Kerviel et la faute à pas d’chance

J’y reviens encore une fois parce que j’étais en train d’écrire un article sur la rémunération des traders, faisant appel aux souvenirs de l’époque où c’était mon métier, quand j’ai eu une illumination. Je veux dire que quelque chose m’est apparu que je n’avais pas encore aperçu jusque–là sur ce qui avait dû se passer à la Société Générale le 21 janvier. Si j’ai raison, Jérôme Kerviel n’y est pas pour grand–chose – et si c’est le cas, j’aimerais que cela se sache.

A une époque, j’ai développé des systèmes automatiques de trading. J’en ai inventé de très intelligents et compliqués et d’autres plus stupides – qui m’ont rapporté davantage. Voici comment on procède : on prend des données historiques de prix, très détaillées, et on demande à l’ordinateur d’optimiser une stratégie : on lui demande de déterminer le niveau de prix auquel il aurait fallu acheter et celui auquel il aurait fallu vendre pour maximiser son profit au cours de la période que couvrent les données. Il ne s’agit pas de niveaux de prix absolus, comme vendre quand on touche « 102 » mais relatifs : par rapport au niveau où on a pris sa position : du genre « vendre quand on a gagné 1 000 000 euros ou perdu 100 000 ».

Un système optimisé de cette manière ne gagne pas nécessairement plus souvent qu’il ne perd mais si l’optimisation permet de découvrir une combinaison d’instructions qui gagne plus quand elle gagne qu’elle ne perd quand elle perd, alors on est bon. L’instruction qui définit la perte maximale qu’on s’autorise, c’est ce qu’on appelle un « trailing stop–loss », littéralement un « arrêt à la perte, à la traîne ».

En voici le principe. Je chiffre pour que ce soit plus parlant : disons que si une position est perdante de plus de 1 000 000 € on la défait en encaissant la perte. Si on s’est mal positionné d’emblée, si on a parié à la hausse alors que le marché baissait – ou inversement – on se plante et on perd 1 000 000 €. Mais si on a parié dans la bonne direction, on laisse aller – avec le « stop–loss » à la traîne. Si l’on atteint alors, par exemple, 2 500 000 € en positif, le stop–loss de 1 000 000 € à la traîne fait que si la tendance se renverse on sort de position en ayant quand même engrangé 1 500 000 €. Et c’est ce qui permet que les positions gagnantes soient éventuellement plus importantes que les positions perdantes, même si on joue à pile ou face le fait de parier à la hausse ou à la baisse.

Qu’est-ce qui explique alors un désastre à la Kerviel ? Le fait que quand les marchés sont agités, en particulier s’il y a des « trous d’air », c’est–à–dire des zones entières où il n’y a « pas de prix » parce qu’on manque soit d’acheteurs, soit de vendeurs, on ne peut pas toujours faire intervenir son « stop–loss traînant » au niveau où on l’aurait voulu : au moment où on essaie de défaire sa position, on n’est pas certain de trouver en face de soi la contrepartie dont on aurait besoin et au lieu d’essuyer une perte d’un million d’euros comme on avait prévu, on se retrouve avec un trou de dix millions… ou d’un milliard. Quand ça se passe comme ça, je sais, la tentation est grande de s’en prendre au trader plutôt qu’au marché – qui n’est pas là pour se faire gronder.

Les positions de Kerviel ont été défaites le 21 janvier. On pouvait lire dans le Wall Street Journal du lendemain : « La débandade hier sur les marchés boursiers mondiaux suggère que la peur provoquée par la récession aux Etats-Unis est en train de s’étendre au–delà du marché américain … Alors que les marchés US étaient fermés hier en raison de la journée d’hommage à Martin Luther King, les principaux indices perdaient 7,2 % en Allemagne, 7,4 % en Inde et 5,5 % en Grande–Bretagne… »

Je rappelle qu’on parle d’un gars à qui ses patrons proposaient que la partie variable de son traitement pour 2007 soit de 300 000 € alors que lui en réclamait 600 000. D’un gars qui dit aux policiers :

Le vendredi 18 [janvier 2008], en journée, j’ai été positif en regard de la forte volatilité du marché […], ce n’est qu’à la clôture de la séance du 18 que j’étais négatif. Je pense alors que je verrai l’évolution du marché en revenant le lundi et table sur la hausse du marché américain le mardi. Ce que je ne pouvais supposer, c’est que le lundi je ne serais plus salarié de la Société Générale. […] Pour la sanction, je ne pouvais l’évaluer. La banque a pour but premier de gagner de l’argent. Comment justifier une sanction vis-à-vis d’un trader qui génère un résultat positif de 1,4 milliard d’euros […] ?

Alors, si c’est la faute à pas de chance, est-ce qu’il ne serait pas temps de ficher la paix à Jérôme Kerviel ?

Partager :

27 réflexions sur « Kerviel et la faute à pas d’chance »

  1. Il y a dans nos métiers de trading quelque chose de plus important que de gagner de l’argent : la déontologie. C’est à dire faire de son mieux dans un périmètre défini et en respectant les règles fixées au départ (contrôle des risques). Sortir de ce périmètre ou s’affranchir des règles est inexcusable dès lors que l’on joue avec les fonds propres d’autrui. Le comportement de Kerviel a été imbécile et criminel. Qu’il y ait des médias pour lui accorder des circonstances atténuantes voire une certaine sympathie est symptomatique de la déresponsabilisation de la société.
    J’apprécie habituellement ce que vous écrivez, mais l’indulgence face à ce genre de malfaisance est difficile à concevoir. Et je ne travaille pas pour la SG…

  2. « Il y a dans nos métiers de trading quelque chose de plus important que de gagner de l’argent : la déontologie »
    C’est une blague ????

  3. @ Shocker99

    Il faut bien sûr qu’il y ait une déontologie et Kerviel l’a bien entendu enfreinte. Les déontologies n’interdisent pas qu’il soit d’usage que l’on « ferme les yeux » sur certaines infractions. Ce dont je parle, c’est d’une asymétrie éventuelle – je dis bien éventuelle : qu’on aurait fermé les yeux sur un débouclage de la position en positif et qu’on n’a pas fermé les yeux parce que le débouclage s’est avéré calamiteux. Le lundi 21 janvier n’était pas le bon jour pour déboucler une position et si l’affaire se résume à cela : que le jour était mal choisi ou qu’on a simplement agi dans la panique, il faudrait avoir le courage de dire : « c’est la faute à pas d’chance ! » et qu’on juge alors Kerviel pour avoir caché un positif de 1,4 milliards d’euros par des opérations fictives et non pour avoir fait perdre à la banque 4,9 milliards d’euros.

    1. Mr Jorion, relisez les rapports, il n’y a pas eu de débouclage positif, plutôt un maquille de semi débouclage positif par JK pour faire croire à un gain important, mais sans commune mesure au vrai gain si débouclage total. Il a fallu un vrai travail d’archéologue pour reconstituer toute la position de K.

    2. Il a fallu un vrai travail d’archéologue pour reconstituer toute la position de K.

      De toute évidence, cela a été fait rapidement le samedi matin la direction de la SGCIB présentait la situation à la direction groupe.

      Jérôme Kerviel a réalisé toute une série de malversations et violations. La chose est entendue. Il l’a d’ailleurs reconnu devant les juges.

      Maintenant, il est bon de noter qu’il faisait cela depuis plus de deux ans… Et il n’est pas pensable que la direction de la SGCIB l’ignorait.

  4. « et qu’on juge alors Kerviel pour avoir caché un positif de 1,4 milliards d’euros par des opérations fictives et non pour avoir fait perdre à la banque 4,9 milliards d’euros.  »

    Je suis de l’avis de shocker.

    Même si le traitement médiatique a été désastreux sur cette affaire, les fautes de Kerviel n’en sont pas moindre.
    Même en positif il court un risque (la preuve !) et je pense qu’il serait ridicule de prendre en compte le fait qu’il ait virtuellement fait gagné de l’argent à sa banque pour atténuer un jugement (de quel jugement parlez vous ? le jugement moral des individus, ou le jugement légal ? ma réflexion vaut pour les 2 cas).

    Il a outrepassé les limites de son périmètre d’actions et y est parvenu par des moyens pas toujours corrects, même si à un certain degré il a su profiter d’une certaine complaisance de sa hiérarchie (notamment en ce qui concerne la perspicacité des contrôles après des réponses « évasives » …)

    Je ne comprend pas votre position M. Jorion (et par ailleurs je travaille à la SG, j’avoue).

  5. @ SG, jonas

    Je relève le défi et ouvrons le débat : comment moraliser les salles de marché ? Si vous me dites « le problème ne se pose pas ! », je vous répondrai « Désolé, je ne pense pas que vous soyez vraiment trader ! »

  6. Je ne suis pas trader. Je m’intéresse malgré tout à cette affaire pour son aspect psychologique. Le portrait qui a été dressé de Jérôme Kerviel, dans les médias, me rappelle vaguement une expérience personnelle et de nombreuses lectures. Je crois que JK est un « manipulateur » et que son sens moral est problématique.

    Tous les secteurs d’activité sont confrontés à ce type d’individus qui se comportent comme des cow-boys. Un internaute écrivait, sous un article, que JK était « l’Eric Breteau de la finance ». Cette comparaison m’a paru pertinente. Je crois que Breteau est assez proche, sur le plan psychologique, de JK : narcissisme exacerbé (je suis un humanitaire ou un trader « d’exception »), goût du risque, mépris des règles, manipulations à répétition, sang froid ou inconscience extraordinaire (mensonges, fabrication de faux, cautions bidonnées (« Mat » à la City, ou bien « Madame Sarkozy » pour Breteau), maquillage de ses activités, indifférence pour le danger qu’on fait courir à l’entourage, etc), et puis au final « c’est pas moi, c’est l’autre », ou bien « J’avais reçu l’aval implicite de la France » (pour EB) ou « de ma hiérarchie » (pour JK), je suis le « bouc émissaire », le « lampiste », etc.

    Ce qui est arrivé chez les traders se produit –je crois- dans tous les milieux. Indépendamment des contraintes propres à chaque profession.

    Ces gens là sont toujours très doués pour se déresponsabiliser et se déguiser en victimes.

    Il faut se doter d’un arsenal de règles (éthiques, déontologiques, légales) aussi claires que possible.

    Il ne faut surtout pas les dédouaner trop facilement. Chacun est responsable de ses actes. Il n’y a pas de fatalité ou de coup du sort lorsqu’on a eu recours à une cascade de manipulations (pour JK, comme pour Breteau, on peut effectivement parler de cascade de tromperies).

    Je pense que les grosses banques qui font du trading devraient former leurs DRH à repérer ces « manipulateurs » pour surveiller très étroitement leurs activités (parce que les manipulateurs sont justement très enclins à bidonner des documents, trafiquer des chiffres, mentir, manipuler leurs collègues avec une virtuosité stupéfiante).

    Il faut prendre conscience que ces gens là existent, mais que ce n’est pas une fatalité et qu’on peut apprendre à les reconnaître avant qu’ils ne fassent trop de dégâts.

    Cordialement

  7. Vous vous êtes intéressé à l’affaire Enron. Vous savez peut-être qu’Andrew Fastow, un des principaux protagonistes, a été diagnostiqué « psychopathe». Ce terme est très connoté « tueur en série », mais en réalité c’est un trouble du comportement assez répandu (1% de la population). En France, les psychologues disent plutôt « manipulateur ». Les principaux traits psychologiques des « psychopathes » ou « manipulateurs » sont les suivants : du charme ou du charisme, de l’aisance à l’oral, une surestimation de ses capacités, une propension à mentir, à manipuler, de l’irresponsabilité, l’incapacité à accepter ses responsabilités, la recherche de sensations fortes (ie prise de risque, transgressions), un manque d’empathie parfois dramatique.

    Selon Robert Hare, le plus éminent spécialiste de ce trouble, on trouve beaucoup de psychopathes chez les traders. Il dit souvent que s’il n’avait pas obtenu les autorisations pour étudier la psychopathie auprès d’une population de criminels, dans les pénitenciers de Vancouver, il serait allé au stock exchange. Il aurait trouvé, là aussi, matière abondante.

    Je pense que les banques qui font du trading seraient inspirés de « screener » leurs employés à l’aide du B-Scan 360 (un test mis au point par Paul Babiak et Robert Hare pour repérer ce profil psychologique en entreprise) et d’avoir l’œil sur ceux qui ont de trop mauvaises notes (car ce sont les employés les plus susceptibles de se comporter en cow boys).

    Depuis l’affaire d’Outreau, vous savez que l’ENM a décidé d’intégrer un psychologue à son jury, justement pour détecter les candidats qui auraient ce profil (c’était le problème du jeune juge qui a effaré la France par son absence d’humanité et ses « erreurs d’appréciation » qui étaient plutôt de subtiles manipulations).

    Un article très intéressant:

    http://www.fastcompany.com/node/53247/print

    1. Vous me faites peur avec votre B-Scan 360.

      Je subis, et c’est bien le mot, régulièrement toute une série de tests depuis deux ans pour vérifier si je suis logique, si je suis apte à ceci ou cela (je suis en recherche d’emploi). Je dois bien avouer que je ne porte pas beaucoup d’estime à ces tests, à ceux qui les ont conçus et encore plus ou idiots qui s’en servent (j’aurais pu dire idiotes car le métier RH est quasi exclusivement féminin).

      PS: N’étaient-ce pas les mêmes qui il y a dix ans à peine déduisaient votre profil psychologique à partir d’une analyse graphologique de votre lettre de motivation ou pire de votre thème astral? Aujourd’hui, c’est plus sérieux, il y a des tests. C’est scientifique.

  8. à propos du trader, son roman autobiographique va-t’il être écrit par un « nègre » ? Les royalties du futur film seront-ils versés aux veuves de Carpentras ? Sera-t’il d’abord invité chez Fogiel ou chez … ? Ce futur best-seller peut le transformer en héros, ou en victime d’un système vicié.
    Le monde de la haute finance est un monde amoral, sans éthique, et le détournement des médiocres régulations représente le malaise profond régit par cet univers borné…
    Bien à vous !

  9. @ jonas

    Vous avez sans doute raison quant au profil psychologique. Mais si on éliminait ce type de profil à l’entrée, il y aurait à mon sens deux conséquences : d’une part on ne recruterait plus grand-monde, et d’autre part on verrait ce type de personnalité se développer chez ceux qui auraient passé victorieusement le test – j’en sais quelque chose ! Parce que c’est l’activité-même que vous décrivez : ultra-stressante avec son alternance de désastres et de triomphes, elle requiert une confiance en soi hypertrophiée. C’est un métier de guerrier ou de cow-boy et on ne pourra rien y changer.

  10. Bonjour,
    Je viens de lire votre article sur Kerviel rapporté dans « Contreinfo ». C’est intéressant mais on reste sur sa faim car manque de précision.
    En particulier, vous rapportez que Kerviel aurait dit aux policiers : « le vendredi 18 (janvier 2008) en journée j’ai été positif, ce n’est qu’à la clôture que j’étais négatif. »
    Mes 2 questions : 1) de combien de zéros… il était négatif ?
    2) Ses informations en continu sur écran ne lui permettaient-elles pas d’apprécier en continu ses pertes et d’en fixer un minimum acceptable avant qu’elles ne deviennent inaceptables ?

    Bien sincèrement,
    Alain de BUSSAC
    diplômé ESSEC….

    1. Mais dites-moi, Madame, en quoi mon pédigrée apporterait une once de plus-value à mon propos.

  11. @ Alain de Bussac

    Oui, bien sûr on aimerait en savoir plus, sans quoi je n’aurais pas dû recourir à tant de conditionnels dans mon billet et dans mes commentaires. Les passages que je cite sont empruntés aux « Extraits des procès-verbaux des auditions de Jérôme Kerviel » qui furent publiés dans le Monde le 30 janvier. Ils sont malheureusement bourrés de trois petits points entre parenthèses.

  12. Mon interrogation N°2 à laquelle vous n’avez malheureusement pas pu me répondre, suite à votre excellente approche de votre article en question, peut se résumer ainsi : le trader de la SG avait-il la possibilité ou non de contrôler en continu sur écran à la fois ses engagements en positif et en négatif ? Par moment en finances il faut peut-être revenir à des notions simples, peut-être trop simplistes…

    Bien sincèrement,
    A2B

    1. La réponse est bien évidemment: oui. Mais la question n’est pas là. L’affaire Kerviel ne peut se résumer à cela.

      Jetez un coup d’œil à mon autre post situé plus bas pour voir ce que je veux dire par là…

  13. on va bientôt revoir ce malheureux trader sur les plateaux de télé, en invité d’honneur cette fois, et son book sera bien placé sur les étals de la rotation rapide des rayons culturels. Et puis viendra le film, le telefilm.
    un jour peut-être, la légion d’honneur pour ce vertueux trader qui fit prendre conscience à la communauté des hommes de la nécessaire régulation à mettre en oeuvre au niveau de l’industrie financière… d’ailleurs, la régulation alimente de nombreux débats, elle est reine en théorie, mais en pratique : peau de chagrin !
    de nombreux traders font leur mea culpa depuis 2008, ils seraient eux-mêmes des victimes d’un système ; nous sommes donc des victimes de ces victimes. Décidément, la souffrance n’a pas fini d’être notre lot quotidien.
    Et si la souffrance était ce passage qui mène à la vertu ?

    1. A l’époque (avril 2008), cet article m’avait échappé. Quoi qu’il en soit je n’aurai pas participé au débat étant salarié de la SGCIB (prononcez la SGIB par les intimes). ça y est c’est dit.

      Dorénavant, il est clair que je me sens plus libre de mes propos…

      Alors l’affaire Kerviel (personne que je n’ai jamais rencontrée), affaire de mal chance ou affaire d’escroc? Revenons aux faits.

      C’est effectivement courant le week-end de la troisième semaine de 2008 que la direction du groupe est intervenue et s’est réunie pour décider ce qu’il convenait de faire. Le reste à partir du lundi suivant a été largement commenté. La SGCIB dénoue rapidement ses positions conformément aux règles prudentielles. Ces dernières (près de 50 milliards d’euros) sont tellement conséquentes que cela entraine une chute des cours et donc de lourdes pertes (4.9 Milliards d’euros).

      En conclusion, un trader gérait à lui seul près de 50 milliards de positions! On ne parle pas ici de Francs CFA ou de Kopecks. Non il s’agit d’euros! Comment peut-on croire qu’un trader puisse prendre gérer de tels montants sans que la direction ne le sache. Impensable.

      La SGCIB à l’époque gérait si je ne me trompe près de 250 milliards d’euros et la direction groupe (et par voie de conséquence SGCIB) prétendait à l’époque (et a priori c’est toujours sa position) que M. Kerviel était un de ces hackers petits génie de l’informatique et qu’il avait piraté le système informatique de la SGCIB ce qui lui avait permis de passer au travers des contrôles middle et back office. Ils ajoutaient même que son passé en middle office l’avait aidé dans cette tâche.

      Cette version ne tient pas la route une seconde. Tout le monde le savait à la SGCIB, que ce soit en front, middle, ou back, de GEDS à ITEC, du cours Valmy à Avenue of Americas. Néanmoins, motus et bouche cousue. Il est clair que tout le monde à jouer la carte de la solidarité. Tout le monde était effrayé pour ne pas dire terrorisé par les conséquences possibles sur la SG. Certains voyaient déjà se profiler un scénario à la Crédit Lyonnais avec toutes les conséquences sur le personnel que cela engendre…

      Attention. Il ne s’agit nullement pour moi de nier la réalité des faits et d’exonérer M. Kerviel de toute responsabilité. Il a sciemment commis de nombreuses irrégularités et violation du règlement intérieur de la SG. Il devra donc être sanctionné. Rien de plus normal.

      Mais il ne s’agit pas non plus d’en faire le bouc émissaire de service. Je maintiens que les contrôles back office ont détecté les agissements de M. Kerviel à de nombreuses reprises courant 2007 et que la direction de la SGCIB a fermé les yeux. Comme les positions de M. Kerviel se sont avérées être très positives pour la SGCIB, il semble on ne peut plus logique de dire que c’est pour cette raison même que la direction de la SGCIB a décidé de fermer les yeux.

      Rappelons également que les partenaires de la SGCIB et les régulateurs ont tout autant fait leur travail, à savoir avertir la direction de la SGCIB. C’est par exemple le cas de la FIMAT, de l’AMF ou encore de la Banque de France. On ne peut que s’étonner du manque de virulence de ces deux derniers envers la direction de la SGCIB alors même qu’ils avaient les mains propres. Encore que s’en laver les mains parce qu’on a fait son devoir de demande d’explications est un peu cours en la matière. Un régulateur n’est pas obligé de prendre pour argent comptant (sic) tout ce que lui dit une banque qu’il est chargé de contrôler.

      La promiscuité entre les acteurs de ce monde et les rôles contradictoires des régulateurs à la fois chargé de contrôler, protéger et promouvoir ne pourraient-ils pas expliquer ce grand silence et ce grand embarra?

      Couvrez ce sein, que je ne saurais voir.
      Par de pareils objets les âmes sont blessées,
      Et cela fait venir de coupables pensées.

  14. … silence et absence totale d’éthique, d’esprit vertueux. Une soumission au credo de la rentabilité, l’unique valeur : le nouveau féodalisme.
    (bon courage dans vos recherches de job)

  15. Goldman Sachs et Jérôme Kerviel, grand procès et petit procès, grand pays et petit pays, avocat, défense…
    Monsieur Kerviel devrait prendre Paul comme défenseur. Le système des traders est un aspirateur finissant par s’aspirer lui-même. Un trou noir, le big crunch. La physique quantique viendra à notre secours, dans l’attente, chantons des cantiques !
    (après tout, je ne souhaite pas de malheur à ce trader, il n’est pas pire que quelqu’un qui gagne au loto ou l’euro-machin).

  16. Jerome K,

    ce que tu as fait est extra, pas bcp de gens peuvent piger mais c est pas grave. tu anticipes bien, tu connais bien les marchés, tu as du talent. tous les métiers ont des risques. tes positions auraient tenu, et tu clôturais positives  » jours apres, je le sais.
    J’aimerais bosser avec toi, tu as bcp à m’apprendre. je te respecte. fais moi signe!

    Pour les autres, c’est comme au foot, y a ceux qui jouent et ceux qui commentent 🙂

    Jacky

    1. Perverserance du 27 mai 2010 à 19:23, je souhaite vivement qu’une autre forme d’organisation sociale limite l’avènement de ce type de discours et de pratiques de jeux qui vous fascinent.
      Ce n’est ni (cf jonas 4 avril) par un « arsenal de règles (éthiques, déontologiques, légales) » ni par des cohortes de psychologues (auxiliaires de quoi au fait ?) que sera traité ce qui fabrique ces modes de «penser». Et quand j’écris « penser », j’exagère.

    2. il faut un cadre pour s’épanouir, mais lorsque les limites du terrain ou du système quittent le chemin de l’éthique et de la loi morale, alors le vice et la perversion prennent le dessus. C’est très dangereux de glorifier le « mal ».

  17. je connais bien le milieu des marchés financiers pour y avoir travaillé de nombreuses années. L’idée que Kerviel aurait été félicité s’il avait gagné son pari, est à mon avis fausse. Ce type est malhonnête, fêlé, mégalomane, un point c’est tout. En faire un héros ou une victime montre à quel point la France est tombée bas.
    La Société Générale a certes commis plusieurs erreurs :
    1) Erreur sur la solidité mentale de l’homme. Jouer sur 50 milliards d’euros prouve que Kerviel vit dans un monde centré sur lui et pas dans le monde réel. Faire une chose pareille est tout simplement insensé. On ne joue pas sur 50 milliards. Personne n’a pu autoriser cela à la SG. Vouloir le faire croire est soit un mensonge délibéré, soit une preuve de plus que le monde de Kerviel est en dehors de la réalité.

    2) Erreur dans le management direct qui a été trop laxiste. On l’a laissé trop tranquille. Une équipe de trading, cela se gère en équipe : chacun doit savoir ce que fait l’autre, chacun doit avoir confiance en l’autre. Pas de petits trafics tout seul dans son coin. Du reste, les managers de Kerviel ont été tous virés en ligne directe jusque haut dans la hiérarchie.

Les commentaires sont fermés.