M. Sarkozy et moi

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mes chers amis commentateurs : vous avez, la plupart d’entre vous, quelque chose en commun, et j’ai moi quelque chose en commun avec Mr. Sarkozy. Pas, comme vous le soulignez et comme je le dis moi-même, les opinions qui nous viennent naturellement à lui et à moi, mais le fait que quand il parle c’est en tant que lui-même et moi aussi, de mon côté, c’est en tant que moi-même.

Vous vous exprimez pour la plupart sous un pseudonyme. Je ne vous le reproche pas : c’est la règle par défaut ici. Mais le fait que je m’identifie, moi Paul Jorion, à tout ce que j’écris ici, m’oblige automatiquement à un devoir de cohérence. Je sais que tout le monde ne voit pas les choses de la même manière et certains, et pas des moindres, ont fait carrière d’expliquer pourquoi ils voient les choses autrement aujourd’hui qu’ils ne le faisaient cinq ans auparavant. Comme vous le savez, cela les oblige à de grands travelings de gauche à droite, et dans le pire des cas, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche, et retour.

La chose que je redoute le plus, quand je retombe sur l’une de mes publications les plus anciennes, datant des années soixante-dix ou quatre-vingt, c’est que j’aurais changé d’avis : que j’aimerais dire aujourd’hui les choses autrement que je ne l’ai fait à l’époque. Heureusement je n’ai pas encore eu de mauvaise surprise sur ce plan-là. C’est d’ailleurs l’une des choses que j’admirais le plus chez Lacan : bien sûr, sa pensée a évolué – on lit, on réfléchit, on est convaincu par d’autres – mais quand on relit des textes au hasard dans ses Écrits, il n’est pas nécessaire de se demander si ça datait de la période rose ou de la période bleue : c’est « la pensée Lacan », comme on dit en chinois.

Plusieurs d’entre vous me reprochent d’attacher trop d’importance à ce qui est dit et pas assez à ce qui est fait. Ce qui aura été fait comptera à l’arrivée bien davantage que ce qui aura été dit. C’est bien simple : seul comptera vraiment ce qui aura été fait. Mais je vois peut–être davantage que certains d’entre vous que nous ne sommes pas aujourd’hui dans la répétition du même : nous nous trouvons à l’un de ces tournants que l’on appelle « historiques » : des événements de ceux dont on parle encore mille ans plus tard. Et c’est pourquoi, dans la situation présente, il n’y a pas de recettes toutes prêtes, il n’y a pas de solution-miracle que « tout le monde sait bien ».

En m’identifiant, en m’assimilant pleinement, à ce que je dis, je ne tends de piège à personne : je me contente de voir dans les êtres humains des êtres de raison, adhérant pleinement à ce qu’ils disent. Je n’en définis pas moins un terrain : j’établis cela automatiquement comme une norme et j’exige du coup la même rigueur de quiconque parle en face de moi, même si ce qu’il dit a été écrit par quelqu’un d’autre dont c’est le métier. Cette exigence de ma part, c’est peut-être trop demander à certains, mais cela, je ne peux le préjuger.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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44 réflexions sur « M. Sarkozy et moi »

  1. Je découvre votre blog avec une joie réelle, et je voudrais remercier, de fait, le site contreinfos sur lequel j’ai pu lire d’autres vrais bons commentaires. Je précise que je ne suis pas économiste mais plus curieusement peintre-sculpteur. Présence peut-être quelque peu incongrue ici… Bien que dans notre activité, nous soyons tous et toutes soumis à devoir se pencher sur des équivalences de valeurs pour donner un prix à une production personnelle que personne n’a fixé, ce n’est pas cette singularité qui m’a orienté vers la chose économique mais « La Mondialisation » qui m’a fait prendre conscience de la place de l’économie dans les relations internationales. La formation des élites dans le creuset du « consensus de Washington » a fait tache et s’est répandue sur toutes les zones d’activité de la planète pour aboutir au cour d’un cycle de plus de trente années à la situation actuelle. Depuis longtemps déjà le bon sens condamnait cette marche triomphante à un effondrement inéluctable et si comme on le dit, le bon sens est le jugement le plus partagé, on comprend mal ce qui a pu faire défaut à ce point à autant de monde, sinon à évoquer toute une série de qualificatif peu amènes pour décrire cet aveuglement bête ou consenti. Pour cette analyse merci, vos éclaircissements sont remarquables et magnifiquement formulés (je n’en ai lu qu’une partie, ce qui n’amoindrit pas ma révérence).
    Je suis beaucoup moins convaincu par les postures et les arguments de Nicolas Sarkosy que j’observe comme un joueur s’étant pris au jeu. Par extension, je ne crois pas que ce puisse être l’homme de la situation, contrairement à beaucoup. La crédibilité foncière fait défaut. Le bateleur à déjà dit qu’il avait changé, certes sur un registre différent, mais sans convaincre déjà, donc difficile d’imaginer qu’il puisse changer de monde ou « changer le monde » ou changer la « règle en vigueur ». Je reconnais que l’annonce de la répartition des parts de 33% est ce vers quoi il faut aller, mais, venant de lui, je pense que c’est surtout le 1% restant qui est objet de convoitise comme récompense espérée en paiement de l’annonce. Et je crains que ce ne soit pas un simple coup de griffe de ma part.
    Plus sérieusement ou tout aussi sérieusement, je pense que cette proposition (qui me semble nécessaire), ne pourra pas se mettre en place avant longtemps. Vous pourriez en donner les multiples raisons et logiquement, j’ajouterai, c’est pour ces raisons que cette annonce est faite par Monsieur Nicolas Sarkosy. Un cynisme plaisant.

  2. @ Olivier

    j’ai assisté le 6 février à une petite conférence-débat au Centre Pompidou où l’invité était Guy Hermet, lequel vient de publier : L’hiver de la démocratie. Au début j’avoue avoir été intéressé par le propos de ce monsieur : il y a été question du populisme appelé selon lui à se généraliser selon un mode berlusconien en plus policé avec un populisme pur et dur de façade pour peuple, et des experts qui agissent et font une politique gestionnaire dans la coulisse), de la gouvernance aussi, ce concept pompeux employé par nombre de politiques est qui traduit un réel désengagement des citoyens. Prises une à unes ces considérations traduisent une réalité patente, mais un doute s’est finalement installé dans mon esprit. Tout d’abord, symptomatiquement, lors de la partie débat, lorsque l’interviewer lui demanda ce qu’il préconisait comme réaction possible, souhaitable, devant cet hiver démocratique déjà en cours et qui à terme va signifier la disparition de la démocratie, Hermet s’est montré très circonspect avant de lâcher que finalement, si la démocratie a encore une possibilité de vie c’est dans la démocratie participative et locale qu’elle devrait se situer, tous autres niveaux étant voués inéluctablement à la gouvernance. Et de dire qu’il faut éveiller la conscience citoyenne pour que les citoyens prennent part au débat, local. Personne bien entendu ne pourrait ne pas être d’accord avec le renforcement de tout engagement citoyen fût-il seulement local. Mais j’ai trouvé le diagnostic et la perspective un peu courts, comme si Hermet faisait du politique un domaine à part avec ses lois indépendantes des évolutions, transformations sociales et économiques. OU plus grave encore, comme si il analysait le devenir de la forme démocratique en prolongeant des tendances déjà à l’oeuvre. Une sorte d’évolutionnisme politique, un peu dans la lignée d’un Marcel Gauchet, qui fut cité d’ailleurs.

    Il fut évidemment question de la crise actuelle — financière précisa-t-il — actuelle mais, en passant, comme si celle-ci ne jouait qu’un rôle secondaire. Pourtant Hermet ajouta que tout bon politique et/ou citoyen serait celui qui saurait rester ouvert devant l’incertitude, mais rien n’était dit du rapport entre devenir du politique et crise. Rien ne fut dit du mouvement de la jeunesse grecque, des deux millions de manifestants dans les rues de France pour protester contre la politique sociale de Sarkozy. Et plus curieusement encore la crise n’a pas été analysée comme élement majeur d’incertitude et donc d’incertitude relativement au futur de la démocratie. Nous savons tous ici pourtant qu’une crise de l’ampleur de celle que nous vivons actuellement crée des bouleversements économiques tels qu’elle ne peut qu’engendrer une configuration inédite des rapports entre politique, économie et société. Sans parler des aspects énergétique et écologique le tout faisant au total une crise de civilisation.

    Bref, si l’on peut se hasarder à envisager l’avenir, c’est plutôt celui d’un avenir où la démocratie peut encore nous réserver de belles surprises. Rien n’est écrit évidemment, et, nous pourrions, en toute hypothèse pessimiste, voir disparaître la démocratie. Mais alors sûrement pas en vertu d’un présupposé évolutionniste qui ne laisse pas de place à l’incertitude, aux évènements qui ne manquement pas de catalyser des évolutions nouvelles. Dans la salle un intervenant fit remarquer à l’invité que si la démocratie pouvait paraître en recul dans nos vieilles démocraties occidentales, dans beaucoup de pays du monde, la démocratie n’existe pas du tout, et qu’on y meurt même de faim. La démocratie selon moi, c’est d’abord une dynamique, cela ne se réduit pas à une forme de gouvernement de régime politique, même si les institutions concourent à la vie démocratique. Ce que je veux dire c’est que dans nos démocraties, avec leur grande imperfection, il y a encore une vie démocratique, alors qu’en maints autres endroits du monde, il n’y a tout simplement pas de vie démocratique, ou alors, c’est au péril de sa vie qu’il faut faire vivre une idée démocratique. La démocratie ne se décrète pas, cela se défend tous les jours, partout, et chacun de nous y contribue plus ou moins consciemment. Réduire la démocratie comme le fait Hermet à des moyennes statistiques de participation électorale n’a pas grand sens. La démocratie est comme une cendre chaude qui couve et produit de grandes flammes de temps à autre, pourvu qu’une bourrasque ou un vent violent la ranime. Or aujourd’hui c’est d’un cataclysme climatique, aux sens propre et figuré dont il s’agit.

  3. Bien qu’étant généralement en phase avec toute la rancœur qui s’exprime ici sur notre président (sauf pour ceux qui choisissent le camp de l’absence, c’est-à-dire d’avoir toujours tort), je vais faire une concession à Paul.
    Il est arrivé au cours de l’histoire que des tocards se prennent les pieds dans les méandres de leur duplicité et se trouvent acculés à suivre la voie tracée par ce qu’il y a de meilleur en eux. Ils n’ont pas vraiment le choix, c’est soit préserver un petit peu de la très haute opinion qu’ils ont de leur personne (et surtout capter cet amour des autres qu’ils brûlent à haute dose), soit quitter le champ historique comme des minables, méprisés de leurs semblables.
    Par une sorte d’accident miraculeux, ces personnalités vides (des personnalités d’acteurs en fait, on se nourrit beaucoup d’illusions sur les acteurs) se remplissent de leur rôle et deviennent complètement en phase avec ce que le moment crucial d’une époque attend d’eux.
    Je me souviens, au début des années soixante-dix, de ce que l’on disait dans le « Canard Enchaîné », les journaux de gauche en général, et de la propre bouche de ma prof d’espagnol (pourtant une royaliste déclarée) du futur roi d’Espagne Juan Carlos. « Un pobrecito » (un imbécile uniquement préoccupé par le karaté et les sorties en boîte de nuit).
    C’est pourtant cet homme qui, une fois la couronne sur la tête, se montra à la hauteur des décisions nécessaires pour assurer la très périlleuse transition de son pays de la dictature à la démocratie. Il eut même, par la fermeté de ses décisions, un moment de quasi grandeur lors du putsch manqué des militaires en 1981.
    Il n’est pas impossible non plus que notre Jeanne d’arc nationale, cette héroïne que nous avons rêvée magnifique, ait appartenu à cette catégorie là (j’avais écrit, à la suite d’un envoi de Paul, un très long billet là-dessus le 28 août dernier). Bien sûr, il y a beaucoup de déchets dans la mécanique. Un Général Boulanger par exemple, qui après avoir eu la mort de la république à portée de main, finit par se suicider comme un collégien névrosé et solitaire sur la tombe de sa maîtresse.
    Je regroupe tous ces cas de figure sous le terme de « syndrome du Général Della Rovere » du nom de l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma, tourné en 1959 par Roberto Rossellini, avec Vittorio de Sica.
    L’histoire d’un pauvre type qui, à cause de sa ressemblance avec le chef de la résistance -le Général Della Rovere, abattu clandestinement- est chargé par les allemands de se faire passer pour lui dans une prison afin d’y démasquer des résistants. Il finit par se prendre au jeu et demande finalement à ses commanditaires qu’il soit fusillé avec les autres en tant que chef de la résistance.
    Si un jour Monsieur Sarkozy nous sort un authentique général de sa galerie névrotique de Frégoli, il sera de cet ordre là. Le pire ne serait donc jamais certain…

  4. Bonjour, bonsoir.

    @ Daniel Dresse: quelle plume, Monsieur ! C’est un beau texte, et un beau scénario, cela pourrait peut-être advenir. Le personnage a quand même l’air vraiment têtu, j’ai peur qu’il se refuse à enfiler cet habit que l’Histoire lui proposerait, ou
    qu’il ne l’accepte que trop tard.

    @ Tous: il n’aura échappé à aucun habitué que les débats ont tendance à déraper un peu depuis le 5 février: j’y pense depuis midi mais le départ de Quoi est l’allumette : il est temps de rattraper le coup, dans l’intérêt selon moi de la vie -la production- de ce blog ! Je me risque à interpeller Paul Jorion au vu de ce que nous lui avons retourné ce samedi 07.

    @ Paul:
    J’ai réagi assez tôt ce matin (ie. parmi les premiers), mais dans de mauvaises conditions (pressé par le temps). Je l’ai un peu regretté car ma formule du « groupe qui a toujours raison » et des « majorités abusées » devait reboucler sur les « 36% de Français convaincus par NS le 5 février », troisième terme que j’ai malencontreusement oublié d’écrire : in fine, je voulais rappeler que l’électorat français est souvent présenté par les commentateurs politiques, à l’issue notamment des consultations électorales, comme « collectivement intelligent » (merci pour lui). Bien entendu, comme le rappelle Stilgar, Montesquieu aurait bien raison de dire aujourd’hui que les Français qui ont élu NS sur la base d’un programme sans ambiguité ont le gouvernement qu’ils méritent… Ces 36% laissent pourtant entrevoir qu’un peuple peut découvrir, même un peu tard, son erreur. Bref, « la France » (dont Villepin, un autre, disait lors du CPE qu’elle « a envie qu’on la prenne. Ça lui démange dans le bassin »…) a compris, même confusément, qui est NS. Les arcanes de la haute finance et de la haute politique lui échappent, mais elle n’est pas dupe.

    Sur ce, à 16:08, Alain vous rappelle plus clairement que nous tous (je vous l’avais soufflé aussi : « … hommes PUBLICS… ») que NS n’est PAS, mais absolument pas dans une position comparable à la vôtre, de près ou de loin. Il a brigué les suffrages et obtenu de servir le pays.
    Cela ne se fait pas sous un pseudonyme, n’est-ce-pas ?!?
    Il est bien évident que votre formule « quand il parle c’est en tant que lui-même » est abusive si vous entendez simplement dire par là que NS parle sous sa véritable identité. C’est bien le moins, et des milliers de « personnalités » publiques, politiques ou non, font de même.

    Vouliez-vous dire qu’il exprime des opinions personnelles, courageuses et fortes par-dessus le marché ? Il serait lui aussi « un mec qui en a », qualité appréciable pour un Président ? Non, vous insistez sur cette histoire d’identité individuelle et de « devoir de cohérence » qui y serait attaché… Peu convaincant, les contre-exemples sont trop nombreux vous le dites vous-mêmes. Mais rien ne dit que NS n’en fasse pas partie ! D’ailleurs, JeanNîmes, Olivier, Bernard, Yves de Bressis, tous le relèvent : NS ne discute pas, ne débat pas, il tranche. A la Villepin.

    Or plus loin encore, le président de la République ne saurait uniquement s’exprimer en son nom personnel (c’est ce que fait sans forcer le plus médiocre présentateur TV) : il PARLE AU NOM DE LA FRANCE (ou doit le faire) ! Pour être bref, le peuple français, qui sait que son boulot est d’impulser et d’arbitrer, se fout de ses états d’âme et d’idées personnelles qui seraient communes et sans souffle. Bien au contraire, il respecte beaucoup et longtemps le dirigeant capable d’avoir pour le pays une vision, un « dessein ». A défaut d’un chef présentant de telles qualités, il se console avec celles du personnel politique du moment en attendant des jours meilleurs… ou, après les avoir attendus trop longtemps, sécrète le fameux « Tous pourris » qui marque pour les commentateurs professionnels le divorce du peuple d’avec les élites, phénomène pourtant latent/récurrent depuis des lustres. Au pire, il évince celui qui n’est pas à sa place, l’illégitime révélé, comme les étatsuniens ont viré G.W.Bush.

    OK. Ceci est raisonnablement vrai pour nous tous ?

    Vous avez donc fait une erreur majeure en présentant votre « exposition publique » (c’était bien l’idée, n’est-ce pas ?) comme l’élément qui vous rapprocherait de NS, et vous amènerait comme 2 et 2 font 4 à lui reconnaître une pensée « cohérente » ou « responsable » : non, Seregedhel a bien raison, le Paul Jorion fils de mineur n’a rien de commun avec NS.

    A moins que. Le mot des situationnistes s’applique aussi à vous : « Anthropologie – Economie – Sciences cognitives – Philosophie – Etc. » => « D’où parlez-vous, Mr Jorion (que l’on vous déconstruise…) ? », et l’éloignement géographique n’a pas grand chose à y voir. Les habitués savent que, même iconoclaste dans votre milieu, vous avez fait partie de ceux-là mêmes qui ont CONçU, BATI les (le merdier infâme des) sous-primes. Ils l’acceptent sans vous demander les raisons (quand bien même vous les auriez exposées : prise de conscience, remords et expiation, adaptation et résilience, … ?) qui vous ont amenées à dénoncer avec talent le système que vous avez si bien servi des années durant comme expert financier. Non, conscients de la gravité des informations incomplètes et tardives qu’ils reçoivent par des média anxiogènes, ils reconnaissent simplement, AU PRESENT, la pertinence des pistes ouvertes dans vos billets et la valeur des contributions de certains de leurs pairs, vos lecteurs/commentateurs. En un mot, ils espèrent que le temps qu’ils passent avec vous, entre eux (puisqu’il s’agirait d’un Think Tank en gestation), poursuit bien les ambitieux objectifs que vous avez proposés, lesquels sont évidemment articulés au politique, mais doivent être atteints en amont. Et ne PAS FRAYER AVEC UNE HYPOCRISIE CRASSE SI NOUS LA RECONNAISSONS. No pasaran !

    Monnaie, Constitution, alternatives économiques… les contingences politiciennes de court terme, mêmes si elles vous font « plaisir » (nous sommes apparemment nombreux à douter de la sincérité de M. NS en matière de répartition des fruits…) n’en font pas partie.
    Pas encore.

    Vous devez m’entendre, je vous en prie : vous vous êtes planté avec ce papier, en sortant de votre domaine d’expertise (poussé selon moi par votre vanité, mais on vous la pardonnera si vous gérez bien la situation). Les réactions générales au billet « L’entretien du Président de la République française », trop critiques, vous auront peut-être amené à vous sentir obligé de vous défendre ? C’est humain, l’erreur (car vous n’étiez pas attaqué).

    Nous voulons un recentrage de notre cortex collectif sur le Gerolstein, et que vous fassiez prendre la mayonnaise. Nous voulons que Bese revienne terminer ce qu’il a commencé avec Shiva. Nous souhaitons que vous nous proposiez un PLAN D’ACTION ARTICULé pour actualiser et affiner le modèle de Forrester de 1961 ! Nous voulons l’informatiser et le soumettre gracieusement aux huiles les mieux placées que nous connaissons chacun de notre côté en Europe et dans le monde. Nous voulons… faire quelque chose plutôt qu’attendre le désastre en étant trop bien informés sur ses probabilités d’occurrence.

    Ah, le jeton est tombé, j’ai compris !
    Vous avez voulu nous réveiller, aiguillonner nos rigueur/cohérence/efficacité individuelle et collective, vous avez voulu provoquer un soubresaut… Habile homme ! Alors, merci.

  5. @ Pierre-Yves D
    je vous rejoint sur la distinction que vous faites entre les institutions démocratique et la vie démocratique. Mais pour ma part je ne dis pas que la démocratie va rentrer dans un quelconque hiver. Je dis que la démocratie est bien mal en point depuis bien longtemps et que tant que celle-ci ne se mettra pas à la hauteur des enjeux posés par le finance elle ne vaudra plus grand chose (on peut lire aussi Emmanuel Todt, Werrebrouck à ce propos, mais aussi se rappeler ce qu’étaient les thèses d’un Fukyama à propos de la fin de l’histoire).
    Sujet proche: Patrice évoque l’articulation expertise-démocratie. Elle est fondamentale. Quand un expert parle à l’oreille du Prince il devient de fait un décideur. C’est un problème: où est donc passé le citoyen? Partant, qu’en est-il de la démocratie? Les experts que vous êtes ne peuvent concevoir leur expertise sans en penser la communication au citoyen (et non au Prince) à moins de tomber dans l’expertisme que dénonçait Sapir il y a des années déjà. Paul a raison de faire de la politique. Et quand il se trompe , c’est au citoyen de le lui dire. Nous sommes certainement sur son blog. Mais dans le champ démocratique nus sommes des semblables. La décision ne peut appartenir au seul expert.

  6. @Daniel Dresse
    On peut espérer du mieux si quelqu’un ose lui proposer un miroir. Si au contraire il est entouré de gens qui l’orientent vers la puissance et la paranoïa il y a d’autres figures historiques qui aparaissent et elles sont moins gaies. Je ne sais pas trop si le journaliste « insolent » de Paul est vraiment à la hauteur, je considérerais plutôt l’inverse, et je pense que Sarkozy essaye plutôt de se protéger plutôt qu’autre chose et qu’il serait en train d’oeuvrer pour choisir sa presse grâce à ces bienvenus « états-généraux » retournés.

  7. Sincèrement, je ne vois pas ce qui peut faire espérer dans ce que Sarkozy a dit jeudi soir.
    Priver les collectivités locales de 18 (et non 8) mds d’euros de ressources ? C’est, de fait, faire disparaître les services publics auprès des plus démunis, principalement assurés par les communes. Supprimer la première tranche de l’impôt sur le revenu ? C’est, à plus ou moins long terme, signer l’arrêt de mort de l’impôt sur le revenu. Un impot juste celui là, déjà sérieusement mis à mal par le bouclier fiscal, et qui risque de creuser un trou supplémentaire de 2,5 à 5 mds d’euros(selon que les sources sont gouvernementales ou syndicales) dans le budget de l’Etat.
    C’est vrai qu’il a annoncé vouloir moraliser la finance. Mais comment voir en lui un « être de raison, adhérant pleinement à ce qu’il dit » quand lui même ment ou dissimule le coût de ses annonces (sur la TP notamment), assène des contre-vérités sur ce à quoi il s’était engagé concernant Gandrange, nous annonce sans rire que le fait de prêter de l’argent au Banque ne coûte rien à l’Etat. Ou encore qu’il n’était pas au courant de l’existance de fichier EDVIGE après avoir été ministre de l’intérieur pendant 5 ans.
    Non, ce ne sont pas ses mensonges antérieurs qui m’empêche de croire ce que cet homme raconte, ou de lui faire rédit de sa sincérité: c’est que tout en prononçant les mots que nous voulons entendre, il continue de nous mentir et d’AGIR dans le sens « libéral anglo saxon » qui a toujours été le sien.
    Au fait, la France réintègre le commandement intégré de l’OTAN en catimini, au moment où les bruits de botte se font de plus en plus entendre du côté de l’Afghanistan…

  8. @PATRICE
    Merci Monsieur d’avoir fait la synthèse des réponses à cet article de P.Jorion, sans vous nous aurions été incapables de constater que la majorité de ces réponses ne font pas partie des 36 misérables pour cent de ceux qui ont trouvé N. Sarkozy convaincant.
    Pour mettre les points sur les « I » adressez vous plutôt à la clientèle de Bigard ils sont sans doute plus ouverts à la pédagogie.

  9. @ Paul

    Pourquoi penser que Sarkozy va, selon vous, dans le bon sens alors que le coeur de son action politique, i.e le paquet fiscal dont la philosphie sous-jacente est celle de la richesse créee au sommet et qui s’écoule sur les strates inférieures de la société en dépit des inégalités criantes, n’a pas bougé ?

    Sarkozy est le Reagan que la France ne connaîtra pas en raison de la crise financière. Leur philosophie de l’action politique est la même. C’est celle qui a conduit à ce que nous connaissons.

    Soit on approuve tout de Sarkozy, soit on déapprouve en bloc.

  10. D’un sondage exclusif et des remontrances cordiales mais fermes qu’il appelle

    A la question : « Est-il possible que 1) Nicolas Sarkozy 2) dise quelque chose 3) qui aille dans le bon sens ? », selon la maintenant très fameuse règle des trois tiers, les commentateurs ont répondu :

    _ Pour le premier tiers : s’en vont sans écouter la suite à la mention de Nicolas Sarkozy, considérant que sa simple existence constitue une insulte à leur intelligence.

    _ Pour le deuxième tiers : ne pensent pas que Nicolas Sarkozy puisse dire quelque chose tout court : soit qui ait un sens, soit qui ait une portée. En effet, précisent-ils : soit il ment, soit il est trop bête.

    _ Pour le troisième tiers : répondent par la négative à l’intégralité de la question. Ils reconnaissent que Nicolas Sarkozy existe. Ils admettent qu’il puisse dire quelque chose. En revanche, ils nient que ce qu’il énoncera jamais puisse aller dans le bon sens. Tout le mauvais de l’un, dont certains semble-t-il gardent un compte exact pour référence future, contaminant nécessairement l’autre.

    Ce sondage exclusif doit être considéré comme tout à fait représentatif, sans qu’on doive s’inquiéter de ne pas y voir figurer de partisans enthousiastes de Nicolas Sarkozy. Certes, aux dernières nouvelles, il s’en trouve toujours (au moins un tiers de la population, décidément). On pourrait alors imaginer qu’ils devraient apparaître ici et auraient répondu quelque chose comme : « Nicolas Sarkozy dit toujours quelque chose qui va dans le bon sens. » Mais un brin de réflexion permet de s’aviser de la raison pour laquelle ce n’est pas possible.

    En effet, comme on sait, les partisans enthousiastes de Nicolas Sarkozy insistent plus volontiers sur son volontarisme et son activisme, laissant de côté la question qu’ils ressentent peut-être comme potentiellement épineuse, de ce qu’il peut dire ou même penser. L’action étant leur critère, il eût fallu, pour pouvoir les atteindre, demander : « Est-il possible que Nicolas Sarkozy fasse quelque chose qui aille dans le bon sens ? » Mais on voit tout de suite, puisque l’on connaît déjà leur réponse, qu’il n’est pas utile de leur rien demander.

    Et l’on se satisfait de constater que, parmi tous ceux qui sont capables d’envisager, ou de comprendre, la question posée, tous sans exception s’accordent à trouver que le syntagme Nicolas Sarkozy pose problème en soi.

    Ce qui n’est pas satisfaisant en revanche, c’est, de là, penser que :

    _ On n’est forcé de le prendre en considération que parce qu’il occupe une fonction dont dépend beaucoup, et singulièrement en période de crise. Et tant que l’on s’amuse à maugréer sur les pouvoirs supplémentaires qu’il s’amuse à s’octroyer sans contrôle, on ne demande pas s’il est acceptable que tant repose sur un seul.

    _ On ne conteste nulle part qu’on ne saurait lui opposer personne d’autre de crédible à cette même fonction. Mais on reste court après ce constat : peut-être devrait-on s’aviser que c’est précisément le signe que cette fonction et les institutions qui en dépendent ont fini leur temps ?

    _ On ressent physiquement les manifestations de l’autoritarisme arbitraire le plus délirant. Pourtant on admet sans difficulté devoir se présenter tous les cinq ans à la délégation intégrale de tous nos pouvoirs, sans contrôle aucun, et merci, au revoir, jusqu’au prochain rendez-vous démocratique… En attendant, on s’est engagé à se plier toujours à tout ce qui sera décidé en notre nom, y compris l’arbitraire le plus intégral.

    _ On trouve digne de la barbarie moyen-âgeuse qu’on ait pu interdire si longtemps aux femmes de voter sous l’absurde prétexte qu’elles pouvaient être soupçonnées d’être sous la dépendance de leur curé ou de leur mari. On accepte sans broncher qu’on nous vante la démocratie parlementaire précisément sous la même justification : le peuple trop sot doit se confier entièrement à d’autres sans pouvoir mot dire, sauf de temps en temps, et encore on a vu qu’on verra.

    _ On accorde maintenant assez facilement que les bricoleurs qui ont fait cette finance-là ne la répareront pas, ne serait-ce que parce que plus personne n’en veut. On n’entend pas assez dire que les institutions qui nous ont mené là devraient être sérieusement questionnées. On ne sache pas que la logique soit différente, mais apparemment, par timidité, on ne se décide pas à la suivre.

    _ Bien plutôt, on semble un peu trop attendre, souhaiter, et parfois prier, qu’ « émerge », mais d’où ? une personne, un parti providentiels. Par là on acquiesce en fait à cela-même qu’on dit mépriser : car ne dit-on pas alors que l’on voudrait un autre chef, qui prenne les choses en main pour nous mais en respectant un peu mieux les formes ?

    _ On emploie le mot crise partout, et on veut tout refonder, pour le meilleur ou pour le pire, mais partis ou syndicats devraient continuer à prolonger leur misère sur le même antique modèle d’il y a un siècle : avec leurs hiérarchies de militants colleurs d’affiches – en bas – , et de conseils scientifiques – en haut – ; leurs porte-paroles, à la mine avenante, futurs candidats en instance ; et leurs programmes qui n’engagent à rien.

    _ Si on sent que cela n’ira pas beaucoup plus loin, alors on préfère évoquer, et pour se faire peur, la révolution, la guerre, les émeutes. A défaut d’autres alternatives croit-on, ou ne serait-ce pas pour s’épargner l’effort d’aller voir ce qui se pense, se dit, s’est imaginé depuis si longtemps en matière de réel gouvernement « du peuple par le peuple pour le peuple », où « chacun est susceptible tour à tour de gouverner et d’être gouverné » ?

    _ On ne croit plus les journalistes ni leurs experts sur rien, et on en rit bien haut, sauf quand ils prétendent que la démocratie parlementaire est parfaite, à quelques fioritures près, que la démocratie directe est une aberration d’imbéciles et le tirage au sort une sottise impossible. Pourtant leur ignorance sur le sujet est la même que partout ailleurs, qui en doute ?

    _ On les croit encore quand ils proclament, renforcés de sociologues-publicitaires, que plus aucun projet collectif n’est possible dans nos sociétés individualistes et atomisées : pour preuve, plus personne ne s’intéresse aux partis et aux syndicats. Mais n’est-ce pas sans raison ? Quiconque a expérimenté ou seulement vu comment ces choses là fonctionnent de l’intérieur – sans même se prononcer sur les services qu’ils ont pu rendre auparavant, ou il y a longtemps -, n’ira-t-il pas, et très sainement, épuiser son sens de l’intérêt commun ailleurs ?

    _ On se satisfait finalement d’être critique à bon compte, puisqu’isolé et impuissant, et donc installé confortablement dans la posture du dernier altruiste perdu au milieu d’un océan d’intérêts particuliers – et par quelle magie s’il-vous-plaît ? – malgré l’évidence de plus en plus marquée du contraire et qui devrait au contraire faire réfléchir : de manifestations géantes en blogs où l’on ne lit plus que des critiques de presque tout et par tous : mais qui tournent en rond, semblant attendre que la suite se produise d’elle-même.

    _ On s’apitoie, ou on s’énerve, en fantasmant un supposé pouvoir d’une classe des riches, qui tiendraient tout, gouverneraient tout, s’entendraient tous autant qu’ils sont comme larrons en foire pour opprimer un bon peuple innocent. On dirait en fait qu’on ne s’emploie qu’à fonder ce mépris qui a encore trop souvent bonne presse, selon lequel le peuple dès qu’il se mêle de ses affaires ne saurait être que paranoïaque, irrationnel, vindicatif, sans solution constructive. Précisons. Ils ont seulement pris ce que personne ne savait comment leur contester : il n’y a pas de complot. Comme tout groupe social, ils sont partagés par des intérêts, des intelligences, des moralités différentes : il n’y a pas de complots mondiaux !

    _ On peut lire d’étonnantes et très fécondes réflexions portant sur la monnaie jusqu’à l’habitat, ou même la production en général, sur ce qu’ils sont et sur ce qu’ils pourraient être ; et par toutes sortes de gens, ceux qui les font, ceux qui en usent, quels que soient leurs milieux, et sans qu’ils s’embarrassent, ils ont bien raison, de produire aucun certificat d’expertise. En matière de démocratie par contre, on semble trouver encore excellents les principes, les organisations, les modes d’expression sociaux d’il y a un siècle, comme s’il était bien connu que plus aucune réflexion ni discussion n’étaient plus nécessaires. Est-ce à dire que chacun est concerné, mais que tous attendent qu’on s’en occupe pour eux ?

    _ On constate assez aisément en observant simplement son entourage ou ceux que l’on côtoie (si on ne travaille pas dans le show-business évidemment) que la plupart des gens souhaitent seulement assurer une vie décente à leurs proches et à leurs enfants, qu’ils ne sont pas insensibles à la misère ni à la dégradation du monde, qu’ils sont prêts à collaborer et à discuter ensemble de l’essentiel. On va quand même partout répétant que l’homme est un loup pour l’homme. Et pourquoi ? Pour s’assurer par là, sous le couvert de la lucidité désarmée mais à qui on ne la fait pas, que cela se vérifie à coup sûr ? Ou peut-être pour exprimer une demande infantile de réconfort ?

    _ On entend aussi trop souvent proclamer que rien ne sert à rien, et que tout finira en quenouille, sans que, en bougres d’ânes, on remarque l’absurdité qu’il y a à parler pour décourager les autres de parler ! Si l’on est tant persuadé que tout finira mal, quoiqu’on fasse, pourquoi alors ne pas justement se taire, s’il-vous-plaît ?

    _ On mesure que cette crise qu’on nous disait de l’immobilier, pour ne pas nous affoler sans doute, était en fait une crise de la finance, ou plutôt en fait de l’économie, et comme on ne s’en laisse plus si facilement conter, on commence à dire : c’est une crise anthropologique. Mais apparemment, la question des modalités de l’organisation sociale ne fait toujours pas partie de l’anthropologie. On attend de voir, ou on verra plus tard. Quand ?

    Dans ces conditions, et principalement pour résumer : d’atonie sur la question centrale de la démocratie, comment s’étonner que Paul Jorion se borne à constater le plus probable : Nicolas Sarkozy sera toujours aux affaires dans deux mois, et l’on devra se contenter de voir, quoiqu’on en pense, ce que lui fait et peut-être le mesurer à ce qu’il a dit ?

    Précisons que je ne m’exclus d’aucune de ses postures, qui ont été ou sont parfois les miennes selon l’humeur ou le découragement du moment. Je ne prétends donc donner de leçon à personne, ni que personne ne soit ni capable ni n’ait la responsabilité de sauver le monde à lui tout seul.

    Je constate seulement, aussi bien dans mes conversations privées que dans les analyses et les échanges que je peux lire ici ou là que le débat et l’expérimentation collectifs sur la démocratie ont pris énormément de retard par rapport à tout le reste.

    Ce n’est pas qu’il n’existe aucune autre solution – ne l’a-t-on pas trop entendu dire à propos de tout et n’importe quoi ? -, ni que la discussion et la recherche n’ont pas commencé : par exemple sur le forum d’Etienne Chouard.
    Mais toutes les excellentes références et discussions qu’on trouvera là (ou ailleurs, dans une présentation moins criarde peut-être, désolé Etienne 😉 ), il faut encore que chacun se les approprie un minimum, les propage, les discute, au lieu de se complaire à fantasmer un pouvoir des riches, à dénoncer la bêtise de Nicolas Sarkozy, et… à hausser les épaules quand quelqu’un mentionne – à l’instar de quelques courageux qui l’ont fait ici timidement et sans suite – le tirage au sort des représentants, comme on le fait devant un benêt (expérience authentique), ou pire à ne pas s’y intéresser du tout.

    Jusqu’à la prochaine manifestation qu’on organisera pour nous, dont on tirera les leçons pour nous, dont on se servira pour négocier sans froisser personne et pour obtenir pas grand’ chose ? Jusqu’au prochain référendum ?

    Je dis tout simplement et pour finir que tous ceux qui passent beaucoup de leur énergie à clamer que le spectacle de Guignol en cours est mauvais, pourraient peut-être s’entendre à aller en monter un autre ailleurs, dont ils pourraient être tour-à-tour auteurs, acteurs, et parfois, mais plus seulement et systématiquement, spectateurs. S’il est certain qu’on n’a pas à abandonner pour cela ni sa colère, ni sa honte, ni son indignation, il est tout aussi certain que sont nécessaires un peu de travail, de lectures, de réflexions afin d’élever le débat. Voilà tout.

    A tous ceux qui ne veulent plus se contenter de voir, et évidemment pas sans raison, il semble qu’il reste encore un effort à faire s’ils veulent être révolutionnaires ! Et il se donneront peut-être alors les chances de réussir une révolution qui pourrait ne pas être sanglante, pour une fois !

  11. « En m’identifiant, en m’assimilant pleinement, à ce que je dis, je ne tends de piège à personne : je me contente de voir dans les êtres humains des êtres de raison, adhérant pleinement à ce qu’ils disent. Je n’en définis pas moins un terrain : j’établis cela automatiquement comme une norme et j’exige du coup la même rigueur de quiconque parle en face de moi, même si ce qu’il dit a été écrit par quelqu’un d’autre dont c’est le métier. Cette exigence de ma part, c’est peut-être trop demander à certains, mais cela, je ne peux le préjuger. »

    Autant le dire tout de suite, je suis plus que sceptique sur les intentions et la capacité de Nicolas Sarkozy « d’aller dans le bon sens », même si je n’exclus pas a priori l’improbable, parce que la politique est justement l’art de faire advenir l’improbable. Nonobstant, je trouve que beaucoup des arguments qui contestent la position de Paul me paraissent non fondés. La pensée de Paul Jorion est limpide, et presque lapidaire dans le style, il est alors très facile d’isoler un de ses éléments et d’en conclure une chose totalement fausse, parce que l’on a pas bien considéré l’ensemble du propos.

    Je vais donc essayer de donner une lecture, c’est la mienne évidemment, elle comporte peut-être elle aussi sa part d’incompréhension. Si je le fais c’est qu’il me semble que certains éléments de la pensée de Paul méritent qu’on s’y attarde, y compris, pour éventuellement mieux les contester, le cas échéant. Mais qu’au moins on le critique en connaissance de cause.

    Paul Jorion se présente-t-il face à N. Sarkozy comme expert ou citoyen ? D’où parle-t-il ?

    En tant que citoyen sa parole est égale à la notre, à celle de Sarkozy, ni plus ni moins.
    Mais nous savons par ailleurs que Paul dispose de savoirs et connaissances appréciables dans un certain nombre de domaines et qu’il les partage notamment et très certainement avec nous, ici.

    D’où parle donc Paul Jorion ?

    D’un point de vue prosaique il parle en tant que Paul Jorion, celui que nous connaissons à travers ce blog et éventuellement à travers ses ouvrages. Or si nous sommes ici, si nous lisons ses livres, n’est-ce pas parce que nous pensons y trouver matière à réflexion, voire à des actions éventuelles ?

    Paul se pose en citoyen mais en citoyen singulier qu’il est, comme nous le sommes tous, ni plus ni moins. Plutôt que de parler d’expertise à son propos, ne pourrait-on pas dire qu’il apporte des savoirs et connaissances ce qui plus propre à le définir comme sujet de raison et ne le met pas, par principe, en position de surplomb ? Ce n’est pas parce qu’en démocratie nous sommes tous égaux en droit, avons tous légitimité à nous exprimer, et même à décider, par voie directe ou indirecte, des affaires de la Cité, que nous contribuons tous au débat démocratique de la même façon. Paul se pose face à Sarkozy, mais c’est avec le meilleur de lui-même. C’est cela qu’il faut considérer avant tout. Si une personne elle-même s’estime pouvoir apporter quelque chose de singulier, ou que d’autres pensent aussi que telle personne est à même d’apporter une contribution particulière, à un moment donné, je ne vois pas pourquoi cette personne ne pourrait se lever du rang et s’avancer vers tous, ou en l’occurrence, vers le représentant élu du rang le plus élevé, pour dire ce qu’elle a à dire. Bref, il est mille manières dans une démocratie de s’exprimer. C’est même cela la démocratie ! Et si cette personne est capable de s’exprimer avec clarté et qu’elle s’ouvre à l’argumentation d’autrui, et permet à beaucoup d’instaurer un débat publique, comme ici, à la bonne heure ! La démocratie souffre tellement plus du manque d’idée, d’inspiration, et de générosité, bref d’élan, que de ses éventuels excès qui en réalité n’en sont pas, car la démocratie c’est au contraire l’excès par excellence, l’excès que le peuple manifeste dans sa prétention à n’accorder aucune légitimité supérieure à aucun groupe à quel que titre que ce soit (arke), si ce n’est une légitime revendication d’égalité. Demo kratos, c’est la pouvoir du peuple. La démocratie est donc une puissance. Elle présuppose l’égalité, mais la puissance elle-même laisse un place à la libre disposition du poids des arguments dans la délibération collective. Bref, ce sont les arguments les plus convaincants qui l’emportent. D’aucuns diront c’est la voie ouverte au populisme, au n’importe quoi. Cela est vrai si l’on observe l’exercice du jeu démocratique au niveau microscopique. Dans l’instant des arguments faciles, voire fallacieux semblent emporter la mise. Mais sur le moyen et long terme, ce sont les argumentations les plus construites qui font basculer les politiques dans un sens ou un autre. Il y a donc des temporalités diverses qui se croisent et s’entremêlent dans le débat démocratique. A coté des effets de manche des tribuns, des manipulateurs, des idéologues de tous poils, il y a ceux qui contre vent et marée malgré tout prennent au sérieux l’exercice de la raison et sa nécessité dans l’expression démocratique.

    Sous le prétexte que Paul est citoyen égal à tout autre, devrait-il réduire son ambition d’amener la raison dans le débat politique aussi loin que lui pense pouvoir la mener, selon ses moyens propres, ses critères propres et ses objectifs propres ? En l’occurrence il s’agit de son éthique, une éthique qui fait corps avec sa façon d’envisager le dialogue démocratique, c’est à dire un dialogue en toute raison.

    Entre parenthèses, quand Paul dit que ses anciens écrits sont cohérents avec les derniers il ne dit pas qu’il ne se réserve pas le droit de changer, ni que quiconque ne pourrait se contredire, à cause d’une évolution. C’est un contre-sens que de penser cela. Il dit seulement qu’il ne voit pas de compromission avec l’exigence de vérité qui était la sienne quand il écrivit ses écrits antérieurs, et que de même ses derniers ne contreviennent pas à cette même exigence. Paul cite souvent Lacan, ce n’est pas pour rien. Le rapport symbolique au langage est tout le propos de Lacan, et sa façon d’envisager l’analyse reposait sur la restauration — même imaginaire — du rapport symbolique au langage perdu et sans lequel tout sujet ne peut accéder à une certaine vérité, non pas une vérité objective — de l’ordre de la véracité — mais une vérité singulière, propre à l’histoire de chacun.

    Il me semble erroné de dire que Paul serait un grand naïf ou serait dupe, voire même complaisant malgré lui devant un Sarkozy qui serait la duplicité toute incarnée. Ce n’est pas du tout sur ce terrain que Paul argumente pour justifier sa position. Notons au passage que Paul a pour le moins le grand mérite de ne pas éluder les critiques qui lui sont régulièrement adressées. Rappelons-nous notamment le débat sur la monnaie, qui fut déclaré clos puis fut aussitôt ranimé, y compris concernant la question de la création ex nihilo de la monnaie ! je ne connais pas beaucoup d’intellectuels qui s’attachent tant à venir et revenir toujours là où cela coince et expose ainsi à la vue de tous le motif du mécontentement ; mais, il est vrai, Paul est têtu et entier, et il ne sera pas du genre à renoncer à l’explication de ce qu’il croit vrai. C’est une passion chez lui mais il ne la conçoit que partagée. La recherche et l’expression d’une vérité est tout de même la justification essentielle de son « travail » sur ce blog, plus d’ailleurs que je ne l’avais cru au départ. J’ai à l’occasion commenté le propos de Paul en présentant le coté stratégique de celui-ci. A la réflexion, il me semble finalement que Paul ne se place pas du tout dans cette optique, même si, indubitablement celui-ci joue secondairement un tel rôle, d’un point de vue fonctionnel, comme un effet induit de son discours, de son travail. Ou alors c’est une stratégie qui n’a pour but que de faire advenir des vérités.

    Paul a de toute évidence des opinions politiques, que l’on devine aisément, mais il n’est pas — ici — dans une logique partisane. Il ne dissocie pas son combat politique, la politique, de sa recherche de vérités, du travail d’explicitation et d’expression de celles-ci. Autrement, ne prend position pour le changement, ce qui est tout de même le but de toute action politique, que si celui-ci rencontre les conditions de possibilités de l’émergence des vérités, celles qu’il exprime lui-même. Or, le dialogue, sans lequel aucune vie démocratique digne de ce nom n’est concevable, est précisément une condition de possibilité de l’expression de la vérité. Les vérités ne valent donc quelque chose que d’être partagées. Aussi quand Paul dit que M. Sarkozy parle en tant que lui-même ce n’est pas pour signifier que Sarkozy pense ou ne pense pas effectivement ce qu’il dit. Mais c’est pour affirmer que l’être humain dénommé Nicolas Sarkozy président de la République française, est bien le sujet politique auquel il s’adresse et que cet être humain est doué de raison, raison à laquelle il s’adresse précisément. En vertu de ce principe il découle qu’il est fait abstraction de tout ce que peut représenter par ailleurs Nicolas Sarkozy, politiquement, économiquement, idéologiquement, etc… Bref, tout ce qui n’est pas énonciation, c’est-à-dire un discours assignable à une personne singulière à un moment donné dans des circonstances données.

    Pour beaucoup cela apparaît évidemment comme un recul, une moindre exigence, voire une certaine hypocrisie. J’y vois au contraire une exigence redoublée. Il y a la conviction forte que la démocratie ne tient que pour autant qu’elle présuppose la possibilité d’une entente, d’un accord en raison dans un moment politique donné. Evidemment il y a l’autre pôle qui fait pendant à l’entente : la mésentente, ce à cause de quoi fut inventée la démocratie et ce par quoi même elle se manifeste aussi, par les confrontations des idées, des opinions, jusque dans la délibération et même les manifestations extra parlementaires, comme l’expression de la rue, les grèves, toutes les luttes sociales en somme.

    Nous pourrions alors penser que Paul a choisi le parti du consensus et délaisse la part de mésentente qui s’exprime dans toute démocratie, et lui est consubstantielle. Mais ce n’est pas, me semble-t-il, ce que fait Paul même si il n’est pas douteux de penser que de facto Paul Jorion accorde une certaine légitimité au pouvoir en place, encadrée et conditionnelle évidemment. Dans plusieurs de ses billets il a clairement pris position contre certaines des idées et actions de Sarkozy. Il a d’ailleurs exprimé dans un récent billet qu’il trouvait légitimes les manifestations de rue récentes concernant la politique sociale. D’autre part, nulle part Paul Jorion n’apporte un soutien au parti, à l’idéologie, qui sont propres ou supposés caractériser Sarkozy. Paul demeure sur le terrain sur lequel il lui semble pouvoir donner le meilleur de lui-même, celui que définit le pacte symbolique que représente toute parole politique — avec sa dimension éthique — (voir ici mon précédent commentaire) dans un cadre républicain et démocratique.

    La démocratie actuelle n’est peut-être qu’une fiction rétorqueront les esprits forts, mais alors raison de plus pour faire vivre cette fiction si l’on pense que d’elle dépend le bien commun actuel, ou du moins sa possibilité future. Et comment faire vivre cette fiction si ce n’est en accordant un certain crédit à la parole de la personne en charge de représenter la République, et la personne qui dirige de fait le gouvernement du pays, ceci à un moment crucial, pense Paul, de l’évolution du monde. Idée qui tient la route compte tenu d’ailleurs de tout ce que nous pouvons dire ici, Paul et nous tous.

    Je rejoins ici tout à fait le propos de Pascal Viernory (7 février 12:47) : à quoi bon la révolte si c’est une révolte mortifère. Si Paul entame un dialogue que d’aucuns jugent impossible avec Sarkozy, c’est pour porter la raison aussi loin qu’elle puisse aller. Dans ce blog ce qui est engagé c’est une certaine conception de l’éthique et donc de la vie en commun, en vue du bien commun. Que nous le voulions ou non, sauf à nous inscrire dans une logique guerrière et purement révolutionnaire de type éradicateur, de tabula rasa, M. Sarkozy fait partie de notre communauté humaine. Il n’est donc pas absurde de lui parler en humain. Même si, pour les mêmes raisons éthiques, il pourrait être envisageable de rompre ce dialogue s’il devait être estimé que le dialogue, étant données les circonstances, était devenu impossible. Mais, ce type d’appréciation doit appartenir à chacun, aussi Paul est-il le meilleur juge en la matière. Lui refuser la possibilité de juger par lui-même où se situent les limites de l’éthique ou de la moralité au delà desquelles un président aurait rompu le lien démocratique, est compter pour quantité négligeable l’éthique en politique. L’éthique est ce qui de la morale appartient en propre à chacun. L’éthique est une norme que l’on se donne à soi-même. Admettre que chacun est l’origine de ses propos et puisse s’instituer sa propre norme est la condition même du dialogue démocratique. D’où la prémisse de Paul dans son billet : « quand il parle c’est en tant que lui-même et moi aussi, de mon côté, c’est en tant que moi-même.  » Dire que Sarkozy ne parle pas au nom de lui-même serait quitter le cadre du dialogue démocratique, fût-il imaginaire, que constitue, aussi, l’écriture d’un blog. Cela n’est d’ailleurs pas contradictoire avec la position de certains qui affirment la nécessité d’une rupture du dialogue avec Sarkozy. Cela est compatible avec l’éthique, une éthique qui n’aurait pas les mêmes critères que ceux de Paul.

    Bref, de mon point de vue, il me semble que s’il est toujours possible de contester la position de Paul Jorion pour son éventuelle inefficacité en termes d’influence sur le président, il me semble par contre contestable de lui reprocher son éthique politique propre. D’autre part, il ne faut pas non plus isoler les propos concernant Sarkozy exprimés par Paul et le reste de ses réflexions, appréciations sur tous types de sujets et problèmes abordés par lui. Le tout a sa cohérence. Si Paul soutient ou critique Sarkozy c’est en vertu d’une cohérence en raison qui concerne tous ses propos, toutes les raisons exprimées, et plus spécifiquement celles qui se rapportent à la crise, point précis sur lequel Paul porte son appréciation du propos et de l’action présidentiels.

    Il est souvent reproché à la démocratie d’être devenue une démocratie d’opinions, le rôle des politiques ne consistant plus alors qu’à canaliser un flux d’opinions qu’on oriente dans un certain sens. A coup de sondages et d’études marketing on cherche à définir les attentes d’un électorat auquel on offre un produit politique, tout comme on proposerait un produit commercial. Paul, de toute évidence, ne se situe pas dans cette optique, avec son blog il redonne au contraire une certaine noblesse au combat politique en apportant une cohérence entre vie idées et actions.

  12. Je ne crois pas qu’il parle en tant que lui – même, ( reste à définir en tant que lui même ), avant de  » quitter le cadre démocratique « … un cadre hélas glacé, et souvent mortel pour ceux qui dans cette démocratie dorment dehors.

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