Métro, mardi 28 octobre

C’est très rapide et très court, et il ne s’agit pas d’un article dans « Le Débat »…

Paul Jorion est Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles. Il est diplômé en sociologie et en anthropologie sociale. Il est l’auteur de « La Crise, des subprimes au séisme financier planétaire », éd. Fayard

Les marchés mondiaux ont-ils touché le fond ?

Difficile à dire. Les hedge funds, les fonds spéculatifs, continuent de liquider leurs positions. On a épuisé les zones de clarté. On est aujourd’hui dans les zones d’opacité.

Qu’est-ce qui pourrait stopper l’hémorragie ?

Il faudrait une interruption des marchés pendant au moins une semaine. Il y a eu beaucoup de décisions qui ont été prises au cours des dernières semaines, sans que les décisionnaires n’aient manifestement toutes les informations nécessaires. Henry Paulson a improvisé quand il a fallu prendre une décision sur Lehman Brothers. Il serait donc très bénéfique de prendre des décisions à froid.

Il faudrait tout arrêter ?

Oui, car il y a des informations qui n’ont pas été comprises. On a mis beaucoup d’argent dans les banques, mais elles le réutilisent en faisant les mêmes erreurs, en mettant ces liquidités dans les dividendes ou à racheter leurs concurrentes moins chanceuses. Il faut vraiment remettre les choses à plat.

Le problème de liquidité des banques semblait résolu…

Pas encore. On ne sait rien sur la solvabilité des établissements financiers. Regardez l’assureur AIG. L’Etat fédéral a injecté 85 milliards. AIG en a réclamé 37 de plus. Et la semaine dernière, il a demandé une nouvelle rallonge sous prétexte qu’il avait mal fait ses calculs…

Qui doit imposer une « pause » mondiale ?

On a parlé d’un nouveau Bretton Woods. C’est effectivement au plus haut niveau que doivent être prises ces décisions. Il y a déjà des institutions internationales, comme le FMI ou le BRI. Mais elles n’ont pas fonctionné correctement au cours des 20 dernières années. Leur demander d’agir aujourd’hui prendrait trop de temps.

Qui peut agir, alors ?

Mr Sarkozy semble avoir pris la tête de la croisade contre la crise. Il est de plus en plus entendu aujourd’hui. Il a effectivement une carte à jouer.

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37 réflexions sur « Métro, mardi 28 octobre »

  1. Bonjour Paul,

    Sarkozy n’est pas crédible c’est un animal médiatique qui multiplie les déclarations histoire de faire oublier ce qu’il préconisait il y a un an : le crédit hypothècaire rechargeable, le modèle « Ibéro-anglo-saxon » versus notre vieux modèle ringard …

    Vous semblez croire à son pragmatisme, il n’en est rien, c’est un aventurier de la politique.

  2. @ Michoko
    Eh alors?
    Ce qui compte c’ est ce qu ‘il fait au regard de la situation qu ‘ il connait aujourd’ hui, et cela ne me semble pas si mal.
    Que faut il qu ‘il fasse pour que vous soyez satisfait ?

  3. Sarkozy ?
    Mmmh…les louanges incessants dont il fait l’objet en ce moment de la part de Ernest Antoine S, devenu « patron des patrons » européen, de Nicolas BAVEREZ ou de Yvan RIOUFOL du Figaro me semblent contradictoires avec cette analyse.
    Sarkozy est malin, il sent l’air du temps et comprend instinctivement l’humeur de la population. Il parle de Jaurès mais il applique Hayek…Il est roublard et pense qu’il parviendra à nous endormir.
    A nous de ne pas nous laisser faire !
    Comme il est écrit dans une très belle chanson composée au temps de la Commune,

    « Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
    Ni Dieu, ni césar, ni tribun,
    Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
    Décrétons le salut commun !
    Pour que le voleur rende gorge,
    Pour tirer l’esprit du cachot
    Soufflons nous-mêmes notre forge,
    Battons le fer quand il est chaud ! »

    Et pour rire un peu (trouvé sur le site de Marianne):

    http://www.dailymotion.com/video/x72z8a_on-sera-tous-au-rmi_music

  4. Assez d’accord, avant l’élection 2007 j’avais estimé que Sarkozy est une girouette. Certains diront que ceux qui ne changent pas d’avis sont des idiots, mais à changer toujours d’avis n’est il pas idiot aussi. Sarkozy semble être un transformiste qui peut retourner sa veste à tout moment, une medef et une Guaino à disposition, ce qui est plus performant d’un point de vue tactique que de la retourner tous les 10 ans. Il peut même porter deux vestes opposées en même temps, un caméléon maître à la volée du filet.

    Est ce de la rhétorique ou de la dialectique ? Ou alors de la politique quantique ?

    De toute façon ses discours ne présagent que peu des décisions techniques qui seront prises et que pas beaucoup peuvent décrypter, ni même Sarkozy.

  5. La Bourse, le marché, aiment le calme…
    Tout ce qui s’agite et fait du bruit est néfaste.

    On ne connait rien de l’ampleur des dommages.
    Les financiers n’arrivent pas à calculer leur exposition. Les industriels ont exposé leur trésorerie et pour l’instant aucun n’a avoué.

    Donc on ne saura qui a aidé, non à la résolution, mais au nouveau départ que dans plusieurs années…
    Grosso, là c’est foutu, il faut penser à plus tard ! (Sourire)

    Ceux qui aideront, seront ceux qui contribueront au retour des fondamentaux et de la transparence.
    Le marché sera bien plus centralisé et régulé à l’avenir.
    C’est possible sans en altérer la fluidité. (Pub ! 😉 )

  6. @ tigue,

    Oui, je m’en suis rendu compte !! Je ne comprenais plus rien.
    En plus comme dit AAT, il fait tout noir !!!!!!! Déboussolé comme les marchés, lol

  7. Paul a raison,
    M. Sarkozy est le seul qui a assez de crédit au niveau international en ce moment pour arriver à imposer une solution…n’en déplaise à ses détracteurs…
    à en juger par ces dernières semaines ,il a l’air assez inspiré…
    Je sais bien que pour ses opposants c’est difficile à accepter mais son repositionnement au centre droit (ou gauche?)dicté par ses propres convictions ou par son opportunisme , répond assez bien aux problèmes posés depuis le début de la crise.
    Mais comme disent nos amis Chinois : Qu’importe la couleur du chat du moment qu’il attrape la souris…

  8. @ tigue

    Qu’il commence par faire preuve d’humilité, ça nous changera. Ce type a déjà Grimaldisé notre pays, il va maintenant le Berlusconiser.

    Sur le fond, la régulation et le contrôle sont une illusion destinée au cirque médiatique. Les asymétries d’information entre régulateur et régulés, entre contrôleur et contrôlés sont telles que dans 10 ans on recommence en plus fort.

    Ce qui me satisferait :

    – la reconnaissance de l’existance de la bulle immobilière, de la nécéssité d’un ajustement des prix à la baisse,
    – la fin de la doctrine des champions nationaux, l’unbulding des groupes Bouygues, Vinci, Suez, Carrefour, Leclerc …
    – l’interdiction du crédit inter entreprises et des marges arrières.
    – la renationalisation des groupes énergétiques européen et leur mise sous tutelle à l’échelle de l’Union.
    – l’interdiction de la gestion alternative dans les institutions financières,
    – le blocage informatique des transactions en provenance de paradis fiscaux,
    – l’interdiction des produits type warrants, trackers, certificats, CDS, CDO …
    – l’interdiction des financements de type LBO, MBO …
    – la mise en place de produits de couverture dédiés aux seuls acteurs de l’économie réélle,
    – la mise en place d’un organisme de couverture publique de type banque centrale,
    – l’intégration des externalités négatives dans le prix des biens & services importés via la fiscalité.

  9. Assez hallucinants certains faits. D’abord AIG qui n’arrête pas de chuter en bourse et qui vaut maintenant presque moins que rien alors qu’ils n’arrêtent pas d’avoir des prêts à rallonges, on se demande combien il faudra pour combler le gouffre.
    Et puis les banques américaines qui malgré la crise, malgré les licenciements massifs voient leur couts salariaux rester tout à fait stable voir même augmenter, les primes restant aussi élevées pour le personnels, totalement hallucinant, stupéfiant même. Les mêmes erreurs, encore et encore

  10. @michoko
    Il me semble que ce qui est fait va dans le sens que vous souhaitez, il est plus logique de le reconnaitre, même si vous auriez préféré que quelqu’ un d’ autre joue ce rôle…

  11. Il se voudrait Empereur Européen mais ne pourra être qu’Imperator…

    Vu de loin, son énergie peut tromper, mais la lumière brûle les ailes de papillons.

    Je n’ai pas l’âme d’un cathare, non, Paul, je ne vous suivrais pas dans cette voie.

  12. @ Paul Jorion.

    Ne pensez vous pas que cette crise soit organisée? Souvenez vous c’était il y a trois mois, c’est à dire un siècle, avec le pétrole à $150 et un dollar pour 60 cents d’euro on ne parlait que d’inflation. Trois mois plus tard le pétrole est à $64 et on achète un dollar pour 80 cents d’euro. Sacré différence! Et la fin du carry trade sur le yen!

    Cette crise, cette récession et bientôt cette dépression ne serait-elle pas destinée à purger l’Amérique de ses dettes, de ces déficits commerciaux en ruinant les petits consommateurs ainsi que le modèle Wal Mart organisé autour des importations chinoises et de l’emploi précaire sous payé? Ne serait-on pas tenté par une opération feu sur la Chine et son régime politique anachronique? Et pour faire passer la pilule auprès du bon peuple, voyez la rock star, le Prince de la politique, Oooobaaaamaaa live on stage, the audience is listening?

    Dans l’affaire qui sera pénalisé? Les exportateurs avec en premier l’Allemagne et donc toute l’Union Européenne. Ensuite Chine, Corée et dans une moindre mesure le Japon qui a pris les devants depuis longtemps en délocalisant ses industries dans les pays qui achètent. Voyez les usines Toyota et Honda aux USA.

    Remodelage du secteur bancaire autour de quelques poids lourds, futur plan de rénovation des infrastrutures américaines souvent délabrées, abandon des guerres exotiques comme après la chute de Nixon, tout cela est très probable et pas forcément défavorable pour les plus riches puisque infine le contribuable moyen va beaucoup payer.

    Un bémol tout de même. Les chinois et les coréens pourraient ne pas être tout à fait d’accord. Ils pourraient se venger en se débarrassant de leurs avoirs en dollars. On dit que Taïwan pourrait lancer cette mode…. Pour le coup aux USA et en Europe ce serait 1929 puissance dix.

    Rentrez à Bruxelles avant que l’on en revienne aux paquebots transatlantiques!

  13. Depuis 30 ans l’Etat devait, dans les plans de ceux qui décident, quasiment disparaitre au profit du Marché libre de toute entrave;
    Chacun a donc oeuvrer pour le réduire à sa plus simple expression avec si besoin quelques croches pieds et chausse trappes histoire de le faire tomber un peu plus rapidemment.
    Dans ces conditions, il parait normal et évident que l’Etat est dans un triste état.
    Et il serait d’aprés les « portes flingues » de l’ultralibéralisme le sauveur du renouveau capitaliste.
    ça ne tient pas la route ce raisonnement…car les compétences de l’Etat ont été écrasé dans pratiquement tous les domaines.
    Dans ces conditions, il parait logique de supposer que les centaines de milliards distribué généreusement aux banques et à la finance à droite et à gauche ne seront finalement payés que par les plus faibles, c’est à dire les salariés et les classes moyennnes.
    Car l’Etat est incapable de récupérer l’argent des puissants (i.e paradis fiscaux), car l’Etat n’a plus de puissance; CQFD

  14. @ Paul

    Vous avez raison Paul, si Nicolas Sarkozy est l’homme de la situation parce qu’entre tous il est celui qui s’est le plus démarqué…eh! bien pour une fois faisons lui confiance. Qui d’autre voyons-nous à part lui ? Personne ne fait plus confiance à personne, cela ne peut plus durer. Est-il le plus mauvais de tous ? Par forcément, la situation, les évènements…feront l’homme ! J’en suis convaincue.
    Je n’ai pourtant pas voté pour lui.

  15. Je n’ai pas non plus voté pour lui, mais son pragmatisme est de circonstance; par les temps qui courent, il est indispensable de ne pas s’accrocher ses propres idéologies, convictions, ou parti pris de départ. seul le pragmatisme compte. Et il faudra même sans doute s’adapter en fonction des futurs développements de cette crise « serpentesque » ( de serpent, excusez l’analogie, elle me semble tout à fait appropriée: un serpent insaisissable, n’avançant jamais droit …. et pouvant être mortel si on ne dispose pas du sérum approprié)
    Car enfin qui sait exactement ou nous allons ? je dois dire que Paul a très certainement bien plus de lucidité que la plupart de tous nos spécialistes, toutes nationalités confondues.
    Allez, vas y Sarko !!! et n’alimentons pas l’égrégore de la peur en dénigrant tout systématiquement.

  16. Quid de cet info Mr Jaurion? EXTRAITS …
    Par Ambrose Evans-Pritchars, The Telegraph, 26 octobre 2008
    La crise financière qui se répand comme une traînée de poudre dans tout l’ex-bloc soviétique menace de déclencher une deuxième crise bancaire en Europe de l’Ouest, encore plus dangereuse, entraînant l’ensemble du continent dans un véritable marasme économique.
    Les données les plus récentes de la Banque des Règlements Internationaux montrent que les banques d’Europe occidentale ont dans leurs livres la quasi-totalité de l’exposition au risque né du dégonflement de la bulle sur les marchés émergents.
    Elles détiennent les trois-quarts du total 4 700 milliards des prêts bancaires octroyés en Europe de l’Est, en Amérique Latine et dans les pays émergents d’Asie lors du dernier boom mondial du crédit. Cette somme dépasse largement les montants de la débâcle des crédits hypothécaires US.
    Stephen Jen, responsable du secteur des devises chez Morgan Stanley, affirme que le crash des marchés émergents est un risque largement sous-estimé. Il menace de devenir « le deuxième épicentre de la crise financière mondiale », qui concernerait cette fois-ci l’Europe et non plus les USA.
    L’exposition des banques autrichiennes sur les marchés émergents est égale à 85% du PIB – avec une forte concentration en Hongrie, en Ukraine et en Serbie – qui tous, avec la Biélorussie, se pressent à la porte du FMI pour obtenir des prêts pour leur sauvetage.
    Le montant de cette exposition au risque représente 50% du PIB en Suisse, 25% en Suède, 24% au Royaume-Uni, et 23% en Espagne. Aux États-Unis elle n’est que de 4%. L’Amérique restera spectatrice durant ce nouvel épisode.
    Les banques espagnoles ont prêté 316 milliards de dollars à l’Amérique latine, ..
    …Cette fête du crédit a été un jeu européen – souvent en utilisant des fonds en dollars, ce qui ajoute encore à l’aspect terrible du « deleveraging, » ce processus de liquidation mondial, qui propulse le dollar vers des sommets. Nulle part ailleurs ce phénomène n’a été plus extrême que dans l’ex-bloc soviétique.
    La région a emprunté 1 600 milliards de dollars, euros et francs suisses.
    …Les experts du FMI avaient rédigé un rapport il y a deux ans, intitulé « Asie 1996 et l’Europe de Est 2006 – la réédition du Déjà vu ? », qui avertissait que cette région était le théâtre des plus dangereux excès financiers dans le monde.
    Ce texte, inexplicablement, n’a jamais été publié, bien que des copies non officielles aient circulé. Peu de choses ont été faites pour tenter de refroidir la croissance du crédit,..
    ..Les marchés ne croient plus que la structure du budget et des dépenses de l’État russe soient viables maintenant que le pétrole menace de plonger à moins de 60 dollars le baril. La dette extérieure de l’oligarchie (530 milliards de dollars) dépasse le niveau des réserves en devises du pays. 47 milliards de dollars doivent être remboursé au cours des deux prochains mois…
    Léger réconfort pour les lecteurs britanniques : les banques du Royaume-Uni n’ont pratiquement pas d’exposition sur l’ex-bloc communiste, à l’exception de la Pologne, qui est l’un des Etats les moins vulnérables.
    La menace pour la Grande-Bretagne réside dans les pays émergents d’Asie, où les banques ont accordé 329 milliards de dollars de prêts, presque autant que les Américains et les Japonais réunis. Que vous le sachiez ou pas, votre fonds de pension coule en même temps que les obligations des entreprises vietnamiennes et les prêts octroyés à des magnats indiens de l’acier. Personne ne vous l’avait dit ?
    ________________________________________
    Publication originale The Telegraph, traduction Contre Info
    iNFO OU INTOX Mr Jaurion ?

  17. avant d’être anti Sarkozy j’ai été un farouche anti Chirac. Ce dernier a pourtant été présent à un moment historique pour dire NON à la guerre de Bush avec Villepin et finalement c’était ça le plus important. Peut-être que NS jouera un rôle et que son hyperagitation sera polarisée dans le bon sens au bon moment ? En tous cas je me méfierai toujours autant du personnage et de son réseau

  18. En lisant ces commentaires sous le sujet du billet de Paul, je ne peux m’empêcher de penser à cet autre billet de Paul (dont je n’ai pas le titre à l’instant) qui ironisait à juste titre, relevant que la France, malgré ses profonds réflexes étatiques, s’était rangée vaille que vallle, en traînant les pieds, aux principes et aux modes ultra-libéraux. Sarkozy venant entériner « à propos » cet état de fait pour le plus grand confort des « atterrissages en douceurs » propres aux « amortisseurs » des marchés nos nouvelles divinités… Et à ce moment « historique » précis c’est la débandade quasi généralisée dans le cintres qui maintenaient ces si beaux décors qui s’avachissent dans la poussière soulevée de la scène…… Mais Sarkozy, docteur ès observateur de la girouette, devrait finir, au « hasard » du tourbillon de la girouette, par trouver, par le jeu des circonstances, le vrai vent?

  19. M.Sarkozy est aujourd’hui (et pour 2 mois encore) président de l’Europe et c’est à ce titre qu’il parle au nom de l’Europe avec les USA et l’Asie. Même s’il apporte sa personnalité aux décisions et surtout à la forme, il ne faut pas oublier que ce n’est pas la personne du président français qui agit seul mais l’ensemble des grands acteurs européens et notamment M. Brown. Il ne faudrait pas croire que M.Sarkozy est l’unique défenseur d’idées permettant de résoudre la crise actuelle et d’en empêcher de nouvelles.
    Si quelqu’un doit agir, ce n’est pas M.Sarkozy personnellement mais éventuellement l’Europe, ses gouvernements, et sa présidence. Donc M. Sarkozy pour l’instant…

    Le problème du président français est sa tendance à faire beaucoup de déclarations et pas beaucoup d’actes, en tous cas pas d’actes sociaux. Mettre d’accord les pays pour faire des plans nationaux coordonnés pour les banques est une chose simple à coté de mettre d’accord tous les pays européens dont les paradis fiscaux pour rendre transparent la finance européenne ; et je ne dis pas mondiale ! Plus généralement, en tant qu’avocat de formation, il est prêt à défendre n’importe quelle position, et cela de manière crédible. Dans la durée malheureusement, l’avocat change souvent de cause au grès du vent. M.Sarkozy a cité Blum et Jaurès pour ensuite appliquer une politique sur la ligne de Tatcher et de Reagan toute mesure gardée…
    Lui faire confiance me parait surprenant de votre part surtout dans une situation où l’on cherche des repères solides, des gens convaincus des analyses et des solutions qu’ils avancent.

    A propos de Lehman par rapports aux autres banques qui auraient pu faire faillite, que pensez vous de l’exposition étrangère ? Peut on soupçonner d’avoir laisser tomber une banque dont les conséquences sont pour une part non négligeables à l’étranger ? (je parle d’une banque allemande qui a prêté à Lehman quelques heures avant sa faillite -j’ai perdu le nom-, et d’une autre PostBank qui a annoncé une exposition de 500 millions d’euros à la faillite de Lehman)

    Plus généralement, les plans nationaux de sauvetage sont de plus en plus opaques et concurrentiels selon moi. La banque Mitsubishi UFJ qui vient de prendre 20% de Morgan Stanley va bénéficier de fond du gouvernement Japonais. La banque BNP Paribas qui rachète des activités de Fortis va bénéficier de fond par le gouvernement français. D’ailleurs, dans cette situation, la non prise de participation au capital des banques françaises (pourtant annoncée !) comparativement au cas des banques anglaises et allemandes, n’est elle pas un jeu concurrentiel des Etats sur leurs banques respectives voire leurs entreprises (automobile).
    Vous dites que à propose des liquidités « …ces liquidités dans les dividendes ou à racheter leurs concurrentes moins chanceuses ». N’est ce pas simplement le signe qu’aucun contrôle n’est fait sur le travail des banques malgré les déclarations mêmes avec les prises de participation ? Ou est ce le signe que les Etats jouent le jeu du renforcement des fonds propres des banques et de la capacité de défense ou d’attaque des banques dans le marché actuel ?

    Bonne continuation à vous et à votre blog, à votre démarche en général

  20. @ Blablalain

    1. Merci pour cette question sur l’article du Telegraph. Vous m’avez pris de vitesse :-). C’est vrai que l’avis de Paul sur l’hypothèse exposée dans cet article serait particulièrement précieux.

    2. Merci, également, d’avoir posté sur un sujet d’économie. Ça change agréablement de la plupart des posts qu’on peut lire ici ce matin. (Précision importante : je suis absolument opposé à Sarkozy et à tout ce qu’il représente. Mais je suis également un farouche ennemi de la confusion et du mélange des genres.)

  21. Il y a quand même un truc très drôle…
    Lorsqu’un Etat injecte X milliards dans une banque c’est nécessairement soit par une ponction sur les recettes fiscales (qu’il couvrira probablement par une augmentation de la dette), soit directement par un appel sur les marchés financiers, en augmentant la dette.
    Mais ces marchés financiers ne peuvent apporter des fonds à cet Etat que parce que les banques ont, en amont, créé la monnaie correspondante.
    Donc (vous me suivez ?) l’injection des X milliards par un Etat dans le système bancaire va permettre aux banques de créer la monnaie qui sera prétée ensuite à cet Etat, ce qui obligera celui-ci à payer des intérêts qui, en partie, reviennent aux banques…

    On marche sur la tête et cela conforte notre position à savoir que les Banques Centrales (je pense particulièrement aux banques Centrales nationales faisant parties de la BCE , ou à la BCE elle même) doivent pouvoir prêter directement aux Etats – au moins pour financer les investissements publics – qui n’auraient ainsi plus à payer des intérêts au secteur privé. … n’hésitez donc pas à signer nombreux la pétition http://fr.public-debt.org … merci pour nous tous!

  22. @ Blablalain (2)

    Je m’aperçois dans sa tribune de Paul Krugman publiée hier lundi par le NYTimes (et reprise aujourd’hui sue ContreInfo) Paul Krugman évoque la même question qu’Evans-Pritchard, sous l’angle de la vulnérabilité des marchés émergents.

    Raison de plus pour prier :-), en espérant que Paul voudra bien, pour notre plus grand bonheur, revenir sur cette question…

  23. La crise actuelle est globale. Elle n’est pas, comme on l’entend trop souvent, le résultat d’une déconnexion entre les sphères de l’économie et de la finance, ce dernier univers soudainement pris d’une telle « folie » qu’il suffirait de mieux le réguler une fois maîtrisé le cataclysme que nous vivons. Elle est en réalité l’expression financière d’une crise économique, celle d’un modèle de croissance reposant sur l’endettement des ménages et de l’état. Ayant aux USA, épicentre de la crise, son image la plus achevée. Seul l’endettement accru des ménages américains y a en effet permis le maintient de la consommation intérieure, compensant la décroissance de la part des revenus du travail dans le PIB constatée depuis les années 75.

    L’éclatement brutal de la formidable bulle financière crée par de nouveaux acteurs du monde de la finance, les hedge funds, créateurs et gestionnaires de nouveaux produits financiers sophistiqués, dans un contexte d’absence voulue de régulation, est la conséquence de la faillite de ce modèle de développement. Mais il ne faut pas en oublier la cause première.

    Il ne suffit donc pas de s’interroger gravement sur la date de sortie de crise, que nul ne peut à ce stade prédire, ni de spéculer sur l’ampleur de ses conséquences sur « l’économie réelle », ni même d’engager le débat sur les mesures de régulation du monde de la finance qu’il va falloir prendre selon certains, ou pas selon d’autres, pour que ce véritable cauchemar de banquier ne se reproduise plus jamais. Un nouveau moteur de la croissance, un nouveau modèle, devraient être substitués à ceux qui ont explosé en vol, mais lequels  ? Ils devraient s’appuyer sur la modification des modalités actuelles de calcul de la croissance (avec comme indicateur le PIB) en y intégrer des critères élargis. Prenant en compte la nécessité d’optimiser les ressources limitées de notre planète, mais aussi les effets sociaux inégalitaires grandissants, particulièrement dévastateurs à terme, du modèle qui s’était imposé avant de chuter et dont on mesure mieux la réalité dans les pays émergents, les véritables laboratoires de la société globale de demain.

    Le chantier est donc infiniment plus vaste qu’il est le plus souvent envisagé. Mais le risque est grand, dans ces conditions, de ne voir in fine adoptées et mises en oeuvres que des réformes « cosmétiques » limitées, résultant de compromis politiques, créant par la même les germes d’une nouvelle crise ultérieure… Au moins, cette perspective peu réjouissante donnera raison à ceux qui croient que le capitalisme progresse par crises successives, même si elles risquent d’être de plus en plus dévastatrices… Mais nous n’en sommes pas là, d’autant que la crise en cours n’est pas terminée, il s’en faut !

    Où en est-elle ces temps-ci, la crise  ? Elle s’est généralisée et approfondie malgré des apparences trompeuses, même si elle est parfois masquée par des artifices ou des pansements de fortune. Le mal se répand sur toute la planète et dans tous les secteurs, au fur et à mesure que les brèches sont colmatées par les plans de sauvetage gouvernementaux successifs. D’abord, elle s’est étendue géographiquement et frappe désormais les pays émergents, aux bords de la banqueroute pour les plus fragiles, en raison du retrait brutal des capitaux étrangers, rapatriés dans l’urgence afin de boucher d’autres trous. Le FMI reprend du service, beaucoup moins regardant qu’auparavant sur les conditions d’accès à ses prêts sous la crainte d’ « effets domino » incontrôlables et désormais planétaires. Puis elle perturbe ce que l’on dénomme désormais l' »économie réelle », sous-entendant bizarrement que la finance ne le serait pas.

    C’est au niveau boursier que la crise produit ses effets les plus spectaculaires, créant une tourmente baissière moins produite par une « panique irrationnelle» du marché – dont les états d’âmes supposés servent d’explication faute de mieux – que par la vente en masse des meilleurs actifs (les seuls liquides) des hedge funds. Ceux-ci doivent rembourser sans attendre leurs clients qui s’en retirent en catastrophe, au profit de valeurs refuges comme les Bons du Trésor et assimilés, et éviter la faillite. Cette dégringolade boursière résulte d’abord de ce phénomène, plus que d’une anticipation de la dépression économique qui s’annonce, mais il est tentant d’expliquer cette débâcle par la seule dépression à venir, en ignorant ainsi les manifestations, certes moins visibles mais toutes aussi déterminantes, de la poursuite des effets de la crise financière proprement dite. A savoir l’éclatement de la bulle financière constituée au fil des ans par les hedge funds et leurs produits financiers sophistiqués type CDS à fort levier, c’est à dire fort rendement , devenus entre temps poisons pour ceux qui les détiennent. Les yeux des commentateurs avisés se sont donc fixés, comme hypnotisés, sur le yo-yo des indicateurs boursiers et la descente aux enfers des bourses, ne retenant que ces seuls indicateurs de la crise pour les interpréter à leur façon et comme en temps normal, alors que ces semaines de crise ne le sont évidemment pas. Oubliant pour comprendre la crise d’en consulter d’autres, plus pertinents et pointus, par exemple les taux de primes sur les CDS des établissements financiers, qui témoignent du risque élevé que ces établissements continuent de représenter sur les marchés malgré les déclarations optimistes de façade de leurs dirigeants.

    Un autre phénomène est également monté en puissance, suscitant de nouvelles inquiétudes et dérèglements économiques, la forte montée montée du Yen, et dans sa foulée du Dollar, au détriment de l’Euro. Ce phénomène donne lieu, lui aussi, à un florilège de commentaires malheureusement peu inspirés lorsqu’il s’agit d’en déterminer les causes, oubliant souvent de mentionner l’effet redoutable du débouclage en masse des positions dites de « trade carry » des hedge funds, là encore à la recherche précipité de financements, les banques leur faisant défaut. Le « trade carry » s’appuie en effet sur un mécanisme très simple qui consiste à emprunter dans sa monnaie sur un marché où les taux sont très faibles (le Japon en l’occurence) pour investir sur d’autres où les taux sont au contraire élevés (le Brésil par exemple), et de gagner sur le différentiel de taux. Un tel débouclage massif, comme il intervient en ce moment, suscite une forte demande de Yen, qui pousse celui-ci à la hausse.

    Il y a donc des mécanismes de crise qui expliquent mieux que « la main aveugle du marché », ou même l’anticipation raisonnée de la dépression annoncée, tous les deux un peu trop sollicités, les importantes oscillations de cours que connaissent les devises, le pétrole et en général les matières premières, en particulier agro-alimentaires. Il suffit simplement de constater puis d’admettre que la bulle financière fait beaucoup de dégâts en se contractant. La principale question est donc de savoir combien de temps cette bulle va t-elle mettre à se dégonfler et jusqu’où, produisant de redoutables effets collatéraux, vu l’ampleur des mouvements de capitaux qui s’opèrent au nom du sauve qui peut et la dimension supposée de cette bulle, car le plus beau de l’affaire est que l’on n’en connaît même pas la dimension.

    D’autres manifestations de la crise sont masquées ou ne sont pas encore apparues et devraient intervenir. On peut ainsi s’étonner que les compagnies d’assurance, investisseurs majeurs sur les marchés financiers et donc à ce titre durement atteints par la dévalorisation de leurs actifs, semblent rester immunisés des effets de la crise (cela n’a toutefois pas été le cas d’AIG et de Fortis qui ont plongé en fanfare). On a aussi appris comment les collectivités locales pouvaient être mises à mal, leurs besoins de financement grandissants étant une des manifestations de l’économie de la dette déjà évoquée, se révélant également victimes d’une « créativité financière » hier encensée…

    On peut remarquer aussi que la modification des normes comptables relatives à la valorisation des actifs financiers, décidée et appliquée dans des délais proprement époustouflants, joue tout son rôle d’apaisement provisoire, évitant que les bilans des établissements financiers ne continuent d’enregistrer des dépréciations en rafale d’actifs titrisés, rendant ces établissements moins vulnérables. Mais ces actifs n’ont pas disparu pour autant et il est assez audacieux de spéculer – encore – sur la proche remontée du marché de l’immobilier US afin qu’ils reprennent des couleurs. La situation actuelle a ceci d’extraordinaire que ces actifs ne sont plus « liquides » (entendez personne ne veut les acheter) et qu’ils n’ont donc plus de valeur de marché. Comment alors les évaluer  ? D’autant que, par le biais de la titrisation, le bon grain à été mélangé à l’ivraie, les « toxic assets » (actions pourries) empaquetés avec des titres de meilleure tenues faisant à l’arrivée des évaluations d’actif une mission impossible… Les banques restent toutes assises sur un tas d’actifs pourris ou très difficilement valorisables, seule la hauteur du tas variant de l’une à l’autre. Elles cherchent à s’en débarrasser discrètement en les donnant par exemple en garantie à une quelconque banque centrale complaisante, à la faveur d’une émission de liquidités, à charge pour cette dernière de les intégrer dans son bilan. On en attend avec curiosité la publication, faisant par avance confiance à la créativité avec laquelle ces bilans auront été établis.

    Manifestation ultime et largement à venir de cette crise, l’accroissement de la dette publique va découler de la mise en oeuvre des plans de sauvetage des gouvernements. Certes, ces emprunts sont aisément financés sous toutes leurs formes, vu la masse des capitaux à la recherche d’un refuge, surtout qu’ils portent la signature d’un état, prêteur en dernier recours car emprunteur de qualité. Mais l’accroissement prévisible de la charge du remboursement de cette dette va peser dans l’avenir d’autant plus lourd dans les budgets gouvernementaux que la crise économique, structurelle et donc plus durable qu’il ne l’est aujourd’hui envisagé – s’il se révèle bien qu’il ne s’agira pas d’une simple récession passagère – va amoindrir en même temps leurs recettes. Leurs marges de manoeuvre budgétaires seront d’autant restreintes, alors que la période réclamera, tant sur le plan économique que social, une implication plus grande de l’état. Décidément, une fois que le plus fort de la crise sera passé, peut-on vraiment croire que tout redeviendra comme avant, une régulation financière plus ou moins pleine de trous péniblement mise en place ?

    S’il est dans cette situation dominée par de très nombreuses interrogations une seule certitude , c’est bien que les dogmes de la pensée économique dite libérale, hier intouchables, sont aujourd’hui mis pratiquement et radicalement en cause par ceux-là mêmes qui les défendaient et sont aux leviers de commande. La prétention de cette pensée à s’ériger en « science », en dépit de son aspect dogmatique et afin de se hisser ainsi faussement au niveau de la physique, de la chimie ou des mathématiques, au nom de ses équations économétriques complexes, s’octroyant un faux Nobel qui n’en est pas vraiment un pour les mêmes raisons, peut faire sourire. Les sciences humaines, plus modestes, ne se sont appropriés ce statut qu’en se regroupant, l’économie va-t-elle devoir rentrer dans le rang ? La vulgate économique, si on redescend de ces cimes, a multiplié les emprunts aux concepts et au vocabulaire de la morale – du niveau école primaire – avec comme objectif de présenter comme un bien au plus grand nombre ce qui ne l’est pas nécessairement si l’on est du côté des initiés. Tout cette construction idéologique arrogante est désormais branlante, incitant à une modestie à laquelle nous n’étions pas habitués nombres d’experts et de commentateurs renommés qui n’ont rien vu venir et sont désormais désorientés ou simplement prudents.

    Seul accroché à défendre pierre par pierre la façade, G.W.Bush défend méritoirement le « capitalisme démocratique », la « libre entreprise », le « libre échange » et la « liberté des marchés ». Qui en effet peut être contre la liberté  ?  Il ne faut pas s’y tromper, malgré son pouvoir limité de fin de mandat, le président prend date pour l’avenir et pour les autres, pour le compte de ceux qui vont se faire plus discrets dans l’immédiat mais rêvent de reprendre dès que possible leur fuite en avant, provisoirement interrompue à leurs yeux, s’efforçant d’ici là de limiter l’adoption de mesures qui les brideraient plus tard.

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