L’actualité de la crise : Un diable de plus en plus sollicité, par François Leclerc

Billet invité.

UN DIABLE DE PLUS EN PLUS SOLLICITE

Je comptais pouvoir prendre un peu de distance avec l’actualité, afin d’essayer de décrypter plus sur le fond la préparation du G20, mais cela s’est avéré téméraire, rattrapé une fois de plus par l’actualité, et devant reconnaître qu’elle me dépasse.

Le suivi du dossier des paradis fiscaux qui tient pour le moment le devant de la scène s’impose en premier lieu. Parce qu’il se confirme qu’il est traité sous un angle très politique, ce qui veut dire restreint, ce qui n’est pas trop étonnant si l’on pense à ce qu’une approche financière stricte, une fermeture totale des accès, aurait comme conséquence. On peut d’ailleurs se demander, c’est en tout cas mon avis, si cela est même concevable du point de vue du capitalisme financier. Dans un commentaire à mon précédent billet, j’utilisais la métaphore des trous noirs de l’univers, de la matière et de la masse sombre, pour imager comment l’argent déclaré et celui qui ne l’est pas participaient en réalité du même monde. J’ajoutais que la « pompe à phynance » que représentait l’économie réelle ne fonctionnait que dans un sens, vers le haut bien évidemment. Quoiqu’il en soit, à peine les accusés étaient-ils dirigés vers le poteau qu’ils se mettaient à parler, et que leurs juges leur accordaient sans tarder leur mansuétude, dans des attendus comportant bien peu de réserves à un adoucissement de leur peine. Lisez la presse de ce matin, vous serez édifiés. Cette question se révèle de manière caricaturale être un leurre, un nouveau chiffon rouge agité devant les yeux de l’opinion publique.

Les paradis fiscaux subissent le même traitement superficiel que les actifs toxiques. Ils portent d’ailleurs bien leur nom, équivalent quand cela va bien de ce que les bad banks sont quand cela va mal. De discrets parkings, dans un cas de la bonne fortune et dans l’autre de la mauvaise, ayant au bout du compte la même fonction, soulager des peines financières, ponction de l’Etat en faveur de la collectivité ou petites erreurs portant sur quelques milliers milliards de dollars ou d’euros, peu importe la devise, à ca niveau là ce ne fait plus vraiment de différence.

On reparle aussi des bad banks, après les avoir un peu oubliées. Les Allemands, non sans quelques faux départs, seraient en train de peaufiner un nouveau plan pour la fin du mois (avant le G20), tandis que les Américains, pour faire patienter, annoncent par la voie de Lawrence Summers, conseiller économique number one de Barack Obama, que le leur serait enfin prêt dans quelques semaines. La vérité est que l’industrie allemande ne peut plus attendre la renaissance lointaine du crédit, après le plongeon enregistré de son activité, et que le gouvernement ne veut pas entendre parler de création monétaire par la BCE, sur le mode britannique de l’achat d’obligations émises par les entreprises. Elle sait aussi que le LIBOR 3 mois, taux qui exprime le coût interbancaire du marché de l’argent, est en train de regrimper, exprimant les tensions que continue de connaître ce marché. S’il avait baissé, ce n’était pas en raison de l’amélioration de la situation mais parce que les banques ne cherchaient plus à se refinancer sur le marché, frappant directement à la porte de la BCE, qui l’ouvrait toute grande.

Que va-t-il en être de ce plan allemand ? Le G20 va-t-il progresser, comme s’avance à en annoncer la possibilité Christine Lagarde, ministre française de l’économie, sur le dossier des principes devant guider le sort à réserver aux actifs toxiques ? Attendons la suite avec un certain scepticisme. Car si de plus en plus d’acteurs reconnaissent qu’il n’y aura pas de relance effective de l’économie tant que cette question ne sera pas réglée, on ne voit pas pour autant émerger clairement, jusqu’à maintenant, de solution qui dépasse le stade des vagues intentions. Si, par ailleurs, le coin du voile qui a été soulevé sur le plan allemand n’offre pas un spectacle trompeur, on peut s’attendre à une tentative de création d’une bad bank assortie d’une coresponsabilité financière de l’Etat et des actionnaires des banques, une formule de compromis dont les détails seront à scruter à la loupe, s’ils sont rendus publics.

Le grand écart que font les décideurs de ce monde, s’efforçant de faire croire qu’ils maîtrisent une situation qui leur échappe, a un autre aspect tout aussi préoccupant. Ne parvenant pas à passer à l’acte, comme disent les psy, ils poursuivent leur ronde incessante, nous laissant au milieu du cercle, c’est à dire de la crise. Il y a un côté dangereusement irréversible dans celle-ci, comme s’il n’était plus possible de remonter une pente, parce que les réformes à entreprendre étaient, pour être efficaces, en réalité aussi destructrices pour le capitalisme financier que la crise elle-même. Ne pas choisir entre ces deux mots est quand même un choix à l’arrivée.

C’est parce que les vrais choix tardent que les dirigeants chinois, grands financiers très sollicités, viennent de manifester clairement leur impatience. En créant d’abord un petit incident naval entre innocents pauvres pécheurs chinois et militaires américains sondeurs des fonds sous-marins avec leurs grandes oreilles. Puis en disant tout haut leur inquiétude, affranchissant par là même les Américains d’utiliser ces moyens pour sonder leur esprit, devant ce qu’ils ressentent être comme leur immobilisme. « Nous avons prêté beaucoup d’argent aux Etats-Unis. Bien sûr que nous sommes inquiets de la sûreté de nos actifs », a déclaré à la presse vendredi Wen Djibao. « Pour être franc, je suis un peu inquiet. C’est pour cela que je voudrais de nouveau appeler (…) les Etats-Unis à respecter leur parole et leurs engagements et à préserver la sûreté des actifs chinois ». On ne peut être plus clair.

Tout cela ne fait que tendre encore un peu plus le financement des plans de sauvetage et de relance de la crise. Alors que l’on commence déjà à évoquer un nouveau plan de relance succédant aux précédents et que les Américains cherchent à soulager le fardeau de ceux-ci en demandant aux Européens d’y contribuer de leur côté, et de jouer les relais de financement. Des deux côtés de l’Atlantique on discute le partage des responsabilités et des efforts, avant de se retrouver autour des mêmes tables londoniennes pour se mettre finalement d’accord sur le menu. Cela s’annonce comme une solution de facilité, qui sera donc retenue. Jacques Attali vient de comparer ce G20 à une réunion d’alcooliques repentis dans un bar. Si l’on poursuit, cela veut dire que la tentation sera grande d’ouvrir de nouvelles bouteilles.

Un autre important dossier financier est ouvert sans avoir trouvé encore de solution, c’est celui des finances du FMI. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il dispose de ressources supplémentaires afin de soulager les pays les plus faibles des secousses de la crise devant lesquels ils sont démunis. Mais les avis divergent quand il s’agit de savoir qui va ouvrir son porte-monnaie (le portefeuille est gardé pour les dépenses des grands). C’est chaque fois la même chose, cela l’a été et le reste encore à propos des pays européens de l’Est. Chacun essaye de se garder des munitions pour l’avenir, ne sachant pas ce que celui-ci lui réserve.

Les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) sont « prêts pour des décisions plus courageuses et hardies que ce qu’on peut attendre des autres pays » a déclaré à Horsham, bourgade britannique cossue devenue ce samedi haut lieu de la finance mondiale, Alexeï Koudrine, le ministre russe des Finances. Employant une expression de plus en plus sollicitée au fur et à mesure que les grandes déclarations générales s’amoncèlent, il a expliqué que ces pays travaillaient à une déclaration commune, avec « le souhait d’accélérer la réforme de l’architecture financière internationale ». « Mais il y a encore du travail sur la version finale car le diable est dans les détails », a-t-il ajouté.

Il est peu probable que ces pays se satisferont des strapontins qui leur sont accordés dans le FMI ou bien dans le Forum de stabilité financière (FSF) qui vient de tenir une opportune réunion de deux jours à Londres et qui va élargir sa composition, afin d’intégrer l’ensemble des pays du G20, ainsi que l’Espagne et l’Union européenne. Nul doute que cet organisme, dont l’action est restée à ce jour très effacée, et qui avait été mis en place en 1999 par les grands pays industrialisés afin de réfléchir aux moyens de stabiliser le système financier, suite aux crises financières de 1997 et 1998, va désormais émettre de puissantes recommandations après avoir fait preuve de tant de clairvoyance. Les Américains et les Européens ne vont pas pouvoir régler entre eux leurs petits et grands problèmes, il va falloir partager. Cela va être donnant-donnant, si l’on veut trouver une solution win-win, comme disent ridiculement les managers français qui voudraient faire croire qu’ils ont un master de Harvard.

L’Institut international de la finance (IIF), qui regroupe les grandes banques de plus de 70 pays, vient de rendre public une lettre adressée à Gordon Brown, le Premier ministre britannique. Selon l’IIF, le G20 devrait réfléchir à la création d’un « conseil de coordination international » chargé de la régulation de la finance mondiale, qui « jouerait un rôle majeur dans l’harmonisation des règles et l’amélioration de la coopération internationale » et serait composé des banques centrales et des régulateurs nationaux ». Il serait responsable devant le FSF. Est-ce persifler que de se demander pourquoi il est plus facile d’être prolixe sur la « gouvernance mondiale », de rajouter un nouvel organisme à ceux existants, sans donner pour autant donner d’indications sur la manière dont sa mission pourra être remplie ? Ce ne sont après tout encore une fois que des détails.

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14 réflexions sur « L’actualité de la crise : Un diable de plus en plus sollicité, par François Leclerc »

  1. Les hedge funds et les agences de notation, rouages importants de la crise financière actuelle, vont devoir s’enregistrer, si les chefs d’Etat suivent le 2 avril prochain les recommandations des ministres et finances réunis aujourd’hui dans le sud de Londres. Voilà une mesure de régulation des marchés dont la portée décisive n’échappera à personne.

    Les mêmes recommandent également « la mise au point d’une boîte à outils de mesures efficaces » (contre les paradis fiscaux). Nous avions déjà obtenu une telle boîte à outil lors du dernier G20, sauf qu’elle est restée vide depuis. Cet intéressant concept, qui semble faire florès, signifie en réalité que chacun fait ce qu’il veut, puisqu’il puise à son gré dans la boîte.

  2. Ici, c’est pas Aristote! Mais son maçon, qui hurle… viendra la crémière, le laquais … Qui parlent mal à propos… Sur de mauvaises réponses à des questionnements qu’ils ne peuvent comprendre puisqu’ils bâtissent notre existence sur le sable de la vie, notre réel. Je ne sais pas quoi leur répondre à mes voisins, je n’ai pas les outils ! (le capital)

  3. Bonjour,
    Je n’ai jamais compris à quoi ça sert une agence de notation; c’est une société?
    Si ils savaient si bien noter les « élèves », ils ne s’avéreraient pas si mauvais. Qui sont ces gens, quelle collusion avec les multinationales? servent ils encore à quelque chose?
    Merci pour votre réponse.

  4. @ Omar Yagoubi

    L’implosion (2008) : pp. 129-133

    … chaque obligation possède une structure interne qui définit les flux de liquidités en son sein de manière à ce que ses différents certificats ou « tranches » remplissent les critères qui leur assureront une notation de risque de crédit bien précise (AAA, AA, A, BBB, etc.). Ces grades leur sont attribués par des agences de notation ou « notateurs », dont les principales sont Moody’s, Standard & Poor’s, une filiale du groupe McGraw–Hill, et Fitch, une filiale du français Fimalac

    Les agences de notation et les ambiguïtés de leur rôle

    Quand il devint clair au cours des multiples développements de la crise des subprimes en 2007 que les grades attribués aux produits financiers et censés exprimer le risque de crédit qu’ils représentent, ne reflétaient plus de manière adéquate ce risque, les agences de notation (Moody’s, Standard & Poor’s, Fitch) furent mises sur la sellette. Lorsqu’elles réagirent et se mirent à réexaminer l’ensemble des dossiers et publièrent des décotes massives d’ABS et des CDO composées de « tranches » d’ABS, on cria haro, et l’on commença de s’interroger sur les critères que les notateurs avaient utilisés quand ils avaient proposé leurs notations initiales.

    À l’époque de la chute d’Enron dont elles n’avaient pas prévu la rapidité – et dont elles avaient été partiellement responsables, les agences de notation s’étaient retrouvées dans un petit ballet imprévu où une décote de la qualité de la dette d’Enron par l’une d’entre elles constituait un facteur objectif dont les autres étaient obligées de tenir compte et les forçait elles-mêmes à revoir à la baisse le grade qu’elles accordaient à la compagnie. (1)

    Les notateurs avaient pris l’habitude de se défendre en invoquant des arguments « conceptuels » : « Nous offrons des opinions – et non des jugements (qui pourraient impliquer notre responsabilité légale) – lesquelles portent uniquement sur la qualité du crédit : nous évaluons le risque de non paiement que présentent des débiteurs, mais ce qui n’est pas de notre ressort, c’est le prix que le marché assigne ensuite à des produits dont nous avons évalué le risque de défaillance ! »

    Les agences sont rémunérées pour deux types de service distincts : elles aident les firmes émettrices à « structurer » ces obligations et elles fixent, comme je l’ai expliqué précédemment à propos de l’indice ABX, les seuils auxquels des « déclencheurs » permettent à des fonds de réserve d’être réalloués à des « tranches » déficitaires ; elles émettent ensuite une opinion quant au grade de crédit (AAA, AA, A, BBB, etc.) que cette obligation mérite. Il y a là, bien entendu, une apparence de conflit d’intérêt puisque la rémunération par le client pourrait encourager au laxisme dans la notation.

    Quand on avait commencé de s’apercevoir, au début 2007, que la performance des ABS récentes était bien moindre qu’initialement prévu, certains y avaient vu la preuve qu’il y avait bien collusion entre les firmes émettrices et les agences qui assurent leur notation. En dépit de l’existence réelle d’un conflit d’intérêt, la collusion était cependant peu probable, d’une part, parce que ces agences ont bien trop à perdre en termes de réputation quand elles se trompent, d’autre part, parce que le principal souci de ces milieux où l’on produit des modèles financiers est d’être consciencieux – je me fonde sur ce dernier point sur mon expérience personnelle. Ce qui s’est passé, c’est que les modèles, qui extrapolent les comportements passés en projections pour l’avenir, ne disposaient d’aucune donnée dans le cas de figure où le prix de l’immobilier baisse. Les modèles s’étaient trompés pour cette simple raison.

    Reflétant la mauvaise performance de leurs prévisions, la cote en bourse de titres des agences se mit alors à baisser. La rumeur courait que les investisseurs en ABS pourraient les poursuivre en justice pour les pertes qu’ils subissaient. Le 12 juillet 2007, pour redresser la barre, Standard & Poor’s annonçait, comme je l’ai dit plus haut, son intention de revoir le grade d’un grand nombre d’ABS (avec des implications pour les CDO qui en contiennent des « tranches »). Moody’s et Fitch lui emboîtaient le pas. L’objectif était bien entendu que cette nouvelle fermeté permette à leur réputation de se refaire une santé.

    C’était compter sans les firmes émettrices : une nouvelle de l’agence Bloomberg annonçait une semaine plus tard, le 19 juillet : « À la suite du resserrement de ses directives, Moody’s a été exclue de la notation de 70 % des nouvelles Mortgage–Backed Securities commerciales ». Dans un communiqué, l’un des directeurs de l’agence déclarait : « Il ne fait aucun doute à mon sens qu’il s’agit là d’une conséquence de notre nouvelle politique » et il ajoutait : « Il est prouvé ainsi qu’un bienfait ne doit pas rester impuni ! »

    Le bel équilibre, sur le fil du rasoir du conflit d’intérêt potentiel, avait été rompu. Les deux parties, les agences d’un côté, les firmes de l’autre demeuraient cependant nécessairement soudées comme des frères siamois et l’on voit mal a priori comment dissocier les deux fonctions de conseil à la structuration des produits financiers et leur notation, sinon que cette dernière soit entièrement confiée à un service public.

    Quoi qu’il en soit, les commissions d’enquête, toujours promptes à s’inquiéter des symptômes plutôt que des causes profondes, fondirent sur les notateurs et promirent au public qu’ils seraient bientôt réformés. Aussi, quand les cendres de la crise seront refroidies, le visage de la notation des instruments financiers quant au risque de crédit qu’ils présentent, aura certainement changé du tout au tout.

    –––––––––––––––––––
    (1) J’ai expliqué ceci de manière détaillée dans mon Investing in a Post–Enron World (Jorion 2003), aux pages 181 à 197.

  5. A l’occasion de la réunion d’aujourd’hui dans le sud londonien, Neel Kashkari, administrateur intérimaire du plan de sauvetage des institutions financières (TARP), s’exprimant à propos des futures structures de défaisance publique-privé, à apporté l’éclairage suivant : des investisseurs privés sont prêts à investir dans des actifs hypothécaires sinistrés, mais à condition de bénéficier de financements publics. Car sinon, leurs offres seraient à un niveau trop faible pour être acceptées par les banques. En d’autre terme, s’ils obtiennent une aide publique qui supportera l’essentiel du risque, voire la totalité.

  6. A propos de la fameuse « liste noire » de OCDE et un éclairage sur l’ampleur, toute relative, des concessions annoncées par un certain nombre de pays sur ce sujet :

    « La «liste noire» temporaire de l’OCDE et les accords bilatéraux : deux armes efficaces ?

    Reste à savoir si cette fameuse «liste noire» temporaire constitue un moyen de pression efficace sur les Etats. «On ne demande pas grand-chose, affirme Daniel Lebègue, président de Transparency International France, cité par nos confrères de L’Expansion.com. On ne remet en cause ni leur régime fiscal ni le secret bancaire pour les résidents du pays comme élément de protection de la vie privée. Mais lorsqu’on cherche à sanctionner le délit international de fraude fiscale pour nos résidents, on demande simplement que ces Etats n’y fassent pas obstacle.»

    Malheureusement, les procédures d’échange d’information sont extrêmement compliquées. D’où le scepticisme de Richard Murphy, directeur de Tax Research au Royaume-Uni : «Un pays qui demande des informations fiscales sur quelqu’un doit, au préalable, avancer énormément de preuves sur l’irrégularité soupçonnée. De fait, il doit déjà savoir exactement ce qu’il cherche avant de le chercher.» Bref, pas de «pêche aux informations» au Liechtenstein, par exemple…

    Si l’on regarde les îles Caïmans, qui ont signé un accord avec les Etats-Unis en 2001, ce n’est guère prometteur : «Des dizaines de milliers de compagnies sont enregistrées dans ce paradis fiscal ; pourtant, le territoire ne prévoit que 120 demandes de renseignement dans son budget annuel, déplore Richard Murphy. La signature de ces accords n’est qu’un geste politique, il ne faut pas que l’OCDE considère que cela suffit pour échapper à la liste noire.»

  7. Apparemment, on quitte cette « liste noire » aussi vite que l’on y est rentré. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que le prix à payer n’est pas très lourd:

    « Dans une lettre adressée M. Gurria au président du G20, et dont l’echo.be a pu se procurer un exemplaire, figure une double liste reprenant d’une part 32 pays considérés comme des  » paradis fiscaux  » et, d’autre part, 14 pays appelés  » centres financiers  » qui ont annoncé récemment des efforts en matière d’échange d’information. La Belgique, comme d’autres pays tels que la Suisse ou le Luxembourg, est passée d’une catégorie à l’autre après l’annonce de l’application de la directive épargne dès 2010.  » Elle devrait en sortir pour le G20 de Londres « , a précisé Didier Reynders. »

    Si l’on prend l’exemple de ce qui, semble-t-il, à permis à la Suisse d’être retirée, par l’OCDE, de sa liste : « la Confédération s’est engagée à renforcer l’échange d’informations avec d’autres pays, au « cas par cas » et sur « demande concrète et justifiée », a précisé le gouvernement. « Nous ne voulons pas toucher au secret bancaire », a cependant averti le ministre des finances »

    Traduction: la Suisse ne transfèrera d’information que sur une infime minorité d’imprudents, ou de malchanceux, qui ayant bêtement laissé transparaître de très gros indices d’évasion fiscale auraient probablement, de toute façon, été promis à des gros ennuis. Ceci, en attendant que de tout aussi prévisibles nouveaux mécanismes d’ingénierie fiscale ne permettent aux candidats de se prémunir contre ce genre de risque.

    Idem pour le Luxembourg, l’Autriche, Monaco, etc…

    Deux hypothèses:

    – Les candidats à la « liste noire » semblent tous avoir compris l’astuce pour s’en dégager le plus vite possible. Faire, avant l’ouverture du G20, des concessions d’autant plus spectaculaires que, en réalité, minimales, strictement personnalisées, et totalement soumises à leur propre évaluation. Lesquelles, en réalité, ne changeront quasi rien à leur statut de paradis fiscal.

    – L’OCDE est en train de jouer un vrai tour de cochon à ceux qui, Allemagne et France en tête, comptaient se servir de cette liste pour exiger, peut-être, nettement plus. Car, si c’est l’OCDE qui établit la liste, apparemment, c’est aussi l’OCDE qui en retire les malchanceux. Et, visiblement, on n’est pas trop difficile. Chose qui n’étonnera personne, si l’on se souvient que l’OCDE est, depuis longtemps, une officine de la mondialisation. Dont les paradis fiscaux sont l’indispensable complément. Ça a du être une véritable torture, pour eux, que d’être chargés d’établir une liste de « pays fraudeurs ».

    Toujours est-il que, grâce à cette astuce, l’offensive « Européenne » contre les paradis fiscaux menace de se transformer très vite un Verdun règlementaire. Car, que vont pouvoir dire, ou faire, la France et l’Allemagne, au G20, si lorsque que l’on ouvrira la boite magique des « méchants », il ne s’y trouve plus personne, ou presque? Tous les « évacués d’urgence » auront alors beau jeu de dire qu’ils ne sont pas concernés, qu’ils ont fait le nécessaire. Que, donc, tout va de nouveau pour le mieux au paradis des paradis fiscaux.

    Ajoutons, enfin, que l’irruption surprise des BRIC, et de la Chine en particulier, ajoutons-y encore le Japon, dans le camps des supporters du « les paradis fiscaux ne sont pas un problème », affaiblit encore plus la position Franco-Allemande sur ce sujet.

    On le ressent déjà dans la dernière place laissée à ce sujet dans le communiqué pondu aujourd’hui, en préparation du G20, par leurs ministres des Finances.

    Stay tuned, guys…

  8. A propos de prix à payer :
    ne point oublier qu’il y a des prix officiels et des prix officieux …

    Tout comme il y a galerie à amuser, et galeries à creuser.
    C’est une erreur que de croire que l’on sait tout des politiques des grands et petits de ce monde.

    L’argent, tout comme les secrets, peuvent aussi devenir de sacré moyens de pression.

    Bon, je retourne au piquet.

  9. François Leclerc dit :
    14 mars 2009 à 21:39

    J’avais gardé cet article depuis sa parution le 19 novembre 2008 (traduction partielle en français semble-til prise sur le site alterinfo, je n’ai rien trouvé d’autre, référence tout en bas). Car avec les dispositions « poupées russes » des multinationales souchées aux États-Unis, qui va raffler les principaux biens réels? Grâce à un dollar de singe tenu à bout de bras, jusqu’aux chinois qui en ont peur. Le « TARP » peut recouvrir des coups tordus inimmaginables. Les banques centrales et les États ne seraient bien que les instruments de la finance étatsunienne et londonienne…

    Lire:

    — Parmi les entreprises au bord de la faillite quelques-unes sont des affaires extrêmement rentable. Question
    importante : qui prend le contrôle des droits de propriété des corporations industrielles géantes en faillite ? —

    Les faillites et les saisies hypothécaires sont des opérations de pêche aux capitaux. Avec l’effondrement des valeurs boursières, le prix de l’action des sociétés cotées subit une importante chute, qui affecte immédiatement la solvabilité et la capacité de ces sociétés à emprunter et/ou à renégocier leur dette (qui est basée sur la valeur cotée de leurs actifs).

    — Les spéculateurs institutionnels, hedge funds et autres, ont tiré profit de butins inattendus.—

    Ils déclenchent l’effondrement des sociétés cotées grâce à la vente à découvert et autres opérations spéculatives. Ils profitent ensuite de leurs gains de la spéculation à grande échelle.

    Selon un rapport publié dans le Financial Times, il est évident que l’effondrement de l’industrie automobile aux États-Unis résulte en partie de manipulations : « General Motors et Ford ont perdu 31 pour cent, à 3,01 dollars, et 10,9 pour cent, à 1,80 dollars, malgré l’espoir en un possible sauvetage par Washington de l’industrie au bord de la ruine. La chute est venue après que la Deutsche Bank ait fixé un prix cible de zéro pour GM. » (Financial Times, 4 novembre 2008)

    Les financiers se livrent à une débauche de shopping. Les 400 milliardaires étasuniens de Forbes attendent dans les limbes.

    Dès qu’ils auront consolidé leur position dans le secteur bancaire, les géants financiers, incluant JP Morgan Chase, Bank of America, et d’autres, utiliseront leurs gains inattendus et l’argent du renflouage qui leur est fourni dans le cadre du TARP, pour élargir leur contrôle à l’économie réelle.

    La prochaine étape consiste à transformer les actifs liquides, à savoir la richesse en papier monnaie, en achats de patrimoines de l’économie réelle.

    À cet égard, Berkshire Hathaway Inc de Warren Buffett est l’un des principaux actionnaires de General Motors. Plus récemment, suite à l’effondrement des valeurs boursières en octobre et novembre, Buffett a renforcé sa participation dans le producteur pétrolier ConocoPhillips, sans mentionner Eaton Corp, dont le cours à la Bourse de New York a chuté de 62% par rapport à son pic de décembre 2007 (Bloomberg).

    Les cibles de ces acquisitions sont les nombreuses industries très productives et les entreprises du secteur des services, qui sont au bord de la faillite et/ou dont la valeur boursière s’est effondrée.

    Les gestionnaires de l’argent ramassent les morceaux.

    — Propriété de l’économie réelle —

    Suite à ces développements, qui découlent directement de la crise financière, l’ensemble de la structure de la propriété du patrimoine de l’économie réelle est en effervescence.

    La richesse de papier, accumulée par les opérations d’initiés et la manipulation des actions du marché, sert à prendre le contrôle du patrimoine économique réel, en déplaçant les structures de la propriété préexistante.

    Ce dont nous avons affaire est une relation malsaine entre l’économie réelle et le secteur financier. Les conglomérats financiers ne produisent pas de marchandises. Ils font essentiellement de l’argent grâce à la conduite de transactions financières. Ils utilisent le produit de ces transactions pour prendre le contrôle de sociétés valables de l’économie réelle, qui produisent des biens et des services pour la consommation des ménages.

    Dans une évolution déplaisante, les nouveaux propriétaires de l’industrie sont des spéculateurs institutionnels et des manipulateurs financiers. Ils sont en train de devenir les nouveaux capitaines de l’industrie, non seulement en déplaçant les structures de la propriété préexistante, mais aussi en installant leurs copains dans le fauteuil des gestionnaires des entreprises.

    — Pas de réforme possible dans le cadre du Consensus Washington-Wall Street —

    Le sommet financier du G-20 à Washington du 15 novembre confirme le consensus Washington-Wall Street.

    Bien que présentant officiellement un projet de restauration de la stabilité financière, dans la pratique l’hégémonie de Wall Street reste intacte. La tendance va vers un système monétaire unipolaire dominé par les États-Unis et soutenu par leur supériorité militaire.

    Les artisans du désastre financier, grâce à la Gramm-Leach-Bliley Financial Services Modernization Act (FSMA) de 1999, ont été investi de la tâche d’apaiser la crise qu’ils ont eux-mêmes créée. Ils sont à l’origine de la débâcle financière.

    Le sommet financiers du G20 ne remet pas en question la légitimité des hedge funds ni des divers effets de commerce du marché des dérivés. Le communiqué final comporte un engagement imprécis et confus : « pour mieux réglementer les hedge funds et créer plus de transparence dans la garantie des prêts liés à des valeurs mobilières, dans le but de stopper la glissade économique mondiale. »

    La solution à cette crise peut venir uniquement d’un processus de « désarmement financier, » qui remette vigoureusement en cause l’hégémonie des institutions financières de Wall Street, notamment leur contrôle sur la politique monétaire. Le « désarmement financier » nécessiterait aussi le gel des effets de commerce spéculatif, le démantèlement des hedge funds et la démocratisation de la politique monétaire. L’expression « désarmement financier » a été inventée à l’origine par John Maynard Keynes dans les années 40.

    — Obama approuve la déréglementation financière—

    Barack Obama a adopté le consensus Washington-Wall Street. Dans une tournure désagréable, l’ancien député Jim Leach, un républicain qui parrainait la FSMA en 1999 à la Chambre, est maintenant conseiller d’Obama dans l’élaboration d’une solution opportune à la crise.

    — Jim Leach —

    Jim Leach, Madeleine Albright et l’ancien Ministre des Finances Larry Summers, qui a aussi joué un rôle clef dans l’adoption de la FSMA, étaient présents le 15 novembre au sommet financier du G-20 en tant qu’équipe consultative du Président élu Barack Obama :

    Barack Obama et Joe Biden, le Président et le Vice President élus, ont annoncé que l’ancienne Ministre des Affaires Étranges, Madeleine Albright, et l’ancien député républicain Jim Leach, seront disponible pour rencontrer en leur nom les délégations du G-20 lors de la réunion du sommet. Leach et Albright tiennent ces réunions non officielles pour obtenir la contribution des délégations en visite au nom du Président et du Vice President élus. (mlive.com, 15 novembre 2008)

    Original : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=10977
    Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info

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