Présidentielles US (2) – L’Alaska

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’erreur de McCain dans son choix d’un Vice-Président – qu’il gagne ou qu’il perde – n’aura pas été qu’il s’agisse d’une Vice-Présidente, c’est–à–dire d’une femme, ni qu’elle incarne l’extrême-droite religieuse – il lui fallait de toute manière faire ce grand-écart pour pouvoir compter sur la base traditionnelle du parti républicain. Son erreur aura été l’Alaska. L’élection d’aujourd’hui nous offre en effet un contraste saisissant entre un candidat à la présidence, noir diplômé de Columbia et de Harvard, et une candidate à la vice-présidence, maire d’une ville d’Alaska qu’un commentateur qualifiait de « ruban de zone de cinq kilomètres ».

On dit aux États–Unis que les excentriques roulent sur la carte jusqu’à ce que la mer les arrête en Californie. On sait aussi, même si on ne le dit pas ouvertement, que les « losers », les ratés, roulent sur la carte vers le haut, jusqu’à ce que la glace les arrête en Alaska.

Les blancs qui n’y arrivent pas, on les appelle en Amérique : « white trash », ordure blanche, ou pire encore : « trailer trash », ordure des roulottes. Dans la littérature politique, on désigne la même population d’un terme inventé autrefois par Marx et Engels : le lumpenproletariat, le « prolétariat en haillons ».

L’Amérique reste l’Amérique et entre la connotation du succès et celle de l’échec – et par-delà la question raciale – le choix demeure instantané.

Deux documents : Anchorage de Michelle Shocked et la fin de Lolita de Stanley Kubrick (1962), d’après le roman de Nabokov.

Dans Anchorage, le nom de la capitale de l’état d’Alaska, la narratrice a écrit à une de ses anciennes copines à son adresse à Dallas, et reçoit en réponse une lettre en provenance d’Anchorage. On comprend immédiatement que les choses ne se sont pas passées comme elles l’auraient dû.

Dans Lolita, Humbert Humbert retrouve Lolita plusieurs années plus tard. Elle n’habite plus une coquette maison de banlieue mais un appartement froid et sordide. Pire : elle et son copain s’apprêtent à partir pour l’Alaska.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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4 réflexions sur « Présidentielles US (2) – L’Alaska »

  1. Je n’avais jamais écouté la chanson de Michelle Shocked en pensant à Anchorage comme le Belize des « Héros sont fatigués ».

    Merci pour cet éclairage original.

    Paz y salud !

    Zgur

  2. Et Jack London? Et l’indice dry baltic ? Et le futur protectionnisme démocrate ?………..Ti clin d’oeil. J’ai déja lu la moitié de « La Crise  » de Paul Jorion. Edifiant, clairvoyant et lumineux. Vous savez ce qu’il vous reste à faire. Interro le 1er Décembre.

  3. On peut aussi faire référence à : The Simpsons Movie, puisque la famille trouve refuge en Alaska… Homer l’icône white trash par excellence !

  4. Je ne connaissais pas cette association Alaska – white trash.
    Personnellement je trouve cela grave.
    Car pour moi ,et je pense pour les Américains jusqu’au année 1950 aussi, l’Alaska était comme un sorte de frontière, après avoir vaincu celle de l’Ouest.
    Cela peut signifié un peu comme le personnage du beauf en France, un certain embourgoisement des valeurs américaines et pas vraiment dans le bon sens. Pluôt dans un sens européen (voir Français).
    Mépris des classes populaires, des travailleurs manuels, des aventuriers.

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