Télérama, le 4 mars 2009

Paul Jorion : remettre l’argent au service de l’économie, propos recueillis par Vincent Remy

Crise des subprimes, effondrement financier, Paul Jorion avait tout prédit. L’humanité ne s’en sortira que si nous pensons l’argent autrement.

L’argent en folie hante tous les esprits. Chaque jour qui passe engloutit des milliards. La destruction de valeur semble sans fin. Personne, nous dit-on, ne pouvait imaginer une crise d’une telle ampleur… Faux. Dans un livre visionnaire, Vers la crise du capitalisme américain ?, écrit entre 2003 et 2007, Paul Jorion avait tout prédit. Décortiqué les mécanismes qui conduiraient à la catastrophe actuelle. Anthropologue belge, devenu trader (1) en Californie, puis spécialiste de la formation des prix en matière de crédit, Paul Jorion – que les parlementaires européens veulent entendre ce mercredi 4 mars à Bruxelles – nous rappelle une évidence : l’argent est vital mais il faut le replacer au service de l’économie, d’une économie respectueuse de la Terre et des humains. Question de survie, nous dit-il…

Vous intitulez votre prochain ouvrage L’Argent, pourquoi ?

Le terme s’est imposé. J’avais perçu dès 2003 la crise en gestation, que j’ai ensuite chroniquée au jour le jour dans mes deux derniers ouvrages. Il faut maintenant aller plus loin. Sur mon blog, je constate que les gens sont en colère. Ils se rendent compte que la crise va les atteindre profondément dans leur vie quotidienne. Et ils constatent qu’on prend l’argent de l’Etat, c’est-à-dire celui des contribuables, pour le donner aux banquiers. Cela vient après toutes ces années qui ont conduit à la dégradation du pouvoir d’achat des salariés. Personne ne comprend le rôle joué par la finance dans nos économies, les mécanismes bancaires, la création de la monnaie…

“Il n’y a pas eu besoin de complot
pour nous amener là où nous sommes !”

Malgré l’avalanche d’informations sur le sujet, on ne comprend toujours pas ?

Non, et quand les gens ne comprennent pas, ils ont tendance à penser que quelqu’un « cache », qu’il y a un complot. Mais il n’y a pas eu besoin de complot pour nous amener là où nous sommes ! Ce qu’il y a eu, c’est une mise entre parenthèses du rôle que joue l’argent dans nos sociétés. L’institution financière a juste dit : c’est trop compliqué pour qu’on vous explique, ne vous occupez pas de ça, on sait faire…

Pas de complot, certes, mais êtes-vous d’accord avec Jacques Attali, qui parle dans son dernier ouvrage d’« initiés » ?

Pas exactement. Ayant une formation dans les sciences dures, avant d’incriminer les gens, j’incrimine les systèmes physiques. Nous avons mis en place un système économique qui a abouti à une concentration de l’argent entre les mêmes mains. N’oublions pas que nos sociétés étaient guerrières avant d’être démocratiques. Les guerriers se sont partagé le territoire. On a donc des propriétaires partout, et il faut ajouter nos systèmes d’héritage. Le tout aggravé par le fait qu’on peut aujourd’hui « faire » de l’argent, car le prêt appelle des intérêts. Résultat : aux Etats-Unis, 1 % de la population détient 38 % de la richesse. Il est urgent de redistribuer l’argent là où on en a besoin. Et on en a besoin pour produire et pour consommer.

“Le développement de la finance
a entraîné une activité parasitaire,
la spéculation, qui a fini par la tuer”

Devant le manque d’argent, lié à la baisse de la part des salaires dans le PIB, les salariés américains ont eu recours massivement à l’endettement…

Oui, aux Etats-Unis, c’est devenu naturel de penser que l’argent dont on a besoin pour vivre, il faut l’emprunter ! Et cet endettement croissant, utilisé à son tour par les possédants pour spéculer et faire des profits, a joué un grand rôle dans le déclenchement de la crise. Mais la vraie rupture idéologique, ce sont les stock-options, mises au point dans les années 70 par des disciples de l’école de Chicago, dans un but bien précis : faire basculer les dirigeants d’entreprise du côté des actionnaires. Depuis les origines du capitalisme, on avait un système tripartite : des gens qui avaient l’argent ; des gens qui avaient l’esprit d’initiative et créaient des entreprises ; et des gens qui faisaient le travail réel et produisaient les richesses. Ces trois groupes sociaux se disputaient le partage de la richesse produite. A partir du moment où on a délibérément aligné les intérêts des dirigeants d’entreprise sur ceux des capitalistes-investisseurs, les salariés étaient fichus. Ils se retrouvaient face à deux groupes très puissants. Le plus dramatique, c’est que les Etats qui auraient pu les défendre ont laissé les Banques centrales faire le jeu des capitalistes et des dirigeants d’entreprise.

L’argent est donc au cœur de la crise que nous traversons ?

L’hypertrophie de la finance a fait qu’elle a pris la place de l’économie. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se sont spécialisés dans le service financier, c’est-à-dire dans la manipulation de l’argent. La principale marchandise-objet de commerce, aujourd’hui, c’est l’argent.

Peut-on dire que le rôle de l’argent a changé ?

Il reste un étalon de mesure. Et il mesure toujours la richesse, qui donne un double pouvoir : celui d’acheter des objets et celui d’avancer de l’argent à ceux qui en manquent en échange d’intérêts. Le problème, c’est que l’argent servait avant tout à obtenir des biens et des marchandises au sein de l’économie, et qu’il est devenu le moyen d’obtenir toujours plus d’argent au sein de la finance grâce à des paris sur les fluctuations des prix.

C’est-à-dire spéculer…

Oui. Le développement de la finance a permis de faire circuler l’argent des endroits où il y en avait trop vers les endroits où il n’y en avait pas assez. Mais ça a aussi entraîné une activité parasitaire, celle des spéculateurs. Les parasites peuvent vivre sur un système hôte, mais à partir du moment où ils sont trop nombreux, ils le tuent. Or, aucune mesure n’a été prise pour diminuer leur pouvoir de nuisance.

Est-ce parce que, dans une société d’échanges très sophistiqués, la frontière entre ce qui est nécessaire à la fluidité de l’économie et ce qui relève de la spéculation n’est pas nette ?

Elle est parfaitement nette ! Je ne sais pas s’il va pleuvoir demain, si ma moisson sera bonne. Ces aléas induisent des risques qui ne dépendent pas de moi, mais de la planète. Ces risques-là, je peux m’en protéger par des assurances. Quelqu’un prendra ce risque pour moi si je lui donne une fraction d’argent. Mais je peux aussi créer des risques. Je peux parier un million que la sécheresse aura ou n’aura pas lieu. Si vous acceptez mon pari, l’un de nous aura perdu un million à l’échéance. Nous aurons créé de toutes pièces un risque qui n’existait pas. 80 à 85 % des acteurs intervenant sur les marchés des matières premières créent ce risque artificiel. Ils n’ont ni de pétrole à délivrer, ni à prendre livraison de blé. Ils n’ont rien à faire là, juste faire de l’argent, et sont en train de tuer le système d’assurance des marchés. Ce serait très facile de les éliminer, les lois existent déjà aux Etats-Unis, mais elles distinguent les spéculateurs uniquement pour des raisons fiscales. Il suffirait de les transposer en lois de prohibition et le problème serait réglé.

“Les gens mélangent leurs châteaux
en Espagne et l’argent qu’ils
avaient dans leurs poches”

Quand on dit que la baisse de l’immobilier et des actifs financiers a déjà entraîné la perte de 40 000 milliards de dollars, c’est-à-dire quatre fois le PIB américain, ça a un sens ?

Non, parce qu’on additionne des pertes réelles – de l’argent que les gens avaient et n’auront plus – et des manques à gagner – c’est-à-dire des sommes que les gens imaginaient qu’ils allaient récupérer et qu’ils n’auront jamais. Ceux qui avaient, à crédit, acheté 100 000 dollars une maison dont le prix avait grimpé à 500 000 dollars se disaient : « J’ai 400 000 dollars dans les murs, ça me permettra de prendre ma retraite. » Ils s’aperçoivent aujourd’hui que ces 400 000 dollars n’ont en réalité jamais été là. Mais, pour eux, c’était l’argent de leur retraite, c’était « vrai », et ils considèrent avoir perdu tout l’argent de leur retraite. De la même façon, ceux qui avaient placé de l’argent chez Madoff se plaignent non seulement des sommes qu’ils lui ont données mais veulent aussi récupérer les sommes imaginaires que Madoff leur avait promises. Les gens mélangent leurs châteaux en Espagne et l’argent qu’ils avaient dans leurs poches. Il y a un problème de crédulité…

Que dit-on quand on dit que Bernard Madoff a fait disparaître 50 milliards de dollars ?

Ce n’est pas exact. Il a donné à A ce qu’il avait reçu de B. Mais il prétendait donner à A et à B de l’argent qu’il avait fait fructifier ailleurs, autrement dit qui avait été ponctionné sur le labeur de C. Il affirmait à A et B être en train de voler C, alors qu’il ne volait que B pour payer A. Il a probablement volé 30 milliards à B et prétendu à A que son argent avait fructifié de 20 milliards. Ceux qui se disent escroqués veulent faire passer un manque à gagner (un potentiel qui ne se réalisera pas) pour une perte (un réel qui a disparu). Même l’imagination a de la valeur…

S’il y avait trop d’argent en jeu, pourquoi les Etats en créent-ils encore ?

Aujourd’hui, A ne peut plus rembourser B, du coup B ne peut plus rembourser C, C ne peut plus rembourser D. La même somme circule, mais on additionne les pertes. Plus longue était la chaîne des gens qui s’étaient prêté les uns aux autres, plus les pertes sont élevées. Si cent personnes se sont prêté les mêmes 1 000 euros, on considère que 100 000 euros ont été perdus. Les Banques centrales disent : on va remplacer cet argent-là par du nouveau. Elles donnent de l’argent aux banques en disant : vous pouvez prêter à nouveau. Mais les banques s’aperçoivent que tous les gens qui leur demandent de l’argent sont en réalité insolvables et elles décident de ne pas prêter. Donc, l’Etat verse de l’argent dans un puits sans fond. Car plus la situation se dégrade, plus le nombre d’emprunteurs potentiels qui pourraient rembourser diminue.

Alors, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Remettre tout le monde au travail ! La seule solution est de type New Deal, ou ce que la Chine est en train de faire. Mettre le maximum de personnes sur les énergies renouvelables, la recherche, l’industrie médicale. Réaliser de grands projets d’intérêt mondial dans le cadre d’une planète dont les ressources s’épuisent. Cette crise est tombée au bon moment. Il faut faire d’une pierre deux coups. Si on résout le problème à la manière ancienne, on n’échappera pas au fait que dans dix, vingt ans, on aura atteint le taux d’utilisation maximal des ressources naturelles, et on aura totalement empoisonné l’atmosphère. Il faut donc un changement de société.

“Les Etats-Unis dégringolent plus vite que ne
l’avait prévu la Chine, mais les Chinois sont prêts”

La Chine en prendrait le chemin ?

Les Etats-Unis dégringolent plus vite que ne l’avait prévu la Chine, qui aurait bien aimé que les Américains consomment encore un peu ses biens, mais les Chinois sont prêts, ils ont leur plan de rechange, s’occuper du pays lui-même, et pas seulement avec des gadgets, mais dans une perspective de développement durable. Ils le font avec leur passé communiste, centralisé, autoritaire, qui leur permet de prendre des décisions au quart de tour, sans avoir à tenir compte des actionnaires ou des banquiers.

Le fait que des pays comme les Etats-Unis et l’Angleterre aient consacré une grande part de leur énergie et de leurs talents à l’industrie financière les a-t-il irrémédiablement affaiblis ?

Non, parce qu’il y a plein de gens dynamiques. Les « quants », ces petits génies de la finance, peuvent aussi construire des ponts ou travailler sur les énergies nouvelles. Ce sont des gens de premier plan, peut-être pas sur le plan moral, mais du point de vue intellectuel. Ce ne sont pas des gens perdus, ils sont récupérables. Evidemment, les reconversions ne sont pas faciles parce qu’il faut créer ces secteurs.

Les Anciens, depuis Aristote, avaient une grande méfiance de l’argent. De totem, l’argent pourrait-il redevenir tabou ?

L’argent est un très bon outil, et on en aura encore besoin pour la production et la consommation. En revanche, toute la finance spéculative – les paris sur les cours futurs du blé, du pétrole, des changes, des taux d’intérêt, etc. – disparaît à grande vitesse. On est en train de retomber au niveau de ce dont l’économie a réellement besoin. Lorsque le processus sera achevé, la finance ne représentera plus que 10 ou 20 % de ce qu’elle était en 2006. Ça va aller très vite.
Aristote disait : le bonheur, c’est de faire fonctionner son cerveau. Oui, il y a un certain bonheur à cette crise. Il y a un défi d’une grandeur extraordinaire. On est à une période charnière de l’histoire de l’humanité. Si on parvient à survivre, nos descendants diront : ces gens ont découvert qu’ils vivaient dans un monde limité, ils ont dû faire quelque chose. Ils avaient trouvé un système pour faire marcher l’économie, ils se sont aperçus que ce système épuisait les ressources et ne pouvait plus fonctionner. Le défi pour notre espèce est considérable. Et je ne parierai pas sur le fait qu’on y arrivera ou qu’on n’y arrivera pas…

——
(1) J’ai été « trader – profil recherche » sur les instruments de dette à la Banque de l’Union Européenne (Groupe CIC) à Paris en 1990 -1991. J’écrivais des logiciels qui permettaient de passer des opérations et j’en évaluais les résultats. Je suis ensuite passé à la valorisation des instruments de dette, puis à la gestion de risque et à la validation des modèles financiers. Je n’ai jamais été trader aux États–Unis.

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117 réflexions sur « Télérama, le 4 mars 2009 »

  1. @ Tous,

    Ecrivez des posts plus courts !!

    Les textes de cinquante kilomètres de longueur sont illisibles car ils nécessitent du temps (je suis au bureau et donc je ne peux passer plus de cinq minutes pour lire un post) et qu’ils rendent difficile le suivi des échanges.
    D’après les bribes de posts, je devine que la conversation tourne autour des tenants de l’hypothèse du complit vs leurs opposants.

  2. Paul,

    Pourquoi ne tirez-vous pas la simple conclusion logique de ce que vous énoncez ?

    « Le tout aggravé par le fait qu’on peut « aujourd’hui » « faire » de l’argent, car le prêt appelle des intérêts. Résultat : aux Etats-Unis, 1 % de la population détient 38 % de la richesse. »

    C’est l’intérêt (aujourd’hui non compensé par les dévaluations « de fait » obtenues par les hausses de salaires neutralisées par le chantage à la délocalisation, et qui est probablement la raison de l’ « aujourd’hui »de votre texte) qui est le problème!

    C’est pourquoi la plus radicale des solutions serait tout bêtement d’INTERDIRE l’intérêt (hors gestion et provision risques) et de faire cette remise à 0 des intérêts sur TOUS les CREDITS en cours.

    On ramènerait ainsi les banques au rôle de gestionnaires coopératifs des liquidités qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

    Cette mesure ramènerait aussi l’ensemble de la population à une vision qu’elle n’aurait jamais dû abandonner, celle de vivre « en temps réel », et sauvegarderait à la fois la motivation individuelle d’entreprendre pour améliorer la richesse à venir et le comportement citoyen pour en bénficier dans les phases non productives de l’existence.

  3. @A
    Plus nuancé. Certains imaginent que la croyance en le « complotiste » est une religion. Mais n’est-ce pas vous que j’ai aussi lu faire des remarques dans ce sens ? ( entre tous les A qui interviennent, je ne sais plus toujours qttribuer quoi, à qui ) Pour ce qui me concerne, je parle plutôt de rapport de forces sur un échiquier aussi vaste que la terre, et j’ajoute que le mot « complotiste » est employé à tort et à travers, bien que sur certains cas cliniques, on puisse lui trouver des convenances.

  4. @ Pierre-Yves

    Traditionnellement et jusqu’à il y a très récemment la théorie politique ne s’interressait qu’à la question des principes qui devraient régir les rapports au sein de la communauté politique ou des communautés politiques entre-elles. Une approche récente consiste à se poser un problème resté dans l’ombre des individus, qui ne concerne ni les relation de ce type, ni les relation de morale privée stricto sensu, mais qui concerne les relations entre individus/citoyens en tant qu’ils sont nécessairement placés par des circonstances déterminées dans une position ou l’égalité n’a pas de sens, c’est à dire dans des positions assymétriques.
    ex: le justiciable devant le juge ou devant un représentant des forces de l’ordre.
    le patient devant son médecin
    l’acheteur devant le vendeur/professionnel
    le salarié devant son boss…
    le citoyen devant son banquier ou tout responsable administratif quelconque…
    Ici tout tourne non pas autour de la question de l’égalité mais de celle de « trust »/ confiance. La thèse dominante est que dans ce domaine, par définition, les théories contractualistes ne serviraient à rien (ce n’est pas mon point de vue).
    Inutile de vous dire que les libéraux n’aiment pas du tout, mais alors pas du tout ce genre d’approche.

    Après ce bref détour, raccrocher ce que je viens de dire à un exemple précis:
    Au cours d’un entretien avec votre conseiller, à la banque, celui ci vous conseille un placement X Y ou Z.
    Vous savez également qu’elle touche une partie de sa prime sur les comissions qu’elle prend sur ce genre de produit. Bien sûr vous le savez, mais elle ne vous l’a pas dit.
    Dans la mesure ou elle ne vous a rien dit, vous êtes placé devant le dilemne suivant: s’agit t-il d’une action de « conseil », ou d’une action de « vente »?
    De quoi est-elle responsable? De quoi son boss est-il responsable? De quoi les parlementaires sont-ils responsables? De quoi les lobbyistes qui ont fait pression pour que l’intéressement à la vente ne puisse faire l’objet d’aucune poursuite sont-ils responsables?
    Pour ma part, elle reste libre de fournir un conseil, qui, occasionnellement, peut s’avérer rentable pour elle. Mais elle n’a pas d’excuse, à moins que son salaire « de base » ne lui permette pas de vivre décemment. Toutefois si demain une loi venait l’interdire, il n’y aurait selon moi aucun injustice à ce que cette conseillère, le boss et les lobbyistes soient lourdement condamnés. Certes, ils n’ont violés les droits de personne. Et certes, ce qu’ils faisaient était légal. Mais ils ont agit en mettant en avant leurs intérêts individuels, oubliant qu’ils étaient tenus, en tant que citoyen, de les faire passer en second. Pire ils ont sapé les bases sur lesquelles repose la stabilité de la communauté politique: la confiance. Généralisez ce genre de pratique à touts les dimensions de la vie sociale, et vous obtenez le climat d’impunité généralisée qui sévit aujourd’hui. Pour un autre exemple immédiat: le problème posé par « la non assistance à personne en danger ».
    (Bien sûr un américain moyen estimera que dire des citoyens qu’ils sont tenus de faire passer ce rôle politique et social fondamental avant tous leurs intérets privés apparaitra comme du « communisme ». Ce faisant ils nient nos intuitions sur ce qui est juste d’autoriser le banquier à faire dans le cas particulier cité plus haut… on ne peut pas en effet méconnaître l’avantage informationnel que le professionnel a sur le client qui est lui tout a fait dans son rôle normal lorsqu’il fait confiance…).
    La SEULE loi que nul n’est censé méconnaître ici, c’est le genre de relation fondamentale qui lit un citoyen à un autre, et qui est inscrite dans la constitution. Quelque chose qui ressemblerait à la « philia » (de tres loin je vous l’accorde).
    De celle-ci découle toutes les autres. Notez que ceci autorise à pénaliser l’intention ou la négligence.
    Donc ce qu’il faut faire: changer la TOTALITE du Droit existant, dans quasiment tous les domaines. Changer « l’esprit de la loi ».
    C’est d’ailleurs dans ce sens que Rousseau fait passer les lois de l’honneur avant la loi. Parce que si ce n’était pas le cas on aboutirait à rendre acceptable les comportements déshonorants mais légaux. Le fait qu’on ait substitué le pseudo concept de « dignité » au concept d’honneur (qui etait certes imparfait mais qui aurait du être repris à nouveaux frais) en dit également long… sur notre abandon de principes démocratiques élémentaires. Bref on est aujourd’hui tenu de ne pas ignorer des lois qu’il est impossible de connaître mais on est parfaitement libre d’ignorer les principes de fond qui animent la constitution du peuple- au sens de ce qui le constitue, l’édifie en tant que tel.
    (Et ce n’est que dans CE cas précis que la punition a posteriori est juste; si on ne peut pas rattacher le comportement incriminé à un viol de la constitution en tant que politheia il n est bien sur pas possible de punir, sans quoi on serait dans l’arbitraire le plus total et vous auriez raison).
    Notez que ceci implique de faire de la fonction legislative une espece de fonction judiciaire et de chaque citoyen un juge. Rawls est tout pres de cette idee quand il decrit le juge et non pas le parlementaire ou l elu comme un « super citoyen ». On retrouve là l’idée classique du « jus » qui signifie à la fois le droit et la justice. Cette intuition qui veut que la fonction judiciaire soit la dimension la plus importante était très présente en Islam.

    En ce qui me concerne je n ai AUCUN espoir pour l Occident. Les peuples ont perdu toute cohésion qui repose vertu au sens romain, politique du terme. (L’accord unanime pour défendre les intérêts de la communauté ce n’est pas de la « philia », c’est juste une autre forme de rapacité). C’est comme ca que les Empires s’effondrent. Toujours d’abord de l’intérieur. Les choses sont déjà allées beaucoup trop loin…

  5. Pour ce qui est de Rancière, j en ai lu trop peu pour en parler. Si effectivement la démocratie est ce qu’il dit qu’elle est (enfin de ce que j’en comprends), alors je ne suis pas démocrate, et il peut peut être me classer dans la catégorie de ceux qui la haïssent.

    Nous avons toutefois un point commun, avec Paul J. aussi, si j’en juge par ce que je lis sous sa plume, à savoir le fait d’éprouver la nécessité d’un certain retour à la pensée classique, et à Aristote en particulier.

  6. Puisque l’on parle de pensée classique, et que les remarques que fait Antoine sont très intéressantes, j’aimerais faire connaître l’ouvrage d’un penseur suisse, Emer de Vattel, qui a concentré en quatre livres ce qu’est un état-nation, et comment celui-ci doit fonctionner sous divers rapports.
    Cet ouvrage se nomme « Le Droit des Gens, ou Principes de la Loi Naturelle appliqués à la conduites des Nations & des Souverains ».
    Le livre I, intitulé « De la Nation considérée en elle-même », se trouve ici :
    http://www.larecherchedubonheur.com/article-28500919.html
    et le livre II, intitulé « De la Nation considérée dans ses relations avec les autres », ici :
    http://www.larecherchedubonheur.com/article-28543261.html

    Bonne lecture,
    Jean-Gabriel Mahéo

  7. J’aime bien ce que vous dites Bernard. Peut-être êtes-vous celui que je cite plus haut. Je n’attends pas de confirmation ni infirmation à cet égard.

  8. Bref rappel de ma position sur cette question du complot.

    Dans Complots et thèse du complot :

    Les vrais complots existent bien entendu : il arrive que des gens se réunissent en secret et décident d’agir ensemble et dans l’ombre. Toutefois la vulnérabilité de la thèse du complot, c’est que son économie fait d’elle une explication par défaut tentante dans tous les cas envisageables. En effet, si l’on ignore une partie importante de la manière dont quelque chose fonctionne, il est extrêmement pratique de remplacer le bout d’explication manquante par l’action supposée de quelques hommes ou femmes résolus. Il est même possible, dans les cas où l’on ne comprend absolument rien du tout, de produire comme explication globale la volonté de quelques personnages déterminés, voire même celle d’un seul. On parle dans le premier cas de religions « polythéistes » et de religions « monothéistes » dans le second.

    Si la chose que l’on cherche à expliquer est néfaste et que l’on nourrit du ressentiment à l’égard d’un groupe particulier, il est très tentant, du point de vue de l’affect, de supposer à la place du mécanisme réel – qui peut être extrêmement complexe – la conspiration d’un certain nombre des tristes sires en question.

    Dans Le comploteur comme Moi-Idéal :

    Ce comploteur, sûr de lui, qui planifie tous ses mouvements, qui agit au moment décisif et parvient toujours à ses fins, j’ai aujourd’hui un soupçon : c’est l’envers de nous-même. Mieux : c’est la figure que nous aimerions être, ce qu’en psychanalyse on appelle le Moi-Idéal.

  9. @Bernard

    Partager le surplus de richesse permis par un prêt et payé sous forme d’intérêt à un épargnant ne me choque pas outre mesure.
    Partager un surplus de richesse permis par un prêt et payé sous forme d’intérêt à la collectivité qui serait la seule à avoir le droit d’émettre de la monnaie (monnaie de crédit évidemment) ne me choquerait pas du tout : la condition sine qua non est que toute la monnaie soit émise par une banque centrale et que tous les intérêts reviennent à la collectivité par cette entremise
    Partager un surplus de richesse permis par un prêt issu de création monétaire privée (ce qui est le cas de plus de 90% de la monnaie utilisée) avec des banquiers qui gardent pour une partie de la population les bénéfices de cette « production » , en nous enfonçant en plus la tête dans une matière peu odorante lors des bulles dont ils sont responsables, alors là oui, je suis choquée!

  10. @ Paul Jorion :

    Votre opinion sur les complots et les risques de dérives de la supposition « à priori » du complot est très raisonnable, et je la partage.
    Cependant, si face à un évènement social nous sommes plongé dans l’ignorance totale ou partielle quant à ses origines, ce n’est pas une raison pour abandonner le principe que, dans l’histoire humaine, tout est résultat de décisions libres d’individus ou de groupes d’individus, selon des objectifs plus ou moins élaborés, et qui peuvent être plus ou moins correctement lus dans l’évènement social consécutif examiné (cf votre article « People vs John Thain »).

    On détecte selon moi assez facilement la tentative de créer un bouc émissaire lorsqu’on tente de désigner une classe entière ou un groupe anthropo-culturel entier comme responsable d’un évènement, évènement qui est à l’évidence totalement hors de portée des possibilités politiques, économique, sociales et/ou culturelle de ce groupe. Mais quelque chose m’échappe peut-être sur cette question.

    Comme le pauvre Denis Robert l’a montré, des preuves, on en trouve, si l’on en cherche. Il est vrai que, dans son cas elles lui ont coûté très cher.
    Mais pour tous les évènements sociaux, on peut remonter vers la cause et établir à chaque étape suffisamment de preuves, présenter suffisamment de faits, pour étayer ou rejeter une hypothèse donnée. Ce qui manque très souvent, ce ne sont pas les preuves, c’est la volonté d’enquêter (Voir entretien avec Dominique de Tallancé , juge d’instruction démissionnaire du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris, du 16/02/2008).
    Comme vous dites : « Là encore, allez savoir pourquoi. »

    Je suis un opposant résolu à toute tentative d’explication d’un évènement par une mécanique sociale déterministe hors de portée du libre entendement humain.

    Cordialement,
    Jean-Gabriel Mahéo

  11. @Anne.J

    Mais nous sommes tout à fait d’accord!

    Je n’envisageais d’interdire que la création monétaire « directe » créée par les intérêts.

    Si l’emprunteur produit de la richesse avec le prêt remboursé, celle que vous appelez « permis par le prêt », celà ne me choque pas outre mesure que l’emprunteur en tant qu' »entrepreneur » soit rémunéré sur cette richesse, à la condition que la collectivité prenne sa juste part à ce surplus.

    Les conséquences:

    – l’épargnant voit son épargne garantie, et son épargne est disponible pour investissement.
    – l’entrepreneur est parfaitement identifié et sa prise de risque est rémunérée.
    – les banques ne produisent plus de monnaie et le distinguo entre banques centrales et privées n’a plus de raison d’être.
    – les investissements (publics, privés ou entreprenauriaux) sont débarrassés de la dette financière
    – toutes les arnaques relatives à la tromperie sur les intérêts composés mal compris sont supprimées

  12. @ Barbe Bleue (toute)

    Susceptible ? Sans doute, on ne se refait plus à mon âge, mais en tout cas absolument pas rancunier au-delà du conflit, si conflit il y a. Mon antidote à la rancune réside alors dans la dérision (Jeannot Gaby, Jolly Jumper etc.).

    Si vous me connaissiez réellement, vous sauriez aussi que je ne considère jamais personne comme un abruti à priori. Mais, et c’est tout le problème d’internet, il est très difficile justement d’appréhender les personnes derrière tous ces noms ou ces simili noms qui défilent sur un écran gris. Les discussions très théoriques que nous avons ou nous efforçons d’avoir tous ont tendance à renforcer cet inconvénient. Pour peu que la forme vienne à déraper, il est alors très facile de déraper soi-même.

    Non je ne mets pas M. Mahéo dans le même sac que thierry doré mais je déteste les tons d’emblée péremptoires (si Fouquier tinville revenait il traiterait tout par blog), peut-être tout simplement parce qu’il s’agit aussi d’un trait de ma propre personnalité dont je ne suis pas fier et que j’essaie de réfréner en tant normal ?

    Sur le plan du fond, je vous situe encore moins sur le même pied que ceux cités précédemment, mais je me suis servi de votre intervention pour rebondir EN GENERAL sur ce problème du complot qui a été maintes fois abordé en ces lieux.
    Il s’agit d’un procédé qui est souvent employé dans les blogs -tout bonnement parce que la forme d’echanges « en cascade » s’y prête- mais il a l’inconvénient de faire croire à celui qui sert de marche pied que la totalité de l’adresse est pour son compte personnel. Ce qu’il semble vous être arrivé.

    Donc, je vous précise que mon coup de pied à la fourmilière pour écraser la reine ne vous était pas destiné particulièrement. Je savais très bien que vous n’étiez qu’un Barbe Bleue sans barbe et sans château –c’est tout à votre honneur, je ne suis moi-même qu’un chat botté en raquettes- et que vous ne sauriez conserver la reine occise dans l’un de vos placards (cela dit, que cela ne vous dispense pas de lire le livre de Steiner).

    En tout cas merci d’avoir pris le temps de répondre si longtemps à mes propos, et dans des termes qui me donnent à penser que nous avons effectivement pleins d’amis communs –je ne parle pas seulement des cochons bien sûr (je viens d’être opéré et, convalescence oblige, je ne peux pas trop cavaler, ce qui me manque beaucoup !).

    D.D.

  13. @Bernard
    Ayant beaucoup de mal moi-même, à considérer ne serait-ce que le crédit comme facteur indispensable au développement des sociétés, bien que réclamé à grands cris par tant d’économistes, je ne vous parle pas des intérêts qu’on y colle dessus !!
    Il faut être « crédible » ( devrait-on dire solvable ?) par rapport aux gens que l’on veut associer à tout projet, et qu’eux vous fassent en échange, don, de leurs premiers efforts pour commencer à créer à partir de rien, okay, je vois un premier départ justificatif. Mais je doute théoriser correctement.
    Alors je vois aussi le crédit motivant par sa forme carotte et bâton, afin de bien créer, « ex nihilo », une forme d’impulsion à en faire plus que de se contenter de glander, attitude que certains caldoches pourraient avoir reproché aux kanaks, pour prendre un exemple en couleur. Les kanaks et le crédit ? Autant dire que les fusées ne sont pas encore parties pour la lune.
    Penser depuis de telles idées, une fois le crédit mis en place, on verra vite les moyens d’en abuser grâce aux intérêts. Faut dire que c’est tentant. Voire irrésistible.
    A partir de la situation de crédit généralisé dans laquelle nous vivons ( je rappelle que dans le plan étasunien, on parle de relance pour réanimer le crédit salvateur identique à ce qu’il a toujours été, et de croissance dopée, encore, celle-ci prenant pour l’occasion la couleur verte, ben voyons ) il ne suffirait pas de dire : « il faut que… », il faut surtout envisager un chemin par où cela se mettrait en place, les décisions concernant les états étant plutôt prises depuis des positions où on ne tire que des avantages de ce crédit « indispensable », et le plus rémunérés possible pour les créditeurs.
    Le passage catastrophique appelant le « plus jamais ça » est peut-être indispensable?

    @Anne J
    Le problème majeur de la banque centrale est qu’elle est centrale. Qui la contrôle contrôle le monde, donc les batailles de pouvoir s’articule autour de la banque centrale. Si vous croyez à la création ex nihilo par les banques commerciales et pensez que vous règleriez ce problème en renforçant la banque centrale, vous risquer surtout de renforcer un autre problème, auquel je ne trouve pas encore d’autres solutions que celles passant par des propositions très naïves, tel que, transparence absolue ( ne rigolez pas ! ), désacralisation de l’argent ( houps, j’ai encore failli m’étouffer tout seul ), respect des autres en conscience collective de ce que doit être une société sur le long terme ( celle-ci aussi est pas mal ). En résumé, on a un gros tracas avec une structure qui centralise tout, alors qu’un modèle stable appellerait plutôt une répartition maximum. La monnaie n’est donc pas ce qu’elle devrait être, si on ne peut pas la considérer comme un circulant élément anodin ou presque, indépendant, quant-à sa valeur, d’une ou de ces sources émettrices.

    @Daniel
    Mais c’est plus marrant de s’en prendre parfois à quelqu’un.

    D’ailleurs, vous n’auriez pas fait cette remarque particulière à propos d’Angleterre et du nazisme, je n’attrapais pas la balle au bond.
    Je n’ai guère de doute pour le partage d’une source avec Jean-Gabriel Mahéo, en la personne de Annie Lacroix-Riz, dite la fouineuse, et pleine d’ennemis qui ne lui font pas de procès malgré les différents, car ils se doutent qu’ils vont se prendre une raclée, car elle est aussi laborieuse, et collectionneuse, pouvant appuyer tout ce qu’elle raconte sur des dossiers de l’épaisseur de ce que je ne serais jamais capable de lire pendant mes heures les paupières relevées cumulées jusqu’à la fin de ma vie.
    Elle prétend que l’or espagnol gardé physiquement à la Banque d’Angleterre, a été retenu pendant la guerre civile, alors qu’il était réclamé par les républicains.
    La guerre remportée par les Franquistes, l’Espagne fut autorisée à régler ses dettes pour aide militaire à l’Allemagne, payement en or, une partie de l’or gelé pendant la guerre et en dépôt à Londres, sous responsabilité de la banque de France. C’est beau comme un conte de Noël, non ?!!
    J’aime bien l’histoire quand elle est censée venir droit des archives et qu’elle ne cause pas pareil que l’histoire officielle.
    Les détracteurs de Mémé Lacroix-Riz, lui reproche son fort travers à gauche, puisqu’elle peut, par inadvertance, présenter une forme de nostalgie pour les Soviets, y compris sous Staline, celui-ci étant d’histoire officielle, un type irrécupérable à 100%, entre autres types irrécupérables. Ce qui doit expliquer pourquoi un monstre comme Saddam Hussein ait été pendu express pendant qu’on avait l’occasion de faire du bien pour les livres d’histoire bientôt distribués dans toutes les classes au dessus du cours élémentaire.

  14. @Historiens
    prenez-vous en à Annie la pétroleuse !!

    Extrait piqué sur agoravox
    Tous des enfoirés !

    JCG  : Au cours des années 30, à plusieurs reprises, les dirigeants de la Banque de France ont été pressés de remettre de grandes quantités d’or aux fascistes lorsqu’ils prenaient le pouvoir, en Espagne, ou directement aux nazis.
    Annie Lacroix-Riz  : Les grands banquiers ont remis à Franco le reliquat (40 tonnes) des réserves d’or confiées à la Banque de France par la République espagnole en avril 1931 (pas par le Front populaire de 1936), après avoir exercé sur l’État français depuis l’été 1936 (dès le putsch franquiste italo-allemand, donc) une pression écrasante en ce sens. Ils n’ont pas oublié d’exiger – et ils ont obtenu du même État que les conséquences de cette forfaiture ne pesassent que sur ce dernier, c’est-à-dire sur le contribuable français  : Daladier et son équipe, notamment Reynaud, alors ministre des Finances, leur ont concédé une garantie étatique contre toute poursuite ultérieure, inéluctable si le régime de Franco n’avait pas survécu. Ils ont naturellement veillé à ce que l’État eût la responsabilité officielle de la livraison du métal, stipulée par l’article 1er des accords Bérard-Jordana du 25 février 1939 et effectuée en juillet. La Banque de France avait procédé de même – mais le dossier avait en l’occurrence moins de répercussions intérieures directes – pour remettre sans la moindre hésitation, ni le moindre délai à la Reichsbank l’or de la Banque nationale d’Autriche, au lendemain de l’Anschluss, puis de celui de la Banque nationale de Tchécoslovaquie, au lendemain du 15 mars 1939. Ces excellentes façons étaient considérées par les banques centrales (de France et d’Angleterre) comme de nature à entretenir ou améliorer encore les excellentes relations que les milieux financiers des pays «  démocratiques  » voulaient à tout prix maintenir avec le Reich hitlérien. Ces dizaines de tonnes d’or, autrichien puis tchécoslovaque – utilisées par le Reich pour ses achats extérieurs de matières premières indispensables à la conduite de la guerre imminente, reposaient physiquement dans les serres de la Banque d’Angleterre avant d’être confiées, pour mise à disposition de la Reichsbank, à la Banque des règlements internationaux de Bâle (BRI). Tous ces partenaires – les Américains compris – s’étaient regroupés en club des banques centrales depuis l’été 1930, en vertu du Plan (américain) Young de liquidation des réparations allemandes, fondateur de cette BRI qui existe toujours. La même Banque des règlements internationaux, quand l’URSS prétendit, en 1940 (puis à partir de 1944), récupérer les réserves d’or des banques centrales des Pays Baltes, lui opposa un veto catégorique et définitif. L’affaire ne fut réglée qu’en 1992, après la mort de l’URSS et le retour des trois États dans le giron du capitalisme mondial, dans le cadre de leur réadhésion à la BRI

    Bon alors, ce n’est pas un complot. Mais ce serait un petit arrangement sympa entre personnes partageant quelques visions en commun.

  15. @il restera encore ce commentaire intermédiaire adressé à Bernard en double. Sorry again about the disturbance, Sir the storage cleaner

  16. Le complot dont certains parlent est pour moi une entreprise de domination intellectuelle dans le cadre d’une lutte de classes. Pour qu’un système économique aussi injuste en Occident où, depuis une trentaine d’années, la répartition des revenus est de plus en plus favorable aux plus riches, il est nécessaire de disposer d’une superstructure justifiant les évolutions politiques.

  17. votre article est intéressant, mais je pense que vous allez très vite sur la disparition annoncée de la spéculation purement financière.
    les marchés dérivés sont loin d’être morts, et reviendront en puissance dès que l’économie réelle et la pompe à liquidités seront reparties. les techniques de produits dérivés sont loin d’être épuisées à mon sens.

  18. @ A,

    Pourquoi pas. Et pourquoi vouloir rejeter absolument une théorie ? N’y a-t-il pas un nombre incalculables de théories farfelues qui ont été prises en compte, notamment en physique, et qui ont permis de comprendre bien des « réalités » ? Ne sommes-nous pas en présence d’univers parallèles : dans l’un ce serait les lois économiques qui domineraient, dans un autre des comploteurs qui laisseraient croire que ce sont lesdites lois qui dominent, etc ?

  19. @barbe-toute-bleue (De froid ?, courage, elle ne devrait plus tarder à fleurir!)

    Je n’ai pas tout saisi concernant l’exposé sur le crédit.

    Je partage par contre largement l’idée que sa promotion actuelle est indécente, et je suis à peu près sûr que ce battage est initié par tous ceux qui font de l’argent facile derrière, et que donc la suppression de l’intérêt financier mettrait un bémol à la chose.

    Intéressant débat sur le complot, on devrait toujours lire les auteurs qui prétendent nous diriger ou nous éclairer avec plus d’attention:

    C’est vrai, de A.Hitler avait écrit Mein Kampf avant de passer aux actes; de même les économistes libéraux (Riccardo je crois) ont posé le principe de la supériorité de l’exploitation maximum de l’avantage comparé, avant que la mondialisation leur permette de mettre en pratique de façon rationnelle.
    Je ne suis pas sûr que la différence soit fondamentale: on peut aussi y trouver les gagnants, les camps de travail, les déportés et leurs Kapos.

    Par ailleurs, je trouve bien pertinente et actuelle l’interrogation de Jean Gabriel Mahéo, si on l’applique à l’EVENEMENT fondateur de la politique occidentale du XXIème siècle.

    « On détecte selon moi assez facilement la tentative de créer un bouc émissaire lorsqu’on tente de désigner une classe entière ou un groupe anthropo-culturel entier comme responsable d’un évènement, évènement qui est à l’évidence totalement hors de portée des possibilités politiques, économique, sociales et/ou culturelle de ce groupe. »

    Et de plus, si un autre immeuble new-yorkais venait à d’effondrer sous un banal incendie, comme on le sait possible depuis le rapport complémentaire, qui donc serait responsable ces victimes ?

  20. @A.

    Le gros problème avec les complots c’est que leur évocation dessine toujours une ligne de partage franche entre, d’un côté une bande délimitée de salauds planificateurs qui sauraient diaboliquement comment parvenir à leurs fins, et de l’autre, une masse indéterminée de gentils ignorants.

    Exit donc de la théorie du complot, l’hypothèse pourtant fort intéressante, d’une réelle incompétence de nos élites dirigeantes. Or, qu’est-ce qui vous permet d’affirmer, ou tout du moins, de négliger, l’argument prioritaire selon lequel le manque d’anticipation et de réponse [ donc de recul, donc de distance, donc d’originalité ] face à cette crise, n’est pas, plus prosaïquement je dirais, le résultat, certes assez stupéfiant mais cependant objectif, de cerveaux dirigeants malheureusement tous formés à la même école et au final fort peu aptes à répondre à des défis nouveaux.

    Exit également de la théorie du complot, l’adhésion sincère et confiante (pauvres d’eux!) presque de bord en bord de l’échiquier politique depuis plus de trente ans, à l’équation mythique : Lois du marché + Spéculation = Progrès.
    Or – sauf bien sûr à supposer malignement que cet état est feint – qu’est-ce qui pourrait expliquer le profil bas de certains parlementaires européens socialistes évoqués par Paul Jorion à son retour de Bruxelles, si ce n’est justement une brusque et évidente désillusion de ceux-ci ?

    Mais surtout : exit de votre merveilleusement binaire théorie, les relais. Les complices. La porosité des idées. Le complexe et l’humain. Exit par exemple, la cupidité, la peur et la défense de ses propres intérêts, à tous les étages de l’échellon social. Aussi – même si je doute fort que Sénèque ou Freud fassent partie de la liste des Grands Libérateurs de Jean-Gabriel Mahéo, ou de votre propre liste de grands-quelque-chose [enfin peut-être Gandhi, si j’ai un peu de chance… ], permettez-moi, pour filer la métaphore cinématographique du moment, de vous poser la question à un euro : vous en connaissez, vous, des vagues sans gouttes d’eau ?

    @Linda Seredes (D.Dresse).
    La selle est prête, la campagne est là, manque plus que l’amorce du printemps !
    D’ici là, je vous souhaite une bonne convalescence.

  21. @ Barble bleue (toute)

    Dernière mise au point avant de passer à autre chose.

    L’histoire de l’embargo sur l’or de la république espagnole par la banque de France et sur « amicale » pression de la banque d’Angleterre (cela tombe mal, après les premières réformes du front populaire, le franc est en train de plonger) traîne dans tous les ouvrages sérieux consacrés au sujet par les historiens. Si cela vous intéresse lisez par exemple celui de Thomas Hugh (damned ! un anglais !) dans la collection « Bouquins ».

    Pour ce qui concerne l’attitude des élites occidentales en général et des milieux d’affaires en particuliers vis-à-vis du Reich je répète que nous sommes dans la géopolitique d’une période historique donnée, et non pas dans le complot.
    Procurez vous des extraits de la presse conservatrice, anglaise ou française, de l’époque, et vous constaterez qu’il n’y a rien de ce que vous pressentez qui n’explose littéralement au visage quand vous lisez ces journaux là. Hier comme aujourd’hui, la « pensée unique » reflétait les tendances intellectuelles du temps (l’ordre des « superstructures », pour faire le marxiste).

    Je répète aussi que, jusqu’à l’invasion de la Tchécoslovaquie qui fait office de révélateur, les mêmes élites occidentales sont restées aveugles devant le danger hitlérien, la principale menace pour le monde capitaliste aux abois étant représenté par la Russie bolchevique.

    En France, ceux qui persisteront dans leur aveuglement rejoindront, les yeux fermés, les rangs de la collaboration. En Angleterre, c’est une toute autre histoire. Parmi tous les jeunes fils de famille qui formeront l’essentiel des pilotes de la RAF et gagneront la bataille d’Angleterre, on retrouvera pas mal d’anciens dandies sympathisants mondains du Reich allemand.

    Quant à la nature de cet aveuglement, en tout point similaire à celui d’aujourd’hui dans un autre contexte, Stubborn l’a décrite encore mieux que je ne le ferais (merci pour elle et surtout de prendre bien soin de mon canasson adoré, je respire !)

    Amicalement.

  22. @ Stubborn :

    Ghandi fait partie de mes grands libérateurs.

    Une question : si l’on admet l’incompétence totale ou partielle de nos élites dirigeantes, il n’en demeure pas moins que la catastrophe qui leur tombe sur les bras – et sur nos têtes, par Toutatis – ne provient pas uniquement de causes physiques, biologiques et/ou sociologiques déterministes, hors de portée de la compréhension et du libre arbitre humain, n’est-ce pas ? Des hommes en sont à l’origine.
    Qui plus est, des Whistle-blowers, il y en a tout le temps, qui préviennent, secouent, ameutent, communiquent. L’un des premiers de l’après-Guerre fut l’ex-vice-président Henry Wallace (un extraordinaire personnage), après la mort de Roosevelt et contre l’administration Truman. Le maitre des lieux, monsieur Paul Jorion, n’en est-il pas un depuis 2006 ?

    La question de savoir qui savait quoi et quand devra se poser équitablement, et l’ignorance, quant on est aux affaires, n’est pas une excuse.

    Sur votre second point, je me désole tous les jours de voir nos enfants sortir lobotomisés de science-po, de HEC ou autre école de commerce ou fac d’économie, où ils sont gavés depuis plus de trente ans de doctrines économiques et sociales inhumaines. Qui plus est, l’enseignement supérieur est quasiment dictatorial, l’originalité n’est pas de mise, encore moins la remise en question.
    Quant à ces députés frappés de désillusion, ha!, j’ai du mal à le croire! Ou alors, il faut trouver un moyen de mieux choisir nos représentants, car l’équation mythique est particulièrement primaire. Non, plutôt que l’adhésion sincère et confiante, je crois plus à l’indulgence intéressée de certains d’entre eux et à cette vieille culture du compromis et du retour d’ascenseur chez les autres.
    Ceux qui font la grimace aujourd’hui sont certainement en train de mesurer le prix de leur souplesse morale, eux qui ont « laissé faire » depuis trop longtemps. En 71, en 74, en 78, en 81, en 83, en 87, en 89, en 91, 92, 95, 96, 97, 98, 2000, 2001, 03, 05, 07, 08 et aujourd’hui, toutes ces années ont vu des crises graves secouer l’industrie, la finance, les nations. Combien catastrophes faut-il pour qu’un élu comprenne ? La présomption d’ignorance est quand même très maigre.

    Sur votre troisième point, vous manquez de charité envers la population : il est dans la nature des choses qu’un peuple, ayant choisi ses dirigeants, se soumettent à la volonté de ceux-ci, puisque l’élection est une délégation de pouvoir. Dans le cas d’une tyrannie, le peuple, soumis par subversion ou par force et raisonnablement effrayé par les rigueurs de la répression, ne fait que tolérer la puissance usurpatrice tant qu’elle pourvoit au bonheur suffisant du peuple (l’exemple des despotes éclairés), mais ce même peuple sera plus ou moins prompt à la révolte si le joug devient insupportable.
    Mais c’est un principe naturel que le peuple ne veut jamais volontairement son propre malheur.

    Et si l’on doit mener des responsables devant la justice, cette notion doit être respectée. Ceux qui ont menés à la ruine le ou les pays sont les dépositaires de la volonté publique, ainsi que leurs complices, responsables administratifs, industriels, miltaires, et ils doivent être jugés. Mais l’affreux crémier d' »Au bon Beurre », lui, qui n’est dépositaire de rien que de l’avenir de sa famille, ne doit être soumis qu’aux lois de droit commun. Il ne s’agit pas du tout du même degré de responsabilité, et il est fallacieux de dire qu’un million de salauds à la « Charles-Hubert Poissonnard » sont autant responsables des malheurs de la nation qu’un gouvernement, que des chefs militaires, que des faiseurs d’opinion ou des grands capitaines de la finance, du capital et de l’industrie. Il n’y a rien de plus faux.

    Personne n’a jamais confié son avenir et celui des ses enfants à un « Charles-Hubert Poissonnard ».

    Amicales salutations,
    Jean-Gabriel Mahéo

  23. @ Daniel Dresse :

    Je ne comprend rien du tout à cette phrase :
    « Pour ce qui concerne l’attitude des élites occidentales en général et des milieux d’affaires en particuliers vis-à-vis du Reich je répète que nous sommes dans la géopolitique d’une période historique donnée, et non pas dans le complot. »

    Vous avez l’air de vous attacher déraisonnablement à l’idée que ce ne sont pas les hommes qui font l’histoire, mais des « systèmes » considérés nécessaires par telle ou telle doctrine (la géopolitique anglo-saxonne, les superstructures marxistes), lesquelles doctrines font peu de cas du libre arbitre, au profit de concept de lutte rendus nécessaires par des notions dévoyées de la nature humaine (« homo homini lupus », la dictature du prolétariat.)

    Si l’on peut admettre que ces systèmes ont fondés les décisions des dirigeants de l’époque, il est peu utile d’accuser ces systèmes des catastrophes consécutives. Autant accuser le revolver de l’assassin.
    On peut fort être imprégné de l’air du temps, et n’en être point l’esclave. La doctrine dominante n’excuse pas le crime, elle ne le commet pas non plus, ce sont les hommes qui font l’histoire.

    Votre approche sur la période dont vous parlez manque de rigueur, et vous vous permettez des généralités étourdissantes sur « les élites occidentales » et « les milieux d’affaires » qui effectivement empêchent de voir une organisation. On ne voit plus qu’une masse informe s’agiter de manière désordonnée. La lecture d’Annie Lacroix-Riz est fortement recommandée, si l’on veut voir l’extrême rigueur qu’impose la recherche de la vérité.

    Salutations,
    Jean-Gabriel Mahéo

  24. @Bernard
    Ouais. Ça peut paraitre fumeux. Je mets les sous-titres à propos du crédit, ou plutôt, sous l’hypothèse que je fais, du besoin que doivent en avoir certains.
    Sur les deux points :
    -Si vous avez une bonne idée de projet mais pas une tune pour payer vos maitres d’œuvres, ils ne vont pas vous suivre. Donc, toc toc, s’il vous plait monsieur le banquier, j’ai un projet trop grand pour être accompli par ma paire de mains, pourriez-vous m’aider sans trop m’entuber ?
    -Ensuite carotte et bâton. Vous la voulez votre grosse voiture ? Très bien ! Vous ne remboursez pas en travaillant pour la société qui n’offre presque que des jobs propices à l’épanouissement de l’âme, on vous la saisira, et votre maison avec, si vous en avez une. Ce qui motive à travailler utile, y compris chez les nuisibles oisifs, d’après le vocabulaire néolibéral.

    En fait, j’avais des grand parents ouvriers, ils avaient leur maison, ils avaient de quoi manger sainement tous les jours, avec du vin sur la table, bon, pas de télé, pas de voiture, mais pas de crédit non plus. Ils travaillaient, s’y usaient un peu trop la santé, mais ne se plaignaient pas en permanence de leur mauvais sort ou de leur manque de quoi que ce soit. Peut-être ne les avait-on pas aider à développer suffisamment leur imagination. Quoique, le grand Père d’origine italienne et très remonté contre les abus de position de l’église là-bas, avait en réaction sa carte du PC, comme beaucoup dans le milieu. Ce qui offrait matière à discuter au café, et créait une ambiance sociale, à discuter amélioration de cette vie … sociale ? matérielle ?
    Pour un particulier, le prix du sol, sur lequel on a l’autorisation de faire une plus-value permanente est une aberration. Vivre n’est plus gratuit. Impossible. Et je rejoins Paul, entre autres, sur le fait que l’argent n’est pas là où il faudrait qu’il soit, pour être utile à l’ensemble de la société, ce qui pourtant permettrait d’obtenir une richesse globale encore plus importante.

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