LE MONDE ÉCONOMIE, « Le risque systémique court toujours », lundi 4 juillet 2011

Le risque systémique court toujours

La faillite de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, et ses conséquences – les sommes injectées dans le système financier ont dépassé le « trillion » de dollars – ont attiré l’attention sur ces établissements too big to fail, trop gros pour que leur défaut n’entraîne pas automatiquement celui dudit système financier tout entier.

La Banque des règlements internationaux (BRI), la « banque centrale des banques centrales », située à Bâle (Suisse), a annoncé, le 25 juin, les mesures qu’elle préconise pour ces établissements, appelés dans son jargon « banques globales importantes au plan systémique ».

La philosophie qui sous-tend les règles prudentielles fixées généralement par la BRI est d’exiger des banques qu’elles se provisionnent suffisamment pour faire face aux pertes qu’elles pourraient subir.

En sus de réserves, définies comme allant de 7 % à 9,5 % de leurs capitaux exposés au risque, les « banques systémiques » devront assurer des provisions supplémentaires allant de 1 % à 2,5 % pour le capital au sens strict (dit Tier 1), en fonction de certains facteurs aggravants comme leur taille, leur interconnexion avec d’autres banques, la difficulté pour d’autres institutions de prendre le relais en cas de défaut, leur caractère transnational et, enfin, leur complexité.

Au cas où l’évolution d’un établissement entraînerait une accentuation de ces facteurs aggravants, une surcharge supplémentaire de 1 % lui serait imposée.

Trois approches étaient envisageables vis-à-vis des banques systémiques :

1) les démanteler, jusqu’à ce que la taille des unités retenues soit telle que leur défaut n’entraîne plus d’effet domino ;

2) décourager ou interdire celles de leurs activités qui génèrent du risque systémique ;

3) accroître les réserves par rapport à leur niveau d’avant-crise, en espérant que le calcul soit cette fois fait correctement.

GESTION DU RISQUE « À L’ANCIENNE »

A chaud, à l’automne 2008, seules les deux premières options furent retenues, la troisième fut écartée du fait de sa touchante naïveté. Et c’est pourtant celle que l’on vient d’adopter avec les normes Bâle 3 ! On est revenu à la gestion du risque « à l’ancienne ». Rien n’est fait pour maîtriser le risque systémique ; on s’efforce simplement d’évaluer les pertes éventuelles.

Bâle 3 ne distingue pas les risques inévitables, dû à des impondérables, de ceux délibérément encourus. Au premier rang de ces derniers figurent les paris sur les fluctuations de prix : ceux-là mêmes qu’interdisait en France, jusqu’en 1885, l’article 421 du code pénal, date à laquelle il fut abrogé sous la pression des milieux d’affaires.

Eliminer ces paris réduirait le risque global ; le provisionnement des banques se limiterait alors à la couverture du risque assurantiel actuariel et du risque de non-remboursement des crédits.

Mais Bâle 3 se contente d’imposer – à partir de 2016, et progressivement jusqu’en 2019 – une augmentation des réserves.

La prochaine crise – si elle a la patience d’attendre jusque-là – sera bien sûr pire que la précédente, et ces réserves se révéleront, « à la surprise générale », insuffisantes. Face à ceux qui sont déterminés à causer leur propre perte, même les dieux sont impuissants.

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35 réflexions au sujet de « LE MONDE ÉCONOMIE, « Le risque systémique court toujours », lundi 4 juillet 2011 »

  1. Je reste toujours un peu sceptique quant à l’efficacité de l’interdiction des paris sur la fluctuation des prix.
    Il est vrai que des intervenants dans un marché qui ne viennent pas pour l’objet du marché mais pour le gain qu’ils peuvent tirer de la transaction me paraît relever du parasitage et peut dangereusement faire gonfler les cours au détriment des véritables intéressés.

    Mais la loi de l’offre et de la demande, n’est elle pas fondamentalement subjective, et donc une expectative de gain ou de perte, qui pourrait in fine être assimilé à un pari?

    1. Pas sûr d’avoir compris votre propos, mais…
      …suivez cette « parabole ». 🙂
      Vous achetez une voiture, que vous assurez contre le vol et tout le tralala..
      Jusque là c’est ok.
      Maintenant, je vais aussi prendre une assurance contre le vol et le saint frusquin sur votre voiture.
      Ensuite, je vais vendre cette assurances au plus offrant.
      Combien de temps pensez vous que vous bénéficierez ces bons services de votre voiture sans problème..?

    2. Moi aussi je suis un peu sceptique, car j’ai l’impression que si demain on interdit les paris sur les fluctuation de prix, ils sont devenus tellement ludopathes qu’ils sont capables de parier (ou de prendre les paris) sur quoi que ce soit…. 😉

  2. « Mais la loi de l’offre et de la demande, n’est elle pas fondamentalement subjective, et donc une expectative de gain ou de perte, qui pourrait in fine être assimilé à un pari »

    ….alors, c’est un question…… , a quel niveau peut-on faire commerce (= speculer) au marché futures? Combien de mlillions, milles de tonnes des materiaux ou -TRES IMPORTANT- des produits d’agriculture….?

    Peut etre ce doit etre écrêté.

    Je suis de l’opinion que la seul possibilte de ca permettre est en ce cas qu’on a vraiment acheter des tonnes des produits du base (comme indiqués) et veut les vendre au date de la disposition actuelle.

    1. Je ne suis pas sûr de bien vous comprendre.

      Par l’aspect subjectif de la chose, je voulais dire que finalement, la loi de l’offre et de la demande, c’est le rapprochement de deux individus, l’un voulant vendre à bon compte, l’autre voulant faire une belle affaire. Tout dépend donc in fine de la capacité de l’un ou de l’autre d’arriver à ses fins. C’est là qu’intervient selon moi la notion de jeu: l’aléa joue un rôle déterminant. Un jour la bonne affaire, l’autre non. Un jour les cours sont à la hausse. D’autres non. Et si il ya un mouvement d’ensemble (hausse immodéré des matières premières), c’est que cet aléa a été supprimé par une entente.
      Le jeu, le pari, est en d’autres termes selon moi le moteur de l’offre et de la demande. C’est ce qui fait son charme et son piquant, et la facilité avec laquelle tout le monde accepte: c’est un peu comme si le pêcheur pouvait pêhcer un gros poisson, ou ne rien pêcher du tou, ou se contenter de fritures…
      Quant au marché anticipant le futur, ce n’est que vue de l’espirt selon moi. Seul le présent compte.

      1. Si seul le présent compte, l’anticipation est mauvaise. Si l’anticipation est mauvaise, il n’y a pas d’avenir maitrisé. Une société qui n’a pas de vision d’avenir perd sa civilisation. C’est tout à fait d’actualité.
        Vous devriez revoir vos fiches « Jorion ».

      2. Hervey,

        L’avenir selon moi ne se maîtrise pas.
        Une société selon moi n’a pas besoin d’une vision d’avenir, seulement une volonté de vivre ensemble. Une projection dans l’avenir,c’est ne pas savoir vivre le présent, c’est même le fuir.

        Je n’ai pas de fiches JORION, et seule ma mère s’intéresse désormais à la lecture de ses bouquins.
        Je ne le lis que sur le blog, et sa pensée aiguise la mienne. Je ne l’en remercierai jamais assez.

      3. Antoine

        Et vous trouvez qu’il y a une volonté de vivre ensemble du coté des rentiers ?
        J’ai surtout remarqué qu’ils veulent vivre comme si le monde n’avait pas changé car il est pour eux hors de question que leur avenir ne ressemble pas à leur présent, si avantageux pour eux.
        Penser notre avenir c’est donc s’opposer à leur présent. Non ?

      4. l’avenir , le présent , voilà pour moi le grand débat. Vivre son présent à réfléchir à l’avenir n’est que perte de temps , les actions présentes mènent votre futur , une personne qui fait un crédit , le jour de la signature hypothèque son avenir donc seule la réflexion sur ce que tu fais au présent est important le reste est tributaire d’une quantité de paramètre impossible a gérer et que tu ne maitrise plus .Après le reste est à mettre sur le compte de l’espoir , la aussi les fabricants de centrale mise sur l’espoir qu’aucun tsunami viendra casser leurs rêves d’argent facile .

      5. @ Hervey
        Vous avez écrit:«Une société qui n’a pas de vision d’avenir perd sa civilisation. C’est tout à fait d’actualité». En effet, le plus bel exemple semble être celui de la France qui abandonne sa culture pour celle de Walt Disney, qui abandonne sa langue, riche et belle pour un galimatias franglais, langue des eurocrates et des hauts cadres français y compris l’ineffable Christine Lagarde , grande admiratrice de l’école de Chicago, qui abandonne sa musique de film pour celle d’Hollywood (Quand avez-vous encore entendu un fond sonore en français de ce présupposé cinéma français?), qui abandonne sa grande littérature pour une de « bestsellers », qui abandonne les sciences pour la technologie des autres, sa philosophie pour celle des médiocres, Bourdieu, où es-tu?,
        De la m…. tout ça. Ce pays qui était celui de mes ancêtres, celui de l’amour de la langue, de la grande littérature, de la philosophie et des sciences fondamentales, est sans avenir, sans espoir.
        André Lorimier
        Deux-Montagnes Québec

  3. Guy Verhofstadt et d’autres plaident pour un « New Deal » européen.

    Plusieurs anciens chefs d’Etat et de gouvernement européens, parmi lesquels Guy Verhofstadt, plaident, dans un appel à paraître lundi dans Der Spiegel, pour un « New Deal » européen, qui mettrait l’accent sur les investissements plutôt que sur les économies, afin de surmonter la crise de la zone euro. Pour financer leur projet, ils plaident pour l’émission d’euro-obligations.

    Les initiateurs de l’appel sont Yanis Varoufakis, chef du département d’économie politique à l’Université d’Athènes et l’économiste et politicien britannique Stuart Holland. Le texte a été signé par les anciens Premiers ministres Giuliano Amato (Italie) et Michel Rocard (France), ainsi que par l’ancien président portugais Jorge Sampaio.

    Les signataires estiment que l’Europe doit lancer un New Deal, sur le modèle du plan initié par le président américain Franklin D. Roosevelt dans les années 1930 pour sortir son pays de la Grande dépression.

    L’émission d’obligations européennes est au coeur de leur plaidoyer. Grâce à leur bonne notation financière, ces titres de dettes pourraient permettre à l’Europe de lever des fonds à un prix abordable pour soutenir des projets d’investissement.
    Belga

    http://www.rtbf.be/info/economie/detail_guy-verhofstadt-et-d-autres-plaident-pour-un-new-deal-europeen?id=6397663

  4. Bonsoir à tous

    Banques Globales Importantes au Plan Systémique …. B G I P S !? > B P I G S !!!:
    Banques Pigs bien sur! Cà, c’est de l’humour de Zurich!

    Cordialement.

  5. J’ai vu un lien renvoyant vers un site .be qui annonce que le minessota est en faillite. Et sur Google, quand je cherche minessota +faillite, j’ai des tonnes de blogs, le site en .be et RFI…
    Que penser de cette absence d’info dans notre langue ?

    1. Minnesota en faillite
      http://schultzstake.blogspot.com/2011/06/minnesotas-budget-battle-assessing.html

      …zoo animals just fed and saved …
      …The Gearin order also suggests that most of the 36,000 state workers are out of work on July 1. An estimate is 23,000 lose their jobs. The real issue becomes how many state workers are needed to work the prisons, provide medical care, and perform core public safety and other functions. No question the Minnesota unemployment rate takes a major hit and goes up dramatically on July 1….

      La Californie était au bord du gouffre l’an dernier. Qu’en est-il aujourd’hui ?
      Après le Minnesota, à qui le tour ?

      A partir de combien d’états américains en faillite pourra-t-on dire que le pays tout entier, les Etats-Unis, sont en faillite, ce que certains prévoient pour le mois d’août, mais je ne sais comment ils le calculent .

    2. Normalement une partie des .be est en français, 40% de la Belgique parle français…
      Disons plutot « Que penser de cette absence d’info en . fr ? »

  6. Paul J.,

    Je pense en effet qu’il y a un risque systémique, mais ses racines sont bien plus profondes que celles que laissent voir la superstructure financière: le risque systémique provient selon plusieurs auteurs, dont je partage les idées, d’un changement fondamental dans les infrastructures technologiques qui conditionnent les relations entre les divers facteurs de production.

    Ces changements de l’infrastructure ont entrainé une augmentation phénoménale de la productivité horaire du travail depuis environ 50 ans:

    La productivité avait été multipliée par 2 entre 1820 et 1960
    Depuis elle a été multipliée par 5 (Pierre Larrouturou, « Pour éviter le krach ultime », éditions Nova, 2011, p 184.)

    Martin Ford « The lights in the tunnel » dit la même chose: « la mécanisation de la production de biens et services assistée par ordinateur » constitue un changement fondamental dans la compréhension des phénomènes économiques dans lesquels baignent nos sociétés humaines. En entrainant une augmentation fantastique de la productivité du travail.

    Cette augmentation énorme de la productivité horaire du travail a entrainé une baisse structurelle constante de la part du travail dans la valeur ajoutée dans tous les pays de l’OCDE et en particulier en France dont le niveau de productivité horaire est bien meilleur que ne veulent nous le faire croire en France la majorité actuelle et son président. (Rapport du Bureau International du Travail.
    En fait, au lieu de « travailler plus pour gagner plus » les français grâce à leurs performances en productivité, pourraient gagner beaucoup plus en travaillant beaucoup moins, si toutefois les gains de productivités avaient été répartis plus équitablement entre le travail et le capital…

    Ce que les 35 heures avaient insuffisamment et maladroitement essayé de faire : Je dis insuffisamment et maladroitement et je l’avais dit à mes amis de gauche à l’époque, amis qui me prenaient pour un traitre, je disais que ça n’allait pas ou mal marcher: la réduction du temps de travail hebdomadaire était insuffisante et mal expliquée, en particulier il n’était pas assez fait référence à l’extraordinaire augmentation de productivité horaire du travail qui non seulement permettait une réduction du temps de travail mais l’imposait si on voulait conserver une niveau d’emploi et de revenus suffisants pour continuer à faire marcher la machine économique…

    Passer à 35 heures ce n’était pas suffisant car dans bien des cas les entreprises pouvaient se rattraper sur l’augmentation de la productivité pour le pas embaucher de nouveaux employés, Alors qu’un passage à 32 heures (semaine de quatre jours) aurait entrainé des embauches de manière quasi inévitable, mais de plus, sur le plan de la faisabilité, les changements d’organisations conséquents au passage à une semaine de 4 jours était bien plus aisée à mettre en place. Plusieurs entreprises de petite moyenne et grande tailles avaient expérimenté cette semaine de 4 jours et avec des résultats à contresens de ce qu’on aurait pu attendre: augmentation de la production et même de la productivité et une plus grande motivation des salariés à tous les niveaux hiérarchiques…
    Par ailleurs l’application des 35h a impacté de manière très différente des divers secteurs de l’activité économique: dans certains domaines cela s’est relativement bien passé dans d’autres la mise en place des 35 heure a été un casse tête au niveau de la mise au point des emplois du temps, comme par exemple dans les établissements médico sociaux ou sanitaires, fonctionnant en 3 x 8 par nécessité: les usagers n’étant pas dans une condition de handicap ou de grand âge ou de maladie que 8 h par jour…

    Pour ce qui est des risques systémiques pris dans leurs dimensions financières, il faut se rendre compte que les banques et les institutions financières se sont trouvées devant des changements d’infrastructures économiques, industrielles et commerciales, dont elles avaient du mal à comprendre les mécanismes et les évolutions, leurs activités traditionnelles de prêts dans les domaines industriels et commerciaux passant donc de la prise de risques financiers mesurables et calculé à des situations d’incertitude incalculable, ce qui rendait et continue de les éloigner de leurs activités plus classiques de prêts financiers à l’industrie et au commerce.

    Par ailleurs la baisse structurelle de l’emploi ne les encourageait pas à faciliter le crédit à la consommation ou à l’achat de biens d’équipement ou de logement on n’accorde pas un prêt à quelqu’un qui est sans emploi… (sauf comme aux USA ou dans certains pays où les gouvernements ont encouragé les banques dans des politiques de crédit à faible taux et à moindre couverture au niveau des risques… Ce qui là encore fut une source d’incertitudes.

    Comme Keynes l’a expliqué, les situations d’incertitudes conduisent à la préférence pour la liquidité, ce qui a favorisé des activités spéculatives bancaires à très court terme et à la création de nouveaux produits financiers qui n’ont de produits que le nom car ils ne génèrent aucun produits (Biens matériels ou services) au sens propre du terme.

    Plutôt que des politiques d’interdictions de la spéculation, il me semble que des politiques fiscales sévères pourraient avoir une plus grande efficacité: Taxer à des taux très élevés les gains spéculatifs en fonction de la durée des placements effectués: pour illustrer mon propos, sans aucune prétention au niveau de la validité des seuils et des taux proposés, disons qu’un gain spéculatif réalisé en une journée ou moins se verrait taxé à 80 ou 90% , qu’un gain spéculatif réalisé en un mois ou moins se verrait taxé à 60 ou 70%, des gains réalisée sur des périodes allant de 1 an à 5 ans la taxe sur les gains passerait à 40 ou 50%, sur des périodes 5 à 10 ans à 30 ou 40%, et pourquoi pas moins pour de plus longues périodes
    Ce qui encouragerait les institution financières à se tourner à nouveau vers des prêts à l’industrie et aux commerces, générateurs de vrais produits et d’emplois Et bien sur décourageraient ces mêmes institutions de jouer sur des spéculations à très court terme qui ne créent ni valeur réelle ni emplois….

    Par ailleurs investir dans une activité sur une période longue demande un autre investissement, celui ci en profondeur pour pouvoir choisir sur le fond puis suivre l’évolution de son investissement financier dans l’économie réelle.
    Ce qui est à l’opposé des investissements purement spéculatifs où seuls ou presque comptent les variations à très court terme des cours des différentes valeurs, c’est ainsi qu’on a vu des valeurs boursières monter quand une grande entreprise décidait de fermer un laboratoire de recherche développement ou même pire quand une entreprise licenciait du personnel: à court terme cela allait faire monter les bénéfices donc les cours des actions… A moyen et long terme cette entreprise perdait pourtant son potentiel d’innovation d’un côté et de production ou de vente de l’autre…

    Pour conclure je reprends bien volontiers l’idée que le chômage et les inégalités sociales sont la cause de la crise actuelle et non comme veulent, nous le faire avaler nos gouvernements : « c’est à cause de la crise que nous ne pouvons rien faire contre le chômage ni pour les programmes sociaux et que nous devons faire des politiques de restrictions des dépenses publiques »

    Comme le dit très bien dans le même numéro du Monde un article d’Amartaya Sen, ces politiques de restriction ne vont faire qu’aggraver la crise actuelle au lieu de l’atténuer et de la résoudre par le haut… Elles entrainent en même temps et c’est plus grave encore, un affaiblissement de la démocratie en Europe.

    Cordialement.

    Paul T.

    1. J’ aime bien votre commentaire, un bémol cependant, quand vous parlez de productivité, un sujet peu abordé ici:

      1/ Étape 1 : 10 chinois fabriquent en juillet 10 000 chemises, vendues 1 $ à un importateur américain. Le PIB de la Chine augmente de 10 000 $, grâce au travail de 10 chinois – productivité faible de 1 000 $ par travailleur
      2/ Étape 2 : l’importateur (imaginons un homme seul derrière son PC) reçoit les 10 000 chemises, et les vend à Wall Mart 10 $. Le PIB américain augmente de (10 000 x 10 $ – 10 000 $) = 90 000 $ (en gros), qui ont été réalisés par le gars tout seul. Productivité énorme : 90 000 $ par travailleur.
      Cela influe sur le PIB, PNB…… or, dans le second cas, aucune richesse n’a été créée, c’ est de l’ argent virtuel, un « Ponzi » habituel. (L’ exemple vient du blog de Lupus.)

      1. Tout à fait d’accord avec vous le cas de « l’entrepreneur « américain (si on peut dire) est exactement ce que j’essayais de dénoncer, sa productivité a été décuplée (ou plus) par l’utilisation des technologies modernes mais au lieu de partager une part de ses gains en créant des emplois il a préféré garder tout le bénéfice que lui a apporté le gain de productivité pour lui tout seul: on est exactement dans le schéma que Joseph Stiglitz appelle « Le triomphe de la cupidité ».
        L’exemple imaginaire que vous donnez a été et est encore bien présent dans la réalité: les évolution technologiques qui auraient du bénéficier à tous en réduisant la pénibilité et la durée du travail tout en augmentant les richesses disponibles pour la population, ont le plus souvent été accaparées au bénéfice d’une minorité et continuent de l’être.
        Dans le passé le premier cas flagrant fut l’invention du métier à tisser Jacquard, accroissant la productivité horaire d’un facteur 10 ou plus et dont les propriétaires des métiers ont gardé pour eux seul le bénéfice. Cela a entrainé la révolte des canuts en 1831… En lisant l’histoire on s’aperçoit que les arguments de ces patrons était déjà le même que celui des patrons d’aujourd’hui « On ne peut pas augmenter les salaires à cause de la concurrence internationale… »

        Vous dites aussi « vous parlez de productivité, un sujet peu abordé ici: », la productivité a eu très mauvaise presse car elle était associée uniquement à la baisse de l’emploi et rarement à l’augmentation moyenne du niveau de vie ou à la baise de la durée moyenne du travail.

        lire à ce sujet, si vous arrivez à le trouver, l’excellent texte de Paul Albou « Labourer la mer » où l’auteur qui a travaillé au « Commissariat général à la productivité » fait un historique de la productivité telle qu’il l’a vécue.

        Je crois déjà avoir dit que l’augmentation de la productivité pourrait être une solution à nos problèmes en y mettant quelques conditions:
        1/ que les gains qu’elle entraine soient équitablement partagés
        2/ Qu’on prenne en compte l’augmentation de la productivité de tous les facteurs de production: augmenter la productivité des matières premières: utiliser moins de matières premières pour produire les biens en même quantité, augmenter la productivité des transports et des réseaux de distribution,; pour éviter les gaspillages, continuer l’amélioration de la productivité du travail pour réduire la pénibilité et la durée du travail. Notons que cette durée du travail avait bénéficié entre la fin du 19ème siècle et les années 1970 d’une réduction considérable tant au niveau, journalier, qu’ hebdomadaire, qu’annuel et que tout au long de la vie. Elle avait aussi rendu possible une amélioration du niveau de vie entre autre au niveau des équipements sanitaires dans les logements. avant les années 50 il était fréquent d’avoir des toilettes à l’étage, desservant 4 ou 5 appartements…

        En fait, ce n’est pas l’augmentation de la productivité qu’il faut condamner mais la cupidité des minorités qui s’en accaparent tous les bénéfices.

        Cordialement.

        Paul T.

  7. moi je dis faut faire les 3 !

    – régionaliser la masse monétaire et créer des banques national qui passeront à maturité privée, en d’autres termes « injecter de nouvelles banques » pour éviter le « too big » et suivre l’activité economique

    – interdire les paris sur la fluctuation des prix, au moins ceux correspondant aux matières premières pouvant servir de nourriture

    – imposer des réserves plus grosses, 20% à 30%, donc un organisme de contrôle capable aussi de s’en assurer (transparence) sachant que 8% ce n’est pas assez et que les banque à cause des CDS ou CDO trichent/trichaient déjà en ayant pour certaines que 1 à 3%.

  8. « les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre » si je me souviens bien de la citation, ce qui va à l’encontre de ce que vous annoncez, Paul.

    Et pour illustrer avec décalage cette question des paris, je vous joins ce que j’ai ressenti dans une salle de PMU

    Deux immenses glaces, l’une flanquée de quatre porte-manteaux vides, se font face, multiplient le lieu de la cérémonie. La salle est consacrée. Des micro-climats éphémères naissent et meurent, anticipent la fin d’une messe.

    Des augures imprimés vomis par un dieu-boîtier monologuent interminablement, crachotent des noms et des chiffres, affolent les tautologies. Des hommes et des femmes, plongés dans leurs propres arcanes numérotés, viennent consulter ces sésames volatils qui gardent secrètes des fortunes.

    Des enfants, des chiens aux dents étincelantes, passent et repassent, aèrent ou criblent la tension.

    Chaque officiant est pétrifié dans son désir, aveugle, sourd, insensible aux coups, aux frottements, aux appels, aux caresses.

    Les parieurs en procession avancent lentement vers le guichet, déposent leur offrande, s’ouvrent à nouveau au monde : « gardes ton fric pour la sixième » marmonne un prêtre débraillé. La marchande d’oeufs vient de jouer sa recette « moi je m’en fous des pronostics ! ». « J’ai pas pris mes lumettes ! « Un bedeau-bouffon maigrelet et vouté offre ses services : « si le 15 est là, le 3 il est là ».

    « Rue de la Fuye ! » clame la rue derrière l’immense baie mais personne ne l’écoute. Compulsion du jeu. Fuite dans le désir inexpugnable. Une jeune dame vient de ranger ses tickets. Le double motif de l’infini orne son sac à main.

  9. Ben je vais vous le dire, la prochaine crise est non seulement déjà en gestation, mais probablement pour très bientôt. Évidement, impossible de mettre un date précise dessus, mais j’ai du mal à imaginer qu’on tienne jusqu’en 2013.
    Pourquoi ?
    tout simplement a cause du pic pétrolier qui est le facteur sous-jacent à la crise et qui est la cause principale de montée des prix du pétrole (et non pas la spéculation). Moins de pétrole = moins de travail, ou moins de profits et donc, plus de dettes.
    Pas de croissance = crise de la dette.
    Quelque soit les artifices utilisés par la FED et la finance, les banques seront en difficultés comme les états, comme les entreprises, comme les ménages.
    On a passé le pic pétrolier conventionnel en 2005/2006.
    Maintenant, on est sur le point de passer le pic pétrolier tout court, car le pétrole non conventionnel n’arrive plus que très péniblement (et a un coût important) a compenser les pertes sur le conventionnel (qui vont en plus s’accélérer …).

    Bon disons pour être plus raisonnable que 2015 est la limite supérieure de la nouvelle crise a mon avis, ce qui va rendre difficile l’augmentation des réserves dans un contexte de récession économique (même si cette récession est masquée par des tonnes de dettes).

    Il faut bien comprendre que si la finance est l’huile de l’économie, le pétrole en est l’essence … Sans huile le moteur chauffe vite et on ne va pas loin, sans essence, il cale et l’huile ne sert que dans un second temps pour « fluidifier ». Mais sans pétrole pas cher, la finance va servir de moins en moins … a financer quoi ? la déplétion ? on a pas besoin d’elle pour ça, elle est la pour la croissance.

    Donc, facile de dire que la prochain crise est inévitable et imminente, dans cette perspective.
    Et quelque soit le niveau de réserve fixé par Bale III, il sera explosé. En 2019 il faut prévoir au moins 20% de déplétion du conventionnel et donc, probablement 5 à 10% d’activité économique en moins (piffométrique)

    1. pour comprendre ce qui se passe sur le pétrole depuis dix ans ,ce lien qui n’est autre que haut du graphique évolution des prix , sur le bas du graphique somme mise sur les marché pour l’achat de ce pétrole , même si on sait que la consommation à augmentée il me semble que depuis septembre 2006 jusqu’à ce jour il y a un truc qui c’est produit PAS DE SPECULATION je pouf

      http://www.boursorama.com/graphiques/popup_graphique.phtml?libelle=P%E9trole+New+York+%28Light+Sweet+Crude+Oil%29&type=1&pcent=0&mo=0&code=CLINTN&symbole=CLINTN&bid=&tc=3&cl=&pe=0&dd=994370399&df=1309903199&st=6&is=2&i1=1&i2=0&i3=0&mm1=50&mm2=&mm3=&zo=&comp=0&indiceComp=1&duree=120&te=0&di=&COCHERIND=« 

    2. Vous remarquerez que les occidentaux, en Irak et en Afghanistan notamment, ont manifesté pleinement leur volonté de continuer à maitriser cet aspect du problème. Mais le coût militaire de cette maitrise est désormais au dessus de nos moyens. Quand l’empire n’a plus les moyens d’imposer son tribut, la redéfinition du partage du pouvoir ne se fait pas sans quelques déchirements.
      En 2007, en choisissant à sa tête un partisan de l’alignement total sur les composantes les plus sombres de la diplomatie américaine, la France a raté l’occasion historique de faire partie de ceux qui faciliteraient le rééquilibrage au bénéfice des pays « émergés ». En ignorant cette vocation historique, la France a fait la démonstration de l’épuisement du potentiel politique de ses élites. Personnellement, je n’attends plus rien de ce pays.

  10. GESTION DE LA CRISE « À L’ANCIENNE »

    À quand des publications dans LE MONDE PHILOSOPHIE ? Parce que l’approche économiste est l’expression de la croyance que l’on a dans cette économie : « on peut l’arranger », se dit-on. Ce sont des fondements dont il est difficile de se débarrasser, semble-t-il. En voici un autre, soutenu par Marx : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. ». Et le même : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant de le transformer. ». S’ils sont censés transformer le monde, les philosophes, il y a des chances qu’ils le fassent avec leur conscience, sinon ce sont des cons comme les autres ! Ou alors ce ne sont pas des hommes. Bouffon va ! Mais on s’en fout : Marx est mort, et les absents ont toujours tort.

    Le problème, c’est que ce postulat continue de mener le monde (et le blog, n’est-ce pas Julien ?). Et peu importe qu’il soit « vrai » ou pas, le problème est qu’il est tyrannique : ce qui enlève toute chance de réussite à l’expression de la conscience dans le dialogue, dans la construction de la démocratie : cette tyrannie tue la démocratie.

    Le dissident anglais par exemple, vu dans ce cadre, n’est qu’un clown : « il refuse l’existence sociale qui lui est imposée, il n’a donc pas de conscience déterminée ».

    Ça fout les boules, non ?

    Allez, restons en famille, Paul Lafargue :

    – Ces miracles sont des miracles de pacotille. Il nous faut un miracle pour de bon, un grand miracle.

    — Monte au ciel et parle à Dieu comme il le mérite, Dieu prend son métier trop à son aise : parce qu’il a travaillé six misérables jours, il croit que pour lui tous les jours de l’année doivent être des dimanches et des lundis. Que dirait-il, que dirions-nous, si les ouvriers le prenaient pour exemple [mdr] ; Dieu fainéante trop, secoue-le de sa paresse ; qu’il fasse quelque chose pour nous qui faisons tant pour lui ; que serait Dieu sans nous ? Il n’aurait même pas de nom dans la langue des hommes. Saint-Père monte au ciel et ramène-nous sur la terre Jésus ou l’Esprit-Saint ; avec eux nous ferons des miracles et ressusciterons la foi.

    L’Infaillible était atterré.

    — Monter au ciel ! moi, si vieux, si infirme ? répétait-il avec le geste et la voix de l’idiotie.

    — L’air nouveau, les plaisirs du voyage te ragaillardiront. Au ciel, Dieu touchera tes hémorroïdes. Le médecin te prédit une nouvelle fistule à l’anus ; le doigt du Tout-Puissant assainira ton fondement. Allons, dépêche-toi de monter au ciel, je gouvernerai à ta place.

    La fistule était l’argument irrésistible d’Antonelli. (Pie IX au Paradis)

  11. L’expression « GESTION DU RISQUE À L’ANCIENNE » que vous employez, m’a rappelé une publicité faite aux USA il y a quelques années par une banque d’affaire: Smith Barney , « We make money the old-fashioned way–we earn it! »
    Soit: » nous faisons de l’argent à l’ancienne nous le gagnons »

    En effet la gestion du risque à l’ancienne semble être une mission que les banques ne savent plus accepter… Dans ce genre de missions les banques étaient sensées apporter un financement à un entrepreneur ayant une ou plusieurs idées de produits ou services à proposer sur le marché mais ne disposant pas des moyens financiers pour développer ces produits ou services. Le rôle du banquier était alors d’estimer le risque encouru en prêtant une somme d’argent à un entrepreneur pour produire un bien ou un service réel puis d’accepter ou de refuser de faire ce prêt.

    Mais les banquiers se sont mis à jouer sur des valeurs qui n’avaient plus rien à voir avec des biens et services réels, espérant par ces spéculations à court terme augmenter leurs profits de manière plus rapide que par des investissements dans des entreprises industrielles et commerciales…

    Mais les banquiers n’ont pas été les seuls à se lancer dans la spéculation à court terme, de nombreux particuliers, à titre individuel ou pour leur entreprise, se sont laissés attirer par le chant des sirènes « Gagnez 30% en un an, en achetant tel ou tel produit financier, semblait plus attrayant que d’acheter des actions d’une entreprise X ou Y comme un placement à long terme, par exemple destiné à financer une retraite comme dans les pays où la couverture sociale est défectueuse… La cupidité à court terme a aveuglé les agents économiques à tous les niveaux.

    Cela à l’évidence n’a pas été un franc succès pour la plupart d’entre eux, mais de plus ces comportements ont réduit le potentiel de financement dans l’économie réelle, ce faisant réduisant le besoin de travail, donc la distribution de revenus et donc la demande finale de biens et services… ce mécanisme a causé la crise de 2008 toujours en cours.

    Paul T.

  12. Un risque systémique également à l’oeuvre dans les océans.

    « Oceans on brink of catastrophe. Marine life facing mass extinction ‘within one human generation’. ‘ State of seas ‘much worse than we thought’, says global panel of scientists.

    The world’s oceans are faced with an unprecedented loss of species comparable to the great mass extinctions of prehistory, a major report suggests today. The seas are degenerating far faster than anyone has predicted, the report says, because of the cumulative impact of a number of severe individual stresses, ranging from climate warming and sea-water acidification, to widespread chemical pollution and gross overfishing.

    The coming together of these factors is now threatening the marine environment with a catastrophe « unprecedented in human history », according to the report, from a panel of leading marine scientists brought together in Oxford earlier this year by the International Programme on the State of the Ocean (IPSO) and the International Union for the Conservation of Nature (IUCN) ».

    http://www.independent.co.uk/environment/nature/oceans-on-brink-of-catastrophe-2300272.html

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