L’actualité de la crise : Et voilà pourquoi nos banques sont riches, par François Leclerc

Billet invité.

ET VOILA POURQUOI NOS BANQUES SONT RICHES

Un article de Jeffrey Sachs, professeur à Columbia, vient de démonter le plan Geithner, mettant en évidence comment il a pour objectif de mettre à la charge des contribuables américains le sauvetage des banques, tout en protégeant leurs actionnaires.

En substance, l’intervention majeure attribuée à la FDIC (pour ne pas parler de celles de la Fed et du Trésor) va faire supporter à celle-ci, en tant que prêteur des futurs investisseurs privés sollicités pour participer aux sociétés de défaisance mixte, tous les risques de l’opération qui se prépare. Les apports respectifs des partenaires sont en effet, pour la FDIC, en tant que prêteur, à hauteur de 85,7 pour cent du montant des acquisitions d’actifs toxiques, et pour les investisseurs privés et le Trésor le solde à parité. Le prix d’achat va être calculé afin que les investisseurs récupèrent leur investissement sans avoir pris de risque réel, considérant que ces actifs auront une valeur résiduelle ultérieure non nulle et que leur apport ne sera que de 7,15 pour cent de leur acquisition, quitte à faire défaut du remboursement de leur emprunt auprès du FDIC, qui devra être renfloué par l’Etat d’une manière ou d’une autre. Jeffrey Sachs illustre ce mécanisme d’exemples chiffrés.

Il en tire la conclusion qui s’impose, le plan est un système permettant de renflouer les banques sur fonds publics, sans que leurs actionnaires en fassent en aucune manière les frais. Ce qu’il ne dit pas, c’est que les investisseurs privés devraient, dans ces conditions, être précisément les actionnaires des banques. Non seulement ceux-ci ne seront donc pas pénalisés, mais ils auront des chances, si la valorisation future par le marché des actifs achetés se révèle supérieure aux prévisions sur la base desquelles leur prix de vente immédiat va être calculé pour annuler les risques, de faire une excellente affaire.

Commentaire de Jeffrey Sachs, la réaction positive de Wall Street, les gains enregistrés sur les valeurs financières, illustre sans équivoque le fait que le sens du plan a été bien compris par « le marché ».

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64 réflexions sur « L’actualité de la crise : Et voilà pourquoi nos banques sont riches, par François Leclerc »

  1. @ Philippe Deltombe

    Merci pour l’info, j’avais oublié la Cour suprême, qui joue en effet un rôle d’arbitre, capital,
    que l’on songe que à première élection de Bush jr qui n’avait tenu qu’au vote de cette cour suprême.
    L’arrêt Winstar semble se référer au sixième amendement à la constitution. La propriété privée (au sens de richesse quantifiée (même si ces actifs sont aujourd’hui peu quantifiables, on un prix hasardeux, au doigt mouillé comme dirait François Leclerc) doit passer avant tout le reste !

    Dans le cas de Bush les institutions avaient été assez solides pour tenir le choc. Il y avait eu un mouvement de contestation puis tout était rentré dans l’ordre. Pensez-vous que cette fois, les américains, au delà de leur ressentiment vis à vis du monde de la finance pourraient douter des institutions elles-mêmes ? Sous la pression populaire, la Cour pourrait aussi défaire ce qu’elle a fait, comme vous en évoquez la possibilité. Bref, beaucoup d’incertitudes !

  2. @ Pierre-Yves, Antoine

    L’arrêt Winstar ne se prononce pas sur l’interprétation du 6ème amendement.

    Il redessine la définition de la souveraineté des actes du gouvernement lorsqu’il contracte avec des parties tierces et annihile le droit du pouvoir législatif de changer la donne par la suite sans se rendre coupable, en quelque sorte, d’une résiliation abusive du contrat initial.

    Le Chief Justice Rehnquist (dissenting) voit les choses comme ceci:

    « It (l’arrêt) drastically reduces the scope of the unmistakability doctrine, shrouding the residue with clouds of uncertainty, and it limits the sovereign acts doctrine so that it will have virtually no future application. »

    L’arrêt Winstar précise (http://www.law.cornell.edu/supct/html/95-865.ZO.html):

    « The unmistakability doctrine marks the point of intersection between two fundamental constitutional concepts, the one traceable to the theory of parliamentary sovereignty made familiar by Blackstone, the other to the theory that legislative power may be limited, which became familiar to Americans through their experience under the colonial charters.

    In his Commentaries, Blackstone stated the centuries old concept that one legislature may not bind the legislative authority of its successors (1765).(…) »

    L’arrêt Winstar permet donc de considérer que le plan Geithner lie ses successeurs, càd. les actuels et futurs détenteurs du pouvoir législatif.

  3. Si on s’embrouille tant sur ce plan Geithner, c’est parce qu’il est construit sur une contradiction: il s’agit bel et bien de nationaliser le crédit (banques et assurances), mais en laissant tout le pouvoir à Wall Street, comme avant. S’il ne faut pas dire qu’on nationalise (alors qu’il y a déjà une nationalisation de fait), ce n’est pas pour des raisons idéologiques, parce que le mot serait insupportable aux USA. C’est parce que le but de la nationalisation, c’est la « relance » de la même machine, celle d’avant, en ayant juste nettoyé les actifs, mais avec les mêmes machinistes aux commandes.

    Prenez la question du point de vue de Wall Street, et tout devient clair: OK, nous avons besoin de l’intervention de l’Etat. Mais c’est notre Etat, il est à notre service – enfin quoi, c’est bien nous qui avons fait élire Obama, non? L’Etat intervient pour nous donner un coup de main, mais c’est nous, bien entendu, qui gardons le pouvoir. Pour faire une comparaison: quand la direction d’une entreprise fait appel à la police pour mater son personnel en grève, ce n’est pour transmettre la direction de la boîte aux policiers, c’est pour que la police l’aise à conserver son pouvoir.

    La justification donnée par Geithner, à savoir qu’il faut déterminer un prix de marché pour ces actifs (au lieu de le fixer d’autorité), donne la bonne réponse: il s’agit d’utiliser l’argent public, mais en laissant le pouvoir au marché.

  4. @Philosophe : ben oui, c’est exactement ça. La métaphore de la direction qui fait appel à la police est particulièrement bien trouvée je trouve.

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