« Comment j’ai pu prévoir la crise des subprimes avec pas plus de données que n’importe qui », par Paul Jorion

M. Andrew Haldane, économiste en chef de la Banque d’Angleterre, a expliqué jeudi pourquoi les économistes ont été aussi nuls à prévoir les conséquences économiques du Brexit (il n’y en aurait à l’arrivée, aucune) et de manière générale, pourquoi ils sont aussi nuls à prévoir quoi que ce soit.

Eh bien, l’explication est simple et n’implique, comme vous l’imaginez bien, aucun mea culpa de la part des économistes. Suivez bien le raisonnement.

1. Les économistes décrivent les comportements rationnels.
2. Les êtres humains ne sont malheureusement pas très rationnels.
3. Les êtres humains seraient plus rationnels s’ils étaient bons en maths.
4. Les Anglais sont particulièrement nuls en maths : « à peine meilleurs que les Albanais » (sic).

Il était donc impossible à des économistes de prévoir les conséquences du Brexit. c.q.f.d.

Vous pensez que je plaisante, mais pas du tout : vous trouverez la démonstration de M. Haldane dans l’édition du 5 janvier du Guardian (Chief economist of Bank of England admits errors in Brexit forecasting).

Sur pourquoi les économistes ont été incapables de prévoir la crise des subprimes, l’explication est un peu différente : « Pas assez de données, ma bonne dame ! »

Ah oui, zut ! sacrées données : jamais là quand il faudrait ! Écoutez vous-même :

Je vais vous demander un petit service, au cas où M. Haldane ferait partie de vos amis : signalez-lui que je ferais volontiers une conférence à l’intention des membres de la Banque d’Angleterre (et de tous les autres étudiants en sciences économiques britanniques), intitulée « How I happened to forecast the subprime crisis with no more data than anyone else » : « Comment j’ai pu prévoir la crise des subprimes avec pas plus de données que n’importe qui ».

P.S. Si vous êtes étudiant(e) en sciences économiques francophone et que l’un de vos professeurs blâme lui aussi pour ses malheurs les nuls en maths ou les données jamais là au bon moment, signalez-lui que je suis prêt à traduire ma conférence en français et à la donner dans toute fac de sciences éco ou école de gestion où l’on me demandera de venir.

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