« Rogue Traders » et krachs

Je reviens brièvement sur l’affaire Kerviel à la Société Générale, non pas que l’enquête connaisse de nouveaux développements mais du fait que le manuscrit de La crise des subprimes en 2007 ayant été envoyé hier à l’éditeur, j’ai avidement repris la lecture de The Great Crash – 1929 (1954) par John Kenneth Galbraith et que parmi les rapprochements curieux entre 1929 et 2008, j’ai découvert sous sa plume un passage très intéressant sur les détournements de fonds.

La crise de 1929 nous dit Galbraith provoqua en réalité bien peu de suicides mais elle mit à jour un très grand nombre de malversations. Il parle de « détournements de fonds » mais je prendrai la liberté d’inclure également dans la catégorie, les « trades non-autorisés ».

Galbraith commence par souligner que dans les périodes fastes où tout le monde fait de l’argent, bizarrement, certains veulent en faire encore davantage et les opérations non-autorisées fleurissent. Pendant ce temps-là, euphorie aidant, le niveau de contrôle lui, baisse. Voici un passage de The Great Crash :

Lors d’une dépression, tout cela s’inverse. Les transferts sont maintenant surveillés d’un œil alerte et inquisiteur. L’agent en charge des fonds est supposé malhonnête jusqu’à preuve du contraire. Les audits se font désormais méticuleusement et en profondeur. La rigueur morale dans les opérations commerciales devient admirable. Les détournements battent en retraite.

Au moment où le krach se produit, observe Galbraith, le changement de climat est très remarquable :

De la même manière que la bulle accélérait le taux de croissance, le krach dope le taux de révélation. En quelques jours la confiance universelle devient méfiance universelle. Des audits sont ordonnés. Les corps tendus, les regards préoccupés sont notés. Plus important encore, l’effondrement des valeurs boursières rend irréparables les positions de l’employé qui détournait des fonds pour jouer les marchés. Il ne lui reste plus qu’à avouer.

Pourquoi je termine de lire d’urgence The Great Crash – 1929 ? Parce que j’ai hâte de reprendre la lecture de Every Man a Speculator. A History of Wall Street in American Life (2005) de Steve Fraser.

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Une réflexion sur « « Rogue Traders » et krachs »

  1. Je ne comprends pas pourquoi personne ne met en cause l’utilité sociale des jeux financiers auxquels se livrent les spéculateurs qui se cachent derrière l’appelation trompeuse de banque de financement et d’investissement. Je me souviens des discussions enflammées -dont je n’ai malheureusement pas gardé de trace écrite car je ne pensais pas que cette évolution si décisive – qui ont eu lieu à la direction du trésor, à la direction de la prévision et à l’INSEE quand le sinistre Antoine Paille, après avoir crée ce service à la Société Générale, s’est mis à débaucher les polytechniciens des Finances en leur faisant miroiter des rémunérations hors normes. Le débat portait sur l’utilité réelle de ces opérations – je ne parle que des opérations sur comptes propres -et sur la légitimité de cet argent virtuel, équivalent à celui des billets de Monopoly ; rétrospectivement, il apparaît que c’est l’Etat qui a banchi ces opérations en acceptant de les prendre en compte dans le calcul du bénéfice fiscal des banques.

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