Le match Sarkozy – Trichet… et nous, et nous, et nous…

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le taux directeur de la BCE aurait-il dû rester 4 % ou bien une hausse à 4,25 % était-elle inévitable ?

Sarkozy dit : j’ai un mandat, « je suis légitime, en tant que Président de la République française », et je me demande « s’il est raisonnable de porter les taux européens à 4,25, alors que les Américains ont des taux à 2 % ». Bonne question : l’écart devient significatif et avec un tel handicap, les économies européennes auront du mal à concurrencer l’économie américaine.

Trichet répond : « J’ai dit que nous avions un mandat qui nous a été donné par les démocraties européennes, que ce mandat est la stabilité des prix ». Oui, sans doute, la stabilité des prix, mais par quel mécanisme ? La réponse a été offerte hier à Claire Gatinois du Monde par Gilles Moëc, économiste chez Bank of America, et comme je ne pourrais pas le dire mieux qu’il ne l’a fait lui–même, je me contenterai donc de le citer :

La BCE a donné un signal, elle a montré aux syndicats que d’éventuelles revendications salariales ne serviraient à rien. Que dans ce cas elle relèverait encore les taux annulant les effets de hausse des salaires. Pour la BCE, les salariés doivent maintenant accepter une baisse de leurs revenus pour éviter que des gains salariaux aujourd’hui ne pénalisent l’emploi demain. C’est une course entre modération salariale et marché de l’emploi.

Le mécanisme qui fait que la hausse du taux directeur de la BCE assurera la stabilité des prix, c’est donc en ôtant la voix aux salariés.

Sarkozy a un mandat qui lui fait dire « taux plus faible » et Trichet a un mandat qui lui fait dire « taux plus élevé », alors que faire ?

Ce qu’il faudrait faire, c’est mettre les points sur les « i » et remettre en question pour de bon le fait que le niveau des salaires, tout comme le niveau des taux à court terme lui–même d’ailleurs, soit déterminé par des manipulations opérées par les banques centrales. Et je fais ici aussitôt une pause pour préciser que je ne dis pas cela parce que ce sont essentiellement des banquiers qu’on trouve dans les banques centrales, non, cela n’a aucune importance : ce que je dis vaut tout aussi bien pour tout comité d’experts qui déciderait de la question ; ce que je dis, c’est que les taux à court terme ne devraient pas être manipulés par qui que ce soit, et en particulier, pas pour résoudre de manière hypocrite des questions politiques, comme le rapport de forces existant entre patrons et salariés.

Je m’explique. Les taux d’intérêt déterminent la part que réclament les investisseurs aux patrons à qui ils avancent des fonds. Quand les affaires marchent, les patrons peuvent payer davantage ; quand elles ne marchent pas, ils sont obligés de faire comprendre aux investisseurs qu’à moins de tuer la poule aux œufs d’or, ils ne pourront s’acquitter que d »un taux plus faible. Les taux reflètent donc l’état général de l’économie – la croissance ou la décroissance, selon les circonstances. Les cas ne sont pas si nombreux où les mécanismes dits « de marché » sont effectivement auto-régulés et quand on en trouve un, il vaudrait mieux le laisser tranquille.

Le surplus, l’argent qui reste aux patrons une fois rémunérés les investisseurs qui leur ont avancé les fonds, il leur faut le partager entre les salariés et eux. Joue ici aussi un rapport de forces et il s’agit donc d’une question « politique » au sens propre du terme. J’ai laissé entendre plus haut que les patrons et les investisseurs sont des grandes personnes et j’ajoute maintenant que les salariés le sont aussi. Ce dernier point mérite d’être précisé, parce que ce n’est pas de cette manière qu’ils sont traités : les états – représentations des peuples – ont délégué « par mandat », aux banques centrales, comités d’experts spécialistes de la monnaie et du crédit, le devoir d’assurer la stabilité des prix en intimidant les salariés par la menace du chômage. C’est une mauvaise méthode : elle n’a aucun avenir et, dans l’état actuel de la finance, elle a d’ailleurs tout bonnement cessé de fonctionner.

Du fait que les taux d’intérêt sont déterminés par le rapport de forces entre patrons et investisseurs, ils vont se placer d’eux–mêmes à un niveau qui reflète la bonne ou la mauvaise santé de l’économie. Voilà une première et excellente raison pour cesser d’interférer avec eux. Une seconde raison, c’est que la manipulation des taux d’intérêt se substitue au débat qui devrait avoir lieu entre patrons et salariés sur la redistribution du surplus créé par les entreprises. Qu’on retire donc aux banques centrales le droit de manipuler les taux d’intérêts et il en découlera deux conséquences, toutes deux merveilleuses : une question qui relève de l’économie, comme le niveau des taux d’intérêt, sera à nouveau réglée par l’économie, et une question qui relève du politique comme le niveau des salaires, sera à nouveau réglée par le politique.

Les taux directeurs des banques centrales ont fait leur temps.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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18 réflexions sur « Le match Sarkozy – Trichet… et nous, et nous, et nous… »

  1. Ne pensez vous pas qu’il s’agit plus de gesticulation verbale que d’action sur l’économie réelle ? Qui peut croire que la simple manipulation des taux va changer quoi que ce soit à l’inflation actuelle. D’un coté on a la BCE qui nous dit « moi je suis la chef alors j’augmente mon taux d’un quart de point » et de l’autre on apprend que la masse monétaire à augmenté de plus de 10% dans la zone euro, augmentation essentiellement du fait d’acteurs privés. Ce qui bien évidement est plutôt facteur d’inflation.
    Voir ici.

    Trichet fait semblant de diriger un système où il n’y a en fait plus de responsable. Un système où l’autorité est éclatée et où les actions sont non coordonnées suivant les principes simplistes du libéralisme qui veut que la sommes des intérêts individuels soit l’intérêt collectif. Le roi est nu mais il fait encore semblant d’exercer son pouvoir.

  2. Cher Paul, vous dites :

    Qu’on retire donc aux banques centrales le droit de manipuler les taux d’intérêts et il en découlera deux conséquences, toutes deux merveilleuses : une question qui relève de l’économie, comme le niveau des taux d’intérêt, sera à nouveau réglée par l’économie, et une question qui relève du politique comme le niveau des salaires, sera à nouveau réglée par le politique.

    La séparation entre ce qui relève de l’ économie et ce qui relève du politique, n’est-elle pas trop tranchée, dans votre modèle ?

    Nous savons qu’existent des fonds souverains dont les investissements ont d’autres finalités que la rentabilité (prise de contrôle).

    Le poids de ces fonds dans l’ensemble « investisseurs » est loin d’être négligeable dans l’économie mondialisée. Aussi on peut douter de la pertinence du modèle qui considère que l’investisseur cherche obligatoirement à maximiser le taux d’ intérêt, quand celui-ci cherche avant tout a prendre le contrôle, y compris en rachetant a perte des canards rendus boiteux par l’environnement créé par les banques centrales… de là à penser que ces mêmes banques centrales le font exprès et dans le même but, il n’y a qu’ un pas que seule la BCE ne franchira pas, en raison de l’absence de colonne vertébrale politique de cet organisme.

    Le triangle investisseur-patron-salarié est très utile pour comprendre le passé, il semble manquer un nouvel acteur sous influence de l’état : la banque centrale.

  3. les fonds souverains ne recherchent pas forcément le contrôle au niveau de leurs investissements, juste du rendement, et peuvent rapidement changer de crèmerie, comme les fonds de pension.

  4. @Karluss :

    je vous trouve bien innocent sur les désirs des fond dits souverains. Je pense qu’un certain nombre de dirigeants dans le monde savent faire la différence entre la proie : les technologies et les productions physiques, et l’ombre, leur valorisation en monnaie.

    Sinon pourquoi certain pays rechignent-ils à laisser le contrôle de certaines entreprises à ces « financiers qui ne cherchent que la rentabilité » ?

    Si vous me permettez un parallèle osé, rappelez-vous le personnage de Richard Geere dans « Pretty Woman ». Tous croient qu’il ne songe qu’à maximiser son rendement financier dans ses opérations, il finit par prendre le métier de sa « proie ».

    Les règles donnent la direction des entreprises à qui contrôle son capital. Certains laissent faire la direction en place, ce n’est pas pour cela que ce fait est assuré ad vitam aeternam.

    Qu’est ce qui est le plus sûr ? Parier sur la non-prise de contrôle malgré le droit qu’ils peuvent avoir, ou ne pas laisser la possibilité de prendre le contrôle ? Mais que deviennent alors les règles du jeu ? On les détruits ?….

  5. Bonjour,

    Adepte de vos billets monsieur Jorion, je suis particulièrement déçu par celui-là. En effet, j’ai du mal à identifier comment doit être régulée la finance mondiale mais je crois qu’elle doit être nettement plus régulée qu’elle ne l’est aujourd’hui pour préserver la planète et de manière général favoriser une économie qui fonctionne à long terme (le désormais fameux développement durable). Il suffit de voir l’incroyable désastre actuel de General Motors pour voir que notre système économique ne fonctionne plus qu’à court terme et n’a donc plus de capacité d’adaptation.

    De plus, le système actuel est de plus en plus simple : les financiers et les grands patrons s’entendent pour augmenter la rentabilité des grandes entreprises au détriment du reste du système (employés, sous-traitants et tout au bout la nature). Donc ne nous dites pas qu’ils faut laisser ces gens-là s’entendre sur la monnaie, ce serait une véritable horreur. D’ailleurs, la crise actuelle est due au fait qu’on a laissé les taux trop bas pendant trop longtemps sous la pression des financiers et des grands patrons.

    Je pense donc que comme tout le reste, la monnaie doit être gérée par des politiques : la politique de la BCE me semble en tous cas bien meilleure que celle de la FED car on sait que les pays occidentaux n’ont pas de marge pour augmenter les salaires et qu’il faut donc absolument maitriser l’inflation sinon, on sait que cela finira mal, très mal.

  6. @egdltp : il y a les minorités de blocage, et puis les règles peuvent évoluer : jurisprudence, jurisprudence !! C’est plus efficace qu’une constitution… Ce que je voulais dire à propos des fonds souverains, c’est qu’ils ne sont pas nécessairement des prédateurs, et leur volonté de placer efficacement leurs capitaux ressemble aussi aux stratégies des fonds de pension. Et puis ce n’est pas non plus leur intérêt de voir l’occident s’effondrer. Il y a un désir de maintenir le système en place. Enfin, je crois…

  7. Bonjour,

    J ai lu avec beaucoup d’attention le billet de Mr Jorion et vos commentaires et souhaiterais réagir par rapport à deux commentaires principalement, ceux de egdltp et de Valton.

    Le premier (selon ma lecture) voit dans les fonds souverains une menace (en réalité ce ne sont que les prochains moutons (donc gentils) noirs de la finance. Le but des fonds souverains est de transférer de la richesse vers le futur cher monsieur comme tout bon père (mère) de famille. Comprenez si vous aviez accaparé une manne (pétrolière ou consécutive à vos exportations) comme c’est le cas pour eux, le placeriez-vous en bons du trésor américains (dont le rendement est faible et dont la valeur faciale baisse (chute du dollar oblige) ? Bien sûr que non (en tout cas je vous le souhaite), alors les pays du Golfe ou la Chine non plus. Les fonds souverains n’ont pas (car ce serait un contre-sens du fait de l’horizon de vie infini de l’Etat par essence) de vision court termiste ; et entre nous ils ont tenu le rôle de financeur de dernier ressort dans la crise des subprimes en apportant de la liquidité aux banques (oh combien nombreuses) qui se sont laissées aller à des relations incestueuses avec des SIV par le doux processus de sponsor.

    Les fonds souverains n’auraient pas été là qu’on aurait vendu des actifs détenus pour se recapitaliser ou participer à la recapitalisation et là le bas aurait pu blesser sévèrement. Et quant à savoir « pourquoi certain pays rechignent-ils à laisser le contrôle de certaines entreprises à ces “financiers qui ne cherchent que la rentabilité ? », la réponse est élémentaire mon cher, la peur d’un déclassement de l’occident par rapport aux émergents, couplé à un protectionnisme intrinsèque qui n’a rien d’un optimal économique mais qui n’en demeure pas moins rationnel (rappelez vous Danone et Pepsi, on peut se demander en quoi le yaourt est stratégique…)

    Quant à vous Mr. Valton qui pensez que la politique de la BCE est bien meilleure que celle de la FED, permettez moi de vous dire que la politique de la BCE n’est pas mieux que celle de la FED pas plus que le catholicisme n’est meilleure que le protestantisme (ça marche aussi avec le judaïsme, l’islam, le mormonisme, etcisme), c’est juste qu’elle convient à une catégorie. En « acceptant  » que la lutte contre l’inflation est prioritaire sur le risque de croissance molle (sous hypothèse que la hausse des taux combat l’inflation) la BCE fait bien, et symétriquement pour la FED. Ils n’ont pas les mêmes préoccupations ni le même problème de l’un et de l’autre côté de l’Atlantique, aussi n’utilisent–ils pas les mêmes remèdes. Toutefois en démocrate que nous sommes (même si nous avons tous eu à un moment ou a un autre eu (ou envie d’avoir) un T-shirt du Che), on est obligé de constaté que si la BCE est indépendante on ne sait pas de qui, ce qui démocratiquement est pour le moins douteux…

  8. Merci de vos réponses. Ce que je cherche à dire c’est que les fonds souverains ne sont, comme le dit Ruben, que des investisseurs, rien de plus mais rien de moins. Se contenter de croire qu’ils accepteront de rester les payeurs en dernier ressort est à mon avis mal connaître les jeux de pouvoir humains. Surtout dans le cadre actuel où la « civilisation », si vous me permettez ce mot, qui semblait « diriger » le monde vacille sur ses bases.

    Le problème de ce groupe de personnes est que leurs résultats sont « mauvais » pour leurs propres règles. Ils doivent donc faire face au dilemme :
    – accepter les règles et donc leur « déclassement » suivant celles-ci
    – remettre en cause les règles et donc devoir en négocier d’autres avec les autres joueurs.

    Dans le second cadre, il ne leur reste plus grand chose comme atout pour imposer des règles qui leur seraient profitables et acceptables par tous. La diffusion de l’information est telle que le moindre « le roi est nu ! » s’entend rapidement sur toute la Terre.

  9. @ egdltp : je vous cite « Ce que je cherche à dire c’est que les fonds souverains ne sont que des investisseurs, rien de plus mais rien de moins » / heureux de constater que vous partagez mon innocence, bravo !

  10. J’ai beaucoup apprécié le terme de « roi nu » utilisé par Yann, car effectivement à mon avis, Trichet et les autres gouverneurs de banque centrale n’ont aucun pouvoir sur l’inflation des prix, ni par le biais des taux directeurs, ni par tout autre moyen. Alan Greenspan disait il y a quelques mois (au début de la crise immobilière américaine) que les forces inflationnistes n’étaient plus maîtrisables !

    La politique monétaire des banques centrales s’appuie essentiellement sur la théorie quantitative de la monnaie : la hausse des prix serait la conséquence d’une trop grande quantité de monnaie en circulation. Le maniement des taux d’intérêt (comme celui des réserves obligatoires) aurait donc pour effet de réduire la demande de monnaie s’il est fort et la doper s’il est faible, régulant ainsi la quantité de monnaie en circulation et partant le niveau des prix.

    Voici les vraies questions qui se posent à nous :

    a) la théorie quantitative de la monnaie trouve-t-elle à s’appliquer véritablement en toutes circonstances ?

    a bis) la quantité de monnaie, dite en circulation, est-elle trop grande comme le prétend le pouvoir monétaire, chaque fois que l’inflation des prix montre le bout de son nez ?

    b) enfin, le taux d’intérêt est-il le moyen de limiter l’émission monétaire ?

    a) la quantité de monnaie peut avoir une influence à la hausse sur les prix, me semble-t-il, à la seule condition que l’offre et la demande soient déséquilibrées, c’est-à-dire lorsque les moyens financiers des consommateurs sont largement supérieurs aux moyens de production des industriels qui se trouvent alors incapable de répondre à la demande (en situation de pénurie généralisée par exemple) ; cela n’est pas le cas aujourd’hui globalement dans les pays dits développés,

    a bis) passons sur l’outil de mesure M3 qui n’a aucune signification précise, mais qui sert opportunément à masquer l’incapacité des autorités monétaires à exercer leurs missions dans la lutte contre l’inflation (qui n’est qu’un spectre) ; à la suite de travaux approfondis sur les circuits monétaires, j’ai pu vérifier que la monnaie ne circule pas du tout comme l’on croit, que l’épargne en banque est une épargne morte sans utilité pour l’économie, que cette épargne ralentit l’activité de production et qu’elle est donc un frein à la croissance ; sauf erreur de ma part, la quantité de monnaie en circulation serait donc insuffisante, contrairement à ce qu’en pensent les banquiers centraux !

    b) le maniement des taux directeurs a des effets reconnus, mais il serait peut-être bon de ne pas en faire une règle absolue, comme c’est trop souvent le cas, d’autant qu’ils peuvent avoir des effets collatéraux désastreux ; il ne faire guère de doute que :

    o s’ils sont bas, ils dopent le marché immobilier : c’est ce que l’on a pu vérifier avec l’affaire des « subprimes », de douloureuse et récente mémoire,
    o avec l’effet inverse quand ils remontent ; le nouveau gouverneur de la Fed a dû se mordre les doigts de les avoir remontés, provoquant ainsi la panique sur les marchés, avant de les rabaisser ; mais le mal était fait !

    sauf projets très importants, le taux directeur n’a pas les effets qu’on lui prête sur les investissements privés, car ici le coût du crédit est incorporé dans le produit vendu et passe après le risque commercial de vente du produit vendu ou du service rendu ; ce sont les perspectives de vente qui commandent les investissements privés, même s’il est vrai qu’un projet sera plutôt favorisé par un taux de financement plus bas.

    Les autorités monétaires se battent contre des moulins à vent ! contre une inflation qui a pour origine les conflits d’intérêt entre agents économiques pour le partage du gâteau, c’est-à-dire pour le partage du revenu national qui est aussi le produit national, car il n’y pas de produit sans revenu. Ce sont les plus faibles, qui sont immolés sur l’autel de l’inflation, victimes de cette lutte perpétuelle dans laquelle ce sont ceux qui fixent les prix, qui fixent leurs revenus ; ceux-ci leur seront acquis tant que leur hausse moyenne restera supérieure à la hausse générale des prix.

  11. Bonjour

    De retour après quelques jours de pause, je retrouve ces billets de Paul, billets qui me manquaient un peu.

    Je suis tout à fait d’accord avec l’analyse ci-dessus de Jean Bayard, mais je voudrais néanmoins amener une pierre et une question.

    En 1995, M1 était de 1823 Gf et le PIB correspondant de 7675 Gf. La vitesse de circulation de la monnaie était donc de 4,2.

    En 2006, le M1 français était environ équivalent au PIB, de même que pour l’eurozone (je n’ai pas les chiffres sous les yeux mais je ne crois pas me tromper : vitesse de circulation # 1

    C’est donc (me semble-t-il ?) plus un problème de vitesse de circulation monétaire que de quantité de monnaie… si la Banque Centrale émet plus ou moins de monnaie mais que cette monnaie est « thésorisée » (ne circule pas) c’est comme si elle elle ne faisait rien.. je suis donc tout à fait d’accord avec « a bis » de J.B. .

    Il me semble que seule la crainte d’inflation (ou l’inflation) peut faire circuler la monnaie plus rapidement, ou alors il faudrait instituer un système Gesellien…

  12. @Holbecq

    Il me semble que ce que vous décrivez est similaire au problème japonais. Les autorités japonaises ont tout fait dans les années 90 pour sortir du marasme mais malgrés les politiques de grand travaux et les injections monétaires rien n’a marché la déflation s’est perpétuée ainsi que la stagnation de la croissance. Mais il faut rapprocher les deux cas peut-être sous l’angle démographique. L’Europe se dépeuple comme le Japon et comme l’avait écrit Keynes dans un texte parlant de Malthus, il y a deux diables à éviter. Le premier est celui d’une expansion démographique trop rapide qui réduit l’investissement par tête et donc nuit au développement. Le deuxième diable est celui du déclin démographique qui tend à inspirer le pessimisme chez les investisseurs et qui réduit tendanciellement le potentielle de croissance. Keynes avait d’ailleurs dit qu’un déclin démographique trés prononcé serait une catastrophe insurmontable. Nous y sommes peut-être.

    Donc nous sommes peut-être face à des difficultés que les simples politiques monétaires ne peuvent résoudre. De plus plus l’expansion démographique se réduit, plus la hausse de la consommation ne peut se produire que par la hausse des salaires. L’Europe cumule deux tares : un déclin démographique et une stagnation des salaires, alors que pour compenser la baisse démographique il faudrait accroitre les salaires. Les élites font tout pour les réduire, il n’est guère étonnant que notre continent soi si dépendant de la demande extérieure. De plus en période de baisse salariale les gens se méfient de l’avenir : leur psychologie les pousse donc à épargner par peur du lendemain (chômage, précarité, etc.. ) ce qui aggrave encore le problème de demande.

  13. @Yann

    C’est une réflexion intéressante qui m’amène à deux réflexions complémentaires, mais je suis d’accord avec vous que les politiques monétaires ne peuvent, à elles seules, résoudre les problèmes qui nous attendent. Mais je pense que la décroissance démographique est notre seule « chance » : la Terre n’aurait jamais du dépasser les 4 milliards d’habitants des années 1975…

    1 – Malthus (dont je n’approuve pas toute la philosophie pour autant) avait bien vu les limites concernant la production, même si elles ont beaucoup évolué depuis. Le seul point que « personne » n’avait prévu (jusqu’à Dumont et le Club de Rome), c’est la décroissance de la quantité d’énergie disponible par personne (pic de production alors que la population augmente et que les besoins individuels augmentent du fait des facilités de « comparaison »). Je suis aussi pessimiste que Malthus.

    2 – Je ne vois pas de limite « physique » à la création de monnaie (alors que vous semblez vous en inquièter), car la monnaie n’est qu’une ligne d’écriture, mais il y a des limites physiques à la création de biens (énergie, pollution, réchauffement, déchets, etc…). Quoique nous fassions, et ce n’est pas un problème de salaires me semble t-il, il n’y aura simplement pas assez pour tous. Je me répète, mais je « vois » la société future telle que cent millions de riches occupent 1 milliard d’individus pour produire (et satisfaire les besoins et envies de tous, chacun à son niveau), et que 5 ou 6 ou 7 milliards se contenteront des miettes, avec des espérances de vie à 30% de la catégorie privilégiée… bref, la société actuelle poussée dans ses limites…

    Sauf révolution, ça risque d’être bientôt « chacun pour soi »…

  14. @ A-J Holbecq

    Je ne crois pas que l’on puisse retenir comme vitesse de circulation le rapport existant entre la masse M1 et le PIB, car à mon avis, M1 sert aussi aux transactions financières et spéculatives. La baisse de ce rapport que vous avez constatée depuis 1995 pourrait s’expliquer par le développement (considérable) des opérations spéculatives.

  15. @ A-J Holbecq (PIB & vitesse de circulation)

    dans votre analyse, il faudrait aussi tenir compte de la balance commerciale et des déficits commerciaux, nous ne sommes pas en autarcie.

  16. @J.B.

    J’aurais pu prendre 2000 avec une vitesse de circulation de 3,7 alors que dès que l’euro est apparu, celle-ci est tombée à # 1 … Pourquoi ? …

    Mais je ne connais pas d’autre méthode de calcul que PIB/M1 pour la V.C.

    @Karluss

    Oui… mais le déficit commercial ne représente (depuis 2 ans) que 2% du PIB : je ne crois pas que ce soit un paramètre très important…

  17. J’ai entendu, et reconfirmé il y a peu d’années, c’était avant le « débranchement » du « compteur » M3 de mars 2006 (peut-être a-t-il été rebranché depuis, je n’en ai pas la confirmation) que environ 50% de la masse monétaire en dollar-us était, en réalité, passée – hors bilan – de la FED. Ça me fait penser au réglage d’un moteur de voiture. S’il y a, par exemple, une prise d’air erratique quelque part sur une pipe d’admission (ou une arrivée « inconnue » d’essence supplémentaire), on aura beau règler quoique ce soit, le moteur ne fonctionnera pas, ou très mal avec des ratés, dégâts ou surconsommation, etc.
    En dehors de cela, le fait que la limite physique (1) à la création de biens et services indiquée par A.J. Holbecq est de toute façon des plus floues, car, politiquement, nous avons perdu 35 ans dans la réduction possible de consommation de pétrole (2) car un vrai progrès vis à vis de l’environnement et de l’écosystème, et avec une ÉCONOMIE ATTENANTE SAINE pour l’essentielle amènerait une « respiration » nouvelle et durable avec (et j’en oublie beaucoup) : les tours solaires, les hydroliennes, la géothermie, un rendement accru des panneaux photovoltaïques, la Z machine, etc, etc, autant de procédés non encore au point mais qui pourraient nous faire entrer dans un meilleur chemin quelque soit la démographie à venir.

    La mondialisation financière nous expose à tous les « ressacs », ce qui est un affaiblissement et non un progrès. Le match Sarkozy-Trichet ne fait qu’augmenter notre faiblesse, notre impuissance et les incertitudes.

    (1) rajoutée à, sûrement, un cycle climatologique de réchauffement, ce qui fait une synergie entre un quasi certain cycle de réchauffement climatique plus les activités industrielles, etc., humaines croissantes)

    (2) sauf, à la rigueur, dans l’industrie automobile où la consommation des moteurs a, globalement, diminué de 50% environ depuis 50 ans, et ceci à cylindrée égale et rendement égal

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