Après lui, le déluge ?, par Jeanne Favret-Saada

Billet invité.

La présidence de François Hollande se défait de plus en plus vite, au gré d’événements désormais incontrôlables. Voilà un socialiste, qui s’était fait élire sur le projet de changer les rapports de force entre monde politique et monde économique. Il s’est dégonflé dès la première confrontation et, après trente mois d’hésitations infinies sur son identité — est-il ou non « socialiste », « social-démocrate », « social-libéral » ? –, il ne parvient pas même à imposer la politique inverse de celle qu’il nous avait vendue. Qu’il soit, pour finir, un faux mou ou un vrai dur n’a plus d’importance : son entreprise prend l’eau de toutes parts, et son entourage même le désavoue à moins qu’il ne le ridiculise.

Avant la révélation, par son ex-compagne, du mépris dans lequel notre Président tient les « sans-dents », 13% de Français croyaient encore en son action. On peut se demander combien il y en a aujourd’hui, mais quel que soit le chiffre — 0%, par exemple –, il conserve le droit constitutionnel de présenter des gouvernements à l’Assemblée jusqu’à la fin de son mandat. Cette disposition scélérate fait de nous des spectateurs impuissants, rivés aux événements : Valls sera-t-il désavoué par l’Assemblée ? Aubry va-t-elle sortir du bois ? En cas de dissolution, que feront la droite et l’extrême-droite ? Ceci, sans compter les épisodes grotesques et imprévisibles dont le spectacle nous est imposé jour après jour.

Au moins pouvons-nous dire deux ou trois choses depuis notre impuissance constitutionnelle :

1. La Ve République, basta. Plus jamais. Pas pour nous. (L’élection du président au suffrage universel, tant appréciée des Français, est désastreuse dans la Ve République, pas nécessairement dans tout régime présidentiel.)

2. La VIe République, oui, bien sûr. Mais laquelle ? Avec qui ? À ceux qui voudraient se rassembler en vue de cet objectif, nous exprimons deux exigences minimales : qu’elle laisse une place suffisante à l’initiative citoyenne ; que ses institutions ne ruinent pas d’avance le projet de changer les rapports de force entre monde politique et monde économique.

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