Ne dites plus jamais « entrepreneur », par Stéphane-Samuel Pourtalès

Billet invité.

« La vie d’un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d’un salarié »

Selon un sondage BVA pour BBC, 61% des français sont d’accord avec cette phrase d’Emmanuel Macron, prononcée lors d’une interview avec Jean-Jacques Bourdin le 20 janvier dernier.

90% de la population active est salariée.

La phrase prononcée par le ministre socialiste présente à première vue une sorte de vérité, on a tous connu des entrepreneurs qui travaillent tard le soir, qui stressent pour l’avenir de leur entreprise, etc… Il existe un biais dans cette phrase, outre le sournois « bien souvent »… c’est le mot « entrepreneur ». Vous, le salarié, dites-vous « cet après-midi, je suis convoqué par l’entrepreneur » ? Non, vous dites « cet après-midi, je suis convoqué par mon patron ». Essayons de prendre votre mot à vous, alors la phrase devient :

« La vie d’un patron est bien souvent plus dure que celle d’un salarié »

Ça n’a pas tout à fait le même écho.

Ceux qui ont le pouvoir ont aussi celui des mots. Le mot d’ entrepreneur, fait penser à inventeur, ou créateur. De nos jours, « on » dit même, pour bien enfoncer le clou : créateur d’entreprise. Bientôt, peut-être, sculpteur du réel, ou inventeur d’avenir. Oufaiseur d’or. Ce que le mot « entrepreneur » ne contient pas, c’est vous : l’entrepreneur se tourne vers le haut, vers l’avenir. En bas, ou du moins en dessous, parfois juste en dessous, les salariés, les 90%, ne sont pas invités à participer au concept. Dans le mot « patron », au contraire, ils sont bien présents. Mais ce mot-là n’est plus à la mode. Tant pis pour vous.

La plupart du temps, le patron ne crée rien. Rien de nouveau sous le soleil. La part des entreprises qui inventent réellement leur activité est minime. Le patron est celui qui fait jouer ses atouts personnels « innés » ou « acquis », pour s’approprier un secteur de marché, (marché déjà existant dans l’immense majorité des cas), pour se construire, c’est le but de toute entreprise, une position dominante, hors concurrence tant qu’il peut, d’où il peut exercer son pouvoir, notamment sur les personnes qui vont travailler pour lui, ses salariés. Son pouvoir de tirage sur le tiroir-caisse, aussi.

Même Mark Zukerberg n’a rien créé ? D’après ce qu’on dit, il a piqué l’idée à quelqu’un d’autre. Celui qui crée, qui invente, vous le connaissez, il a un autre nom : c’est un technicien. Un brillant technicien. Technicien dans le matériel, dans l’immatériel, ou même dans le relationnel, peut importe. Un patron peut bien entendu être également un brillant technicien. Mais ce n’est pas toujours le cas. Et c’est toujours en tant que « technicien », qu’il innove. En tant que patron, il prend. A moins que nous considérions la propriété qu’il a sur nos vies comme la condition de notre productivité ?

Nos mots sont notre réalité. « Patron » est un mot qui nous regarde. « Entrepreneur » est un mot qui les regarde. Le ministre socialiste Emmanuel Macron n’est pas des nôtres. Ne nous laissons pas impressionner. Gardons nos mots. Soyons nous-mêmes.

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