L’Avenir, « Le capitalisme a montré ses limites », le 9 août 2017

Le capitalisme a montré ses limites

La faillite du capitalisme américain ? L’anthropologue et essayiste Paul Jorion l’annonçait dans l’un de ses ouvrages, avant la crise de 2007.

Selon lui, c’est l’ensemble du système qu’il faudrait revoir en profondeur.

Paul Jorion, d’après vous, le système financier s’est-il réformé depuis 2007?

Il y a eu quelques essais. Mais le système financier, et le capitalisme dans son ensemble, ont été fragilisés par des tentatives désordonnées d’essayer d’arranger les choses. Puisqu’on ne trouvait pas de solution, on a injecté des sommes considérables dans le système financier, en espérant qu’elles trouvent leur voie vers l’économie réelle. Or, elles sont restées prisonnières de la finance, et en particulier de sa partie spéculative, et continuent d’alimenter des bulles.

Mais les banques sont tout de même plus solides aujourd’hui…

Il n’y a que le sauvetage de la zone euro qui ait véritablement fonctionné. Mais c’est essentiellement parce que Mario Draghi a pris le pouvoir à la manière d’un président de l’Europe, en disant que la zone euro ne laisserait jamais tomber un pays membre. Ce n’est pas en tant que financier qu’il l’a fait mais en tant que responsable.

Selon vous, pourrait-on revivre une crise comparable?

Non seulement comparable, mais pire. Car en 2008, on a pu puiser dans les réserves accumulées du côté des contribuables. Il ne faudra plus compter là-dessus la prochaine fois.

Le capitalisme a-t-il dévoilé ses limites?

Ce système où l’on fait tout reposer, non pas sur le fait que les gens ont de l’argent, mais sur le principe qu’ils pourraient en emprunter quelque part est interpellant. Car c’est uniquement quand tout va bien, quand toutes les sommes sont remboursées, qu’il n’y a pas de problème.

Ce système produit tout de même de la richesse…

Mais personne n’a jamais évalué la richesse qui aurait été créée si ce système n’existait pas. Et puis, cet argent n’est pas redistribué. On pourrait sans doute être bien plus riches avec un système redistribuant la richesse de manière plus égalitaire.

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