Ce qui a mal tourné. Le point de vue d’un anthropologue.

Ma communication au colloque Fermons le casino : comment construire une économie réelle plus juste et plus forte ? organisé le 3 mars par le groupe socialiste du Parlement Européen.

Les sociétés modernes d’origine européenne se sont bâties sur le schéma d’une structure tripartite où l’on trouve guerriers-pillards, prêtres et gens du commun. Au moment où la démocratie apparaît, l’appropriation de la terre et des ressources qu’elle contient par les guerriers-pillards est en place de longue date. L’héritage avait facilité et renforcé une telle appropriation. Les révolutions bourgeoises du XVIIIe siècle complétèrent le pouvoir fondé sur la force par celui fondé sur l’argent. C’est l’argent qui soutint à partir de là les rapports de force que l’épée avait autrefois instaurés. Au XXe siècle, le colonialisme et, paradoxalement aussi le communisme, assurèrent la mondialisation de cet ordre social et économique d’origine européenne. On évoque aujourd’hui la nécessité d’un « aplanissement du terrain de jeu » ( leveling the playing field), on ignore hardiment ainsi que le terrain ne fut jamais plan.

1. Les stock options ou l’alliance sacrée entres investisseurs et dirigeants d’entreprises

Dans une citation qui ne passa pas inaperçue en 2006 et qu’avait pu extraire de lui Ben Stein du New York Times, le fameux investisseur Warren Buffett avait déclaré : « Oui, il y a bien une lutte des classes mais c’est ma propre classe, celle des riches, qui la mène et nous sommes en train de l’emporter ». La petite phrase marqua le retour en force d’une expression démodée. Il est vrai qu’avec la montée en puissance de l’École de Chicago en sciences économiques, l’expression de « lutte des classes » avait été frappée d’un tabou et les mots « capitalistes » (autrement dit « investisseurs »), « patrons » (ou « dirigeants d’entreprises ») et « travailleurs » (ou « employés », « associés », « membres de l’équipe », etc.) retirés du vocabulaire économique et remplacés par la notion fourre-tout de « masse monétaire », et ceci dans un grand mouvement qui vit les personnes remplacées dans les explications économiques par des « forces physiques ». Ce qui ne signifiait pas pour autant que la lutte des classes avait cessé, ni surtout qu’elle n’avait jamais eu lieu.

L’opération finale et la plus décisive de la lutte fut menée à la fin des années 1970 par le bureau d’études McKinsey qui mit au point les « stock options » grâce auxquelles « les intérêts des investisseurs et des dirigeants d’entreprises seraient une fois pour toutes alignés ». Leur plan réussit, et ceci au-delà de toute espérance.

La répartition des revenus : ce qu’il en advint

Avant que les stock options ne soient inventées, les salariés participaient à un grand jeu des trois nations où les investisseurs et les dirigeants d’entreprises jouaient chacun pour soi. Mais l’introduction des stock options mit fin à cette époque : une alliance sacrée était née et les salariés furent balayés. Leur part du gâteau s’amenuisa de plus en plus et toute tentative de leur part de l’augmenter fut brutalement contrée par les banques centrales soucieuses des masses monétaires, faisant grimper les taux d’intérêt – et du coup le taux de chômage – chaque fois que les salariés faisaient mine de broncher.

Leurs revenus se réduisant, les salariés furent forcés d’emprunter toujours davantage. Les banques commerciales, complaisantes, s’exécutèrent. Parallèlement les sociétés avaient cessé de réinvestir leurs bénéfices et tout le monde emprunta désormais. Les intérêts devinrent une composante de plus en plus lourde des prix. Le « capital » – à savoir l’argent dont on a besoin mais dont l’on ne dispose pas – poursuivit sa concentration dans un nombre de mains qui se réduisait encore. Bien entendu, plus le capital est concentré, moins il a de chances de se trouver là où il pourrait servir utilement.

La spéculation : la montée en puissance de la Société Spéculative

Que faire quand on ne dispose pas de l’argent dont on aurait besoin et que l’on sait pertinemment que travailler davantage ne ferait pas une grande différence ? Acheter un billet de loterie bien sûr. À la fin du XXe siècle chacun avait abouti à cette conclusion et les expressions « bulle financière » et « croissance » étaient devenues synonymes.

On avait cessé d’acheter des actions pour les dividendes qu’elles accordent (la part prosaïque du surplus que la compagnie a pu dégager grâce à votre investissement) mais pour leur plus-value. Pour que ceci devienne possible il fallait transformer la bourse en un casino et la cote de l’action Total ou BP devait se modifier toutes les cinq secondes. Bien entendu rien dans la manière dont Total ou BP mènent leurs affaires ne justifie que la cote de leurs actions se modifie toutes les cinq secondes – pas davantage que tous les cinq jours d’ailleurs. Mais la condition est indispensable pour que la bourse se transforme en un casino où des plus-values colossales seront encaissées. Quand ce beau plan cesse de fonctionner, c’est le krach, que l’on constate en effet tous les quatre-vingts ans environ.

Des émeutes de la faim fomentées par des musées et des hôpitaux

Si le commerce du blé se trouvait uniquement entre les mains de ceux qui ont du blé à livrer ou qui veulent en prendre livraison, son prix serait déterminé par la quantité qui en est produite et celle qui en est requise : ce que l’on appelle communément la loi de l’offre et de la demande. Mais ce n’est pas de cette façon que les choses fonctionnent de nos jours : le prix du blé est déterminé aujourd’hui par les paris que font les grands investisseurs institutionnels : les fonds de retraite, les fondations universitaires, les hôpitaux ou les musées. On pourrait s’attendre – au sein d’un monde rationnel – qu’ils focalisent leur attention sur les pensions à verser aux retraités, sur l’enseignement à dispenser aux étudiants, sur le soin à apporter aux patients ou sur la mise en valeur des œuvres artistiques, que non : ils portent toute leur attention à pousser à la hausse ou à la baisse le prix du blé et ceci pour protéger leurs avoirs, sans se soucier outre mesure du fait que des individus vivent ou meurent du fait de leur spéculation.

Les marchés au comptant ou à terme permettent à ceux qui sont exposés à un risque réel (dû au climat, à l’environnement économique général, etc.) de se couvrir, autrement dit de contribuer à réduire le risque global. Au contraire, ceux qui prennent des positions « nues » sur ces marchés, créent de toutes pièces un risque qui n’existait pas préalablement. La couverture procure une assurance alors que les positions « nues » ne sont rien d’autre que des paris créateurs de risque pour les parties impliquées et pour ceux qui dépendent d’elles. La fonction assurantielle de la finance protège l’économie alors que les paris la tuent. Les politiques adoptées en haut-lieu devraient en tenir compte. Le moyen de prohiber les paris sur la fluctuation des prix est simple et bien connu : il est expliqué dans la norme comptable américaine FASB 133 où il sert à déterminer deux traitements fiscaux distincts pour les positions de couverture et les positions nues. FASB 133 devrait être mise à jour et transformée en une interdiction pure et simple de la spéculation sur les marchés des matières premières.

Recommandations

Mettons fin à l’alliance sacrée entre investisseurs et dirigeants d’entreprises : elle détruit en ce moment-même le tissu social. Interdisons les stock options.

Débarrassons les banques centrales de l’idéologie monétariste : les sociétés humaines ne sont pas faites de masses monétaires mais d’êtres humains. Les banques centrales ont mieux à faire que de prendre systématiquement parti pour les investisseurs et les dirigeants d’entreprises contre les salariés.

Appliquons sans tarder une politique fiscale appropriée pour augmenter les chances que le capital se trouve là où il est effectivement utile.

Fermons le casino : interdisons la cotation continue sur les marchés au comptant et à terme.

Interdisons aux spéculateurs l’accès aux marchés des matières premières : interdisons les aux « non-négociants ». Permettons à ceux-ci de focaliser à nouveau leur attention sur ce que la société attend d’eux : enseigner, guérir et favoriser l’accès du public aux œuvres d’art en vue de diffuser la culture.

Encourageons les opérations d’assurance et interdisons les paris sur la fluctuation des prix.

Partager :

74 réflexions sur « Ce qui a mal tourné. Le point de vue d’un anthropologue. »

  1. Avez-vous eu des réactions « de ces décideurs » depuis votre intervention vous ont-ils recontacté pour approfondir le sujet ou bien le malaise d’avoir cru à l’idole de la finance est trop fort pour oser s’en détourner complètement ?

  2. allez-vous vous engager politiquement ou pensez-vous simplement conseiller les politiques qui semblent enfin attacher de l’importance à « votre politique ». Un programme moderne doit s’inspirer de vos explications et de vos solutions. Mais ici, nous avons l’école Minc…

    en aparté : je ne crois pas avoir vu cité le nom d’Emmanuel Todd sur ce blog, il fut lui aussi un précurseur en 2002 avec son livre : « Après l’empire ».

    cordialement

  3. Un extrait d’un article du monde que je signale juste par malice :
    « Le récent Prix Nobel entend « l’argument selon lequel notre culture n’aime pas les nationalisations », mais, dit-il, les temps changent : les Etats-Unis n’avaient pas plus de tradition de renflouement massif des secteurs sinistrés, mais ils s’y sont bien vite habitués, ironise-t-il »

  4. N’importe quoi ce post !

    L’auteur n’a jamais été entrepreneur, le coeur de l’économie, il ne connaît pas le prix du risque (qui vaut très cher).

    Résoudre tous ces problèmes se ferait avec le Dividende Monétaire, et l’interdiction de prêter (créer de la monnaie temporaire), plus que la somme de ses dépôts et dans une proportion décente des actifs des prêteurs.

    Le dividende monétaire permettrait la préconisation de Friedman = +5% / an d’augmentation de la masse monétaire
    Le dividende monétaire permettrait de créer une monnaie positive incompressible (donc plus de Credit Crunch).
    Le dividende monétaire participerait fondamentalement à la répartition des richesses entre tous les hommes sans aucun autre instrument bdion, laissant à chacun le choix d’investir, consommer, ou thésauriser.

    Il faut passer au Système Monétaire 3.0 avec le Dividende Monétaire :
    http://creationmonetaire.blogspot.com/2009/02/changeons-le-systeme.html

  5. Ces recommandations sont incompatibles avec le matérialisme moniste (continuum du minéral à l’humain) puisqu’il est évident que vous introduisez ainsi une rupture ds le jeu des valeurs … entre ce qu’est une décision humaine d’être supposée morale, et les petits jeux de choix entre des valeurs en utilisant l’intelligence pour piper les cartes!

  6. Bravo,beau coup de pied dans la fourmilière.

    En 1966 Charles De Gaulle disait « la politique de la France ne se joue pas à la corbeille » hélas la corbeille a été mariée à Euronext puis NYSE » .

    L’Europe ne dit pas ce qu’elle fait ; elle ne fait pas ce qu’elle dit. Elle dit ce qu’elle ne fait pas ; elle fait ce qu’elle ne dit pas. Cette Europe qu’on nous construit, c’est une Europe en trompe l’œil.  » Pierre Bourdieu.

    Certains élites nous ont trahis.

  7. @ Paul
    Je m’associe à la question de Sophie Leroy.
    En ce temps de préparation des élections Européennes, quelle a été la réaction de nos braves députés socialistes ?
    Y a t-il eu des commentaires ? ou des annonces d’action, de propositions à venir ?
    Ces gens, très bien payés, vous ont ils paru décidés à bouger dans le bon sens……au moins quelques uns …..?

  8. Très bonne analyse et en plus avec des propositions concrètent et de bon sens. Maintenant comment faire pour que de telles propositions soient entendues et puissent être mises en place. C’est là me semble-t-il le point le plus difficile. En effet, je ne crois pas que les élites soient d’accord pour changer de vie, perdre le pouvoir et profiter de la main d’oeuvre bon marché pour s’engraisser.

    Nous sommes dans une société ou comme le dit Paul de moins en moins de personnes possèdent le capital, et ce sont ces personnes qui fixent les règles du jeu. En mettant en place leurs pions politiques (arrengueurs de foule et mystificateurs) , qui sont tellement sensibles aux lobbying, qu’ils en oublient leurs devoirs. En détenant, Les médias prestidigitateurs, qui transforment les informations pour qu’elles aillent dans le sens de ceux qui les paient et j’en passe et des meilleurs…

    Alors, il va falloir retrousser nos manches pour arracher la mauvaise herbe:)

  9. @ Laborde Stephane

    Si l’entrepreneur est le cœur de l’économie
    Si l’argent des investisseurs en est le sang, les salariés en sont les muscles

    Vous pouvez éructer autant que vous voudrez, ces trois éléments sont interdépendants et indissociables.

    Votre entrepreneur s’il est seul ne vaut pas mieux qu’un cœur chez mon boucher: pas grand chose et juste bon à se faire croquer.

    Les remarques de ce post sont frappées au coin du bon sens et votre réaction n’augure rien de bon quant aux changement inéluctable à venir.
    Il a fallu une révolution pour finir d’abattre la monarchie et malheureusement il en faudra sans doute une pour en finir avec ce système.

    Cordialement

  10. @Laborde Stéphane

    J’ai bien lu votre Systeme Monétaire 3.0, et je m’excuse, mais malgré ses démonstrations mathématiques, il est pour le moins simpliste. S’il limite la création de monnaie virtuelle par le biais du crédit, il ne résoud pas celle, bien plus importante, qui se pratique sur les places boursières (7 à 8 fois le PIB mondial !).
    D’autre part, s’il est vrai d’un entrepreneur de PME prend des risques importants, ce n’est généralement pas le cas des dirigeants de grands comptes, on ne l’a que trop constaté. Pourtant, le premier est bien moins rémunéré que le second…
    Sans stock options, le modèle de base ne récompense donc pas le « risque » de l’entrepreneur, il ne récompense que celui de l’investisseur.
    Avec stock options, les deux poursuivent leur propre intérêt au détriment -long terme- de celui de l’entreprise et -dès cours terme- celui des salariés.
    Regardez l’exemple de Toyota : un actionnariat familial qui s’est mis à l’abri de cette logique. Résultat : 60 ans de bénéfices, une avance technologique enviée par tous sur les voitures de demain, et des fonds propres permettant d’affronter la crise -et son premier exercice déficitaire depuis 1950- avec une insolente sérénité.
    Donc, pas si « n’importe quoi » ce post !
    Peut-être un peu utopiste, mais les utopies d’aujourd’hui seront peut-être les évidences de demain…

  11. « Les sociétés modernes d’origine européenne se sont bâties sur le schéma d’une structure tripartite où l’on trouve guerriers-pillards, prêtres et gens du commun. »

    Intéressant de relire la théorie trifonctionnelle dans le contexte d’aujourd’hui. Merci pour cet éclairage, Paul.

  12. « Débarrassons les banques centrales de l’idéologie monétariste »… Et du système de réserve fractionnaire qu’elles imposent, gèrent, défendent et protègent ! Il est la source de toutes les crises financières, et donc des crises économiques ! Le reste en découlera, la spéculation, la cotation continue des actions, les devises flottantes, etc. Et renationalisons la création monétaire pas les états, système infiniment moins inflationniste que le système actuel – contrairement au dogme des livres d’économie, et du discours usé des banquiers centraux.

    Une politique fiscale compensant les effets du prélèvement de richesse par les intérêts composés, et répartissant les richesses et la monnaie ou elle est nécessaire et utile.

    Bref, remettons l’Homme au centre.

    Forcément je suis plus radicale que vous Paul, mais c’est seulement parce que je suis moins visible et moins lié au système bancaire actuel. Bref, de bonnes recommandations et de bonnes idées pour le groupe socialiste du Parlement Européen. Beaucoup d’entres eux ont oublié le sens du préfix social dans Socialiste…

    Bonne continuation,

    Un idéaliste…

  13. Comment faire pour que cette analyse et ses recommandations salutaires soient diffusées le plus largement possible ? Pétition ? Manifestation ?

    Messieurs les dirigeants, il vaudrait mieux pour tout le monde une réforme par le haut qu’une révolution par le bas. La colère monte.

  14. @Paul Jorion

    Je vous demandais de quel côté vous étiez…j’ai un début de réponse.
    Et maintenant, que fait-on? N’est-il pas urgent de se « mouiller », de se tremper tant il est évident que nous ne pouvons plus laisser faire.
    Si nous devons faire des bêtises, au moins cela sera les nôtres, on pourra essayer d’en profiter un peu, (pour le plus grand nombre)…
    Dumezil décrivait aussi cette approche des sociétés, mais il s’agissait de sociétés disparues!

  15. Je ne voudrais pas être à la place de l’élite des socialistes européens : où trouveront-ils l’énergie pour remonter de quarante années de suivisme ?

    Un temps de « lâchez tout on privatise au nom de la modernité », puis retournement, « on nationalise au nom du peuple ». Qui paiera la facture pour leur manque d’imagination sociologique ?

    Comment se décrasseront-ils mentalement de quarante ans soumission à la croissance, comment leurs bureaucraties pourront-elles imaginer les modes de vivre ensemble laissant une chance aux hommes de survivre aux rééquilibrages gigantesques autant qu’imprévisibles de la biosphère engrainés dans la modification irrépressible du climat ? Je partage leur inquiétude devant l’avenir, leur « croissance verte » c’est comme le porteur de drapeaux obligatoire devant les premières automobiles. Attention danger ! Cent ans plus tard, nous y sommes ! (1)

    Et puis c’est humain, ils ont connu les beaux hôtels, se sont sentis importants à la table des banquiers et des industriels, certains on vendu des ici, des hélicoptères, là des frégates, d’autres ont payé de leur vie et tandis que d’autres étaient payés. En Belgique nous en avons même en prison pour deux semaines avoir trop voyagé pendant vingt ans.

    Allez demander maintenant à ces gens de se convertir à la simplicité volontaire. Certes, ils ont le talent pour nous en faire avaler le discours, en trois mois de gavage médiatique, puisque c’est nécessaire. Mais comment les fantassins socialistes, les municipalistes, les voltigeurs de « l’économie sociale » sauveront-ils leur âme ? Les voici pris au piège qu’ils ont préparé depuis si longtemps. Le mode capitaliste d’asservissement par l’argent virtuel s’achève, retour à l’économie réelle : l’asservissement par le travail, et surtout, sa morale garantie d’une échelle hiérarchique. « Retour à l’ancien régime » nous dit Paul. À chacun de tirer les petits avantages de sa place, et moi le premier tiens donc, passez- moi la bague de fiançailles !

    Nous allons en avoir des congrès sur les thèmes associatifs, les monnaies locales et autres Pharmakon accouchant de Béhémot en rut ; ça va être terrible et bouffon, mais nous risquons tous ensemble d’avoir une fin de vie amusante… L’espèce humaine se rayant du cosmos dans un grand éclat de rire, c’est une belle fin.

    Non je ne désespère pas de l’élite intellectuelle socialiste, mais devant toutes ces difficultés et ces pièges à venir, que pouvons-nous, eux et nous ; comment réussir à monter quelque chose qui ne soit pas une atrocité de plus ?

    (1) J’ai lu mon premier article sur la destruction de l’ozone en 1962, dans une revue scientifique noir et blanc qui s’appelait « Atome », plaçant ce scoop dans une « rédaction », je pensais que les Lumières nous sauveraient des ténèbres, ZERO. Quinze ans plus tard, pour mon premier job sérieux, l’adjoint du Recteur – depuis un grand socialiste européen – me demande de participer au montage d’un dossier de subsides pour un centre d’analyse en toxicologie industrielle et précise, « naturellement JLM la fixation des normes de toxicité doit tenir compte des réalités économiques, tu comprends » ; je comprenais.

  16. “Les sociétés modernes d’origine européenne se sont bâties sur le schéma d’une structure tripartite où l’on trouve guerriers-pillards, prêtres et gens du commun.”

    Le silence et l’absence de réaction de vos interlocuteurs peut alors s’expliquer par leur appartenance à l’une des deux premières catégories, pour une part…
    Ce qui ferait de vous, M. Jorion, et de nous les gens du commun, les « roulés dans la farine ».

    Récemment j’ai eu des mots avec un chirurgien qui m’a « roulé dans la farine » en confondant volontairement la nature des actes médicaux et leur code de sécurité sociale, me laissant penser que je serais correctement remboursé, tout en remplissant rigoureusement les documents écrits. J’ai compris la manoeuvre en recevant le relevé de la mutuelle.
    Quand j’ai raconté l’incident au médecin qui me l’avait recommandé, il est resté silencieux, souriant, mais gêné, et j’ai réalisé qu’il savait exactement ce dont je lui parlait, et qu’il n’était en aucun cas surpris…

    Qu’avez-vous lu sur les visages des personnes auxquelles vous vous êtes adressé ? Votre intervention a-t-elle été filmée ?

    Bonne journée là-bas.

  17. @2Casa et JLM
    Mon socialiste français préféré c’est Delanoë : affirmer être socialiste et libéral en pleine déroute financière ! Quelle performance.

  18. « Interdisons aux spéculateurs l’accès aux marchés des matières premières »
    Et quand les spéculateurs sont des états puissants, capables à la fois, de créer la manque avec des embargos militaires et de monnayer la demande après avoir spolié les richesses d’un pays, on fait comment ?
    (Cas de l’Irak et du fameux « pétrole contre nourriture »)

  19. @ Paul Jorion :

    J’approuve à peu près tout dans votre intervention, surtout la conclusion, avec enthousiasme. Je comprends aussi que le silence a du rapidement se faire au fur et à mesure de votre présentation. Avez-vous entendu grincer des dents, tout-de-même ?

    Là où je bloque, c’est sur l’approche historico-anthropologique de l’origine de cette crise qui constitue votre introduction, bien sûr.
    Dans ce système, une lutte pour la domination en remplace une autre, et vos propositions s’inscriraient donc dans la continuité de cette guerre perpétuelle, pour autant que je comprenne. Finalement, nous ne ferions que le lit de la prochaine crise, non ? Y-a-t-il une réalité à l’affirmation que les sociétés humaines sont finalement « organisées » par la guerre perpétuelle de tels contre tels, au delà des faits empiriques ?
    Les solutions que doivent proposer nos dirigeants doivent-elles s’inscrire dans ce schéma, ou tenter de le dépasser ?

    Mais où est le facteur d’harmonie sociale qui, malgré tous ces combats, a permis le progrès des sociétés humaines ?
    Vous semblez faire l’impasse sur l’état-nation, né de la révolution de la Renaissance, dont l’autorité repose sur la défense et le progrès de l’intérêt général, et qui par conséquent a vocation à harmoniser les différentes puissances de la nation pour l’intérêt réel de tous ses membres. A moins que ce ne soit ce que vous appelez démocratie ?

    Franklin Delano Roosevelt , dans l’introduction et le premier chapitre de son livre de 1933 intitulé « Looking Forward » (que je traduis en ce moment), propose un « état des lieux », qui sur certains points est similaire au votre, mais diffère quant à la méthode.
    Et puis, bien sûr, sur l’état-nation, je suggère Emer de Vattel .

  20. Hélas, mille fois hélas!
    Avant que ces mesures puissent ne serait-ce qu’être envisagées, je pense qu’il faudra détruire des milliers d’emplois supplémentaires et jeter dans la misère et la famine d’autres milliers d’être humains dès les premiers signes de reprise sur ces marchés alimentaires qui tendent les bras aux spéculateurs.
    Vous avez raison Paul, hier les spéculateurs étaient des « méchants financiers mal intentionnés », relativement minoritaires, aujourd’hui ils ont pris le visage de fonds de pension, d’institutions philanthropiques comme celle d’Elie Wiesel…
    Et la sauvagerie n’est jamais loin, ne l’oublions pas…
    Aujourd’hui se construit la 3ième phase de la Dépression: celle du recours au quantitative easing.
    1) subprime: la mêche qui a mis le feu à la Saint Barbe
    2) le monde se réveille et la finance contamine l’économie
    3) les mesures prises contaminent le système monétaire

    Et, lorsque nous inscrirons le
    n) Reprise
    Il sera toujours temps d’inscrire
    n+1) crise alimentaire par appétit des fonds spéculatifs
    n+2) crise de ressources énergétiques

    Jusqu’où irons nous ?

    L’anthropologue que vous êtes, Paul, ne voit-il pas, objectivement, une trajectoire d’effondrement des sociétés humaines dans leur ensemble ?
    Personnellement je commence à y penser.

  21. A MONSIEUR JORION

    Bonjour Monsieur Paul Jorion.

    d’abord je voudrais vous féliciter de jouer ce role de correspondant entre les dirigeants et le peuple,role qui nexiste plus a l’heure actuelle.

    Après je me demandais si vous pensez vraiment que ce que vous proposez est viable ou si une nouvelle bulle n’est pas la seule solution (toute valeur gardée BIEN SUR),la fameuse bulle verte qui consiste a se répropprier les valeurs « durables » pour les refourguer aux consommateurs ?

    N’étant pas économiste ni écologiste je ne pourrais dire comment la bulle verte se matérialise concrètement mais dans tout les cas cela semble etre l’une des seules solutions pour sortir relativement rapidement d’une récession en L et pour en meme temps modifier les comprortements destructeurs liés a la société consumériste.

    le developpement durable implique forcément quelques une de vos propositions, les deux solutions sont elles liées ?

    j’aimerais vraiment avoir votre opinion car vous devez forcément en avoir entendu parler et ausi car c’est premier post et que ça mérite bien un chtit cadeau.

  22. @ Paul Jorion :

    de toutes vos conclusions, c’est celle-ci, selon moi, qui est la plus révolutionnaire :

    Interdisons aux spéculateurs l’accès aux marchés des matières premières : interdisons les aux « non-commerciaux ». Permettons à ceux-ci de focaliser à nouveau leur attention sur ce que la société attend d’eux : enseigner, guérir et favoriser l’accès du public aux œuvres d’art en vue de diffuser la culture.

    Elle renversera l’ordre économique mondial, sans aucun doute, et rendra aux nations déshéritées le contrôle de leurs sols et de leurs productions agricoles, et fera très certainement revenir les prix vers un niveau « naturel ».
    Elle fait écho à l’alinéa 4 de la Charte de l’Atlantique, que Roosevelt fit signer à Churchill, bien malgré lui.

    Sans la fin prématurée de FRD, cette charte – et cet alinéa – aurait signifiée la fin immédiate des empires coloniaux dès la fin de la guerre. C’est malheureusement le contraire qui a eu lieu, Truman se faisant dicter sa politique étrangère par Churchill (ce sont là les débuts de la « special relationship »)

    Anecdote : l’un des premiers gestes de Barack Obama – dont un des grand-pères a souffert des anglais durant les répressions au Kenya – en rentrant dans le bureau ovale, a été de remplacer le buste de Winston Churchill par celui d’Abraham Lincoln. Je crois bien même que le buste a été rendu à l’ambassade d’Angleterre. Cela a provoqué un brouhaha terrible et paniqué dans la presse britannique.

    Cordialement,
    Jean-Gabriel Mahéo

  23. @Paul

    “Les sociétés modernes d’origine européenne se sont bâties sur le schéma d’une structure tripartite où l’on trouve guerriers-pillards, prêtres et gens du commun.”

    Distinguons quand même, si vous le voulez bien Paul, le haut clergé du bas clergé…
    Dans son immense majorité les PME (le bas clergé) qui représentent 80 % du PIB de la France souffrent autant que les gens du commun de la contrainte actionnariale et concurentielle qui leurs est imposée par l’alliance tacite des investisseurs et des grandes entreprises(le haut clergé).
    Il est peut être un peu réducteur d’opposer entreprises dans leur ensemble et salariés mais cela dit, je trouve votre analyse pertinente et vos solutions tout autant. Bien avant que des solutions n’émergent dans l’immédiat, l’effondrement du système monétaire actuel et l’inflation remettront certainement les pendules à zéro, ce n’est qu’une question de temps et de planche à billets…
    Une fois cela fait, à nous d’inventer le monde de demain basé sur une croissance durable et sur un capitalisme plus soucieux des gens du commun et du bas clergé mais ce n’est pas gagné d’avance…
    Beaucoup de souffrances et de boulots en perspectives…

  24. Bravo Paul, c’est ce que je pense aussi pour l’essentiel. Je crains que seul des moyens coercitifs soient efficaces pour obtenir cet assainissement, mais les armes sont dans le même camp, alors que faire si ce n’est au moins un changement à titre personnel (A-consommation). En ce qui me concerne je me borne à constater la décadence et la fin prochaine de l’hégémonie du mode occidentale, il était temps, les dégats sont considérables.

  25. Je viens de découvrir ce blog passionnant et je place ma modeste contribution.
    Les bons, les méchants, les hedge funds et les pauvres salariés qui trinquent..oui, c’est hélas la triste réalité, d’aujourd’hui, d’hier et de demain, car, ne nous leurrons pas, la crise n’a pas été, pour l’instant, suffisamment puissante pour balayer un système cupide, pathologiquement cupide. Et quand bien même ce grand big bang économique surviendrait, je doute que la logique humaine construise un eden sur des ruines. J’en viens au fond de ma pensée. Ramenée au niveau cellulaire, la crise que nous vivons relève d’un mécanisme simple. La loi du plus fort. Une bactérie peut balayer notre défense immunitaire; à l’inverse si nos anticorps sont mieux armés, ce sont eux qui l’emporteront. Vision simpliste vous me direz, peut-être, mais si la loi du plus fort est valable au niveau moléculaire, ce qui nous constitue, comment envisager que l’homme produise autre chose qu’une lutte armée pour le pouvoir, pour ce qu’il envisage le plus profitable pour lui sans tenir compte de son voisin. Je ne vois pas de solution, le combat est inégal puisque nous nous battons contre notre propre adn. Pensées bien éloignées de l’économie, j’en conviens, mais je suis fatigué par certains discours politiques, économiques et syndicalistes qui se battent eux aussi pour imposer leur vision d’un monde équitable. On en revient systématiquement à un ordre guerrier. Les pauvres seront les premiers exposés à la crise, les plus riches s’en sortiront, et tout ce qui se trouve entre ces deux extrêmes vont se faire des cheveux blancs ! Voila peu ou prou ce qu’on nous débite à longueur de journée, merci pour l’info ! Acceptons que l’homme n’est pas égal et ne le sera jamais, qu’importe les mécanismes économiques que l’on pourra créer…alors choisir entre un kolkhoze fleuri ou une jungle spéculative reviendrait au choix illusoire bien connu en psychanalyse. Non, la vérité c’est qu’il n’y en pas, et si l’on devait malgré tout en dégager une, elle serait tellement crue à entendre, façonnée de chair et de sang, de trahison et de vies broyées, que l’on se satisferait du système actuel, c’est cela le choix illusoire, le refus d’accepter le monde tel qu’il est, se battre afin d’en créer un autre, meilleur, avant de s’apercevoir qu’il s’éloigne toujours davantage du bien être commun. C’est pour cela que rien ne change vraiment, un petit lifting sera opéré et nous repartirons pour une autre valse sanglante, la réunion du G20 se tiendra à Londres, le plus grand paradis fiscal de la planète, avec ça on peut espérer que les choses avancent !! La théorie de l’évolution tient un maître étalon dans le capitalisme moderne ! Mais au fait, la loi de l’évolution c’est quoi d’autre à part la loi du plus apte à survivre ?

  26. Je réponds à quelques questions que vous me posez :

    1) J’ai prononcé mon allocution sans consulter mes notes préalables. J’ai modifié celles-ci après coup pour refléter ce que j’avais effectivement dit. Donc, ce que vous pouvez lire est extrêmement proche de ce que j’ai effectivement dit.

    2) La réception a été excellente : silence (respectueux ou atterré ?) pendant que je parlais et applaudissements nourris ensuite. Parmi les panélistes : division très nette entre ceux qui viennent me féliciter chaudement (« Enfin ! ») et ceux qui m’ignorent ostensiblement (« Je ne veux pas être vu en compagnie de ce gars-là ! »). Ces deux groupes de panélistes correspondaient à deux types de discours tenus par leurs représentants que je caractériserais respectivement de « éclopés mais toujours en vie et prêts à repartir au front ! » et « franchement dépressifs ».

    3) Réactions, interactions depuis : rien.

    4) Engagement politique personnel. Je l’ai dit : je suis allé parce qu’on m’avait invité et que les membres socialistes du Parlement Européen tombent pour moi dans la catégorie « interlocuteurs valables ». Ce qui s’applique aussi d’ailleurs au NPA, dont j’ai accepté une invitation à discuter le mois prochain et au groupe de réflexion de Corinne Lepage (MoDem) auquel j’ai également accepté de participer. Il y a bien sûr ici une sorte d’« harmonie préétablie » : les gens qui aimeraient vous entendre sont généralement aussi ceux avec qui vous êtes prêt à parler.

  27. Merci Paul.

    Il n’y a avait donc aucun décideur pour vous entendre.
    Espérons que parmi vos auditeurs se cachaient quelques rapporteurs liés à quelques décideurs de poids, et que ces derniers insinueront vos justes conseils jusqu’à leurs cerveaux.

    Faut-il croire que ces derniers écouteront vos requêtes?

    Les révoltes sociales seront-elles contenues par la force que ces décideurs sauront mettre en oeuvre jusqu’à ce que des textes internationaux promus par eux réforment l’état actuel des choses?

    Si vous suivez le parcours d’un Trichet par exemple, vous verrez qu’il ne peut modifier le système sans se ruiner ni se renier.
    Peu de chances donc qu’une réforme ait lieu dans le calme.
    En fait il faut se faire à l’idée que les décideurs SAVENT TRES BIEN CE QU IL FAUDRAIT FAIRE!
    Mais le gestion du monde avec l’éthique du « père de famille » c’est « ringard » et trop simple pour être entériné par des « élites » arrivées où elles sont à force de compromissions politico financières.

  28. complètement en phase avec vous pour ce qui serait d’interdire l’accès des marchés à terme sur matières premières aux hedge et autres investisseurs qui n’ont rien à y faire. permettre cela est totalement déraisonnable

  29. Eh bien!
    C’est intriguant comment tout le monde devient spécialiste du sujet du moment… Et la du coup, hop les spécialistes de domainse importants autres lâche l’affaire et commencent tous a devenir penseurs/philosophes (vu qu’ils n’on évidemment pas la connaissance pour être « expert ») du sujet actuel. En l’occurence, economiste gestionnaire et financiers.
    Votre discours empeste le communisme (ce qui n’est pas forcément dérangeant) le populisme (la plus quand même) et le manque de connaissance du domaine. Je ne vais pas critiqué mot par mot, mais j’aimerais relever/corriger quelques mythes populaires:
    – L’idée des produits struturé et celui de l’assurance (hedging).
    – la mauvaise utilisation des stock options sont la cause principale de la mauvaise gestion de beaucoup de compagnie, dans le sens ou il n’y en avait pas ASSEZ et surtout de trop courte durée. On aligne les intérêt de qui on veux, comme on veux avec des stock options, il faut juste que ca soit bien fait.
    – un marché a des prix instantané car les titres peuvent être vendus de manière instantanés et si vous empecher celà les marchés secondaires s’en occuperont sans problèmes…
    – Le mot spéculation est sans cesse utilisé de manière absurde! Nous sommes tous spéculateurs! Quand vous allez travailler pour une petite boite dont vous pensez qu’elle a du potentiel future, c’est de la speculations! Quand vous achetez une maison dans un quartier qui monte aussi! ETC ETC ETC
    – Cette crise est due aux politiques des dernières années et non pas au marché. Des politiques de gens trop bête qui se croient multi-penseurs.

  30. @Olivier N°2

    Merci pour votre contribution qui mériterait de figurer dans le futur bêtisier des « analyses » de cette crise…Franchement la justification de la loi du plus fort grâce à l’emploi d’une métaphore entre la société humaine et l’organisation celullaire…

    Morte de rire !!!

    Sans vouloir vous offenser votre « argumentation » me fait l’effet d’avoir été effectivement produite par une seule cellule…

    Rassurez-moi vous n’êtes pas une amibe ? (de type Naegleria fowleri dite dévoreuse de cerveau)

    Plus sérieusement, tout cela pour vous dire que lorsque Paul propose une Constitution pour l’économie et que vous nous proposez votre « leçon de chose » (humains, cellules, même combat !) je ressens comme…un décalage…

  31. @ Nicolas D.

    Avant d’insulter la personne qui vous accueille chez elle (ces ultra-libéraux sont d’une impolitesse)… vous devriez d’abord lire son CV.

    Paul Jorion est sociologue et anthropologue mais il a aussi été trader et ingénieur financier…Je crois qu’on peut donc lui affubler sans rougir le qualificatif « d’insider ».

    Et en tout cas, en ce qui concerne les mécanismes purement financiers de cette crise, il mérite la casquette d’expert.

    Je comprends votre colère face à quelqu’un qui ose mordre la main de ce qui l’a nourrit…

    En tout cas merci pour votre réaction, elle ne fait que nous confirmer que nous sommes sur la bonne voie…

    Bonne soirée.

    PS : votre colère n’est rien face à NOTRE rage…et…nous sommes plus nombreux…

  32. Bonsoir, un avis très critique au milieu de ce concert de louanges…

    Une remarque pour commencer : qualifier « d’interlocuteur valable » un « parti » dirigé par un facteur qui se revendique ouvertement d’une idéologie marxiste responsable d’au moins autant de morts et d’atrocités que le nazisme me fait évidemment bondir.

    Pour le reste : Les mesures proposées caressent parfaitement dans le sens du poil un auditoire socialiste qui est à peu près acquis d’avance à ce type de propositions et qui ne demande évidemment qu’à croire qu’elles pourraient constituer l’amorce d’une solution. En pratique, il s’agit pour moi de points de détail qui n’auraient aucun effet sur la crise en cours.
    A aucun moment (j’ai déjà fait la remarque) n’est cité le vrai problème, c’est-à-dire une bulle de crédit géante créée par les politiques de fuite en avant dans la dette des états depuis plusieurs décennies.
    A aucun moment n’est évoquée la façon qui permettrait de résorber cette bulle et d’éviter qu’elle renaisse à l’avenir.
    A aucun moment n’est évoquée la façon dont il conviendrait de passer à une économie saine, c’est à dire une économie où la dette ne grossit pas plus vite que la création de richesses réelles (je ne parle pas de morceaux de papier).

    Au lieu de cela, l’attention est détournée sur des problèmes totalement secondaires : les stocks options (l’essentiel des entreprises n’en ont pas), le fonctionnement des marchés de matières premières, la spéculation excessive (alors que celle-ci n’est que le produit des excès de liquidités et de crédits que les états et leurs délires keynésiens déversent sur les opérateurs pour « relancer l’économie », liquidités inutiles qui trouveront toujours un endroit où aller, en général le plus mauvais).

    Ensuite qu’est-ce qu’une « politique fiscale appropriée » ? Encore plus d’impôts de la part de notre état qui est presque le champion du monde des prélèvements obligatoires (le poids de l’état dans notre économie ne cessant de gonfler depuis la fin de la 2ème guerre mondiale) ?
    Si c’est de cela qu’il s’agit, nul doute que nous garderons un taux de chômage record même quand la crise sera terminée et que les autres pays verront leurs économies et leur marché de l’emploi redémarrer.

    J’espère qu’un jour certains dirigeants s’occuperont du vrai problème : il y a trop de dettes, et il faut évoluer vers un système économique non basé sur une fuite en avant dans la dette et sur d’incessantes « relances » artificielles qui dérèglent tout…Angela Merkel, qui a vécu la faillite du sinistre modèle proposé par « l’interlocuteur valable » du NPA, et sait ce que c’est qu’une crise, est pour ma part la dirigeante européenne en qui j’ai le plus confiance.

  33. @ l’ours tropical,

    « De quoi Ubu est-il fondamentalement la figure ? Du despote parasitaire. Quelle est la puissance despotique d’aujourd’hui qui soumet absolument le corps social et le laisse exsangue d’avoir capté la substance de son effort ? Certainement pas l’Etat – dont on rappellera qu’il restitue en prestations collectives l’ensemble de ses prélèvements… – mais le système bancaire-actionnaire qui, lui, conserve unilatéralement le produit intégral de ses captations. »

    F. Lordon

  34. @ ghostdog

    votre arme favorite, c’est le sabre, la massue ou le rouleau pâtissier? j’aime bcp vous voir à l’œuvre 🙂

    @ M. Jorion

    Vous avez été invité par et avez accepté l’invitation du NPA? Voilà qui est réjouissant…

    J’avais une question bête, mais alors tellement bête que j’ose la poser: est-on condamné à vivre avec des capitaux? Je veux dire, si on s’attèle à répondre aux besoins de tous les humains, on arrive encore à en accumuler autant? Ou faut-il forcément accumuler d’abord pour ensuite y répondre à ces besoins (sans oublier qu’il faut encore les définir, ce qui n’est pas si simple)? C’est certainement bête à souhait, mais le capital, c’est-y pas un « surplus »?

  35. @IGor,

    En réalité face à l’autisme intellectuel de certains intervenants je me sens …profondément désarmée…

  36. @IGor,

    j’ai vu ce livre chez Aden, une de mes librairies préférées à bxl…mais je suis fauchée comme les blés…donc pas de bouquins pour le moment…

    Enfin parce qu’en ces temps de crise rien ne vaut une bonne tranche de rigolade…

    Selon un encart publié dans le dernier numéro de la revue FO Hebdo, un accord a été conclu le 1er Mars entre le syndicat Ver.di et les représentants de la quasi totalité des Länders (les Régions allemandes) qui prévoit….Une augmentation de 5,8% d’ici à fin 2010 .

    Les 700 000 fonctionnaires concernés vont percevoir un versement compensatoire de 20 € pour Janvier et février 2009, et une prime supplémentaire de 40 € à partir du 1er mars 2009 ainsi qu’une augmentation de 3% de leur rémunération.

    Une autre augmentation de 1,2% est d’ores et déjà prévue pour le 1er Mars 2010.

    « Angela Merkel, qui a vécu la faillite du sinistre modèle proposé par « l’interlocuteur valable » du NPA, et sait ce que c’est qu’une crise, est pour ma part la dirigeante européenne en qui j’ai le plus confiance. »

    euh…nous aussi ?

  37. @ Ghostdog

    Ce n’est pas de l’autisme c’est de l’idéologie – au même titre que nous, d’ailleurs – mais le résultat correspond étrangement à ces petites statuettes vendues par 3 : ne rien voir, ne rien entendre… Il en manque un. Zut !

    « En fait, une culture commune d’abord, puis un certain stock d’expériences sociales identiques donnent aux membres des divers groupes, strates, classes, des moi sociaux relativement proches les uns des autres, c’est-à-dire un terrain récepteur semblable. » La conviction idéologique

    J’ajoute, sans trop de risque : et des répulsions semblables.

  38. @Loïc Abadie :

    Je trouve surprenant que les libéraux ne se rappellent pas que les politiques « Keynésiennes » entreprises par les démocraties occidentales depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ne sont que les fruits des rapports incestueux entre la Banque et le milieux politique, soit le libéralisme économique du monde des affaires mâtiné de l’intérêt bien compris du législateur. En France, les grandes banques sont dirigées par des proches du pouvoir, aux Etats-Unis, c’est exactement la même chose. Il incombera aux libéraux la responsabilité historique de nous prouver que le capitalisme peut fonctionner autrement, soit sans fuite en avant vers la dette. Pour ma part, je crois que l’idéologie libérale comme trait de notre civilisation, ne pouvait s’affranchir de la dette des Etats comme sujet de discussion ultime dans le show politique de toute démocratie libérale qui se respecte.
    Désormais, la vie décente pourra s’écrire comme un chiffre, comme une statistique vers le désendettement, soit le gage ultime de « l’économisme » : la négation de l’humanité, puisque la dette exprimée comme telle, est le moteur du capitalisme ici-bas, du vrai capitalisme, pas de celui « supposé fonctionner sans Etat » loué par toutes les franges des courants libertariens.

  39. @ Paul
    Assimiler les « capitalisssses » aux guerriers-pillards, la formule est audacieuse mais très parlante et compréhensible. Mais assimiler les prêtres aux entrepreneurs me semble moins pertinent. Certes, il y a eu en France, un culte de l’«entrepreneur héros de la société qui se modernise» assez amusant et dont Bernard Tapie fut le modèle. Mais contrairement à Reagan, il a fait le chemin opposé entre politique et films de série B  .
    Ceci me rappelle qu’une des premières fois que le jeune scientifique que j’étais il y a 40 ans s’est dit qu’il y avait quelque chose de pourri dans nos sociétés, c’est quand j’ai lu dans un article de « La Recherche » que, dans la France de 1960, 2/3 des maires des petites villes et villages étaient les descendants directs de la noblesse (= guerriers-pillards) d’avant 1789…
    @Ghostdog
    Je partage votre rage quand je vois la persistance d’une lecture simpliste et la focalisation sur une cause unique à vraiment tout de certains de nos co-commentateurs : les Anglais pour Mahéo (très cohérent larouchien) et l’Etat keynésien pour Loïc (fidèle ultra-libertarien). Mais il n’est pire sourd qui ne veut point entendre : ils ne sont pas peut-être pas bornés mais seulement rusés. Ceci illustre un élément que je trouve trop absent de nos réflexions : même sur un blog aussi policé que celui-ci ne se fréquentent pas que des purs esprits qui essaient de se convaincre mutuellement du bien fondé de leurs opinions. Il y vient aussi des personnes qui font partie de groupes ou d’associations ayant des objectifs et des intérêts bien précis. Méfiez-vous, je suis peut-être un crypto-éco-socialo-prêcheur qui tente de vous séduire… 😉
    PS vient de lire votre dernier commentaire avant de poster le mien. Librairie Aden: nous sommes proches géographiquement et idéologiquement il me semble…

  40. Bonsoir,

    Ce qui me gène avant tout dans la plupart des propos, est qu’ils partent d’un appriori, les entrepreneurs, les riches, les investisseurs…..sont par nature cupides, et les autres sont des victimes. Je trouve cela trés réducteur.
    A mes yeux, les politiques par leur course au pouvoir, à l’ambition aux avantages sont en grande partie responsable de la crise actuelle, il n’y a qu’a voir l’énormité des déficits. Lequel d’entre nous serait déclaré compétant, prévoyant s’il menait les comptes de son ménage ou de son entreprise de la sorte.
    Je schématise, mais pense que si les états avaient consciencieusement remboursé en plus des intérêts le capital de la dette, beaucoup de banques auraient eu les moyens de vivre et n’en auraient pas été acculées à mettre sur les marchés du vent ( produits dérivés ).
    Ce n’est pas le fait de légiférer ( il n’y a jamais eu autant de lois ) qui aidera à trouver une solution durable, si je ne tue pas avec une bombe, je peux tuer avec un fusil ou même avec un couteau et si tout cela me manque je peux tuer avec des mots.
    Il nous faut petit à petit redonner à l’homme les outils de liberté, de créativité, de responsabilité, ( rendez vous compte qu’aujourd’hui nous en sommes arrivés à payer des personnes pour nous authoriser à faire ce qui n’est paa interdit ).
    Mais pour cela il nous faudrait complètement changer les rapports que nous avons, et ceci à toutes les échelles, ce qu’aucune loi ne peut imposer.
    Solution il y a, mais elle se trouve au fond du coeur de l’homme.

  41. Il me semble que vos propositions sont proches de celles proposées par Lyndon Larouche, non?
    Vous avez oublié les paradis fiscaux dans votre liste de propositions.
    J’ai lu rapidement vos propositions, mais elles semblent plutôt me convenir
    Je vais relire ça avec beaucoup d’attention demain matin.

  42. @Berny !

    je crois que vous décrochez la palme de la mauvaise foi et du « mauvais argument » dans ce fil de commentaires…On remarque que la compétition fait rage chez les libéraux-libertarians, les néo-cons (mais où vont-ils chercher tous cela ???) mais franchement je crois que votre :

    « Je schématise, mais pense que si les états avaient consciencieusement remboursé en plus des intérêts le capital de la dette, beaucoup de banques auraient eu les moyens de vivre et n’en auraient pas été acculées à mettre sur les marchés du vent ( produits dérivés ). »

    remporte la médaille du foutage de g…

    Je propose que chacun des commentateurs « adoptent » un « contradicteur » de Paul dont on pourrait compiler les « saillies verbales ».

    On pourrait se les ressortir les soirs de grosse tempête !

    Paul , à quand un bêtisier ?

  43. @ ghost dog

    … calmez-vous. Ces interventions jouent sur le paradoxe : « Tout fait croire que c’est la faute à Reagan alors que c’est celle de Clinton… », « Tout fait croire que c’est la faute à von Hayek, mais c’est en réalité celle de Keynes », « Tout fait croire que c’est la faute de la finance mais curieusement c’est celle de l’État ».

    Je crois que votre réaction à vous est symptomatique du climat actuel : si ce type de paradoxe constitue un sujet intéressant de débat « en temps de paix », en raison précisément du fait que cela excite l’imagination, en temps de crise, comme aujourd’hui, où l’impatience grandit et où l’on se fie davantage à l’évidence, cela apparaît au mieux comme un jeu de l’esprit et au pire comme de la mauvaise foi, voire même de la provocation gratuite.

  44. GHOST DOG
    Qui ne pense pas comme vous est un ( néo con ) néo je ne m’en doutais pas, con je le suis peut être trop souvent, mais pas necessairement dans le sens que vous donnez.
    Ceci dit je vous remercie pour la médaille, ( ce sera la première )

  45. @ loïc Abadie
    je répondrai point par point
    1. Votre réaction par rapport au NPA est désolante. Cela ne vaut guère mieux que le courrier de lecteurs du Figaro. L’histoire du couteau entre les dents commence un peu à dater. Venez dans mon cours, je vous enseignerai la différence entre communisme(s) et totalitarisme.
    2. Vous évoquez la bulle du crédit. Très bien. Que proposez-vous ? D’augmenter les salaires ? No n? Pourtant si les gens ont tant emprunté ou s’ils s’en remettent tant à l’Etat, c’est bien parce que l’argent leur manque. Bien évidemment, vous n’en faites pas mention. Vous qui gérez si bien votre patrimoine, connaissez-vous des gens dans le besoin ? Vous mélangez-vous quelque peu ? Ou alors avez-vous une sainte horreur des pauvres et (je reprends le terme en vogue chez les néoliberaux) des assistés ? Je suis sans doute « un peu » rentre-dedans, mais je ne crois pas avoir lu sur ce post ou sur votre blog la moindre référence à un être humain.
    3. votre focalisation sur l’Etat et sur l’impôt : on a déjà entendu ça quelque part. Les résultats vous paraissent-ils probants, disons par exemple, en Californie ? Et puis entre nous, votre « moins-d’impôt » caresse-t-il moins dans le sens du poil? Et qui caresse-t-il d’ailleurs ? Présentez-vous aux élections vous serez élu! Et vos électeurs vous serons gré de continuez la lutte des classes au profit des puissants.
    4. Sur vos présupposés enfin : vous évoquez des  » relances artificielles qui dérèglent tout… » Avec ce « tout », vous parlez bien du marché ? Quand on vous écoute tout va mal parce qu’on ne laisse pas le marché assez libre. Parce qu’on se mêlerait trop de ce qui ne regarde que le marché. Si tout va mal, c’est parce qu’il n’y a pas assez de vrai marché. Un peu comme naguère il n’y avait pas assez de vrai communisme dans le communisme soviétique. Finalement la boucle est bouclé e: il y a les mêmes raisonnements « fanatiques » chez les libéraux, les communistes et les nazis. A chaque fois, la foi du charbonnier qui anime les membres d’une de ces trois sectes les empêche de voir leur monde qui s’effondre.

  46. Le problème qui est posé est :  » comment faire la transition vers autre chose sans casse  »
    Je pense qu’ il faut partir de la situation qui existe, et construire de façon pragmatique la dessus.
    La démarche de Paul me semble saine, elle est fondée sur du solide, n est pas entachée du prisme déformant de l’ idéologie.
    Il est important de comprendre que la solution ne peut être trouvée d’ un coup, il faudra essayer ce qui est proposé, et sur une durée suffisante.On peut imaginer en europe de telles expériences adaptées a chaque état en fonction de la situation spécifique, avec un retour central de l’info pour affiner le dispositif.
    La mise en place de ce que propose Paul est un changement de civilisation, on peut bien se laisser du temps pour le faire dans le calme.

  47. PS: le temps presse, la tentation totalitaire est palpable partout, si la bête n’ a pas d’ autre issue, elle mordra, il faut la faire maigrir doucement.

  48. Complétez cette intervention de celle de Frédéric Lordon, économiste au CNRS, à propos de la nationalisation des banques. Un homme clair et libre. Allez voir son interview sur la TELELIBRE.FR.

  49. @ Berny
    Vous avez l’air sincère dans vos propos et pourtant ils suscitent l’irritation, vous l’avez lu. Aussi je voudrais essayer de vous comprendre et de vous convaincre à partir de votre 1ère réaction.
    1er §
    Nous ne parlons pas ici de morale individuelle. Si les puissants sont critiquables (et critiqués durement ici) c’est parce que leur cupidité fait beaucoup de victimes. Les petits pingres sont inoffensifs.
    2ème §
    Les politiques, même du bord opposé aux mien, font ce qu’ils croient devoir faire, en géral avec sincérité. Si les déficits se sont creusés depuis quelque temps, c’est surtout parce qu’ils ont cru devoir diminuer les recettes (taxes et impôts) pour faire plaisir aux électeurs/contribuables. Calcul à courte vue…
    3ème §
    L’Etat ne peut rembourser immédiatement un capital emprunté pour en moyenne 20 ans. Et s’il remboursait le capital, il n’y aurait plus d’investissements productifs et plus d’intérêt à rembourser… et donc plus de capitalisme.
    La suite
    Je ne comprend pas tout mais vous voulez sans doute dire que le changement collectif passe par ce que chacun de nous fait ou ne fait pas. C’est en partie vrai mais pas aussi simple : l’homme est un animal social et il fait souvent ce que le groupe dans lequel il vit lui dit de faire. Aujourd’hui, le mot d’ordre dominant est : « Jouissez, consommez, soyez un parfait homo oeconomicus préoccupé seulement de votre intérêt personnel et la main invisible du marché fera le reste ». La majorité le fait et elle est en train de recevoir la main invisible du marché libéralisé sur la g…
    Les habitués de ce blog essaient d’imaginer des changements collectifs et individuel qui soient profitables au plus grand nombre. Une seule espèce ne sera pas protégée : les vautours.
    Bonne nuit.

  50. @Alain A.

    merci pour votre intervention, et oui je confirme certainement la même rage…et le même désespoir. Et puis le petit sourire quand même en lisant les mots de frères humains…

    excellente fin de soirée à tous

  51. @Loïc Abadie : Je suis d’accord sur l’impasse politique que constitue le NPA, mais quelqu’un qui va faire entre 5 et 10% aux Européennes me semble entrer dans les critères attendus d’un « interlocuteur valable ».

  52. @ ghost dog

    Personnellement, je trouvais que le « il n’y pas d’autres alternatives face à cette crise que la rigueur » (dans le fil précédent) était pas mal non plus, dans le genre « on retourne à la case départ en ignorant superbement ce qui vient de se passer ».

    Je ne sais pas pour vous, mais, moi, les personnes qui se croient obligées de verrouiller leur argumentation avec l’inévitable « TNA », ca me donne tout simplement envie de passer mon chemin. D’abord, j’ai eu vingt ans pour devenir totalement étanche aux « aucun autre monde n’est possible, ni même imaginable ». Ensuite, bah, les « TNA » aboient, la caravane des nombreux autres chemins (choix) possibles passe.

    Surtout quand l’on précise, ensuite (la rigueur) « du haut en bas de l’échelle ». Et ce, malgré l’évidence de ce que la rigueur n’a jamais concerné le haut de l’échelle, que du contraire. Tandis qu’elle doit toujours être appliquée, au prix de renoncements sans fin, par le bas de l’échelle.

    Cela dit, le coté instructif de cette soudaine résurgence de certains dogmes, c’est qu’elle peut être l’indice d’une évolution en cours. Il y a trois mois, il nous aurait semblé absurde de devoir re-débattre d’arguments aussi basiques, tant l’effondrement, et, surtout, la mise en évidence de failles fondamentales de ce genre de théories, mettait sous le feux des projecteurs le peu de crédit qu’on pouvait leur accorder.

    Aujourd’hui, ce n’est déjà plus le cas.

    Nous devons, à nouveau, redémonter des arguments d’autorité. Recontester des choses aussi élémentaires que la diabolisation de de l’inflation (salariale). Etc… Comme si la crise financière, puis crise tout court, et crise de l’idéologie dominante n’avaient jamais eu lieu! Et voilà que l’on parle déjà moins des changements nécessaires. Même plus de savoir s’ils seront effectivement faits. Non, c’est déjà la nécessité de changer qui est remise en cause.

    La normalisation est-elle déjà en cours?

  53. @joelle
    Non, moi j’aimerais savoir ce que VOUS vous allez en faire. Le temps est venu de dire: les décideurs, c’est nous.
    Bonne soirée.

  54. Je tombe sur ceci :

    Ce fou de Sigismond le disait, avec raison : le travail ne peut faire vivre, les misérables et les imbéciles travaillent seuls, pour engraisser les autres. Il n’y avait que le jeu, le jeu qui, du soir au lendemain, donne d’un coup le bien-être, le luxe, la vie large, la vie tout entière. » (L’argent, Emile Zola, 1891, Folio classique, p. 85)

    Qui me rappelle bien sûr mon

    Que faire quand on ne dispose pas de l’argent dont on aurait besoin et que l’on sait pertinemment que travailler davantage ne ferait pas une grande différence ? Acheter un billet de loterie bien sûr.

  55. @ Loïc

    Un bon interlocuteur est un interlocuteur qui écoute !
    il est dommage que vous soyez sourd …

  56. @Loic.
    Vous dites :

    « il y a trop de dettes, et il faut évoluer vers un système économique non basé sur une fuite en avant dans la dette et sur d’incessantes « relances » artificielles qui dérèglent tout… »

    Evidement. Ça me parait depuis longtemps être une évidence. Mais comme le répète sovent Paul, notre système fait que l’argent n’est pas naturellement là où il se trouve être le plus nécéssaire. Il est donc en ‘location’. La dette croissante semble être indissociable du capitalisme.

    @ Berny :
    « Ce qui me gène avant tout dans la plupart des propos, est qu’ils partent d’un appriori, les entrepreneurs, les riches, les investisseurs…..sont par nature cupides, et les autres sont des victimes »

    Ici, Paul ne critique pas les personnes (ce qui serait à mon sens réducteur, voir stupide). Seulement les systèmes.

    « Il nous faut petit à petit redonner à l’homme les outils de liberté, de créativité, de responsabilité »
    On dirais Jaquces Attali 🙂 Sérieusement, les outils de la liberté, c’est l’argent qui donne du temps, afin d’être libre de créer ce que l’on souhaite. Mais l’argent n’est par nature pas là où il est nécéssaire…

    « La solution se trouve au fond du coeur de l’homme… »
    J’adore 🙂 (scinserement) Mais elle y est sans doute enfouie trop pronfondément… d’ici à ce qu’on l’y extirpe, il est probablement bon de chercher des solutions ‘secondaires’ 😉

  57. @tous, bonjour.

    Il me semble apercevoir dans les origines premières de la crise que nous traversons, la concentration dans peu d’instances des décisions de l’affectation des moyens de production.

    Dans nos pays développés, c’est un cercle restreint de décideurs (propriétaires des moyens de production ?) qui possède ou représente les possesseurs des moyens de production et qui en font ce qu’ils veulent.

    Peu importe le nombre de générations de travailleurs qui ont participé à la construction d’un pays, voire d’une civilisation. Les ressorts économiques, la résultante des efforts collectifs, sont détenus par une minorité qui entend en tirer le maximum.

    L’aspect collectif, humain, historique des choses n’ont pas leur place dans la maximisation des profits. Les états et les politiques ont failli à introduire et défendre les principes qui s’imposaient.

    Le problème n’est pas primitivement un problème de crédit, il est un problème de système global des échanges, reposant sur ma rentabilisation maximale des investissements en un minimum de temps.

    La maximisation des profits a notamment engendré les délocalisations qui avaient un double avantage :

    – faire produire des biens au coût minimal, ce qui a entraîné des délocalisations massives (des industries de main d’œuvre pour commencer) et l’exode de capitaux.

    – faire pression sur l’ensemble de la société (chômage, dévaluation compétitive des salaires) pour réduire les coûts autochtones.

    Ceci, outre la destruction de pans entiers de notre tissu industriel, a entraîné la paupérisation (relative) de couches entières de la population, notamment des couches moyennes.

    Parallèlement et à cause de tout cela s’est installé un déséquilibre des échanges internationaux, au profit des pays « émergents », et au détriment des pays « développés »
    (il fallait sans doute faire quelque chose dans ce domaine, mais de façon plus ordonnée et équilibrée, avec une vision géopolitique).

    Le pays développés ont vu leur production de biens échangeables diminuer, au profit d’importations, avec un déséquilibre croissant des balances des échanges.

    Ce qui a permis de rendre le système indolore pendant un certain temps, c’est :

    1) la désinflation due à l’importation massive des biens dont la fabrication a été délocalisée,
    2) la politique de favorisation du crédit et l’augmentation de la dette des particuliers et des entreprises,
    3) les tentatives de développement de secteurs non industriels (activités de service sans valeur ajoutée en termes d’échanges internationaux).

    Il s’est aussi développé une culture de l’optimisme qui n’a pas vu ou n’a pas voulu voir le caractère artificiel du surcroît de croissance (de bien être ?) procuré par le gonflement inconsidéré de la dette privée. Même les banques se sont laissées prendre au jeu et de quelle manière !

    Il s’est ainsi développé successivement plusieurs bulles qui se sont toutes dégonflées, la dernière en date étant la bulle des crédits immobiliers, la plus grosse bulle depuis bien longtemps, son éclatement et l’absence de bulle de remplacement a déclenché une crise dévastatrice que nous connaissons.

    Pour conclure je suis d’accord avec les propositions de Paul Jorion, bien que je ne croie pas trop en l’efficacité de certaines, par exemple, la dotation d’un dirigeant en stock options n’est pas le seul moyen de s’assurer de sa « fidélité ». Quelque réserves aussi concernant la politique fiscale quand nous connaissons la pression que nous subissons déjà en France.

    J’y ajouterai que l’état doit se doter des moyens pour garantir l’équilibre des échanges, éventuellement en contrôlant les délocalisations et en favorisant des relocalisations, et en impulsant la reconstitution du tissu industriel (manufactures ?) mis à mal par près de vingt ans de libéralisme à tous crin et de délocalisations au forceps. (Note en passant contre les arguments des tenants idéologiques de la mondialisation : l’activité tertiaire ne remplace pas l’industrie – ce qu’on nous promettais – c’est l’industrie qui permet au tertiaire de se développer)

    L’équilibre doit se concevoir au niveau national car il est devenu évident que les nations-états se font bel et bien concurrence, y compris à l’intérieur de la zone Euro et dans toute l’UE.

    On parlera de protectionnisme, je crois qu’il en faut une dose raisonnable, tout est dans l’équilibre.

  58. Vous qui croyez à une constition pour l’économie, vous auriez du en toucher un mot à Pervenche Bères et Olivier Duhamel, s’ils étaient là pour vous écouter.
    Malheureusement, la Constitution européenne ne parlait que de concurrence libre et non faussée, sans l’ombre d’un effort de régulation des marchés financiers, sinon au contraire pour en faire le socle d’une constitution, c’est à dire sur un modèle purement anglo-saxon de libéralisation et de concurrence accrue. Rappelons que la voie réferendaire a été détournée par un vote d’une majorité à l’assemblée en France, et que l’on appelle les irlandais à revoter le traité de Lisbonne. Où êtes-vous allé Monsieur, sinon à l’autel de la charité des idées pieuses et sans lendemain ?

  59. @ ghost dog

    amha

    Quand vous dites: “Je schématise, mais pense que si les états avaient consciencieusement remboursé en plus des intérêts le capital de la dette, beaucoup de banques auraient eu les moyens de vivre et n’en auraient pas été acculées à mettre sur les marchés du vent (produits dérivés).”

    Il est techniquement impossible que les états remboursent leurs dettes. Si les états avaient remboursé toutes leurs dettes, alors il y aurait eu destruction massive de masse monétaire et longtemps avant qu’ils aient fini de rembourser, ils y auraient eu de telles crises financières – donc économiques – qu’ils auraient fait faillite ! C’est le système de réserve fractionnaire, ou de création de monnaie exclusivement par le crédit (la multiplication… – pas de malentendus Paul 😉 qui est la cause de se problème.

    Donc votre hypothèse est tout simplement impossible, et cela semble encore peu compris. Preuve qu’il faut faire attention avant de prendre des raccourcis et de poser des hypothèses improbables. Les crises financières sont intrinsèques au système, et les états, bien ou mal gérés n’y peuvent presque rien. Sauf à pousser les particuliers et les entreprises à encore plus de crédits et de dettes… Mais cela est aussi impossible.

    Alors schématisons, oui. Mais sur des bases justes.

    Maintenant ouvrons le débat sur la création monétaire par les états, et de nouvelles pistes de solutions s’ouvrirons peut être…

  60. Moi, j’aime bien Loic Abadie.

    Je vais régulièrement regonfler ma force de combativité sur son site : http://tropicalbear.over-blog.com/

    Vous pourrez y apprendre comment faire de l’argent sans remord ni éthique!

    Le slogan est « ma liberté est supérieure à celle des autres »!

    Avec de pareilles mentalités, on ne peut craindre qu’une sortie de crise violente!

  61. Votre préconisation d’interdiction des spéculations est assez facilement audible. Par contre, le versant positif des marchés que vous exprimez ainsi:
    « Les marchés au comptant ou à terme permettent à ceux qui sont exposés à un risque réel (dû au climat, à l’environnement économique général, etc.) de se couvrir, autrement dit de contribuer à réduire le risque global. » n’a pas encore trouvé de formulation percutante et c’est dommage, parce que la tentation est forte de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Les commentaires sont fermés.