques aussi !

  13. Avatar de ilicitano
    ilicitano

    la science économique pourrait être plus scientifique si elle n’avait pas découragé l’ethos scientifique en son sein.
    l’omerta, le dogmatisme, le mandarinat, le baiser de la mort et autres bannissements sont courants dans tous les domaines scientifiques.
    la science économiique se distingue par la persistance d’idées fausses et démenties par le réel (l’empirique) depuis des décennies.
    Les travaux de Nordhaus ont enfreint la connaissance scientifique la plus élémentaire en déterminant un taux de réchauffement climatique « optimal » allant chercher dans les +3°C.

    Petites discussions avec GPT:

    L’ethos scientifique est l’ensemble des normes morales qui encadrent l’activité des membres de la communauté scientifique.
    Selon le sociologue Robert K. Merton, il existe deux types de normes régissant les comportements scientifiques : les normes méthodologiques et les normes éthiques qui forment l’Ethos de la Science.

    Merton a caractérisé l’ethos scientifique à partir de quatre principes :
    1. **L’universalisme** : La science est universelle et ne dépend pas de facteurs individuels ou sociaux.
    2. **Le communalisme** : La recherche est considérée comme un bien public.
    3. **Le désintéressement** : Les scientifiques doivent agir dans l’intérêt de la science plutôt que dans leur propre intérêt.
    4. **Le scepticisme organisé** : Toutes les affirmations scientifiques doivent être soumises à un examen rigoureux et sceptique.

    Ces principes guident le comportement des scientifiques et aident à maintenir l’intégrité de la science. Ils sont essentiels pour assurer la fiabilité et la crédibilité de la recherche scientifique.

    ————-
    https://hal.science/hal-02480883/document
    L’Ouverture des données de recherche : un retour aux sources pour l’Ethos de la Science ?
    Lionel Maurel

    Le document est intitulé « L’Ouverture des données de recherche:
    un retour aux sources pour l’Ethos de la Science? » par Lionel Maurel. Voici une synthèse des points clés :

    1. **L’Ethos de la Science** :
    Maurel se réfère à la théorie de Robert K. Merton sur l’Ethos de la Science, qui comprend l’universalisme, le communalisme, le désintéressement et le scepticisme organisé.

    2. **L’ouverture des données de recherche** :
    Depuis 2016, la loi pour une République numérique a modifié le statut juridique des données de la recherche en France, les assimilant à des données publiques et les soumettant à un principe d’ouverture (ou d’Open Data) par défaut.

    3. **Le Plan National pour la Science Ouverte** :
    En juillet 2018, le Ministère de l’Enseignement et de la Recherche a adopté ce plan, qui formalise une politique publique visant à systématiser le Libre Accès aux publications scientifiques (Open Access) et la libre diffusion des données de recherche.

    4. **Les résultats de la recherche financée par des fonds publics** :
    Le Plan établit le principe selon lequel les résultats (publications et données) issus de recherche financés dans le cadre d’appels à projets impliquant de l’argent public devront être librement diffusés.

    Le document explore l’impact de l’ouverture des données de recherche sur l’Ethos de la Science, en se concentrant sur le contexte français.

    ————
    L’Open Access est un mode de diffusion des publications scientifiques sous forme numérique, gratuite et dans le respect du droit d’auteur.
    Il permet la mise à disposition libre et gratuite de données numériques sur Internet.
    L’Open Access est né dans les années 1990 comme une réponse au quasi-monopole des grandes maisons d’édition sur les publications issues de la recherche et de l’enseignement.

    Il existe principalement trois types de libre accès :
    1. **La voie verte** :
    Cette voie concerne le libre accès par auto-archivage.
    Ici, ce sont les auteurs qui déposent eux-mêmes des copies de leurs articles sur une archive ouverte.

    2. **La voie dorée** :
    Cette voie implique les revues éditrices qui rendent leurs articles directement et immédiatement accessibles au public. Ces publications s’appellent des « revues en accès ouvert ».

    3. **La voie diamantée** :
    Cette voie est une variante de la voie dorée où des organisations et associations non-commerciales et sans but lucratif publient du matériel rendu disponible en ligne et sous forme numérique, gratuit autant pour l’auteur que pour le lecteur.

    L’Open Access vise à rendre la littérature scientifique largement accessible, favorisant ainsi le partage et la diffusion des connaissances.

  14. Avatar de Hadrien
    Hadrien

    La « science économique » n’est pas une science, c’est une idéologie.
    Elle est fausse en ce qu’elle suppose la Terre infinie, ou ce qui revient au même que les ressources naturelles ne valent rien. Seuls capital et travail créeraient la « richesse ». Il s’ensuit que la croissance matérielle et démographique infinie est possible et souhaitable dans un monde fini.
    Si vous voulez connaître agréablement une vraie science économique, lisez « Le monde sans fin » de Jancovici – Blain. https://jancovici.com/wp-content/uploads/2021/10/le-monde-sans-fin-le-monde-sans-fin-miracle-energetique-et-derive-climatique-247×300.jpg. Ca coûte 28€.
    L’Occident (gauche comme droite) se fourvoie dans cette quasi religion qui fait des signes virtuels monétaires de pseudo armes absolues.

    1. Avatar de Ruiz
      Ruiz

      @Hadrien Rien n’oblige à considérer les ressources naturelles comme ne valant rien (cf taxe carbone) sous prétexte qu’elles n’ont plus de propriétaire (Seigneur, dieu tutélaire pacha Mama ..) et que l’on ne considère que la « valeur travail » qu’elles n’exigent pas (tant qu’il n’y a pas de nécessité et d’effort de conservation).

  15. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    La loi du (groupe le) plus fort s’imposant, dans tous les actes de la vie quotidienne, au (très majoritaire) groupe le plus faible.

  16. Avatar de Benjamin
    Benjamin

    Bonsoir à toutes et tous,

     » […] La « science » économique se distingue de toutes les autres sciences sérieuses à de nombreux points de vue, le plus remarquable étant la persistance en son sein d’idées fausses et démenties par le réel (l’empirique), depuis des décennies. […]  »

    Cette phrase m’a rappelé une citation (de je ne sais plus qui) qu’un de mes premiers chefs de service m’avait appris à la fin des années 90 et qui m’a toujours marqué car elle s’est souvent avérée vraie : « un économiste est un expert qui saura demain pourquoi ce qu’il avait prédit hier ne s’est pas produit aujourd’hui. »

    Et pour aller plus loin, je dirai (comme je l’avais lu – de mémoire – dans un manifeste des économistes atterrés) que les économistes se font les « avocats » de la libre concurrence, mais ne la mettent même pas en pratique sur leur propre marché des idé(ologi)es économiques.

    Enfin, je reprendrai une pensée de Jean « taxe » de Sismondi pour éclairer l’idée de la cible que les sciences économiques ne devraient pas perdre de vue : « le but de la société humaine doit être le progrès des hommes, non celui des choses. »

    1. Avatar de CORLAY
      CORLAY

      Bonjour Benjamin, j’apprécie votre commentaire très « limier ». De mon point de vue un expert économique devrait anticiper beaucoup de choses… J’aime bien v/phrase : libre concurrence, je rajoute : (non faussée) – marchés – idé(ologi)es – logos/logiques ?…Petite anecdote, j’ai posé la question à une personne s’il connaissait la dénomination du marché en finances et non pour acheter ses pommes de terre…J’adore la fin de v/texte, le but de la société doit être le progrès dans TOUTES SES FORMES et non celui du matériel qui nous entraîne dans la danse. Retrouver du sens et même dans les tempêtes. Un bon marin averti en vaut deux. Bonne fin journée. Isabelle

  17. Avatar de CONTE

    Bonjour,
    La « science économique » n’est qu’un outil au service du système d’exploitation, de domination et de contrôle. Rien n’existe en dehors de la pensée unique. Toute hétérodoxie est réprimée (j’en ai fait l’expérience).
    La « science économique » consiste à faire entrer le réel dans un cadre théorique étriqué et inapproprié afin de justifier l’existence et la pérennité du système.
    Je traite cette question dans : « La Tiers-Mondialisation de la planète » (à savoir que je n’ai jamais perçu de droits d’auteur sur cet ouvrage).
    http://blog-conte.blogspot.com/2015/07/la-tiers-mondialisation-1.html

    1. Avatar de CORLAY
      CORLAY

      bonjour, vous avez le courage d’écrire certains points, d’autre part, de mettre en lien une information très cruciale entre les ordres de grandeur (croissance/décroissance/PIB – conscience des abscisses et ordonnées rationnelles affrontant le réel. J’oserai écrire que je pense aux phénomènes abyssaux (et aux abysses). En 2007, j’ai découvert ce que vous écrivez. Bien que je n’ai pas réalisé d’études supérieures, je pense avec ce que vous avez mis en commentaire, qu’il faut revoir de fond en comble nos idées …pour affronter ce qui vient et ce au plus vite. Le soliton, mais pas que. Peut-on annuler les dettes et repartir sur un nouveau système de CONSCIENCE et de quantités au niveau global ? Isabelle

    2. Avatar de Otromeros
      Otromeros

      @CONTE à 9h34… écrit.

      Permettez-moi de faire « ressortir » de votre commentaire cette vérité trop souvent occultée…

      …  » La « science économique » consiste à faire entrer le réel dans un cadre théorique étriqué et inapproprié afin de justifier l’existence et la pérennité du système.  » …

  18. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    Pour preuve…Appel à mon nouvel ami ‘bard’, IA de son prénom….. »en rodage »…mais tellement « moufteur »…

    —————————————–

    Moi : « Qui a édité les règles comptables régissant les rapports commerciaux entre les entreprises du système capitaliste actuel? En quel lieu? Fournissez un lien absolument fiable globalisant tout cela. »

    ‘bard’ :  »  »  » Les règles comptables régissant les rapports commerciaux entre les entreprises du système capitaliste actuel sont éditées par le Conseil des Normes Comptables Internationales (IASB), basé à Londres, au Royaume-Uni.
    L’IASB est une organisation indépendante
    ( …Dieu que c’est bien écrit « indépendant » AU LIEU du clair « privé »..!.. en langage codé… même par « mon fidèle?? » ‘bard’…!!! ) à but non lucratif qui établit des normes comptables internationales, connues sous le nom de normes internationales d’information financière (IFRS).
    Ces normes sont utilisées par les entreprises dans plus de 150 pays à travers le monde.

    Le lien absolument fiable globalisant tout cela est le site web de l’IASB, qui est accessible à l’adresse suivante :

    https://www.ifrs.org/

    Sur ce site, vous trouverez les normes IFRS, ainsi que des ressources pédagogiques et des informations sur l’IASB et son travail.

    Voici quelques détails supplémentaires sur l’IASB :

    L’IASB a été créé en 1973 par l’International Accounting Standards Committee (IASC).
    L’IASC a été remplacé par l’IASB en 2001.
    L’IASB est composé de 16 membres, élus pour une période de trois ans.
    Les membres de l’IASB sont des experts comptables de haut niveau de différentes régions du monde.

    ####…… ÉLUS…???…… ÉLUS PAR QUI ???…SUPÉRIEURS ADMINISTRATIVEMENT ET LÉGISLATIVEMENT AUX ÉTATS…???…serait-ce à l’insu du plein gré des citoyens …?????####

    Les normes IFRS sont conçues pour fournir des informations financières comparables et fiables aux investisseurs, aux créanciers et à d’autres parties prenantes. Elles sont basées sur les principes comptables généralement admis (GAAP), qui sont les principes comptables les plus largement acceptés dans le monde.

    ####….. »généralement admis » ….!!!!????…. « les plus largement acceptés » …..!!!?? Hûûmmm…!? … ####

    Les normes IFRS sont importantes pour les entreprises car elles leur permettent de communiquer leurs performances financières de manière cohérente et comparable à des entreprises du monde entier.  »  »  »

    ——————————————–

    Bravo, ‘bard’, bravo….! Ça confirme ce que chacun de lecteurs (attentifs et complets ) de ce blog a appris de P. JORION en son temps et heure… (( à bien expliquer à Ruffin …^!^… ))

  19. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    Toujours bon à savoir …. et à anticiper…

    D’intérêt public.. (Médiapart R Godin 17/11/23) « La future ARGENTINE…?? » )

    Argentine : l’économiste Murray Rothbard, maître à penser du candidat libertarien Javier Milei .

     »  »  » Le penseur états-unien de l’anarcho-capitalisme est l’une des références du candidat au second tour de l’élection présidentielle en Argentine. Sa pensée, peu connue en France, défend l’idée d’une société sans État régie par un capitalisme de laisser-faire.

    Romaric Godin ( 17 novembre 2023 à 15h21 )

    JavierJavier Milei, le candidat libertarien au second tour de la présidentielle argentine, qui aura lieu lundi 19 novembre, a fait campagne avec ses quatre chiens.
    Il a multiplié les vidéos et les entretiens autour de ses amis à quatre pattes, qui sont un peu plus que de simples animaux domestiques, dont les noms sont intéressants pour comprendre le cadre idéologique dans lequel évolue celui qui sera peut-être le prochain président de l’Argentine.

    Les quatre chiens se nomment respectivement Robert, Lucas, Milton et Murray.
    Chacun de ces noms se réfère à un des économistes de référence de Javier Milei.
    Robert Lucas d’abord, qui semble le plus important, prix de la Banque de Suède (récompense souvent appelée le « prix Nobel d’économie ») en 1995, mort le 15 mai dernier.
    Il est surtout connu pour avoir remis au goût du jour l’économie néoclassique, celle des grands équilibres par les prix, et d’avoir formulé dans les années 1970 la théorie dite « des anticipations rationnelles », venant soutenir l’idée de l’efficience fondamentale des marchés en absence de « frictions » causées par l’État.

    Le troisième toutou de Milei est Milton, sans doute la plus connue des références de l’économiste. Milton Friedman (1912-2006) est le fondateur de l’école monétariste, qui donne la priorité à la lutte contre l’inflation par le contrôle de la masse monétaire et de l’indépendance de la Banque centrale.

    Enfin, le dernier chien a un nom moins connu en France, mais qui est une référence centrale de Javier Milei lorsque l’on écoute son discours : Murray, pour l’économiste états-unien Murray Rothbard (1926-1995), le père de l’anarcho-capitalisme et l’un des penseurs les plus influents du libertarianisme.

    Les principes libertariens

    Le point commun à ces trois auteurs, qui ont par ailleurs des différences notables, c’est la détestation de l’État, ou plutôt l’idée que l’État est à la source des maux de la société et de l’économie.
    Mais de ce point de vue, celui qui a la pensée la plus aboutie est sans doute Murray Rothbard, qui a prétendu construire une véritable théorie philosophique, sociale et économique dans deux textes : For a New Liberty: The Libertarian Manifesto (« Pour une nouvelle liberté : le manifeste libertarien », paru en 1973, non traduit), et The Ethics of Liberty (publié en 1982 et traduit en français aux éditions Les Belles Lettres sous le titre L’Éthique de la liberté).

    Le point de départ de la pensée de Murray Rothbard est ce qu’il appelle « l’axiome de non-agression » et qu’il résume ainsi dans Le Manifeste libertarien : « Aucun homme, ni aucun groupe d’hommes ne peut commettre d’agression envers une personne ou la propriété de quiconque. »

    Ce principe va très loin puisqu’il est censé déterminer l’ensemble des relations sociales dans une société libertarienne. Ce que l’auteur appelle « crime » étant le non-respect de cet axiome. Crime pour lequel, selon l’auteur, l’esclavage et la torture sont d’ailleurs des pratiques punitives acceptables.

    Évidemment, la part la plus importante de cet axiome est la question de la propriété, qui place d’emblée l’agression contre un bien au même niveau que celle contre une personne. S’appuyant sur la lecture de Locke (présentée et critiquée ici par le philosophe Pierre Crétois à propos de son ouvrage La Part commune, Amsterdam, 2020), Murray Rothbard fait de la propriété un droit « illimité » et « naturel ».

    Le tout s’appuie sur un individualisme radical qui considère que la base de toute activité humaine est individuelle. S’il reconnaît les bienfaits de la coopération, cette dernière ne peut être que volontaire et fruit d’un choix final individuel. « Toute interférence dans les choix et le processus d’apprentissage des hommes est anti-humaine, elle viole le droit naturel des besoins humains » , affirme-t-il dans Le Manifeste libertarien.

    Or pour Rothbard, comme pour Locke, la propriété est légitimée par la capacité des individus à transformer les ressources par leur travail physique et mental. La propriété est le fruit de cette transformation et, en cela, elle est la poursuite du droit de se « posséder soi-même » puisque tout acte est in fine individuel.

    C’est une absurdité, il n’existe pas réellement de société, mais seulement des individus qui interagissent.

    Murray Rothbard

    En privant l’individu de sa propriété, on l’empêche de jouir de ses droits naturels, c’est-à-dire du résultat de ses choix individuels. Il n’y a donc pas de « droits humains séparables des droits de propriété ». Et ces droits impliquent aussi le « droit de donner à qui on veut cette propriété », c’est-à-dire, dans les faits, l’héritage ou la vente inconditionnelle de ses biens.

    Murray Rothbard justifie alors en conséquence l’idée que la société n’existe pas. « C’est une absurdité, il n’existe pas réellement de société mais seulement des individus qui interagissent. » Margaret Thatcher reprendra plus tard cette formule qui deviendra célèbre. Mais Rothbard poursuit la logique : si la société n’existe pas, alors il n’y a pas de droit de la société, ni d’intérêts communs à un groupe de personnes déterminé à l’avance. L’État est donc illégitime.

    « “Nous” ne sommes pas le gouvernement et le gouvernement n’est pas “nous” », résume-t-il dans Le Manifeste libertarien. L’État est un simple assemblage de bureaucrates et de groupes précis qui le contrôlent pour vivre des impôts. Dès lors, toute action de l’État est une attaque directe contre les individus et leurs propriétés. En particulier, l’impôt n’est rien d’autre qu’un vol. « L’État est le suprême, l’éternel et le mieux organisé des agresseurs contre les personnes et la propriété. Tous les États, partout, démocratiques, dictatoriaux ou monarchiques », conclut le penseur libertarien.

    Murray Rothbard va alors développer l’idée d’une société fondée sur la seule propriété privée et régie par le capitalisme de laisser-faire. Car dans le domaine économique comme ailleurs, c’est l’État qui est à l’origine des crises et des mauvais fonctionnements du capitalisme, notamment par l’usage de la création monétaire.
    Ici, c’est la théorie du maître de Rothbard, l’économiste autrichien Ludwig von Mises, qui est reprise.
    Le marché débarrassé de toute interférence de l’État s’autorégule et permet une distribution juste des ressources. « Qu’est-ce que les gouvernements peuvent faire pour aider les pauvres ? Disparaître » , tranche-t-il dans Le Manifeste libertarien.

    L’État, source de tous les maux

    En particulier la Banque centrale, considérée comme l’ennemi. Cette opposition est de principe et oppose fortement Murray Rothbard à Milton Friedman.
    Le premier est partisan de la suppression par principe de toute banque centrale, au profit de ce que l’on appelle le free banking, c’est-à-dire la liberté de banques privées d’émettre leurs propres monnaies qui seront en concurrence sur le marché. Les États-Unis et la Suisse ont connu de telles situations au XIXe siècle, qui ont inévitablement débouché sur des régulations étatiques puis sur la création de banques centrales.

    De son côté, Milton Friedman ne défend la suppression de la banque centrale que dans des cas précis, comme celui du Chili du début des années 1980 où il avait conseillé une politique de dollarisation de l’économie (d’adoption du dollar comme ayant seul cours légal) accompagnée de la suppression de la banque centrale.
    La situation argentine permet sans doute de réconcilier les deux penseurs et, en passant, les deux chiens de Javier Milei, qui défend précisément ce dernier scénario.
    Mais les relations entre Murray et Milton n’ont pas toujours été au beau fixe : Murray Rothbard détestait Milton Friedman et a rédigé en 1971 un pamphlet contre son influence, Milton Friedman dévoilé (Milton Friedman Unraveled, non traduit en français).

    Pour le reste de la société, Murray Rothbard décrit un monde entièrement privatisé et soumis aux marchés. Le libertarien y voit même une vraie politique écologique puisque les individus auront intérêt à prendre soin des ressources de leurs terrains et n’auront donc aucun intérêt à les polluer ou à les détériorer.
    Les rues seront également privées, et leur sécurité sera assurée par les sociétés payées par les propriétaires.
    En cas de litige ou de crime, il faudra avoir recours à des sociétés de justice privée en concurrence les unes avec les autres, ce qui devient parfois ubuesque dans la description même de Rothbard… Ce dernier en est même réduit à prendre modèle sur la justice privée médiévale.</b

    Globalement, l’anarchisme de Rothbard se distingue de la tradition libertaire par la persistance de dominations fondées sur la propriété et l’argent et par la marchandisation complète de l’humanité.
    C’est une fausse anarchie puisqu’il existe des pouvoirs détenus par une minorité en concurrence permanente les uns avec les autres.
    Par ailleurs, les individus ne sont libres que dans la mesure où ils se soumettent à une force plus grande qu’eux, celle de la marchandise.

    Et, de fait, c’est un monde qui semble d’une grande violence malgré le principe cardinal de non-agression.
    Pour une raison simple et entièrement ignorée par l’auteur libertarien : la sacralisation de la propriété crée des effets de domination et de concentration qui n’ont rien à envier à la violence étatique.
    C’est aussi un monde conservateur en ce que les possesseurs peuvent imposer par leur puissance existante leur propre volonté.
    Mais
    la pensée de Rothbard est unilatérale et simpliste : l’individu propriétaire est un être paisible et raisonnable, l’État est la source de tous les maux.

    Un anarchisme d’extrême droite

    L’anarcho-capitalisme de Rothbard a d’abord été une révolte contre le conservatisme.
    Pendant longtemps, l’économiste libertarien a pu utiliser son discours anti-establishment contre la droite états-unienne, qu’il considère comme convertie à l’étatisme. Une conversion qu’il considère comme une trahison des idéaux de la révolution états-unienne et des premiers démocrates jacksoniens de la première moitié du XIXe siècle et qu’il appelle les « paléo-libertariens ». Dans les années 1970, il a ainsi publié La Trahison de la droite américaine (non traduit) et dans les années 1980, il s’est déchaîné contre Ronald Reagan, jugé trop étatiste.

    Cette position l’amène dans les années 1960 à se rapprocher de certains milieux de gauche qui centrent leur critique sur l’État, en réaction aux dictatures soviétiques et maoïstes. Ils se retrouvent alors dans la dénonciation de la guerre du Vietnam et de l’enrôlement de la jeunesse.
    Rothbard finit par rompre avec cette gauche, mais, en 1973, Le Manifeste libertarien fait une critique sans concession de la guerre et de la conscription, assimilée à un « meurtre de masse » et à de l’« esclavage ». Il défend aussi une liberté dans les mœurs, notamment une totale liberté sexuelle consentie, qui n’est pas alors sans résonance avec une grande partie de la gauche.

    Malgré ces positions, Murray Rothbard va se rapprocher davantage de la droite la plus radicale, notamment sur deux sujets centraux : la question afro-américaine et celle du féminisme. Dans les deux cas, il rejette toute législation favorable aux Noirs comme aux femmes, ce que l’on a alors appelé « les actions affirmatives », c’est-à-dire les quotas ou autres obligations visant à compenser la situation objective de ces groupes.

    Pour Rothbard, ces lois sont des agressions contre la propriété privée.
    Si un employeur ne veut pas embaucher d’Afro-Américains ou de femmes, nul ne peut l’y forcer.
    Si un bailleur refuse de louer à ces personnes, nul ne peut l’y contraindre.
    Cette position de principe cache en réalité une vision hiérarchique des « races » qui est conforme à son rejet absolu de l’égalitarisme comme étant « contre nature ».

    La vision de Rothbard est celle d’une sorte de « racisme de concurrence » où le marché rétablit la hiérarchie « naturelle » entre les « races ».

    Dans un texte de 1974, L’Égalitarisme comme une révolte contre la nature, il plaçait ainsi la source des inégalités dans la génétique. Le marché ne venait ainsi que rendre visibles et « justes » ces inégalités « naturelles ». « La révolte égalitaire contre la réalité biologique est seulement le substrat d’une révolte plus profonde contre la structure ontologique de la réalité elle-même, contre précisément l’organisation de la nature et contre l’univers en tant que tel », résumait-il.

    Évidemment, de cette justification génétique des inégalités à un racisme ouvert, il n’y a qu’un pas.
    Rothbard se définissait volontiers comme « racialiste » et préférait Malcolm X à Martin Luther King parce qu’il préférait la séparation entre Noirs et Blancs. Mais, précisa-t-il en 1993, il n’était pas favorable à un État noir parce que, prétendait-il, il aurait supposé une « aide publique » de la part des États-Unis.

    La vision de Rothbard est celle d’une sorte de « racisme de concurrence » où le marché rétablit la hiérarchie « naturelle » entre les « races ». Et cela justifie la discrimination de fait.
    Il peut donc rejeter les discriminations officielles dont les Afro-Américains ont été victimes et défendre des « droits égaux », comme dans son texte de 1963, La Révolution nègre, à condition de ne pas contraindre les blancs à accepter une égalité raciale dont il conteste l’existence.

    Cette même vision inspire son rejet profond de toute forme de féminisme.
    Et cela va bien au-delà de la question des quotas ou de la législation. Dans un texte publié en 1996, Origines de l’État-providence en Amérique, Murray Rothbard estime que ce sont les « femmes yankees » et « juives » qui, en luttant pour le droit de vote féminin, ont fini par imposer des politiques étatistes. Le New Deal lui-même se serait réalisé sous la pression de la femme de Franklin Roosevelt, Eleanor Roosevelt, qualifiée de « peut-être notre première Première dame bisexuelle ».

    Rothbard va donc logiquement se rapprocher de l’extrême droite états-unienne, fréquentant des révisionnistes notoires, prenant, malgré ses origines juives, des positions ouvertement antisémites et défendant publiquement son ami David Duke, ancien du Ku Klux Klan, néonazi et suprémaciste blanc.

    Avec Rothbard, le libertarianisme prend donc clairement sa place logique à l’extrême droite tant il est une pensée de l’inégalité absolue et de la domination de groupes jugés « supérieurs » sur d’autres.
    Dans des registres différents, mais avec la même logique, Rothbard rejoint donc les tendances d’extrême droite de Hayek ou de Röpke.

    Quelle influence sur Javier Milei ?

    Si l’influence de Murray Rothbard sur Javier Milei semble être la première source d’inspiration du candidat argentin, elle est parfois réinterprétée ou limitée puisque l’Argentin défend un État fort dans le domaine de la sécurité et de la justice. Il se rapprocherait alors plutôt de la pensée « minarchiste » de l’État minimal, défendu par exemple par Robert Nozick (1938-2002) qui a critiqué l’anarcho-capitalisme de Rothbard en insistant sur la possibilité pour l’État de maintenir un monopole dans le domaine judiciaire. Mais comme Rothbard, Javier Milei défend la liberté de porter des armes et de s’en servir pour se défendre, ce qui est une forme de privatisation de la justice.

    D’ailleurs, depuis le premier tour, le candidat se fait plus discret, en dehors de son ambition de dollarisation de l’économie, sur les aspects les plus libertariens de son programme, pour s’attirer les voix de la droite traditionnelle, en faisant des objectifs de moyen ou long terme.

    En cela, sa position n’est pas si éloignée de celle de Rothbard, qui s’est interrogé sur les questions de stratégie. S’il s’est toujours opposé au libertarianisme « utilitariste », c’est-à-dire par opportuniste, il a reconnu qu’il était possible de faire des compromis à condition de tenir toujours l’objectif d’abolition de l’État.
    C’est sans doute dans cette perspective qu’il faut comprendre le maintien de ces fonctions régaliennes dans le projet de Milei et son relatif assouplissement de l’entre-deux-tours.

    Car, pour le reste, son programme et ses sorties de campagne sont sans ambiguïtés. Les fameuses mises en scène de Milei attaquant les dépenses publiques à la tronçonneuse ou mettant à terre tous les autres ministères que ceux de l’intérieur et de la justice confirment l’influence de cette pensée dans sa radicalité.

    Celui qui n’hésite pas à proclamer que son « ennemi » est « l’État » reprend volontiers la vision de Rothbard sur la « caste de voleurs » qui gère les institutions. Une accusation qui, en Argentine, fait mouche dans une population paupérisée.

    Tout le reste de son programme est marqué par les obsessions et les principes de Rothbard.
    Le projet de société est celui d’une marchandisation généralisée qui justifie la prostitution ou les ventes d’organes, du moment que tout cela est « volontaire », sans bien sûr s’interroger sur les conditions de cette volonté.

    Parfois, cela peut donner des accents progressistes, comme on l’a vu avec Murray Rothbard : Milei n’a rien contre l’homosexualité ou le choix personnel du genre dans la mesure où ce n’est pas à l’État d’interférer dans les choix personnels. Mais là encore, pas question pour autant de défendre et protéger ces « choix ».

    Dans une des sorties dont il a le secret, Javier Milei reprenait une rhétorique très rothbardienne : « Tu veux te définir comme un puma ? Fais-le, ça m’est égal tant que tu ne me fais pas payer la facture, que tu ne me l’imposes pas par l’État, que tu ne voles pas l’argent des autres pour imposer tes idées. » Bref, pas question de lutter contre la discrimination.

    Son opposition à l’avortement est en revanche à l’opposé de la position de Rothbard dans Le Manifeste libertarien. Certes, ce dernier estime que le principe de non-agression s’applique en théorie autant au respect de la vie du fœtus qu’à celui du droit de la mère de disposer de son corps.
    Cependant, dans la mesure où le fœtus n’est pas une « entité séparée », ce dernier droit prévaut. Mais là encore, Rothbard s’oppose à toute interférence étatique dans le domaine, à tout financement des cliniques qui pratiquent l’avortement et à toute contrainte envers les médecins qui refusent de pratiquer l’avortement.

    Bref, comme toujours, Rothbard est ambigu. Javier Milei, lui, favorise, affirme-t-il, le principe de « protection de la vie » qui est « au cœur de la pensée libérale ». Il a donc une autre interprétation du principe de non-agression, mais, de ce point de vue, il semble plus cohérent que son mentor. D’autant qu’il rejoint là des positions très fortes parmi les libertariens.

    Un dernier point mérite d’être souligné : celui de la stratégie .
    Dans Le Manifeste libertarien, Rothbard estime que ceux qui peuvent être le plus séduits par ses idées sont les jeunes et la petite bourgeoisie, indépendants ou petits patrons, qui seraient les premières victimes de l’État.
    Ces classes ont été les plus ciblées par Milei, notamment la jeunesse chez qui il a réalisé des scores impressionnants.
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